‹ Le plateau central nigérianChapitre 26 sur 100 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ASSOCIATION. — .< TANNAS-TOTKM .>. — EMBLÈMES

On peut être réellement étonné de la quantité considérable de confédérations que nous voyons, tour à tour, apparaître dans le monde africain, puis grandir après s'être àprement disputé l'empire des peuples pour disparaître tout à coup à la suite d'un événement politique important sans même laisser de trace de leur existence et de leur grandeur passée. Egalement, on reste toujours surpris de ne voir jamais naître, ni se former, des groupements humains, solidaires des mêmes intérêts pendant des siècles, et que les contingences géographiques régissent peu à peu, pour les grouper définitivement en nationalité.

Mais de nos jours encore, il nous suflit pour comprendre ces événements d'observer l'amour de Tintrigue et la formation continuelle de Çofs^ chez les Berbères, puis de remarquer les bouleversements incessants qui agitent les sociétés Touaregs, dans lesquelles surgissent constamment des divisions et des dissidences qui subdivisent et détruisent les confé(lératit)ns primitives. Les luttes incessantes, les rivalités

féroces des familles puissantes organisant et groupant sans cesse de nouvelles alliances pour maintenir leur influence ainsi que la difficulté, devant ces compétitions sans nombre, de toute transmission de pouvoirs amènent rapidement la décadence successive des familles nobles que nous voyons tour à tour, sous les revers d'une politique changeante, passer vassales ou tributaires du groupement qu'elles dirigeaient jadis, à moins qu'elles ne cherchent par l'exil, au milieu des peuples primitifs, la reconstitution d'une nouvelle hégémonie politique.

L'observation de ces événements politiques actuels, chez les populations berbères, qui ont si fortement imprégné de leurs idées et de leur sang les sociétés nigériennes, nous fait bien saisir comment toute Thistoirc des peuples soudanais reste intimement liée à ces luttes d'influences de familles, dans la formation des confédérations, qui nous apparaissent toutes composées des mêmes métissages et dont la difl'érence essentielle réside dans les proportions variables du mélange des éléments ethniques.

L'esprit d'alliance et d'association est extrêmement développé dans les populations Gara^ descendues du Nord. Par leurs colonies commerciales Markas, elles l'ont répandu dans toutes les tribus primitives qu'elles ont gouvernées ou organisées.

Dans chaque village de la montagne, nous voyons se créer des sociétés de jeunes gens, et dans tous les campements des plaines, nous retrouvons réunies en confréries les personnes du môme At^-e.de sont ces éléments de groupcnienls et de sociétés secrètes (|ui, avec leurs règlements, leurs signes de reconnaissance, leurs emblèmes et leurs divinités protectrices, nous

1S6 DEUXIÈMK PAKTIK

la tête, et le bruit qui s'entend de loin est la cause du nom : chien du Ntomo.

L'arbre qui marque le lieu ordinaire des réunions est, pour les adhérents, considéré comme donnant abri au génie protecteur de leur association : ils l'implorent à la manière des enfants disant par exemple : Si tu m'évites la correction que je mérite, je te donnerai un poulet, ou un rat... et ils ne manquent pas k leur promesse.

Ces Ntomo sont très répandus au Soudan avec d'autres vocables : Ntori'Khefengo et avec d'autres statuts. A cAié de cette . association se trouve répandue dans toute la vallée du Niger la Flanto^ ou réunion des gens du môme Age. Une Fiante est invariablement composée des personnes circoncises ou excisées au cours de trois ou quatre années consécutives.

Dans chaque Fiante on trouve un chef de réunion, Tofi- Tigtii, choisi différemment suivant les races, généralement un fils de notable ; un Dialatigui, qui a pour fonction d'assurer le respect des statuts ; un factotum nommé « Tom-Diali », mis à la disposition du chef pour transmettre les ordres de ce dernier ; aussi c'est toujours une personne de caste qui occupe cet emploi. Les confrères se nomment : Tonden,

Quand la société n'est composée que de jeunes célibataires, elle n'a tout d'abord qu'un but, la bonne chère et l'amusement : plus tard elle sert de liaison avec les sociétés voisines et d'instrument politique. Elles ont leurs mots de passe et leurs statuts bizarres, qui souvent servent à se procurer des ressources, ou sont considérés comme des signes de ralliement ou de rcsperJ pour la divinité protectrice. Par exemple : quiconque ne se découvre pas pour manger est misa l'amende : de même quiooncjue mange, avant (jue l'ordre en soit donné.

ETHNOtiRAPHIK 167

OU qui s'asseoit, se lève, se mouche ou éternue, etc., avant qu'on Tait autorise à accomplir cet acte. En cas de conflit on a recours aux chefs des Flantos, les plus anciennes. Quand un sociétaire veut prendre femme, c'est au Ton-Tigui qu'il se confie tout d'abord ; et c'est bien souvent le Ton-Tigui qui servira d'intermédiaire auprès des futurs beaux-parents : en tout cas, chacun a le devoir d'aider le fiancé de tous ses moyens et le Ton-Tuigui donne les ordres selon les coutumes, pour aller cultiver les champs des beaux-])arents du fiancé, construire la case des nouveaux époux. Quand le ménage, une fois installé, arrive à une situation aisée, le Ton-Tigui ne manquera pas d'inviter le jeune époux à recevoir ses camarades et à les traiter selon ses moyens. La coutume veut que toute Flanto qui festoie adresse à titre d'hommage un plat de victuailles à la Flanto immédiatement plus ancienne, un autre à la Flanto immédiatement moins ancienne, enfin un autre à celle des femmes du môme âge ; car les femmes forment des associations comme les hommes, dans lesquelles, elles se doivent une mutuelle assistance.

Ainsi pendant toute sa vie, par le fait de la circoncision seule, l'indigène rentre dans une société de secours mutuels ; en voyageant ou changeant de résidence il ne perdra pas pour cela les avantages de la Flanto^ car sans difficulté on l'admet dans la Flanto des gens do son Age. C'est d'ailleurs là un des caractères essentiels et des plus remanjuables des sociétés môme secrètes, chez les noirs. Le déplacement ne les prive pas de leur secours ou de leur protection : les unes accueillent l'arrivant comme un nouveau frère, les autres, moyennant les rnots de passe, le considèrent comme un adhé-

1B8 DEliXlfcMK P.VRTIK

rent (1). Cet esprit d'association si extraordinaircnîent développé dans toutes les tribus nigériennes doit exclusivement son évolution aux éléments ethniques descendus des régions sahariennes car il disparaît complètement dans les groupements primitifs refoulés aux confins des forêts. iNon seulement, en effet, les idées de groupement n'existent pas dans ces populations sauvages, mais Tindividualisme est tel que les villages se forment sans aucune autorité reconnue et ne sont, en réalité, qu'un assemblage temporaire de familles absolument indépendantes, où l'autorité du père de famille n'existe que tant qu'il est capable de l'imposer [)ar la force. Cette anarchie sociale, basée sur un individualisme limité seulement par la force brutale des voisins a toujours été [)our nos chefs de colonne, le principal obstacle à la pacification des régions du Baoulé dans les forêts de la Cote d'Ivoire.

Au contraire dans les régions du Nord et dans tout le Sahara celte idée de groupement en société secrète et cet esprit de fédération persiste toujours aussi intense, mais son but politique reste plus ou moins caché sous des apparences philanthropiques ou religieuses.

Les chefs religieux et les marabouts se sont toujours servi avec beaucoup d'habileté de ces principes d'association innés dans les populations, pour grouper autour d'eux le plus souvent sous prétexte d'orthodoxie religieuse des affiliés nombreux. Ils forment ainsi une des multiples confréries religieuses qui se partagent l'Afrique du Nord et dont le vrai but reste, semble-l-il, toujours égoïstement, la grandeur d'une famille iufiuente qui, n'osant ristjuer les luttes aléaloi-

(1) Cliarles Monliel. Monographie de D jeune, op. cit.

KTlINCXiRAIMIIK 159

res de la politique active pour la conquête du pouvoir, sait sagement se contenter, dans le début, des larges bénéfices de rinfluence spirituelle.

Les associations donnent à leurs adhérents, comme nous Tavons vu, dans la montagne et dans la plaine nigérienne des mots de passe, des régies à observer pour prendre leur nourriture et surtout des divinités protectrices choisies dans les génies locaux. En général, pour prendre une devise, les tribus, les familles et les clans, forment un calembour avec leurs noms, ainsi la tribu Toka ou Torjn, s'ap[)ellera dans un groupe Te.ke ou Toge «< les miséricordieux », sa devise sera Ambas-Tegue « miséricorde de Dieu » el suivant le clan où s'affilieront ces associations, elle deviendra Togo ou Toko^ ou niénje Toro^ qui signifient : poisson, antilope, etc. De même la famille Ouolo-Dem^ division des Ou/oOiiô/o, et des Ouolo-Oule^ fera sa devise par à peu prés Ouolo-Diem « les buissons noirs » et une de ses associations très connues, sera Gouoro- Dievi, les Kolas-Noirs, dont les membres auront l'obligation de ne pas manger des noix de kola noires ou desséchées.

C'est sans doute à ces défenses, dont Torigine remonte à des règles d'association, que nous devons certaines coutumes particulières très caractéristi(jues; telles que celles des :

Taraore-Dcmhele, qui ne doivent pas manger des fruits, du fromager (bombax) ( t) ;

(1) Il s'est torrné des corifé(l<'Talions (jui au lieu de prendre leurs signes de reconnaissane(î (tannas) dans le règne animal les ont pris dans le règne végétal; eela nous est d'ailleurs contirin»' non seulement par la défense qu'ont certaines faniilies de manger de certains [)roduits agricoles niais encore par les inascpies emblèmes de leurs « nahas » qui représentent souvent un arbre de la forêt (Voir Nabas).

160 dklxième: partie

Dibo, qui ne doivent pas manger un plat déposé dans une rigole ;

Sisoko, qui ne doivent pas manger un plat que Ton annonce chaud ;

So7}ghoï, qui ne doivent pas manger un plat dans lequel on a fait tomber de Teau;

Mosschis, qui ne doivent pas manger un plat dans lequel un des convives mange sans ôtre assis ;

Oudio, qui ne doivent pas manger un plat recouvert d'une pierre ;

Soiinadje, qui ne doivent pas manger un plat où quelqu'un se sert de la main gauche, etc.

Ces règles sont applicables à tous les gens du clan d'une môme région, tandis que nous en trouvons d'autres qui ne s'appliquent qu'aux F/antos de gens âgés ; ainsi, par exemple, chez les Kanseïgnes de la montagne, le vin de Palme est autorisé seul aux vieillards, à Texclusion du Dolo de Mil « bière de Mil » qui reste au contraire permise aux jeunes gens.

Mais si ces associations se placent sous la protection d'une divinité locale qu'elles honorent spécialement, elles prennent souvent comme au Mossi, dans les confédérations d'ouvriers d'un même métier, pour emblèmes, des animaux ayant des rapprochements avec leur genre de vie ; ainsi les chanteurs lia prennent pour emblème le coq Irya, les mendiants, le Héron, qui émigré et fouille les détritus, etc. Mais le plus souvent le nom de la famille ou celui du groupement détermine son emblème par le nom de Tanimal, dont le nom se rapproche le plus de celui de la famille. Alors nous voyons les Bamynaiius ou Bambaras adopter le Hamma « caïman »,

les OiuL prendre Doua « l'aigle », les Markas, prendre Marmar « la panthère », etc.

Quand un de ces clans grandit et prend une influence politique considérable en s'alliant avec ses voisins pour former une confédération politique, tous les membres du nouveau groupement adoptent la divinité protectrice, la couleur ou l'animal emblème de la famille directrice ; c'est ainsi que nous voyons le lion, emblème d'un clan composé des Diara, Keita, Ndogom^ Ndiaye^ Ouaraha, Diaioara, Ould-Badi^^ic.^ familles qui toutes avaient un animal emblème particulier : Keiia « hippopotame et caïman » ; Ndogom « serpent et aigle » ; Dia-Ouaraba « poisson, aigle », etc.

Nous pouvons donc retrouver avec ces emblèmes l'histoire des alliances qu'une famille a pu contracter dans la suite des temps. Certaines familles comme les Markas-Taraore de la montagne nous apparaissent alors liées à toute l'histoire soudanaise avec les animaux suivants : Lamentin, Aigle-pêcheur^ Serpent, Hippopotame, Lion, Hyène, Panthère^ Igouane-Tortue^ que Ton rencontre dans leurs diverses tribus. Au contraire pour certaines familles qui, comme les Bore, n'ont que la hyène et le caïman et les « Guié » que le serpent dans leurs emblèmes, nous en pouvons conclure qu'il ne leur est échu dans l'histoire soudanaise qu'un simple rôle de comparse.

Ces animaux emblèmes deviennent sacres, a Tabou » , pour les familles qui les ont comme Tanna, Souvent on leur rend les mômes devoirs funéraires qu'aux hommes du clan, ainsi que le font les Ofta/ff-Diem, pour les serpents qui vivent apprivoisés en liberté dans les villages des environs de Bandiagara{\). En revanche, les autres membres de la confédération,

tl) Les honneurs de 1h momilicalion accordées à certains animaux dans

dont ces animaux sacrés ne sont que les emblèmes temporaires, leur doivent un certain respect ; aussi évitent-ils en général, de manger de la viande, ou de participer directement à la mort de ces êtres qui leur sont alliés.

Cependant les animaux emblèmes, les arbres, bosquets, rochers, dans lesquels sont censés résider les divinités protectrices d'un groupement, ne restent pas chez les indigènes les seuls objets interdits et honorés : « Tanna ». Les chefs religieux, leurs insignes particuliers, les objets du culte sont tous revêtus de ce caractère sacré et sont frappés d'interdiction pour le profane sous peine de calamité. Mais ces chefs religieux eux-mêmes ont inhérents à leur charge et à leur fonction des devoirs particuliers et des interdictions spéciales comme Tusage de certains aliments. En revanche, l'interdiction Tahotiy qui frappe certains animaux protecteurs n'existe pas généralement pour eux, qui ont le pouvoir de déclarer Tabou, Tanna^ tel ou tel vêtement, objet ou animal, et par la suite le droit de lever cette interdiction. C'est ainsi que j'ai vu le Hogon de Sanga permettre à toute sa tribu le port des guinées lustrées noires, étoffe qui jusqu'à ce jour avait été exclusivement réservée k la confection des insignes des prêtres et dont l'usage restait Tanna, pour la population avec les bonnets rouges, emblèmes des chefs Gara « Ronges ».

De même les traditions racontent comment fut déclarée Tanna une race de chiens qui sauva de la soif une grande colonne de Gara-Maiides, fuyant le Nord et venant s'établir sur le plateau nigérien.

« Depuis plusieurs jours les émigrants cherchaient un

ranciennc Egypte ra[)pellent ces coutumes Habbés, et pourraient égalemenl avoir leur origine dans le culte rendu à des auiinaux « tannas enoblèmes ».

« point d'eau et la situation commcn(;ait à devenir critique, « lorsqu'un des chiens qui accompagnait ses maîtres revint M au camp tout mouillé d'un bain qu'il venait de prendre (c dans la montagne.

« Les recberclics portées de ce côté firent découvrir la « source de Kani-Bazon et le Hogon de la tribu déclara cette u race de chiens, sacrée à partir de ce jour, comme service « rendu à la tribu (l).

« Depuis cette époque les vieillards des villages ont le de- « voir de recueillir les animaux abandonnés de cette espèce, « et lorsqu'un Naba-Mossi est enterré on le fait toujours c< accompagner dans Tautre monde d'un de ces chiens « sacrifié sur sa tombe (2; ».

Dans tous ces peuples, Gara-Mandes, descendus du Nord, l'animal emblème déclaré Tanna fait partie de la confédération : il est respecté et honoré dans tout le clan et chez les alliés qui l'adoptent comme signe d'alliance. En revanche, il est imposé par la force aux peuples vaincus et aux primitifs asservis. Aussi, cet emblème, loin d'être honoré par les tribus vassales devient maudit et n'est plus supporté qu'avec dégoût; d'où le nom de Dama, avec le sens de malédiction appliqué aux êtres Tannas chez les primitifs, Oumbo, Oumbebe^ des monts flo/wôorî ; les termes de Taïlnd des Ndar/as et Bellas

(i) C'est pour cela que la couleur • Bouge « et les rtiiens « tannas », des envahisseurs (iara ou OaU* ont revu des primilits le m(^me nom que les peuples eux-mftmes Oui, Poul «lonl ils (Maiont les emblèmes. Chez les Hambaras les peuples rouges sont les « Ouïe » la couleur Rouge Ouïe et les chieo Oulou.

(2) Les Samos donnent également un chien à leur fiancée ce qui prouve avec rinlcnliclion de mander (Certains poissons leur filiation ou leur alliance avec les Mandés.

164 DRl.VIÈMK PARTIE

soumis par les Touaregs ou Im(1 de tribus Konnlahy qui signifient également l'impur, le maudit.

Donc, chez toutes les populations primitives qui ont du lutter pour conserver leur indépendance, les interdictions, des objets et des animaux Tannas imposées par les vainqueurs, leur feront considérer ces ôtres comme impurs et dignes des malédictions jetées sur les traîtres semblables aux Kosso(/ioy qui s'étaient ralliés aux gens du Set'pent^ pour leur servir de guides contre leurs frères des montagnes. Depuis cette époque les personnes de cette tribu maudite n'ont plus le droit de séjourner dans les villages llabbes indépendants, ni de manger, ni de boire aux mêmes plats que les autres habitants ; et par suite les objets qu'ils touchent sont regardés comme souillés et doivent être brrtlés.

La môme malédiction pèse sur les chevaux qui ont servi aux hordes de cavaliers envahisseurs, à conquérir les plaines, et sur les Anes, montures traditionnelles de certains chefs des conquérants MossL

Au Soudan, les animaux emblèmes sacrés sont nommés Tanna^ par les Sarrakoles^ Maru/e, Markas^ ternie adopté par les Baniharas ; Terme et Tanne par les Foulbés\ Tebi, Teng ne ci Itengue par les Sorkos ; Tapemon par les Habbes ; Nkifa par les Mossi ; Dama par les ()nnibot\ Onmbu du Hnnrnbori ; Taflad par les Iknjas et lie! las Tonarf*gs\ Lad par les Kountahs ; Aïkonnt par les J/^jt^/^vn Onld liaddi.

En résumé, pour la plupart de ces tribus envahissantes le Tanna parait être considéré comme emblème protecteur et un animal Toternique. Nous devons donc rechercher les initiateurs des peuph's soudanais à ces coutumes dans les familles que nous voyons descendre des régions méditerra-

Fig. 106. — Ti^sLiarirls i.istalliïs si

Kig 107. — l'IiiiMiix <!.■ llamiia.

Un haut-fournoau iiiiligtnu |)ourlraiterlii niinuriLi ilu ïcr.

Jtiune hoiuniv llabbi; un uosluiue d'ailolesïL'iit.-

ncennes. Eq effet, ce culte rendu à des anima iiv nous apparaît en Egypte dès la plus haute antiquité ; nous savons même que les Egyptiens désignaient par le môme nom les tribus noires et les serpents; mais il est possible que ces rites aient été importés de Chaldée dans la vallée du Nil à l'époque préhistorique.

En tout cas, Carthage, à une époque plus récente, nous montre les grandes familles patriciennes rendant un culte à leurs emblèmes toUhniques^ les poissons et les serpents, etc. Répandus dans tout le Nord de l'Afrique par la confédération de Nasha-Mon, à la(iuelles succèdent celles des Marmarides et des Garamanles, nous voyons ces Totems pénétrer dans les plaines nigériennes par les plateaux sahariens (1).

Chez les tribus nomades qui parcourent les régions désertiques, on retrouve, comme l'avait déjà signalé Duveyrier en 183i, de nombreux aliments interdits se rapportant à d'anciennes traditions totétniques : les Touaregs^ les Maures^ les Foulbés, évitent toujours avec soin de manger du poisson et de la chair de certains oiseaux, nouvelle confirmation aux indices linguistiques de leur présence dans les clans du Ma, {Mounoii des Foulhés) et des Oua.

(\) Les tribus Berbères, Maures, Touaregs en plus des grands Tannas généraux comme les poissons, poulets... éléphants ont encore des tannas particuliers comme, par exemple les:()uld Badi, le lion (ni tuer ni manger) j Scbeick Sidi-el-Bakaï, le chameau (ni tuer ni manger) ; Iguellads, chameau. Amohadi-Hielh Kountalh, ne doit monter ({ue les chevaux que personne n'a monte ; Idnannes, les chevaux. Reguegdade. (Kobba blanc, grande antilope, ni tuer ni manger); Allouchs, giraffe(ni tuer ni manger) ; Mcschdoufs, chacals ; Sidi-Moklar, panthère; Kel-Antsav, Kobba noir; Midi-deghen Imrad. Poulets; Ould Nacer, le lièvre ; Kel Aara, ne doivent pas monter les bœufs porteurs. . . etc., ces tannas permettent de retrouver les confédérations dont ont fait partie ces nomades.

etiino(îkaphif: 165

néennes. En effet, ce culte rendu à des anininu\ nous apparaît en Egypte dès la plus haute antiquité ; nous savons même que les Egyptiens désignaient par le même nom les tribus noires et les serpents; mais il est possible que ces rites aient été importés de Ghaldée dans la vallée du Nil à l'époque préhistorique.

En tout cas, ('arthage, à une époque plus récente, nous montre les grandes familles patriciennes rendant un culte à leurs emblèmes lotémif/ues^ les poissons et les serpents, etc. Répandus dans tout le Nord de l'Afrique par la confédération de Nasha-Mon, à laquelles succèdent celles des Marmarides et des (uwamantes, nous voyons ces Totems pénétrer dans les plaines nigériennes par les plateaux sahariens (1).

Chez les tribus nomades qui parcourent les régions désertiques, on retrouve, comme Tavait déjà signalé Diiveyrier en 185 i, de nombreux aliments interdits se rapportant à d'anciennes traditions totémiqnes : les Touaregs, les Maures^ les Foulbés, évitent toujours avec soin de manger du poisson et de la chair de certains oiseaux, nouvelle confirmation aux indices linguistiques de leur présence dans les clans du Ma^ (MounoH des Foulbés) et des Oua,

({) Les tribus Berbères, Maures, Touaregs en plus des grands Tannas généraux comme les poissons, poulets... éléphants ont encore des tannas particuliers comme, par exemple les: Ould Badi, le lion (ni tuer ni manger) ; Sclieick Sidi-el-Bakaï, le chameau (ni tuer ni manger) ; Iguellads, chameau. Amohadi-Rieth Kountalh. ne doit monter que les chevaux que personne n'a monté ; Idnannes, les chevaux. Regucgdade. (Kobba blanc, grande antilope, ni tuer ni manger); Allouchs, giraffc(ni tuer ni manger) ; Mcschdoufs, chacals ; SidiMoktar, panthère; Kel-Antsav, Kohba noir; Midi-deghen Imrad. Poulets; Ould Nacer, le lièvre ; Kel Aara, no doivent pas monter les bœufs porteurs. . . etc., ces tannas permettent de retrouver les confédérations dont ont fait partie ces nomades.

Ifi6 DEUXIÈMK PARTIK

Mais rislam a détruit un grand nombre de ces coutumes chez les peuples actuellement musulmans qui n'avouent qu'à grand peine leur attachement à ces anciennes traditions. En revanche ces rites sont toujours en plein développement dans les tribus noires primitives, amenées de l'Est par les pasteurs envahisseurs des clans du serpent et par leurs successeurs liambaras, sortis des forêts.

Au contraire, les indi^<'»nes primitifs, ignorant toutes les contraintes d'un groupement organisé, cantonnés dans leur individualisme irréductible, ne considèrent jamais les TannaSj imposés par leurs conquérants, comme des emblèmes protecteurs, mais les stigmatisent avec des termes de mépris et leur jettent l'interdit avec des malédictions : tandis que leurs frères des tribus indomptées et insoumises, réfugiés dans les forêts, continuent à mener, comme au premier âge, une vie sans religion, ignorant toute défense qui les priverait d'un aliment.

Il semble donc que ces principes tolémiques ont été importés sur les bords du Niger, avec les idées d'organisation sociale des régions Nord et Nord-Est de TAfrique, et Ton devra peut-être rechercher leur origine jusque dans les vallées asiatiques de la Mésopotamie.

Ki^ 108. — [•'•Ml-!- fiiliiiiiiMNl lii' grari'lis jarri's |ioiir i les inovishins dVau ou île cùnialcs cl.ins rinl.'rieui- .If ■<. Villagi; de Nignri (Tomboko).

109 — Vasds en bois scupltcg destinés à contenir la nourriture du Hogon.clief Habbé.

(Induftrit' <Ies artisans llabbé).

Page 1