allemands
Au Paraguay,
en 1890 . .
En Colombie,
en 1890 . .
En Uruguay,
en 1897 . .
Au Venezuela,
en 1894 . .
Au Chili.
en 1895 . .
En Argentine,
en 1895 . .
Au Brésil,
en 1890 . .
Depuis 1900 surtout, ces Allemands ont été fortement travaillés par les sociétés pangermanistes. Ils ont été spécialement organisés dans les pays comme l'Argentine et surtout le Brésil qui étaient destinés à devenir les principaux protectorats allemands de l'Amérique du Sud.
La loi allemande, dite loi Delbriick du 22 juillet 1913 sur la nationalité d'Empire et la nationalité d'État, a grandement favorisé l'organisation pangermaniste en Amérique. Il faut donc connaître au moins l'essence de cette loi Delbriick, car elle a constitué avant la guerre la dernière étape, particulièrement significative, de l'organisation allemande à travers le monde.
La seconde partie de l'article 25 de cette loi dit notamment :
« Ne perdra pas sa nationalité d'Etat quiconque, sur sa demande, aura reçu avant l acquisition de la nationalité d État étrangère, F approbation écrite de l'autorité compétente de l'État [dont il est) originaire, en vue de la conservation de sa nationalité dHÉtat. Le consul allemand devra être entendu préalablement à cette approbation. »
Ces lignes permettent de mesurer la profondeur de Tastuce allemande. D'après ce texte, l'Allemand peut se faire naturaliser à Tétranger mais s'il obtient une approbation écrite des autorités compétentes de son État allemand d'origine, il continue en dépit de cette naturalisation, à jouir lui et ses descendants de tous les droits du citoyen allemand et de la protection effective de l'Empire.
Ces textes étant contraires à tous les principes généraux du droit international sur la nationalité, naturellement, le citoyen allemand qui bénéficie de ces textes se garde bien de faire connaître la situation particulière et singulière qui est la sienne à l'État étranger dont il a acquis la nationalité. Par ce procédé, l'Allemagne a pu avoir dans tous les États des agents dévoués à sa politique agressive sans qu'il fût cependant possible à ces Étals de saisir le danger pour eux de cette organisation occulte. En effet, ces États
apparemment n'avaient affaire qu'à des compatriotes qu'ils ne pouvaient en droit suspecter. Ce n'est qu'après plusieurs mois de guerre, lorsque leur action coupable les a contraints à se démasquer, que la dangereuse puissance de ces Allemands affublés de nationalités étrangères est apparue dans sa redoutable et intolérable importance.
C'est cet état de choses qui explique pourquoi pendant les premiers mois de la guerre, en raison de la puissante et intoxicante propagande allemande, de l'ignorance du plan pangermaniste aux dépens de l'Europe et encore plus à leurs dépens propres, les États de l'Amérique du Sud n'ont pas été en mesure de sentir le danger dans toute sa réalité et surtout de comprendre qu'ils avaient un intérêt direct à une issue déterminée de la guerre européenne. Mais maintenant l'opinion publique de ces États est en marche vers une entière compréhension de la vérité.
Le Pérou et le Chili échappent progressivement à l'emprise germanique.
En Argentine, le mouvement pro-allié est aussi en croissance rapide. Mais c'est surtout au Brésil, dont la partie méridionale est tout spécialement convoitée par les Allemands, que révolution des idées est particulièrement inté-
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ressante à constater. Depuis longtemps, les Allemands ont concentré leurs efforts colonisateurs spécialement sur trois Etats brésiliens : Parana (60.000 Allemands), Santa Catarina {170.000), et Rio Grande do Sul (220.000). Dans ces riches provinces, les Allemands, conservant la langue, les traditions, les préjugés de la métropole, sont les maîtres presque absolus. 47.000 seulement sont ouvertement citoyens de l'Empire allemand, les autres, soit 400.000, sont apparemment sujets brésiliens, mais, en raison de la loi de Delbrûck, une notable partie de ceux-ci sont, en réalité, demeurés ou rede* venus les hommes-liges de Guillaume II. D'ailleurs, le budget de TEmpire allemand comportait une somme de SOO.OOO marks destinés à l'établissement et au recrutement du personnel des écoles allemandes au Brésil. En 1912, lors de sa croisière, le prince Henri de Prusse, frère de Guillaume II, vint au port d'Itajahy rendre visite à ses compatriotes de Santa Catai-ina. Depuis la guerre européenne, le jeu des Allemands du Brésil s'est progressivement démasqué et Ton vient de constater que leurs nombreuses sociétés de tir étaient, en fait, des sociétés d'organisation militaire assez dangereuses pour qu'on ait reconnu la nécessité de les désarmer. Dans le reste du Brésil, en dehors des trois
provinces sus-énoncées, les Allemands sont peu nombreux, mais ils y occupent la plupart des positions capitales du commerce et de la banque . Pendant la première période de la guerre euro péenne, ces Allemands, ayant fondé des journaux germanophiles édités en portugais, ont pu empêcher le Brésil d'être exactement renseigné sur l'origine et révolution du conflit.
Mais en dépit de cette obstruction savante, depuis la bataille de la Marne, la cause des Alliés n'a fait que gagner du terrain au Brésil. L'entrée en guerre du Portugal, en raison des 600.000 Portugais qui existent au Brésil, a donné une puissante impulsion au mouvement.
Ainsi révolution des Etats de l'Amérique du Sud en faveur des Alliés est très nette. Une nouvelle étape sera franchie quand ces Etats comprendront entièrement qu'en raison du Pangermanisme colonial qui les menace personnellement ils ont un intérêt direct à la victoire intégrale des Alliés qui seule peut les délivrer du souci du péril pangermaniste. Ils arriveront alors à la même conception précise et réaliste qui sera exposée plus loin comme devant logiquement être celle des Etats-Unis.
Quand il en sera ainsi, il est possible, sinon probable, que ces Etats sud-américains, au
moins les principaux comme l'Argentine et le Brésil, ne se contenteront plus de rester des neutres sympathiques. Ils admettront alors que leur intérêt le mieux compris leur fait un devoir de coopérer dans la mesure de leurs moyens à Toeuvre de la libération commune.
Par sa note du 20 avril 1916 relative aux conditions de la guerre sous-marine, adressée au gouvernement de Berlin et ayant le caractère d'un ultimatum, le président Wilson a effectué un premier acte d'intervention positive des États- Unis dans la guerre européenne. Le fait que leur intérêt a commandé aux Allemands de s'incliner, au moins momentanément, devant l'injonction des États-unis, semble à certains avoir déjà mis un terme à l'intervention américaine. Ceux qui soutiennent cette opinion peuvent s'appuyer sur le discours qu'a prononcé le président Wilson, le 18 mai 1916, au club de la Presse de Washington. « II y a deux raisons, dit le président, pour lesquelles le principal désir des Américains est la Paix. L'une est qu'ils aiment la paix et n'ont rien à voir avec la présente que^ relie ; l'autre est qu'ils croient que cette querelle a entraîné si loin ceux qui y sont engagés qu'ils
ne peuvent se maintenir dans les limites ordinaires de la responsabilité... Pourquoi ne pas laisser passer la tempête et^ quand tout sera fini, faire le règlement de comptes. » (Cité par Le Temps, 22 mai 1916.)
La réserve que sa position officielle impose au président Wilson ne lui a évidemment pas permis de développer toute sa pensée car, comme on va le constater, il serait singulièrement dangereux pour les États-Unis de croire Qu'ils n'ont rien à voir avec la présente querelle et d'attendre que tout soit fini pour faire le règlement de comptes.
En réalité, la vraie question qui se pose pour les États-Unis dépasse considérablement celle de la piraterie allemande dans la guerre sousmarine. Cette vraie question est constituée pour les Américains de deux intérêts bien distincts ; l'un d'ordre moral, Tautre d'ordre matériel ou politique.
Au point de vue moral, les Étals-Unis ont à considérer la barbarie avec laquelle l'Allemagne conduit sa guerre, non pas seulement sur mer mais partout. Non seulement l'Allemagne viole constamment les lois de la guerre entre belligérants mais, encore et surtout, les autorités allemandes soumettent à un terrorisme affreux les populations civiles antigermaniques des terri-
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toires sur lesquels ont été réalisées les occupations pan germaniste s, depuis la mer du Nord jusquà Bagdad. Les souffrances infligées par les Allemands aux Belges, aux Slaves d'Autriche- Hongrie, aux Serbes, aux Arméniens, dont ils ont provoqué le massacre en masse, représentent des millions de douleurs indicibles, de forfaits odieux, de martyres atroces. Les Américains qui sont intervenus dans la guerre sous-marine au nom de l'humanité peuvent-ils être neutres devant cet « océan de crimes » commis par les Allemands, sans la moindre excuse, sur des étendues de territoires énormes ?
Au point de vue de la défense de leurs intérêts matériels, il n'est pas certain qu'un nombre suffisamment grand d'Américains aient encore parfaitement compris l'ampleur du problème formidable que la guerre européenne les met dans la nécessité d'envisager et de résoudre. Il est tout naturel d'ailleurs qu'il en soit ainsi. En France et en Angleterre, dans bien des milieux, c'est tout récemment que les véritables et gigantesques buts de la guerre poursuivis par l'Allemagne ont été nettement compris dans leur ensemble. Il n'est donc pas surprenant que l'énormité de la machination allemande n'ait pas encore été « réalisée » par les Américains des États-Unis qui, au début du conflit, forcément
avaient sur les affaires de FEurope des idées aussi vagues et aussi confuses que les Européens en ont eux-mêmes sur celles des États-Unis. La carte-document ci-contre va permettre de comprendre très vite quelle est la base du vrai problème que la guerre pose pour les États-Unis. Ainsi que je Fai expliqué p. 294, les Allemands, après 1895, se sont livrés à un véritable inventaire des éléments allemands répandus dans Funivers. Notre document est dressé d'après les données de la carte o de l'Atlas pangei^maniste de Paul Langhans qui résume cet inventaire. Notre carte établit quelle était vers 1890 la proportion des Allemands nés en Allemagne et ayant émigré aux États-Unis par rapport au reste de la population américaine. On constate que cette proportion était considérable puisque sur certains points (voir la carte) elle atteignait jusqu'à 35 p. 100. En outre, la vue d'ensemble de la carte permet de remarquer que les Allemands se sont installés aux Étals-Unis surtout dans les régions industrielles et commerciales de l'est et des grands lacs. On comprend dès lors ce qui s'est passé ensuite. Depuis 1900 surtout, VAlldeutscher Verband o\i Union Pangermaniste^ se conformant aux instructions secrètes des autorités officielles berlinoises, s'est ingénié à dégager de cette masse allemande aux États-Unis tous les
éléments propres à servir au moment voulu, lors de la conflagration européenne, dans les domaines les plus divers, la cause du militarisme prussien. Ainsi depuis vingt ans surtout, la majeure partie
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