CHAPITRE IV
FORMATION DKS KMPIKKS SorDANAIS DKS TKMPS MODKUNKS
Après le passade de ces harharcs dévastateurs, toute la civilisation apportée par les tribus du Nord parait détruite, effondrée avec la capitale Ganna, En ellet après la destruction de cotte ville, qui était devenue un très grand centre commercial, en reliant les comptoir de ses colonies du golfe de Guinée avec les Ktats du Nord africain, il ne restera de tout cet empire Ouakoré que /)yV////r, la célèbre ville soudanaise, protégée par les gigantesques fossés naturels que lui avaient creusés les inondations annuellesdu linni ci du Niger. C'est autour de celte vieille cilé, aux maisons de briques, que viendront se grouper tous les débris métissés des anciennes colonies commerciales, foiidé(;s par la civilisation Garanuui- /if/i/r ; seule elle subsistera intacte jus(ju'à nos jours, avec son impressionnante ai'cliitectiu'e barbare, comme une vision antique de ces célèbres colonies que 1rs peuples pbéniciens essaimèrent par le monde. Devenue métropole à son tour, DjciunK à l'exemple de s(*s devancières, créera des comptoirs et des colonies à travers toul le Soudan, renouvelant les courants commerciaux, en jetant les gennes d'une nouvelle civi-
lisation sur les ruines amassées par les barbares Soussons. En effet ces hordes dévastatrices de cavaliers furent toujours incapables d'organiser leurs conquêtes, semblables d'ailleurs en cela aux envahisseurs asiatiques qui, à la fin de TEmpire romain, boulevers«^rent l'Europe. Aussi après leur départ vers les rives de rAtlanti(]ue à l'ouest, nous assistons à la réorganisation d'Etats nouveaux et à la formation de confédérations nouvelles groupées autour des anciens [)ouples civilisateurs.
Dans le centre de la Uouc[f\ l'empire des Mossi se forme parle retour vers 12*30 d'une famille « Ya » (1) des régions de Ououaley du pays de Gamhagha'Natcur/a (2). Ces conquérants réoccupent Ouaf/iuhr.K/ou et un de leurs successeurs crée le royaume de Va-Tenf/a (3) (vers 13o0),avec Ouahigouhya (4), comme capitale (o).
Cet Empire noir s'est toujours maintenu depuis le xn® siècle avec son même gouvernement féodal, fortement constitué sous la direction des Nabas (6). Sa population a été signalée par tous les voyageurs et surtout par Uingcr et Monteil comme comprenant des éléments très divers. En effet, avec les primitifs : Mo, qu'avaient dirigés les anciens Nihgoui ou Dagomba^ nous trouvons des familles laissées par
(i) Tomhouclou vcMiail d'èlnî fomh'e en 1100, tandis que Djenné datait de 80(), voir : Tarirk-es-Soufhui, Irad. 0. Mondas.
(1) Les Ya ou la sont de la tribu des Na, ou Anna-ITannes.
(2) Dans le Togo allemand : Natenga 1= terre = tenga des Na.
(3) Ya-lenga (terre des Va).
(4) Ouahi gou-ya, ville des Va du clan Oua.
(5) Archives du cerele de Oua'ïadou^M)u. /{efurii des frar/itions historiques, capitaine Noiret.
(6) Naba = Homme des Xa si«rnitie au*<«îi chefs, ancêtres.
liO I)ËUXlP:.MË PAHTIE
rinvasioii Soiisott, les Sorigoïfje (1), voisinant avec les anciens peuples rouges, nommés KouroumeF (2), ou Mango(3)^ tribus actuellement gouvernées par les conquérants Naha de l'ancien clan des Oua de la famille l'a.
Et si nous nous rappelons que dans l'ancienne confédération des Oua-Gara, se trouvaient des tribus Touaregs, nous ne nous étonnerons plus de rencontrer au Mossi des coutumes, armes et pièces d'habillement rappelant celles des Berbères Imochar.
Sur le haut Niger, quelques familles des envahisseurs formèrent sous la direction des Keïta^ après le départ des Sousous^ un nouveau clan pour organiser le pays avec l'aide des Markas, anciens membres de la confédération des Oiiakores, Ce clan fut le clan des Mali^ a hippopotame » et les anciennes familles Ouakores qui en firent partie, furent les Taraore, Diaouara, les Toitre, les Kanseigne. Elles prirent le nom de Malinkobes et adoptèrent un dialecte de la langue Sousou fortement mélangée de Sarrakollé.
Les souverains de cette confédération pour montrer l'alliance des deux clans des Sa vainqueurs et des Ma^ anciens organisateurs du pays, prennent le titre de Mansa et la résidence royale devient Madougou (4). Cet empire devint très puissant et à un moment donné réunit sous son commande-
(i) Songoïtie, fils des Serpents oa clan femelle.
(2) Les Rouges.
(t) Les Mil femelle. Tontes ces appellations surannées sont données au môme fond primitif de population quand il se métisse ou s'allie à un nouveau clan. Songoitie = Kouroumeï ~ Mango ; les chefs seuls changent.
(3)Barth, 1833 ; Krauss. 188018S7 ; Binger. juin 188S ; Monteil t8lU.
(4) Voir dans le Tavick-es-Sondan , .Mansa-Moussa-Kankan, p. 14.
Fig. 10(1, — CaviiliiTS Ti.uoregs.
Fig. 101. - Types Touarcfis (RéfiJon de Bourromi.
ment presque tous les pays nigritiens, moins le Mossi, les oasis de Tichitt, Tingnetti et la ville de Djenne (1).
L'Islamisme lit à cette époque, 1324, de grands progrès ; les prosélytes de la religion nouvelle reçurent le nom de Morxba^ que l'on donne encore aux familles Markas musulmanes : le plus célèbre des princes Malinke fut Kaiikan- Motissa-Mansa, dont le Tarick-es-Soudan^ nous raconte le pèlerinage à la Mecque et les conquêtes. Ce fut sous le règne de ce prince que les tribus Soughoï de l'Est durent accepter la suzeraineté des Malinkes, maîtres de Tonibouctott et de Gao : ces peuples Songhoï étaient toujours gouvernés par cette famille Dia (2), que nous avons vue établie à Koukia sous l'empire de Ganna. Celte ancienne famille royale, dont la liste des princes nous est donnée par la vieille chronique soudanaise de Es'Saadi, s'était ralliée au clan des envahisseurs Sousous et portait depuis les titres de Sa ou Za (3), que nous
(1) Taricky p. 26 et p. 20-2i, p. 5.
(2) Les Dias ont comme lannas:une anguille, ce sont les Diallama ; un aigle, les Diaoua ; et un serpent, les Sa ou Za. Pour continuer à gouverner sous l'invasion Sousou, cette famille elle s'était affiliée à leur clan et change Dia en Sa. En effet elle existe avant l'arrivée des Sousous, car le Tarick nous dit p. 5 : son quinzième roi Dia-Kasoï embrasse l'islamisme en l'an 400 de l'hégire (1009-1010). Or, d'après Ibn-Kaldoun, Ganna est détruite vers 4230. Et ce n'est que sous le vingt-sixième roi Za-Vasiboï 132G que les Songhoï se soumettent aux Malinkés de Kan-Kan-Moussa pour secouer leur joug vers 1365 sous Sonni-Ali-Kolon.
(3) Ce changement du nom Oia en Sa se retrouve dans le nom du pays de Diaka qui est nommé dans le Tarick le Zagheri, comme par Ibn Batoula et aciuellement Dia au Diakori (voir Monleil, Monographie de Djenne j p. 313. De même p. 295 nous voyons que le village actuel de Djoboro est nommé dans le Tarick Zoboro comme campement de Sunni-Ali au siège de Djenne. Les noms des rois Dia sont des noms el surnoms empruntés au dialecte Janamma des pôcheurs Sorkos du Debo, en outre Dia est un nom de poisson. Les premiers rois étaient du clan des Ma, celaient les Diallama ou Diarama, à l'arrivée des Sousous ils deviennont Sa (serpents).
142 UKUXIKMK PARTIK
voyons dans la nomenclature dos rois Songhoï de Halfs et de Binger,
Toutefois Tempire Malinké, ne subsistera pas longtemps après la mort de Kan^Kan-Monssa^ car ses successeurs seront impuissants à gouverner divers peuples tributaires (1).
Déjà dans la région lacustre nigérienne se développe le grand centre islamisateur de Tekroury sur les rives du Marigot de Uia, avec les tribus Foulhos Ouangarhes et leurs métis de la région du Farmagha ou « Fari Manke ». Malgré les progrès de l'islamisme, (2) les chefs de cette région conserveront longtemps encore, en se rendant indépendants de Mali, les titres de Magha et de Far ou Fari, pour indiquer leurs origines et les anciennes confédérations dont firent partie leurs familles.
Dans la région des oasis de Tichitt-Tingticltiy les anciennes tribus du clan des Blancs ont formé une nouvelle confédération la « Soztnna », (3) dont les membres sont les Senahdja ou Souninkes ; on y trouve les Sarrakolais de Koinbi^ des Touaregs, des Maures et môme d'anciens membres des Garay comme les Meschdoufs et Messoufa (3), qui se nomment encore les Karadje, (l'est A cette nouvelle confédération que les fils des rois Songfioi' Dïa, ou Za Yasikoi, en otages îi la cour du roi de MalU (i), s'affilient. D'ailleurs les Songhoï sujets de Yasikoy leur père, quoique tributaires des Malinkés étaient affiliés aux serpents Songo. Aussi lorsqu'après sa
(i) TaHck, p. 21.
(2) La mosquée de Djenné se construit vers i300, avec Konbaro, chef de la ville. Tarick, v. Monleil, Monographie de Djenne, p. :2SG.
(3) Tribus Maures des environs de Oualala.
(4) Tarick, p. M, /a. Yu si koi signitie Va le ciiel'des Sa (des Serpents).
Fig, lOÏ. — FuMiiiies Touaryys Jo Bourruiii.
Fig. 103. — Foimi.u Touitrog (Toiiibou.:lou).
KTHiNO<;HAPHIE 143
fuite de Malli, le jeune Ali peut réussir à faire secouer aux Songhoï le joug des Malinkés^ sans doute avec le secours des Seiiahdja. il prend le titre de ses clans Sunni ou Sonni et ceux de Karedjite ou de Kulon (1), que gardèrent tous ses successeurs.
La révolte des pays Songfioï et les guerres contre Sunni- Ali portèrent un coup terrible à Tenipire M elle ^ aussi les diverses tribus qui en faisaient partie vont se grouper en nouvelles confédérations sous des appellations nouvelles et avec des divinités protectrices ou emblèmes nouveaux.
Sur le Niger, les pécheurs Korongoïy les Markas du Debo plusieui's tribus de la montagne, les Bozos, Somo/tos et quelques nomades forment la confédération de la llyeae (2).
Les tribus du plateau Maudingue^ Markas^ Tarraore^ Toure^ Keïta, Kone^ forment d abord un clan de la panthère, auquel succède un clan plus étendu du lion, avec des populations les plus variées ; nomades comme les Ould-Badiy les Ouara- Ouara, {Touaregs), Ousra, {Maures y ou sédentaires comme les Ndogouy les Diawara, Diara des bords du Niger et les Ndïaye ou Ndiey du Sénégal, etc..
C'est également pendant cette période que se disloque la confédération des Sounnadje ou Senadja, dont les uns forment le groupe SouNui/ike-Sarrakole, du ""Sénégal ; les autres ralliés aux Zenaya et forment les familles /!///, /rf, Ben^ Ouldy de diflérentes castes; tandis qu'un fort groupe de iMessoufa Touaregs^ gagnent les montagnes du centre Saharien Oû ils organisent de nouvelles confédérations dirigées par des
(1) Kara, Koron, Kolon, vciil dire Uouj^escl Karedjo fils de Rouges
(2) La Hvèiie esl encore appelée par lesBanihara Naina-Koro.
familles blanches Idnannes ou Iforas^ ayant comme vassaux les Sdaga^ anciens rouges et comme serfs les Bellahs et HarralinSy mélange des primitifs avec les captifs de toutes races, produits des razzias.
Au XIV* siècle, dans le Sud-Ouest du plateau soudanais près des sources du Banise crée sous la direction des Couloubalis, Malinkesei Sanke (1), un nouveau clan, XQ^manns ou Bambaras, comprenant avec les derniers restes de l'invasion Sousou toute la masse des peuples primitifs que le développement de la civilisation soudanaise, sous Tinfluence des tribus du Nord, avait refoulée dans les régions forestières.
Pendant plusieurs siècles ces bandes de pillards progresseront vers le Nord, ravageant les bords du fleuve, en amenant une forte régression dans le développement des pays nigériens, car ces bandes de chasseurs de la forêt considèrent l'industrie, le commerce et les arts comme indignes d*un homme libre et l'apanage de castes inférieures. En réduisant en servage ou en captivité les populations, ils occupent peu à peu le plateau Mandingiie et la plaine nigérienne, obligeant un grand nombre de Malinkes^ de Markas et de pécheurs Somonos,k adopter Temblèmedu caïman (2) ou de Tigouane.
Dans notre conquête du Soudan, nous les avons rencontrés sur les phiteaux Mandinyuv et faisant de leurs tribus nos alliés nous leur avons donné le nom du pays qu'ils venaient de conquérir : Mandes^ quoiqu'ils parlent un dialecte Sousou et que bien peu d'entre eux soient affiliés aux
(1) Mali-nke, homme de ^Hippopotame : Sa-nkc, homme du Serpcnl.
(2) Leurs alliés Malinkcs-Markas abandonncnl le clan de la Hyène et prennent rigouanc comme animal emblème pour s'allier aux clans des Bammanas (caïmans).