PLANCHE LIV
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anciens clans des Ma^ « poissons » ou aux familles Nda (1).
Cependant le pillage et l'occupation des plaines nigériennes par les bandes barbares des Bammanas, furent tout à coup arrêtés au commencement du xix« siècle par la formation et le déplacement des peuples PoulbéSy créant les Etats d'Hamdailahï, du Gondo et du Sokolo, mouvement suivi par rinvasion des Toiicouleurs sénégalais, d'El-Hadj-Omar, Toutefois, ces bouleversements historiques n'ont pas amené au Soudan de nouveaux éléments ethniques ; ils ne sont intervenus démographiquement que par la formation de castes nouvelles dans les anciennes populations et par un fort déplacement de tribus de l'Ouest vers TEst. Ces grands mouvements de conquête reproduisent en sens inverse et sous des noms un peu différents les invasions des Sotisoits. Toutes ces bandes conquérantes paraissent se composer des mêmes éléments de tribus pastorales, mélangées à des nations noires primitives ; et dans les dernières invasions de peuples cavaliers, les chefs essaient de légitimer leurs conquêtes sous le couvert du prosélytisme religieux.
L'histoire de ces empires soudanais modernes est assez connue de nos historiens contemporains pour qu'il soit inutile d'y revenir.
Quant aux invasions marocaines du xvi*^ siècle, « 1590 », elles ne paraissent pas avoir laissé de traces bien visibles de leur passage dans la composition des peuples soudanais. Car leurs éléments ethniques ont été absorbés par de nombreux métissages, dans des tribus déjà fortement imprégnées
(1) Les nda sont industriels, prclieiirs, ciiltivau^urs cl los Bambaras en T)nl fait des castes de forgerons ou de pécheurs, eu se rcservaul les cultures el rélevage pour eux seuls.
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par les populations Nord-Africaines Actuellement, leur souvenir ne subsiste que par le nom Annas ou Roma^ porté par quelques familles : ce titre, donné par les vaincus à leurs conquérants, est composé des noms accolés des deux peuples venus des mêmes régions méditerranéennes aux époques préhistoriques, en apportant la civilisation en Nif^ritie (1). Ce nom Armas, appliqué aux guerriers envahisseurs armés de fusils, à pris peu à peu le sons de fusilier, « Wma ».
Cette absorption des races blanches par les éléments noira africains, est un fait que nous voyons se reproduire journellement dans les familles riches des chefs polygames, Arabes, Berbères, Maures ou Foulbés qui, par leur alliance avec leuris captives noires, n'obtiennent que des rejetons abAtardis et noirs, tandis que leurs sujets pauvres, n laviande de lairibu », pour employer l'expression kountah, conservent généralement la pureté du type ethnique par des mariages monogames dans là tribu : seuls, les Touaregs, avec leur régime matriarcal, gardent dans chaque groupement, depuis des siècles, même en pays noir, leur physionomie particulière. D'ailleurs leurs métis avec des femmes Itellahs ou Dagas forment forcément une classe à part, non noble, puisque chez eux « le ventre donne la noblesse ». Par suite ces métis vivent en dehors des familles nobles sous le nom de forgerons conseillers.
La conclusion que nous tirons de cet aperçu démographique est que chez tous les Soudanais et les Sahariens les noms servant a désigner une tribu n'ont plus guère de sens elhni(|ue bien déiini et ne sont em[)loycs souvent (|uc pour
(I) £n effet dans le plateau de Bandia$^ara existe des tribus Ilar-ma et Har-oua venues antérieurement aux envahisseurs marocains du xyi^ siècle.
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rappeler dos groupements politi(|ues récents. Toutefois, les diverses a[)pellations que portent les individus, les familles et les tribus, sont toujours extrêmement intéressantes à recueillir pour l'étude de l'histoire des pays nigritiens ; car, le plus souvfMit, ce sonl les seuls documents que nous possédons sur ces populations. Ils nous servent à retrouver Torigine première méditerranéenne des filiations de leurs confédérations et les miirrations des peuples qui ont organisé les sociétés noires en important la civilisation sur les bords du Niger.
Plusieurs exemples tirés de tribus très connues nous donneront facilement ces renseignements intéressants, en nous confirmant les atlinités (Tun irrand nombre de familles soudanaises avec des populations méditerranéennes. Les tribus Markas, musulmanes, dont les nombreuses colonies commerciales sont éparpillées dans tout le Soudan, ont été, en partie, comme nous l'avons vu avec les Diara et les Taraorés fortement affiliés aux Malinkés, dont ils ont, en général, adopté le langage, aussi les nomme-t-on « malinkobés ». C'est un groupe de cet ancien clan qui fonda et organisa le grand centre commercial de Kong, que visita Binger. Celles de leurs tribus qui ne furent pas englobées par le clan Mali d(îs Keïta restaient affiliées depuis Tinvasion des Sousau^ au clan des s(M'|)ents et à la confédération des Sonniui. d'où le nom d(^ Sonniuké, (|u'elles portent avec les Sarrakollés, dont elles ont cons(M*vè le langage ; ce sont des colonies de e(* geni'e (|ue llnnrst a r(Mi('ontrè(îs ver» Karinunna et Sav (mi descendant la branche orientale du Niger, près des i'a[)ides de Ho/fssd.
Plusieurs des tribus markas (jui, à Tabri des escarpements
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rocheux du plateau central nigérien, avaient échappé aux attaques des Sousous et fondé le centre de Nono, se dénomment encore \ononkes et parlent toujours le sarakolle, comme les Uia-Oudra (1) des plaines inondées alliés aux Dias pécheurs; mais toutes avaient appartenu à la confédération des Itlancs sous le nom de Ouakov(\ qui sert d'appellation générique à toutes ces tribus commerçantes, et nous avons vu que le premier chef de cet empire de blancs était un nommé Kaïa-JUanf/a, un la du clan des Ma, originaire du Xon/ vers le Maroc (2).
Par cette série de noms : Markas, Maliukobes^ Malinkesy Sounnadjie, Sonninkes^ Sonnonkes, Diaivara et Dia-Oitara, Sarrakollés et Onakorè, nous retrouvons toutes les alliances et les métissages successifs de ces tribus, ainsi que leur rattachement aux anciens peuples du Nord africain.
De même, un second groupe de commerçants métis, de Foulbés et de Hara s*appellent dans le c«^ntre de la boucle : Oaayara (3) ou Ouagarbes, comme certaines tribus Peuhls, métissées du Debo et du Farimanke, mais les bergers Foulbés purs, du Mossi, les nomment Bangarasy « Hommes rouges », et certaines populations primitives les désignent aussi par le terme « Rouge », Korongoï et houroanwï ou h'arar/jcj
(1) Diaoua-.ira = ou diawara.
(2) Tarick es- Soudan^ 0. Iloudas, p. 18. Gaïa-maglia.
(i^'*) La famille royale Taraorc, dos anciens clans Ouakore offre la parlioularilù, pour nionlrcr ses mullioles origines el alliances, de dénommer les jeunes gens Demhele terme qui rappelle les familles maures ou Fontankis, cl de désij^ner les filles de la tribu : par Siko nom qui rappelle les clans du Serpent.
{\\\ Le docteur Ruelle les classe avec beaucoup de raisuri comme ayant de ;;randes afiinités avec les Sarrakulle et les Marka-^. Anthrofmiotfie, t. XV, 6. ^95.
enfin les Mossi eux-mômes les appellent Y'nvha (1), hommes de Ya, Nous avons vu que ces Ouagara avaient fait partie du clan des Garama, dirigés par des chefs Yarba, dont ils ont conservé le nom de famille (2). En outre, les Quaïamagha de Ganna commandaient aux Blancs et aux Rouges.
Enfin un dernier exemple bien plus typique et nous faisant remonter jusqu*aux confédérations de TAfrique carthaginoise et romaine, nous est donné par la légende de Farang que nous rapportons plus loin.
« Farang ou Farangaka, « hommes des campements de « Far », est ici le nom de la famille qui commande à toutes « les confédérations de pécheurs du Niger : en elTet, les chefs « des pécheurs prennent ce titre de Far, que nous relrou- « vous dans toute l'histoire soudanaise et que porte encore la « province de Fa?'maga ou Farimanke (3) et la ville de « Sare-Faram (4) ».
Les noms donnés dans ce récit à ce Far, sont Nabo ou Nabo-nké^ Sondje-nabOy Soy-na Kole-Dji-naho, Sor-Ko^Dje Songoï-Dje. ce qui signifie :
Nabonke^ c< homme des familles Anna et lio [Bobo ou Bozos) ;
Sondjinabo ; Nabo, fils du clan des serpents Sou ;
Sogna-Kole-Dji-nabo : Nabo fils de la Sonnna blanche (Sonna-Sena/idja) .
Sorkos'Dje, fils de la confédération du serpent niAle et enfin :
(1) Yarba, l'ail au pluriel Vabse.
(2) Yarha (^ens «le lar).
(3) Farma-gd ou Fari-ma-nhi'^ hommes de Far du clau des MA.
(4) Sare^faram s'appelle é<;;alement Parang-Koira ou Sara-Fere.
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Sonf/o't(/Jp, fils do hï confcdénition du serpent femelle.
Nous avons dans cette énumération tontes les tribus qu'il dirige et le titre de la confédération dont ell(\s font partie. Mais ee chef dans ses luttes avec les autres trihus va courir de ij;'rands dangers et aura hesoiu de la [)rotection divine, il devra donc recourir aux divinités protectrices de sa race et de son clan, aussi son oncle Tinitic en ces t(îi'nies à ses devoirs et la légende nous raconte cjue :
« Tintuiinri'FfirtUH/ , son oncle, lui enseii^nie tous les sorti- « léires i\\\'\\ connaissait, il lui dil : Sahuiihf\ prends le houe « noir, la poule noire, le vase de terre pour le lait frais et « sois plein d*att(Mition (sacrilie) à Kfinntiatthai/^ h Mannaii- « /'o//, à Kai/ankoj/ et à Mt/nf/asi. Voilà, je l'ai tout donné. « Farantj n.
Ainsi <Ionc tous les |»rotecteurs des pécheurs du Niirer et gens (h» lun\ sont :
Karanianhnj/ : le maître ou dieu des Kannnnuf^ ou (iaramunies (^Ics gara ilu Ma) ;
Mtiniiankni/ : le maître ou le dieu des .}fffn/tn, Manntirides (les Mnr du Ma^ ;
K(if/(tn/tOf/ : le maître ou dieu des /ûif/o (gens de la) ;
Mfint/ffsi : le maître ou dieu des gens de .\ff/ et de N/ (le grand poisson et le grand serpent» :
Nous retrouvons ainsi toutes les afliliations «le ces trihus SVi, des primitifs pécheurs ilu Niger rattachés par leurs chefs aux anciens clans du Mn, que tlirii:eai«*nt les Kat/ff, descendants des iinrnmtinfrs tM des MtWïtifiri'h^ ; Cf»nféd«''rations de peuples tlivers ipie ctwinais^^aiciit déjà les historiens de Tanti- (piité.
(les afiiniles avec les populations .inciennes Nord-africai-
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nés que nous entrevoyons par cette étude démographique et ces obsepvatioas sur les fonnilioas des groupements indigènes nous avaient déjà été révélées en partie par les objets trouvés dans les tuniuli, par les formes des sépultures des plateaux nigériens et par les divers monuments archéologiques soudanais.
Mais le riMejoué par les vieilles civilisations méditerranéennes dans le développement des régions soudanaises nous apparaîtra bien mieux confirmé quand nous entreprendrons Tétude des mœurs, coutumes, idées religieuses, précieusement conservées par les populations non musulmanes retirées dans les rochers du plaleau central nigérien.