CHAPITRE II
FORMATION ET CONSTITUTION DKS CîUOliPKMKNTS FAMILLKS, TllIHUS ET CONFÉDÉRATIONS
Pendant mon séjour dans les massifs chaotiques du plateau central nigérien, énormes amoncellements de rochers arides, aux formes bizarres, dominant les dunes de la plaine, j^avais été très frappé de la variété extraordinaire des noms de famille de ces montagnards appelés par les Foulbés, musulmans de la plaine, des Hahbés (1).
Aussi, lorsque le vieil Hogon de Bankassi, conservateur des traditions populaires, voulut bien me raconter les légendes locales, je m'empressai de l'interroger sur Torigine de ces populations soudanaises.
D'après ce vieillard vénérable, les premières populations de toutes ces régions nigériennes furent de petits sauvages, nains roux, vivant de chasse et de pèche, habitant sous des abris de rochers ou dans les taillis des fourrés. Ces négrilles ont été refoulés depuis longtemps dans les grandes forêts du Sud et de l'Ouest.
Au milieu de ces peuplades arrivèrent successivement des tribus de grands hommes d'origines très diverses, descendus des plateaux du Nord et de l'Est, dont les familles s'appe-
(4) Au singulier Habbès t'ait Kaddo.
laientde noms monosyllabiques : Bo, lia, lie ou Ga, Ka^ Gue, ou Lo, La^ Loy Mo, A, As, Ad, Ar, At, la, Dia, Dio, etc. ou Ou?n, ou OîH, Har, Nda,
Peu à peu ces tribus se mélangèrent ou s'allièrent, soit entre elles, soit avec les ncgrilles et pour les distinguer de celles qui étaient restées sans mélauge, on les désigna par les deux noms accolés des familles primitives, père ou mère (1) de la tribu métissée, selon l'expression du Hogon.
C'est ainsi que l'ancienne famille soudanaise Bo, Ba,o\x Be, sortie « des trous de la terre sur les bords du Niger, d'après la légende « et dont les Bo-bo actuels sont les descendants, a formé, avec les dilTérentes tribus survenues tour à tour dans la région, les populations suivantes :
Avec les Oum ou Om arrivant de TEst : les Oumbo, appelés : Hownho (ou Hombebe au pluriel) (2), Toiimbo, Fombo et NombOy etc., avec les La ou Lo, les Lobo, les Bala, Bêla ou Kala^ Gala et Baga ou Baka, et avec les /a, /o, Dio, les Dibo et loboy de même nous avons Na-Bo, Kontabo, etc., etc., puis les N'dogom^ N'dogomba, Nda-ya, etc., Alla « Atlantes », etc.
Mais peu à peu des intérêts communs à défendre ou une affiliation à de mêmes idées religieuses amenèrent avec des groupements nouveaux la formation de confédérations qui prirent le nom ou les emblèmes de la tribu directrice. Presque toutes les tribus du Soudan se trouvèrent, à un moment donné, rattachées ou placées tour à tour sous la protection de
(i) PeuMtre doit-on voir là l'orij;ine des tribus mAles et des tribus femelles.
(2) Il est à remarquer que ces noms de peuples se terminent en A dans le Nord en langue Sarrakolle,en E dans le centre dans la langue Peuhl, et en 0 dans les dialectes primitifs. Ex. : Taga fait Tegue ou Togo, (ia = (iue = Go. Pas= Be = Bo. Tala =^ Tcle = Tolo. En outre / se change en r très souvent.
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trois de ces tribus descendues à une époque très reculée du Nord et du Nord-Est, ce furent les Ma, fondateurs de la confédération des poissons, les Oiia de la confédération des oiseaux et les «S'a de la confédération des serpents.
Chaque fois qu'une famille était soumise ou affiliée à un de ces clans, elle ajoutait à son nom le titre du clan, c'est ainsi que nous eûmes : les Ma-Nda ou « Mande », les Ouanda, les Sonda, de même les Bo ou Ba devinveni Ba-M a, puis So-Bo ou Boso, les Ounis devinrent Tourna et les Gala devinrent Sakala ou Sokolo.
Mais bientôt de nouveaux groupements se forment avec l'arrivée au pouvoir d'autres tribus qui grandissent probablement sous l'influence d'idées religieuses nouvelles. On abandonne les animaux éponymiques, signes de ralliement à une fédération commune^ pour adopter le nom de la famille régnante, nom qui, par suite de la couleur « tanna » (emblème) adoptée par les chefs, a servi chez les primitifs vassaux à désigner la couleur elle-même.
Les tribus affiliées, soumises ou conquises à ces nouvelles confédérations ajoutèrent à leur nom le terme indiquant la couleur du groupement quels que fussent d'ailleurs leur origine et leur teint.
Les premiers groupements établis furent ceux des rouges Gara ou Oiilé ou Koron et ceux des noirs Bibi on Fing, puis dans le Nord et Nord -Ouest se forma le groupement des blancs, Korrey^ Kolleï^ Fùfu, Beïdhannes (Idhannes, Keïla, Meïga).
C'est ainsi que nous retrouvons les membres du clan rouge sous le nom de Ga-gara, Gara-Ma, Gara-Sà, Gara-Oua ou Ouagara, Korongoï, Koromeï, Oua-Oulé, Ouassoulo, Bobo- Oulé, etc.
ETHNOGIIAPHIE 105
Les Doirs comme Bobo-Fing, Morobibi, Gabibi, etc.
Les blancs comme Oua-Korey, Sara-Kolley, Nda-Fiifu, etc.
Chacun de ces groupements contenait des familles d'origines très diverses. Mais très probablement cette distinction établie sur la couleur a du être basée sur un signe de reconnaissance qui rendait telle couleur « tabou », pour le groupement : c'est ainsi qu*en étudiant les tannas des tribus nous verrons des Mar-Kas, u rouges », avoircomme défense l'usage de vêtements lustrés noirs du Haoussa, de même que nous constaterons l'antipathie des individus du clan des Bambaras, morO'fing, homme noi?\ pour les vêtements rouges, verts ou jaunes, objets de prédilection des Sarra-kolé, des Markas, des gens de Tombouctou et des forgerons, etc., qui, tous, ont appartenu à des clans rouges. Nous voyons également les Touareg nobles et certaines tribus maures n'accepter que l'usage des vêtements sombres noirs avec une ornementation rouge et refuser tous vêtements blancs.
Mais cette division des groupements basée sur les couleurs, tirée du nom de la famille ou tribu gouvernante, n'a pas été la seule, car on retrouve une division (principalement chez les rouges), en tribus mâles et femelles, qui semble remonter à une très haute antiquité.
Les tribus mAles, qui furent peut-être aussi les clans directeurs des confédérations, ont conservé le culte lunaire des autels phalliques et adorent le principe mule d'une triade divine. Elles se distinguent par un /•, dans leur nom de famille : Kai\ Sar, .Vfir, lier, Hor, etc. etc.... Les tribus femelles ont le culte solnire, adorent les principes femelles de la triade divine et leur nom se termine par////, ngo^ nga. Ainsi nous avons les llar-Ona et les Oua/igo, les llarma et
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les MnngOy les Sor/cos et les Songo, les Dingo, fongo, etc.
Aiasi d'après les traditions du Hogon do Bankassi on doit retrouver dans les noms des familles et des tribus Tindice de leur origine et de leurs affiliations successives dans les diverses confédérations soudanaises.
Toutefois il faut remarquer que les terminaisons : a, 6a, Aa, Ae, iike, tÎPt ont souvent un sons très général qui signifie les gens do, les hommes de, les enfants de, etc. : de même les terminaisons : ri, don, dougou, signifient les pays de : et donnent, en outre, l'indication de Tidiome dans lequel est exprimé le nom de la tribu ou de la région. Ainsi :
Toumbo fait Toumbori, pays des Toumbo.
Houmbo — Iloumbori.
Satno — i9a//îo/7 et par superfétalion *S'û';/ionV/o//^ow. Ouaga — Otiagadou^ Ouagadougou, Ndaga — Ndagari^ etc.
Cet exposé de la formation des noms de famille et de tribus montre combien sont confirmées les conclusious des anthropologues sur les métissages et les mélanges de ces populations extrêmement variées ; nous allons voir se confirmer ces mélanges par l'observation des grands mouvements démographiques, dont los légendes locah^s ont conservé le souvenir : migrations confirmant et expliquant les grands changements survenus dans remplacement des points do stationnement des tribus africaines depuis los premiers temps de riiistoiro ancienne.
(1) Une des tribus les plus connues est formée par la t'amille des Mo, descendue du Nurd, dont los appellations sont suivant lo»^ lanj;aj;es et suivant ses métissages : Mo-Moro Mori-Mossi-Mo;;oi-Mosîoiha Moriha-.Moro;;oïba et Mocibe.
CHAPITHK m
i)KMO(iiiAr>niH
Tradition de la préiiistoire. — Les traditions conservées par les montagnards nigériens sur la nature des populations primitives africaines sont en concordance avec les récits protohistoriques que nous a transmis le père de l'histoire a Hérodote d'Halicarnasse ». En effet, lorsque vers 4i0 avant Jésus- Christ, ce célèbre voyageur et historien visita la colonie grecque de Cyrène, il apprit l'exploration hardie et périlleuse que cinq Libyens, de la tribu des Nasamons, avaient entreprise dans les régions inconnues du Sud (l).
a Us avaient marché longtemps au Midi, parcouru des a pays désertiques habités par les fauves, obliqué ensuite « vers rOuest et souffert de la soif, lorsqu'ils arrivèrent dans « une plaine couverte d'arbres fruitiers, où des noirs de petite « taille les firent prisonniers.
(1) Le capitaine Figeac a puhliô dans le Bulletin de la Société de Géographie de Rochefovt, t. X\V, iî)03 et XXVII, 1905) une série d'articles très intéressants sur l'origine des Irihus soudanaises et des peuples Nda de la C6le d'Ivoire. Il est arrivé à ideulilier un grand nombre des tribus soudanaises acluelles avec celles (jut; les bisLoriens de l'antiquité nous avaient décrites comme babilant la Tripolitaine actuelle.
lOK deuxième: pahtif:
« Après avoir traversé des marais ils se trouvèrent dans « une ville dont tous les habitants étaient petits et noirs, a une grande rivière la baignait qui était peuplée de caïmans a et coulait de l'Ouest i\ TEst »
Gomme nous Tavons vu au chapitre précédent, le Hogon de Bankassi raconte qu'avant Tarrivée des peuples « rouges » du clan du Lamentin, seules, quelques familles de noirs, Bo^ Ka. La, Om, vivaient de chasse et de pèche sur les bords du Niger, au milieu de territoires peuplés de nains ; cette même situation se retrouve de nos jours encore dans les forêts équatoriales du Congo et de la Sangha, où sur les bords des fleuves, vivent différentes peuplades de grands noirs immigrées en suivant les vallée»* et qui, sans le secours des négrilles, leurs voisins, se perdent inévitablement dans la brousse et dans la forêt.
Les Ma « poissons ». — La première grande confédération dont le souvenir s'est conservé vivacc jusqu'à nos jours et à laquelle ont été affiliées presque toutes les tribus soudanaises fut formée par la tribu des Ma. Cette famille avait wvxt, : fti-rvi/ comme emblème ou divinité protectrice le Lamentin ou Tri*
("f*, . ^fc.**^-" tonï d'où obligation pour toutes les tribus affiliées, soumises
ou tributaires du clan qu'elle dirigeait de prendre avec la terminaison ma un emblème ou animal protecteur parmi les poissons.
L'origine première de cette tribu Ma, n'est pas bien déterminée ; toutefois elle parait avoir pénétré dans le Nord-Est africain à une très haute antiquité et probablement vers la même époque que les Sa et les Ofta, car si nous retrouvons encore quelques familles Ma, laissées dans l'Est africain et mélangées aux Sa ou aux Oftu, {Masa't\ Sontali, (Juassoii), etc.,
ETHNOGRAPHIK 109
nous constatons qu'elle emmenait également avec elle, dans le Nord-Ouest africain où elle allait fonder sa célèbre confédération, plusieurs familles déjà liées aux Sa^ que nous citent les auteurs de Tantiquité : Masa, Masiou^ Mazig, etc., Samamyces.
Cette tribu Ma a été souvent en relations ou aux prises avec les Egyptiens, car sous le règne de Mirinri P«", M. Maspero dans son Histoire des Peuples^ parle des Masa, Maza, peuplade nubienne (1) et sous Amenmbat 1^% il cite les Afaziou^ qui depuis quinze siècles vivaient sous la tente et sont emmenés en esclavage dans les nomes du Delta (2) ; enfin sous Ramsès III, nous retrouvons encore le nom de Mas/iasken (3) qui est celui d'un chef et d'une tribu de Tinvasion libyenne (4).
Donc, dès l'antiquité protohistorique la plus éloignée, nous retrouvons cette appellation de md chez plusieurs tribus originaires peut-être de la Chaldée, où ce terme avait la signification de combattants ; puis le culte du poisson qui leur reste spécialement attaché et dont l'origine est plus chaldéenne qu'égyptienne semblerait également confirmer cette hypothèse. Nous reconnaissons ce terme Md k la base des noms d'un grand nombre de tribus libyennes, citées par Hérodote et Ptolémce, ce sont, avec les Tamahou et les Maziou des vieilles inscriptions, les Maslm, Mazig, Macès, Maxyes, Machlyes ou Massyli, Makoï, Malite, Machurés, Macmuses,
(1) Maspéro, Histoire a?icienne des peuples de l'Orient.
(2) Maspéro, Histoire ancienne des peuples de V Orient.
(3) Une famille comprise actuellement dans le clan des Tenguériguifs citée dans le Tarick, p. 17 et p. 35 comme fondaleurs «le Tombouclou porte ce nom : les Maglischaren.
(4) Maspéro, inde.r.
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Macanites, dont la parenté n'est pas douteuse et que Ton peut rapprocher de la tribu araméenne des Mash (1).
Celte confédération des poissons ma, s'établit sur la côte libyenne autour du lac Triton (2) englobant peu à peu dans son alliance tous les peuples africains qui durent adopter les emblèmes ou la divinité du poisson et ajouter à leurs noms la terminaison ma, signe d'alliance : Mambi, Gournia, Rama, Fama, Farma, Maiga^ Magha ou Makan^ etc., etc.
Mais l'arrivée incessante de peuples nouveaux et l'organisation de confédérations nouvelles obligèrent bientôt ces Md à descendre vers le Sud en refoulant les primitifs. Parmi les populations nigériennes qui se rallièrent au clan des poissons il nous faut citer les importantes tribus des Nda^ qui devinrent dans la confédération les Ma-nda, d'où nous avons fait Mande^ Mandinges,
Ce peuple Nda (3) aujourd'hui à la Côte d'Ivoire et au Dahomey où l'ont refoulé peu à peu les invasions du Nord et de l'Est vers le xn® siècle se trouve avoir en partie abandonné ses emblèmes d'alliance du poisson pour se rallier à d'aU' très clans, au Serpent principalement. Mais la route des migrations de cesiVf/a, du célèbre clan des Ma, est encore jalonnée du Sahara à l'Atlantique par de nombreuses familles
(1) Dans tout le Nord-Oucsl de TÂfrique, les populations auxquelles les Arabes et les historiens de l'antiquité grecque et latine avaient donné des origines asiatiques ont le suffixe MA que nous retrouvons dans Maouri (Maures).
(2) Près de là se trouve encore la région des Mal mata.
(3) Le peuple Nda (capitaine Figeîic, Bulletin de Société de géographie de Rochefort, 1903-41)05) est actuellement appelé Agni-Asliunti ou Appolonien, etc. Il se trouve réparti plus ou moins métissé entre la Côte d'Ivoire, le Togo, la Cîold Coastet le Dahomey. De nombreuses familles ont encore conservé le poisson dans leurs emblèmes ligures sur leurs poids pour j>eser l'or.
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égrenées sur le parcours et dont los principales sont t Ndagari. Ndagomba, Sdoyoyn^ du centre de la Boucle puis sur le fleuve Nij^er : Nf/ao, NUaIn ; sur le Scnépal, les Ndïaye^ Ndoy, NdïPijf Ndïop, enfin dans le Sahara, \osN'daf/a vassaux des Touarci.»-.
Une autre population non moins importante par le rrtle qu'elle a joué dans l'histoire de TAfrique du Nord et par la mission qui incombe encore à ses descendants, dans le développement de nos colonies de TAfricpie occidentale française, s'était ralliée avant la période punique au clan des poissons, aux Mfi, ce sont les tribus : I/or, Hara. Sara. Mar^ Far, Gara, <»tc... qui formèrent la grande confédération des Marmaridos, citée souvent par les auteurs anciens.
Ralliée aux Ma nous la retrouvons sous les noms de Hanna, Sanna, Garama, si connus dans Tantiquité. Les populations actuelles qui en descendent sont, comme on le verra à la fin de ce chapitre, les Harrati, du Sahara, les Rarkas et les Afarkas de notre Soudan ; puis toutes les familles la, Anna, Annes et Amina qui en firent partie à diverses époques. La généralité des tributaires carthaginois appartenaient à ces familles Har, car Silius Italiens, dans ses Panif/ups, mentionne avec llannibal au siège de Sagonte, la confédération nouvelle des Mamiarides dontriiégémonie s'étendait sur les tribus libyennes et, dit en parlant de la reine des Amazones (I) : « Elle combattait sous les enseignes de la Martnarif/ur Tintrépide Asbytae, fille de larhas^ roi des (iaraynantcs ».
(i) Amazones est pour Ama-So, le«< familles Ama du Serpent, pour les distinguer des Anunar-ma l't des (iar-aïua; les autres Iribus-llar voisines nonl : les Ar-^a-nj;i ou Ar^auizines Kthiopi<'ns «»i les (iar-ga ou Gorgones des aneiens.
112 deuxième' PARTI K
Cette simple citation montre combien on doit peu s'étonner de trouver chez les descendants de ces Ahr, Gara, Mar, Fary etc., plus ou moins asservis, alliés ou métissés avec les populations carthaginoises, des coutumes asiatiques ou babyloniennes, comme celles qui se sont transmises dans les populations réfugiées sur le plateau central nigérien. Là encore, certaines familles Kavibe, Hambi^ la^ Amma^ ont des noms qui rappellent ceux des tributaires de Carthage (1).
On voit encore se confirmer ici l'origine asiatique des cultes du poisson Ma, car l'on sait que la famille d'Hannibal, Hanu-Baal, les Barka^ gardaient des poissons sacrés comme emblèmes ; et Flaubert, dans sa Salambo a tiré, de leur massacre, une épisode tragique de la révolte des mercenaires. Ce même culte du poisson M4 a dû se répandre rapidement en Afrique occidentale avec les familles Mar, Sar, Gar, par les colonies Phéniciennes, car en nous en rapportant aux Ora Marithna, d'Avienus, nous voyons Hannon de Carthage semer 30.000 colons sur les côtes océaniques de la Mauritanie, vers ili av. J.-C. Nous pouvons donc déjà entrevoir que les populations Nord africaines de la Libye étaient formées par un mélange de tribus indigènes noires et de tribus immigrées asiatiques ; d'ailleurs dès 1100 avant J.-C. se fondait IJiùpie et déjà de nombreuses ^ colonies phéniciennes pai'scmaient les côtes de Libye. Hérodote nous avaitindiquéccltoconfédération de familles diverses sous le nom do : Nasanions ou NasamoHS, qui a précédé la fédération des Marmarides ; or ce nom Nasamons est égyptien et indique bien ce métissage de noirs, Nahsi et d'asiatiques
(I) Kambeéluil le nom de la ville el de la tribu qui précéda Carlhogo sur la cùte tunisienne.
Amon. Eu efiet, cette définition peut se tirer facilement d'un hymne à Amon-fia, datant de l'époque des Rmnessides dans lequel on lit :
« Les hommes sortent de ses deux yeux et se répandent à « la surface de la terre, troupeau de /?a, divisé en quatre « races : les Egyptiens Rotoii, les nègres Nahsi, qui sont « sous le patronage d'Ho?\ les asiatiques Amon, eties peuples « à peau blanche Sokhit, la déesse à tête de lionne étend sa « protection » .
Par suite, les termes Ma^ Amma^ doivent nous indiquer des peuplades plus ou moins métissées d'asiatiques ; Sa, Si (1), Ndsi, des noirs, et Rotoii^ des égyptiens.
Les tribus Havy Mar, Sar, etc., qui, au contact des Carthaginois, étaient devenues des tribus sédentaires de constructeurs, cultivateurs et commerçants, paraissent avoir été les initiateurs des idées religieuses dans le Soudan et c'est sans doute aussi à leur conception que Ton doit la division des tribus nigériennes en tribus mâles //a;% et eu tribus femelles Ngo^ avec les cultes solaire et lunaire.
Pendant la conquête romaine, la plupart de ces tribus s'enfoncent dans le désert et vont peu à peu se fondre dans la confédération de Garama, alliée de Rome. Seule, dans le Nord, une partie des Marmaride sédentaires n'émigre pas et reste toujours attachée à sa religion antique : elle se trouve citée parCorippe, poète latin de Carthage, dans sa Joannide (2), comme sacrifiant pendant Tèi'c chrétienne à Gurzil, « Animoii orné de cornes », à Sine fer, Mars, et à Masfiman, Jupiter- Tenarien. Au contraire, d'après Jean de Vicias, nous voyons à
(\) Ce mot signifie aussi Serpent (Sî-Sû) comme Ma indique les poissons. (2) Johannide, traduction de J. Alix, professeur au lycée de Tunis.
114 DErXIKMK PARTIK
celte époque, vers 5G6, les Garainantes envoyer des émissaires à l'Empereur Justin 11, pour lui demander des missionnaires et un auteur arabe, Ahou-AbdalIah-es-Zoliri, nous apprend que celte religion nouvelle lit de nombreux progrès jusqu*au Niger.
« Les babitants du Soudan, dont Gluma était la capitale, ont professé la religion chrétienne en partie jusqu'à Tannée 469 de rilégire, 1076-1077, époque à laquelle ils se convertirent à Vhianiisme (1).
Pendant toute la durée de la conquête romaine, la confédération des Garn-Ma^ dont la capitale était Djerma et dont la famille régnante était celle des larba^ avait étendu son pouvoir sftr tous les peuples nigériens : nous voyons même les légions romaines lui prêter leur concours pour faire rentrer ses tributaires du Sud dans le devoir. L'historien Pomponius Mêla nous dit que sous le règne de Claude ou de Domitien, « Septimus Flaccus fit une expédition contre les Ethiopiens. '« Il était arrivé chez eux en trois mois, à partir du pays de a GaramanlPs en se portant dans la direction du Sud ». De même Ptolémée nous dit que « Julius Maternus qui, de « Leptis Magna avait rejoint à 6V/m;;/^ le roi larba des Grtra- « mantes, pour opérer avec lui contre les Ethiopiens, avait mis « quatre mois en marchant constamment vers le Sud, pour « atteindre le pays Ethiopien d'Agisymba (Samba-Agaf/h) » et Ptolémée précise bien son information en nous disant que « les Ethiopiens, contre lesquels l'expédition de Maternus est dirigée, sont les propres sujets du roi des G ar amant es. »
(1) Cf. Manuscrit Aralte de la liWliothèque Aatio/uilf, n^ 1873, f. 5, ligne 13.
PLANCHE XLVIll
FiR. rii. — Cfivalifrs Fnuihi^s ii Niafunkr (li juillel 1908).
filt. n. - Cla'f l'ruhl lie EJuiii (Aiuiiou Ult'ko Uiullu).
t':TliNO<;RAPHIK 115
Ce grand clan de poissons avait donc englobé la totalité des tribus sahariennes, chez lesquelles nous trouvons encore une survivance de ce culte rendu aux « poissons-emblèmes w, dans la persistance que mettent les tribus Maures et Touareg et certaines familles Foulbés à ne pas eniploycr le poisson comme aliment dans leur nourriture. Duveyrier l'avait signalé chez les Touareg du Nord et M. Robert Arnaud de la mission Coppolani le faisait remarquer encore dernièrement pour les tribus de la Mauritanie. En eifet « le poisson est considéré c comme « tabou » par la plupart des Maures ; dont seuls a les Trarza et quelques familles de TAdrar se permettent « de le manger » (l).
Dans toute l'histoire du Soudan, nous vovons les chefs Berbères- Poulo, prendre les titres de Maghâ (comme Gaïa- Maghà, le chef Ouakore, fondateur de Ganna) rappelant ainsi leur rattachement aux clans des poissons. Par suite, et pour toutes les populations nigériennes, les désignations HareiMa indiquent des rattachements ù. des tribus originaires du Nord. (Un titre des chefs Foulbé est Ardo).
Les oiseaux « Oua». — Mais ces populations Hara^ Mara ou Gara^ dont les i\ar (2) et les Harratin des oasis portent encore le nom et qui nous restent comme derniers débris, plus ou moins métissés des Garama, s'étaient mises en contact, dans le Sud, avec une population nouvelle qui, pastorale et nomade, parcourait des régions désertiques et saha« riennes. Celte population Oua formait alors une confédération
(1) La Groyraphùf, l. XIII, n» :2, iîK)6, p. \\\).
[t) Les Ouolol's (iésiguenl loiijuur^ les Maures Mancs, B(Milhannes, sous le nom de Nar.
IIG DKUXIÈMK PARTIK
SOUS rcmblèmc des oiseaux (1). Certaines de leurs familles s'allièrent aux Gartt et aux //a;*, formant (toujours avec des oiseaux comme signe de reconnaissance), les tribus Ouagara et Haroiia, dont le rôle politique croîtra de plus en plus et se substituera bientôt à celui de Garama, dont la puissance va s'écrouler sous la poussée d'envahisseurs nouveaux venus du Nord.
L'origine première de la tribu des Ou, Oita, Oti/e, Oulo^ reste encore très indéterminée, cependant dès la plus haute antiquité, les inscriptions égyptiennes nous citent les tribus des Of(a OuaHoii, qui habitaient le désert de Libye et faisaient déjà au temps de Pepi I^-^ de rapides incursions en Egypte.
Le peuple Oz/, nommé en Libye Ouay après son alliance avec les Aborigènes était essentiellement pasteur et nomade : ses familles s'étant égrenées dans le Sud s'allient avec les noirs du serpent : Sou; et forment les Ouasou, nom égyptien de la Thébaide, de là ils émigrent dans les pâturages de TEst africain, où tous les pasteure, plus ou moins influencés par ces nomades conducteurs de bestiaux, portent le titre de Oita-Oiiaotia, Wa, Dans le Sud du Sahara, ils se mélangent avec les Nda, « pour qui 0//tfowa signifie encore gens du Nord et Nord (2) » et forment les Ouande et les Ouango. Avec les Hara, Gara, des Garamanies, dans la région désertique, ils forment les célèbres tribus des : Garaoua, Aroiuij Ouara et
(1) D'après les traditions le contre poIiti(|uedes Ouaau moment de l'hégire était Kl. OuîUi (région do Oualala; mais déjà une grande partie des membres de cette contedéralion provenait du Nord par le TouAt.
(2) (irammaire de la langue AgniAshnnti, M. Delafosse.
KTHiNOGRAPHIK 117
Chiangara, au pluriel OtiangarheSy qui existent encore aujourd'hui, ainsi que les Oiilar ou Ponlar,
Tous leurs centres politiques de campement s'appellent ; OuagUy Gahoua et par la suite : Ouagadon et Ouagadougou, Un grand nombre de ces familles pastorales Ou et Oulé avaient émigré dès la plus haute antiquité jusque dans l'ouest africain sur les bords de TAtlantique et là en se mélangeant avec les primitifs: Gué ou Ge, ils formèrent les Geiules, en latin : « Guetoules ».
Mais à l'arrivée des tribus du clan des poissons ils avaient formé dans le Nord les Maou, et leur pays devient en langue dés Savrakolle^ Maouri, nom qui a été également donné dans les régions nigériennes aux pays habités parleurs métis formés de leur alliance avec les Mande du Sud, Dallai Maouri dans le Haoussa,
Or Strabon « XVII. D. 7 », nous dit en parlant des populations du Maroc actuel : « Ces peuples sont appelés Maunisii^ « Maourousii par les Grecs, et Maouri (1) par les Romains et « par les indigènes ».
Enfm Pline « V. I. 7 » rappelle que « les Maures, Maouri^ « ont donné leur nom à la Mauritanie, mais que des guerres « désastreuses les ont réduits à quelques familles. Mainte- « nant, dit-il, le pays est occupé parles nations Gétulienncs, « Géloule ». Cependant ces tribus nomades et pastorales descendent de plus en plus vers le Sud attirées par les pluies
(i) Ce mol Maouri a été adopté par les populations nicditerranéennes dans le sens d'Hommes noirs, comme d'ailleurs le terme Herher « Br. Dr.» presque synonymes de Niger, Nigrites. Au contraire dans les populations Soudanaises ces termes signifieront « rouges » Gara, Koron. Kolon, Ouïe = rouge, et le mot noir sera Fing, nom dune tribu plus foncée qui a pris la couleur noire comme « emblème ».
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équatoriales, les grands fleuves et les zones inondées ; elles se mélangent, en cours de route, avec les primitifs et forment :Oua/ata, Diaoua^ puis avec les Ahr forment les Otiara, Ouaraba, ou Onlar, Poular, Foula. Ces bergers sont nommés Oulo ou Poif/o ci Oftle sur le Sénégal (Foitlhes), Enfin, lorsque le^ Annes on Anna, gouv^erneront les confédérations soudanaises avec Ganna comme capitale on les nommera Foulannes^ Fonl-Afines.
Les Rouges. — Ce fut toutefois en s'alliant avec les derniers descendants des petiples tributaires de Carthage, Markas^ Marmar, Ara ou Gara du clan du Ma[Garania], que ces Pasteurs a Oulé I) reformèrent rhégémonie des tribus soudanaises. Ils créèrent d'abord le grand clan des oiseaux Oua, puis plus tard, sans doute à l'introduction d'idées religieuses nouvelles, ils formèrent la confédération des rouges Garanke. Chaque allié ou tributaire prit le titre de la tribu directrice : Gara^ Koron ou OtUe, comme emblème de ralliement ; et par la suite ces termes Gara, Koron, Kolon et Oulle, signifièrent : Rouges, couleur « tanna » des familles régnantes.
L'ensemble de ces populations fut connu sous le nom de Gagara ou Gangaran. Et actuellement nous retrouvons encore leurs sujets et leurs vassaux, chez les peuplades Bobo^Oule^ Oua'Oule ou Ouasonlou, puis chez les Ndagara, Karragoua, KaradongoK, Korongoï, Koromeh etc.
Mais dans le Sud se formait déjà une confédération de noirs Gabibi, Borobibi ou de Fing, Moro^Fing, liobo-Fing, taudis que rapidement progressait dans le Nord une nouvelle confédération de blancs qui peu h peu allait rejeter au delîi des grands fleuves de Nigritie ces confédérations de Gagaran (1)
(1) Le Tagant fut le pays primitif de Gagaran.