‹ Le plateau central nigérianChapitre 21 sur 100 · PLANCHE XLIX · texte numérisé non relu

PLANCHE XLIX

Pig. 94, — Bercer Puulo ilu Guiiiibala, plaines Vigii

Vtg. 95. — Berger Poulu du Tiuki. village île Katut'i ^octobre 1904).

OU Rouges : et seules les ruines de leurs villages surmontant encore tous les sites des régions désertiques de TichUi du Tagant et de FÂdrar, au Nord du Sénégal et du Niger, subsisteront assez longtemps pour nous indiquer Tindustrie et là grandeur de ces Ahr-Gara {Rouges), Car c'est de Tallianceda mélange et de la juxtaposition de ces deux peuples, d'origine très différente, les uns pasteurs nomades (nommés : Ou^ Oua^ OulCy Oulad, Oulard, Ould, Ponlo, Poulardj Foula, FoiH

lannesy Foulbesy Foufoulbe, Fellah, Fellatha) et les autres industriels et sédentaires (app^jés : Har, Harra, Marmar, Marka, Far^ Farma, Gara, Sar, etc.), que nous devons les éléments de la civilisation soudanaise.

Cette différence d origine des éléments envahisseurs Aotiges se retrouve dans le langage des populations nigériennes, qui ont adopté des idiomes très variés, mélange des langues Sarrakolaise et Foulbé avec les dialectes des primitifs noirs. Dans les appellations des villages, nous retrouvons ces nidmès indications sur l'origine diverse des habitants, car tandis que les campements instables de paillottes, logements des pariteurs se nomment comme les bergers : Otiroy Ougou ; les villages en terre des sédentaires se nomment comme leurs habitants : Sara^ Sare et les tentes des nomades s'appellent Ga. Ex. : Un village blanc se nommera, si c*est un campement de tentes de nomades Gakore, si c'est un assemblage de paillotes, OugoU'Kore ; enfin si c'est un village avec maisons eto terre Sarekore'L

Déjà les peuplades issues de ce mélange de Ou, pasteurs (fietules) avec des Ar^ sédentaires (Fari), nous avaient été signalées dès la plus haute antiquité par les écrivains histo*riens et géographes qui les nommaient Noumides ; Ssllu^Vb

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nous dit que « les Farousii, en se mêlant aux Gétules {Gue" € Toules)^ ont formé la nation des Noumides. »

Or ces métis Numides, nommés actuellement Noumous, ont été d'après les traditions les premiers initiateurs des peuples primitifs, aux arts industriels ; par suite ce titre de Noumous a été conservé et appliqué à tous les forgerons (1).

Parmi les populations ralliées au clan des oiseaux, nous retrouvons presque toutes les tribus sahariennes qui avaient déjà fait partie du clan des poissons {Ma) nous y voyons encore, avec beaucoup de noirs pêcheurs (comme les Ndao et les Dia, dont le « Tanna » est Taigle), certaines familles Foulbé qui ont, comme « tannas » la pintade et la perdrix; puis les Markas-Nononkés « la cigogne » ainsi que la plupart des tribus Maures, Touaregs Ndagas^ Imrads, Mididaghen, qui ne mangent pas les poulets.

D'ailleurs les tribus Maures Ahlouchs et Meischd'oufs du Sahel Soudanais sont toujours considérées comme représentant ce clan des Rouges ainsi que les Ousra et une partie des Kel Antsars, Un dernier vestige de cette alliance Otiagara (au pluriel Ouangarhe)^ se retrouve encore dans les familles nomades Peuhls (des Foulbes, Oiiangarhes)^ et celles des Nononkes, Sarrakolais, sédentaires des montagnes, qui portent toujours les mômes noms « diammou ». Dein-De-Ba- Bari^ Keli-BoHy Bolarbe et Ouagarhes. Leurs animaux « Tanna » sont les perdrix, pintades, outardes, sarcelles, etc., les rattachant ainsi aux Foulbcs, Diakite et Dialo, qui furent,

(4) Mais ce terme de forgeron « Noumou » n'a pas forcément dans les pays Nigériens l'idée d'un métallurgiste. Chez les Touaregs on nomme forgerons tous les métis des nobles (Blancs) avec leurs vassaux Dagas ou même avec leurs captifs Bel las.

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eux, réunis et ralliés plus tard aux Dias, une des familles Gara célèbres dans les plaines Nigériennes.

Toutefois dans Té tat actuel de nos connaissances, il ne nous est pas encore permis de voir nettement Torigine première de ces deux groupements de peuples envahisseurs qui on,t changé si profondément Tethnographic et la mentalité des primitifs Nigrètes. Les tribus du premier groupe A/tr, PAar, Mar, furent, à un moment donné, soumises aux (Carthaginois dans le clandesMarmarideset ont conservé de nos jours, comme nous le verrons plus loin, un grand nombre de coutumes asiatiques et babylonniennes. Ce sont ces peuples, que les historiens anciens, dont Salluste, avaient, d'après les traditions, assimilés aux Perses (Pharousii) de l'armée d'Héraclès, qui apportèrent la civilisation dans l'ouest africain.

Les tribus du second groupement, pasteurs nomades connus sous le nom de : Oii-Oulo-Oiile-Foula-Foulhe^ etc., se retrouvent avec le même nom, dès les premiers âges historiques, en Egypte dans le pays Kousch et leur origine peut être rapprochée de celle de certaines peuplades de même nom dont le souvenir nous a été conservé par les traditions de la Genèse, au chapitre X.

Ces éleveurs de troupeaux, toujours dans le môme stade de civilisation, se sont répandus dans toute l'Afrique, en se mélangeant aux primitifs nigrètes. Par les grands plateaux abyssins, les uns ont gagné les massifs de T Est et du Sud africain, en formant les tribus Oua, Wa\ par les grands affluents ouest du Nil, les autres ont occupé le Ouadai et YAh\ sous le nom d'Ethiopiens Hotir/rs des anciens ; enfin, longeant les rives de la Méditerrannéo. d'autres sont arrivés à peupler le Maroc en formant les tribus (létouls. Mais poussés par d'autres enva-

Fig. 96,— Femmes Poulo do Sai-afere (Guinibata),

Flg. V. — Fcniiiirs Poulo ilii Kniinarî. venant viïnitn; <lu liiitagc ii Uopt

type le « nouba » du Kordofan ; ils font partie des langues sémitiques altérées par le contact des langues arabes et nègres environnantes.

Cependant la vallée du Nil ne parait avoir été pour ces^ pasteurs qu*une région d'occupation temporaire d'où ils se sont répandus dans toute l'Afrique en formant la base des tribus pastorales.

Ces nomades paraissent avoir également quelques affinités avec plusieurs tribus de la péninsule arabique et du golfe Persique. Denham et Clapperton (T. III, p 3) citent un Poul qui se trouvant h la Mecque aurait pu converser dans sa langue avec des Wahabites iOun-Uabites),

En outre leurs traditions elles-mêmes les font venir d'Asie. Bérenger-Féraud qui les a étudiés en Sénégambie rapporte la version d'un de leurs marabouts qui les fait descendre d'un Fellah-ben-Hymiar.

Nous savons également que les Senbadja font remonter leur origine jusqu'à Ilymiar et prétendent qu'ils seraient venus du Yemen au Sahara au temps du roi Tobba (1).

Or, d'après M. Caussin de Perceval, ce roi Tobba serait Tobba-Harits-Erraïch puisque la tradition arabe veut que les Senbadja soient venus en Afrique sous le règne de Tobba Africus (2).

Comme nous allons le voir, plus loin, la confédération des Sanhadjar, Sfni/iadjp, Sonna, Sonninkf^ remplaçant celle des Ona-Koré, comprenait non seulement des tribus classées

(1) TaricIc-efi-SoiuInn, (i. Hondas, p. X',\.

(2) Cf. Caussin de Perccval. Essai sur ilfistoire dps Arabes, t. ï, p. .*19 et 67 ; Taric/i-es-Soudan, note de la p. 43.

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actuellement comme Maures et d'autres comme Touareg mais encore une grande partie des Foulbés, anciens Oua-Koré, cités d'ailleurs souvent dans le Tarick^ (p. 104) sous le nom deNononkés ou Senh<^dja-Nounou.

Enân, il existe sur l'origine de ces diverses populations pastorales une tradition légendaire connue sous le nom de manuscrit de Bello, rapportée en Europe par Denham et Glapperton.

Dans cet ouvrage, écrit en arabe, Tauteur traitant des différentes populations africaines et de leur origine nous dit qu'au moment de l'arrivée des peuples Berbères : t Afriw eus régnait en Yemen et les Berbères en Syrie ». Or, d'après M. Salomé, cette époque correspond à la période où les Hyksos ou Sahsou s'emparent de la Basse-Egypte (vers 2.500 av. J.-C). Bello nous donne également la composition et l'origine de ces vachers : « Les Berbères descendent a d'Abraham, quelques-uns prétendent qu'ils sont issus de « Japhet et d'autres de Gog ou Magog dont une tribu, « qui se trouvait à Galroum, s'était unie avec les Turcs et « les Tartares. »

Ces envahisseurs pénètrent rapidement dans toute l'Afrique ; les uns longent la rive méditerranéenne a occupant « les oasis d'Oualibar et Morekaba puis se répandent dans « rintérieur du Garb jusqu'au pays de Sousa (1), où ils « s'établissent )>.

a Les autres allèrent d'abord dans un des cantons voisins « de l'Abyssinie... La fortune les seconda et bientôt leur « domination s'étendit juscju'a rextrémité de celte partie de

(1) Le Sous Maror:\in. pays dos Gctules.

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ce la terre. Le Ouadaï ainsi que tous les pays de Haoussa t étaient en leur pouvoir.

Ces deux invasions se rejoignent à travers le désert « c'est « ainsi qu'ils vinrent dWoudjat en cinq tribus et qu'ils con- « quirent TAïr » (manuscrit de Bcllo).

Pour conclure nous devons simplement coustater que l'anthropologie, la sociologie, la linguistique et les diverses traditions des peuples s'accordent pour nous montrer des invasions de tribus pastorales composées d'éléments asiatiques divers, arrivant vers la même période préhistorique dans la basse- Egypte. Ces peuples migrateurs se sont dans la suite des siècles égrenés à travers toute l'Afrique sous les noms de Ow, Sous, Sa, en se métissant diversement avec tous les primitifs Africains.

Les blancs. — Sous TEmpire romain probablement, les peuples du Nord -Ouest africain s'étaient également confédérés, et peu à peu, par des luttes incessantes, ils avaient soumis ou repoussé, vers les grands fleuves nigritiens, la Confédération des groupements Ou/e et Gara établie dans la zone désertique du ïagant, sous le nom de Gangara, Par opposition avec ces Houges et les anciens tributaires noirs des Ma qui formaient alors la confédération des noirs (Gabibi)^ ils se dénomment les Blancs {Gn-Kore). Leur confédération grandit et englobe peu à peu ses deux rivales. Certains peuples noirs du Sud s'y rallient, ce sont les AW</, qui deviennent les N(/a-Fii/u (1), puis dans les Rouges, des familles Hara ou 0//a,s'aflilient également à leurs clans et forment les Sara'

(4) Actuellement h la Côte d'Ivoire, capitaine Figeac, et Administrateur Delafosse, op. cit.

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kolle (Sarn^lUaucs) et les Ouankore (Oua-Blancs). C'est la famille des Uannfs ou Anna, (jui dirige ce groupement de lilancH (l)et (|ui déjà, nu commencement de r<>re chrétienne, fonde la célc^bre capitale de (iamia, Gahanna, près des bords du Niger (2) remplaçant les auciens centres des Oua^ Ouaga" don, Los principales familles de cette confédération sont : Ifts Id'Ki'la'Oit/'UaS'Ahl, que nous connaissons sous les noms de : lilnhannes-Be'idhannes (Blancs), Hassannes, Foui" AnnvS'lahnwui'Ahl, Faht.laya.Kaïa^ etc .. La chronique de Es'Sa\li^ le Taric/k-es-Soudan , nous atteste ces faits, auxquels la légende de Farang donnera une nouvelle confirmation.

Dans la traduction de M. Iloudas (page 18 du Tarick), nous voyons que « Me//i est le nom d'une grande contrée, très « vaste, qui se trouve h l*extréme Occident du côté de Tocéan « Atlantique, Kaïa-Maga fut le premier prince qui régna « dans cette région. La capitale était Ghana ^ grande cité sise « dans le pays de liaghena ».

« Ou assure que ce royaume existait avant Thé^ire, que « vingt-deux princes y régnèrent avant cette époque et « qu'il y en eut également vingt-deux qui régnèrent ensuite, u Cela fait en tout (piarante-quatro rois. Ils étaient de race K blanche, mais nous ignorons d*où ils tiraient leur origine. « Quant À leurs sujets, c'étaient des Ouakorv et des Ougara.

« Lorsipie cette jireniière dyuaslie disparut, elle fut rem-

(I) Le terme dlanno) so trouve lians les noms trun ^rami nombre de familles oarlhaj;inoisos. Hannon. Hann. Baal. IVwus-nous vo:r là desclienls ou Irihutairtw lie r-arllia^je.

{t^ liannn. ;1 uiiolrenla:netle kiliinî-lros ilii f!eu\o Nij;er sur !o> rixesifun peut man^ot entre N\anitua ol Ikiiiainiia.

« placée par celle de Melle/ dont les princes étaient de race « noire ».

Par ce texte, nous voyons que les blancs qui gouvernaient la Nigritie étaient de la tribu Hannes et appartenaient à la famille la, Kaia de Tancien clan du lamentin Magba, <( gens du Ma ». Ces noms nous rappellent la famille des larba des Garama, et nous expliquent également les noms donnés à la région lacustre du Niger, Kaniaga ou Gadiaka^ dont les marigots deviennent Dia ou Dïaka et les habitants />ïa-i4w/Mï- Dïara-Ma^ etc., on Baiiia (hommes delà) ; enfin les pêcheurs de cette région se disent encore la- N arma : Uanna de la et parlent toujours un dialecte voisin du SarakoUe. C'est également à cette période que Ton doit les noms des villages et des provinces formés en la comme laga^ latenga^ Iako, etc. « Les gens de la » Enfin, si certains Ouangarbes du Mossï sont connus sous le nom de Yarba^ c'est que leur arrivée dans le centre de la Boucle s*est faite sous les règnes de la domination des Blancs Dia^ pendant lesquels les familles des tribus Ouïe des Foiilbes prennent elles-mêmes les noms de Dia, et deviennent alors les Uiallo ou Diallobes et les Diakite qui existent encore de nos jours.

Dyew^e la grande ville commerciale, se tmuve également fondée vers cette époque parles gens de Dia{l) et de Gannc^, {Dia-Anna). Le Tarick-ès-Soudan, page 23, nous dit explicitement que (( cette ville a été fondée par les païens au milieu « du ne siècle de l'hégire du Prophète (800). Les habitants ne

(i) Monographie de Djeîuie, AdnT" Ch. Monteil, imprimerie Mazeyric, Tulle, 1903. — A la suite de son étude détaillée, il ne peut faire aucun doute que ce soient les « Dias » de (îanna (jui ont fondé Djenne avec le concours des pécheurs du fleuve, aborigènes plus ou moins métissés.

• 130 DEUXIKMK PARTIE

Ces envahisseurs apportèrent avec eux des conceptions nouvelles, une civilisation, des industries jusqu'alors inconnues, même des arts qui ont formé la base de lorganisation sociale de leurs peuples tributaires barbares, débris composites de familles diverses, l^ar leur conquête ils ont déterminé la création d'une société civilisée et organisée, (jui s'épanouira pendant plusieurs siècles sur les bords du grand fleuve des Noirs, dans la capitale (nnmn et dans ses colonies : Djpnnr, Tomboiicfon, koulàa, comme un reflet p{\le, lointain et tardif de la vieille Carthage, métropole africaine continuatrice des conceptions asiatiques.

Les invasions Sousous. — Les groupements de populations noires du Sud de l'Egypte, plus ou moins métissées de tribus pastorales Ouïe, avaient formé des confédérations sous Temblème du serpent (1). (les confédérations : 5/, paraissent devoir remonter à une très haute antiquité, car au début des dynasties divines de l Egypte, antérieures à Osiris, figure le serpent (2) ; et nous savons également que les hommes du pays Phlah désignaient les nègres et les serpents du même nom, Nahasiou ou Na-Si (3). Cette société humaine se forma du mélange des primitifs noirs avec les déchets des peuples soumis, des nomades et des mercenaires que TEgypte rejeta î^ toutes les époques de son histoire dans le Sud : ces refoulements d(» peuplades dans le désert et dans le Sud se trouvent cités dans tous les auteurs anciens : Hérodote Ini-méme décrit ainsi un de ces mouvements de tribus au vn** siècle avant Jésus-ChrisI sous le règne

(i) Les Sa, les Sou, les Si.

(i) Cf. Morgan, Ethnographie pirhistor (que, p. :237-i;j8.

(3) Maspero.

KTHNOGRAPHIK 131

de Psamitik /e»* : « Mécontents, dit-il, de se voir enlever par « les mercenaires Ioniens et Cariens, les avantages pécu- « niers et les honneurs dont ils avaient joui jusqu'alors, les u MasIui'Ouasha et les troupes indigc^nes prirent le parti de <c s'exiler ; 240.000 d'entre eux s'assemblèrent avec armes et « bagages et remontèrent le Nil, Psamiti/ilcs supplia en vain « de ne pas abandonner leurs femmes et leurs enfants. Branle dissant d'une main sou glaive et de l'autre faisant un geste « brutal, un vétéran cria qu'avec lépée et le reste ils « auraient toujours des femmes et des enfants. Ils s'établi- « rent au confluent du Balir-fl'Azreck (1) et du Bahr-el" « Ghazal et s'y multiplièrent au point de devenir un peuple i\ considérable. Les voyageurs leur donnèrent le nom à'Au- « tomoles et de Semhrites qu'ils ont conservé jusqu'aux prec( miers siècles de notre ère v (2).

Pour se niulliplier, ils furent obligés de conquérir leurs femmes avec Tépée et s'attaquèrent évidemment aux peuplades KoKschites et Négroïdes du Ilaut-Nil. Ces unions en introduisant dans leur race des éléments trop inférieurs amenèrent sa déchéance.

Cet exemple suflit h démontrer les métissages sans nombre de ces groupements, fortement imprégnés d'éléments négroïdes, qui peu à peu s'organisèrent féodalement sous la direction des Si /a/ if/ t/i ou Salatigni.

Ces masses hétérogènes, qui avaient été maintenues en respect par les empires du Nord, jusqu'au vnr' siècle après Jésus-Christ, vont se précipiter soudainement à la conquête

(\) Vers Karthuum.

(2) Masperod'aprùs Hérodote.

132 dkl'Xii*:mk partik

de la Nigritic, lorsque les invasions arabes et hillaliennes détruiront l'équilibre des nations en bouleversant les empires et les organisations sociales méditerranéennes. En effet, vers la fin du vu" siècle toutes les anciennes civilisations du Nord africain s'écroulaient devant l'invasion islamique ; et les débris des confédérations A/a, Onu ou Gara,, déjà ébranlées par le christianisme byzantin, sont détruites et dissoutes par les adeptes du Prophète ; aussi, lorsque les Silati qui s'élanceront à la tète des clans des serpents, Sousous, entraînant à leur suite des primitifs, vers la conquête du Niger, ils trouveront de précieux appuis et de nombreux alliés dans les anciennes tribus noires de plus en plus refoulées dans le désert (Masa, Oiiasou, etc.) et chez les pasteurs Oulé leurs frères de même origine.

Tous les primitifs verront en eux des libérateurs qui leur permettront de secouer le joug des races Gara descendues du Nord. Cette grande invasion nous représente donc la violente réaction des tribus primitives métissées de pasteurs nomades, contre les civilisateurs méditerranéens et leur suzeraineté séculaire. Nous verrons de semblables mouvements se reproduire au commencement du xix*" siècle avec les invasions Foulbés et Foutankés composées également d'éléments nomades, pasteurs métissés de primitifs noirs.

Le point de départ de cette grande invasion des gens du serpent doit être placé dans les vastes plaines qui bordent le Haut-Nil : Ptolémée nous indique déjà cette région africaine, comme domaine des gens du serpent, .Sa, lorsqu'il nous indique une Sithiaka (Ij, parcourue par des nomades au Sud

(I) Sithiaka, sud Tripolitain a pour élymologie : Ka ou ga -— pays des

. . - . ^ik

ETHNOr.UAPHIK 133

de la Marmariqiie {Sud TripoUtain à cette époque). C'est aussi dans cette région qu'il place entre le mont Maudrus et Saga-Pola, la tribu des Salatiy puis le royaume de Samba M). Cette môme zone nous est également indiquée comme emplacement des Sa^ par un historien arabe du x'- siècle : Ibn- Sklwi-Assouani. i\\\\ parlant de la Nubie dit que : « Nouba € s'appliquerait à la portion de vallée du Nil comprise entre c TEgypte et le Dar-Donyola, au-dessus des grandes cata- € pactes, c'est-à-dire précisément dans les territoires qui ont « été vers le vir siècle la partie principale de Tempire de « Silao^ Salao ». Quant a la chronique de Bello (dont le manuscritd éjà cité nous a été rapporté par 6Va;^/j/v7o/i du OwWa/), elle nous raconte avec détails les conquêtes de ces hordes de cavaliers sauvages et destructeursqu*elle assimile à une fractiondes anciens Berbères. Selon cette tradition, une partie des Berbères suivit, à une époque antéhistorique, très lointaine, les côtes de la Méditerranée, tandis que « d'autres allèrent d'abord « dans un canton voisin de TAbyssinie : la fortune les seconda « et bientôt leur domination s'étendit jusqu'à l'extrémité de « cette partie de la terre, le Ouadai, ainsi que tous les pays « Haoussa étaient en leur pouvoir. Ces Berbères avaient un « naturel sanguinaire et aimaient la guerre et le pillage » (2). Ces sauvages envahisseurs ont laissé des souvenirs vivaces dans toutes les tribus de l'Afrique occidentale où ils sont connus sous le nom de : Sousous^ Sansan, Soso, Siso/co,

gens, la-— cl'Ia. Si = du Serpent. la est le nom de toutes les familles régnantes : larba des Garama, Kaia des Ouakore de (Janna, Dia des Songhoï, larga des Mossi.

(i) Agades ou Agy. Samî)a faisait partie de ce Koyaume k l'Ouest.

(2) Manuscr. de Bello : Ik'liam et Cla()perton.

c< se convertirent à rislamismc que vers la fin du vi« siècle c( de rhégire ».

Sous le gouvernement de ces Blancs, en effet, Tislalmisme augmente rapidement. Tout un quartier de la capitale Ganna est musulman, nous disent les voyageurs arabes Ihn-Batoutaei El-Bekri. Cependant ils signalent encore les nombreuses coutumes féticTiistes des indigènes.

Par les animaux éponymiques tannas, conservés dans ces familles, nous voyons que les Dia et les Dial- Anima appartenaient encore aux clans des poissons et des oiseaux et continuaient sur le fleuve à gouverner les peuplades de ces clans, tandis que les Foiilbes-Diallo et Diakile, anciens Oua, restaient attachés spécialement au clan des oiseaux, perdrix, pintades.

Dans Textrème Ouest, sur les bords de TAtlantique, les populations Berbères-Maures ^ Foulbés et NoireSy reformaient également une confédération, celle des Kerias, animaux à grandes dents, comprenant : les éléphants, El-Ouanne (en tamachek), les sangliers, l'hippopotame et le lièvre. Nous retrouvons les traces de ces tannas chez les Ahl Maure^ les Tall, Talihe, FalL et les métis Peuhls du Fouta, qui se revendiquèrent longtemps d'une même origine arabe (1). De même les familles des tribus Touareg et Boulbes chez qui la viande de ces animaux reste encore interdite, sont des descendants des membres de cette confédération Kéria,

(l) C'est pour cette raison que les Fahl se disent de môme origine que les Maures. Les Oulcd Nacer ont le lièvre pour tanna. Les Touareg et leurs Dagas, ainsi que les Maures ne mangent pas d'hippopotames ni d'éléphants. Les Peuhls, Hari, Dem Beli ont le sanglier pour emblème. Les Tall de la famille d'El Hadj-Omar ont tous ces animaux comme « tanna » (Maki Tall, pelit-lils d'Ll Hadj-Omar, ex fania de Dinguiray.

avec eux les germes de la civilisation méditerranéenne que leur avaient inculqués les Gariimantes^ leurs suzerains. Nous en retrouvons aujourd'hui de multiples traces dans les mœurs, coutumes et industrie de leurs tribus établies à la Côte d'Ivoire, au Dahomey, au Bénin, sur les rives du golfe de Guinée (1).

Cependant les autres familles de ces tribus Nda, durent s'affilierau clan des vainqu(*urs ainsi que les //«?•« des régions désertiques et les Garama des montagnes, qui devinrent alors dans la nouvelle confédération des serpents les Garasa^ les Sahara et les Sou-nda. Comme i\ Tépoque de ces invasions Sousous les conquérants musulmans entraient en relation avec les peuples des régions désertiques et nigériennes ; ils nous ont transmis ces désignations par les écrits de leurs historiens et nous ne connaissons cette partie de l'Afrique que comme le pays des Sa-hara ou des Sou-nda.

Toutes les populations noires ; Bo, Mo^ des rives nigériennes, se mélangèrent ou s'unirent aux Sousous vainqueurs et dès lors devinrent les Mosi, les Bosos, les Sornonos ou Somonke, les Samo, les Sorkos (2) et les Songo (3).

Les peuples pasteurs Foulhrs, affiliés aux rouges « Gara »

(i) Ces traces de civilisation méditerranéenne ont été signalées souvent par M. l'Administrateur Delafosse A la Côte d'Ivoire. M. le commandant Fonssagrives au Daliomey et M. F. von Luschan au Bénin. V. Etude sur les traces probables de cirilisalion Egi/ptienne et d'homynes de races blanches à la Côte d'Ivoire, M. Delalosse. M. P. Slandinger publie dans les Zeitochrifft fiir Et/inoiof/i", t. XXXVIII, p. i>3! (190G) une intéressante étude qui démontre l'identité et idonlifio le^ anciennes industries du verre en Palestine avec certains objets de verre encore fabricpiés à Nupe ou Nufé dans le Soudan occidental, ou celle industrie aurait été apportée, au dire des légendes, par des colonies juives (Anfhropolof/ie, t. XVH, iDOO, p. 469).

(2) Sorko, Homme du Ser/jent, clan mAle.

(3) Songo, Homme du Serpent, clan temelle.

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Leurs chefs^ de la faiiille des Kpï/a, dirigeant ces grandes invasions sousous du xn'* siècle, portaient le titre de Silatigui ou Salatiqvi^ titre que prenaient égale ment autrefois les chefs des Hycksos, quand k la tête des pasteurs ils envahirent TEgypte en 2300 avant J.-(^ Ce môme nom a été conservé pendant toute Tantiquité par les tribus Salati (1), que nous citent les auteurs anciens comme habitant la Nubie, et nous le retrouvons gardé par les chefs Sousous-Malinkés et Foulbés-FoStankés ralliés aux clans du Serpent.

En outre, tous ces envahisseurs se à\%(tïi\ Moro-Fing {^), Cette tribu des Fiag fut très célèbre en Nubie où elle a laissé, vers l'Erythrée, de nombreuses traces de son passage.

Pendant leur marche victorieuse à travers le Soudan toutes les populations de la boucle du Niger se soumirent aux chefs de cette invasion de cavaliers et presque toutes les tribus s'affilièrent aux clans du Serpent en ajoutant k leurs noms les termes 5a, So ou Si.

Les peuples Nda qui occupaient les plaines nigériennes furent en partie refoulés vers le Sud, car nous les voyons au Xîi*' siècle pénétrer dans le Dahomey et sous le nom ({^Ashanti- Agni (3), traverser les forêts de la C(^te-d' Ivoire et ne s'arrêter qu'aux rives de TOcéan: tandis que les primitifs Pahonins(i), qui habitaient ces régions forestières refluaient jusqu'au Congo h travers les forêts équatoriales. Ces N(/a emportaient

(i) Ptolémée, loc, cit.

(î) Moro Fing peut signifier (Homme noir), car les envahisseurs paraissent avoir formé un clan des noirs connu également comme Boro-Bihi.

(3) M. Delafosî*e dans sa Grammaire fie la lufu/ue Agni-AshatUi, place l'arrivée des Ashanli au xiie siècle î^i la ente d'Ivoire.

(4) Lieutenant Avelot, Existenre des populations Pahouïnes à la Côte d'Ivoire antérieurement au xii" siècle.

avec eux les germes de la civilisation méditerranéenne que leur avaient inculqués les Garama/Urs, leurs suzerains. Nous en retrouvons aujourd'hui de multiples traces dans les mœurs, coutumes et industrie de leurs tribus établies à la Côte d'Ivoire, au Dahomey, au Bénin, sur les rives du golfe de Guinée (1).

Cependant les autres familles de ces tribus Nda, durent s'affilier au clan des vainqueurs ainsi que les Hara des régions désertiques et les Garanui des montagnes, qui devinrent alors dans la nouvelle confédération des serpents les Garasa, les Sahara et les Sou-m/a, Gomme à Tépoque de ces invasions Sousous les conquérants musulmans entraient en relation avec les peuples des régions désertiques et nigériennes ; ils nous ont transmis ces désignations par les écrits de leurs historiens et nous ne connaissons cette partie de TAfrique que comme le pays des Sa-hara ou des Sou-nda.

Toutes les populations noires ; Bo, Mo^ des rives nigériennes, se mélangèrent ou s'unirent aux Sousous vainqueurs et dès lors devinrent les Mosi, les BosoSj les Soïnonos ou Somonke, les Samo, les Sorkos (2) et les Songo (3).

Les peuples pasteurs Foul/jés, affiliés aux rouges « Gara »

(i) Ces traces de civilisation méditerranéenne ont été signalées souvent par iM. l'Administrateur Delafosse A la Côte d'Ivoire. M. le commandant Fonssagrives au Dahomey et M. F. von Lusclian au Bénin. V. Etude sur les traces probables de civilisation Ef/i/ptienne et d'hommes de races blanches à la Côte d'Ivoire, M. Delafosse. M. P. Slandinger publie dans les Zeitochrifft fiir Ethnologie t. XXXVIII, p. :23! (lî)0()) nue intéressante élude qui démontre l'identité et idonlifio le^ anciennes industries du verre en Palestine avec certains objets de verre encore fabriqués à Nupe ou Nufé dans le Soudan occidental, ou celte industrie aurait été apportée, au dire des légendes, par des colonies juives (Anfhropolof/ie. t. XVII, 1906, p. -469).

(2) Sorko, Homme du Serpent, clan mAle.

(3) Songo, Homme du Serpent, clan femelle.

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qui font partie de ce clan des serpents deviennent les Sankara ou Sankare, les Cissé (1), les Sidibé, enfin les So et les 5i, noms qu'ils transmettront plus tard à leurs métis noirs Toucouleurs. Un autre groupe de Foulbés forme les Nononke- Senhadja qui s*allièrent aux Berbères, Maures et Touareg. Mais, sous cette poussée formidable, Tempire des Ouakore s'effondre peu à peu et bientôt les hordes Sottsous viennent mettre le siège devant sa capitale : Ganna{^), qu'ils pillent et détruisent vers 1230. Les Annes ou Anna qui avaient fondé le fameux clan des blancs doivent eux-mêmes se soumettre et prendre le titre de Sou. Par suite leur ancienne confédération devient la Soiinna, dont les enfants seront les Sounadia ou Senhadja. Les autres membres des clans blancs forment, dans rOuest, la confédération des Trarza, Sennaga ou Zenagay d'où nous avons tiré le fleuve des Zenaga ou Sénégal. Â cette même époque, tous les descendants des Gara ou Karadje deviennent les Sankara, comme certaines tribus Foulbés du centre de la Boucle.

Mais ces envahisseurs, qui ne vivent que pour le pillage, dirigent, immédiatement après la destruction de Tempire des Ouakore, leur course dévastatrice vers l'Ouest et ne s'arrêteront qu'à rOcéan. Nous retrouvons aujourd'hui leurs descendants métissés de primitifs chez les Sousous, Sosos de Gaza-

(1) Cissé, nom de famille qui a été, après Tavènement de Cheikou Amadou, LobtK) Cissé comme émir Foulbés d'ilamadallahi, pris par les Foulbés comme tilre des gens connaissant le Coran, synonyme de « Thalibé ». Dans la vallée du Niger, Cissé est un titre comme Touré au Sénégal.

(3) Le Dr Tautain rapporte que les Sousous détruisirent en i203 le royaume de Wagadou (Ghanala des auteurs arabes). D' Tautain, Légendes et traditions des Soninké ap. Bulletin de géographie historique et descriptive, iSDfS.

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mance les Sisso/ios, les Soces, etc., du Sénégal ; et dans ces tribus les chefs gardent toujours le titre de Silatiqui. Actuellement, après des siècles, nous pouvons encore suivre la longue route de migration de ces barbares destructeurs par toute la série des multiples pays et villes du nom de : Sun, Sansan^ Sou, Kasw, Kissi^ Zandore^ Sindvr. So/colo, etc. (1), dont ils ont jalonné leur parcoui's dans toute la zone de TAfrique centrale, qui porte depuis cette époque leur nom Soudan (2).

(i) So-Kolo était autrefois Kala ot c'est le nom que lui donne le Tarickes'Soudan,

(2) Nous renvoyons le lecteur, pour les traditions sur l'origine de chaque tribu maure, arabe, Touareg et Peulil de notre Soudan français, aux documents remarquables recueillis et réunis par M. II. Sarrazin, vétérinaire : Races humaines au Soudan français, Chambéry, imprimerie générale de Savoie.

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