‹ Le plateau central nigérianChapitre 27 sur 100 · LES CASTES · texte numérisé non relu

LES CASTES

La société soudanaise nous avait toujours été présentée comme régie par une organisation sociale très hiérarchisée, divisée en plusieurs castes bien définies :

V Les hommes libres ;

2*^ Les castes industrielles, avec les forgerons, les griots, les tisserands, les tanneurs, etc. ;

3** Enfin les captifs et les esclaves.

Cette hiérarchie incontestablement formée sur le plateau Mandingue, récemment conquis par les clans des Bammanas et dans les plaines occupées par les conquérants FoulhéSy n'existe absolument plus dans les régions du centre de la Boucle où les populations ont pu résister aux envahisseurs.

Cependant il est du plus haut intérêt, pour nous, derniers organisateurs de ces régions de l'Afrique occidentale, de rechercher les causes qui ont amené la formation de ces castes.

Nous devons constater tout d'abord que le genre d'occupation des individus, le métier par lui-même, n'entre pour rien dans les raisons qui ont pu généralement déterminer au Soudan la création de cette hiérarchie.

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Sur le Niger, dans les mc^mcs villages et se livrant exactement à la même industrie de la pêche, nous voyons les pécheurs Somonos être considérés comme des gens de caste, tandis que les Bozos et les Korongoï, habitant avec eux et portant quelquefois les mêmes noms, restent des hommes libres.

Chez les Bammanas l'agriculture est Tapanage des seuls gens libres et nobles, mais tous les autres corps de métiers ou travaux manuels^ sont exclusivement réservés à des gens decast? : au contraire, chez les Foulbés, seule l'industrie pastorale est noble. Tagriculture et les industries sont laissées aux tributaires, aux vassaux et aux gens de castes. En revanche, nous sommes obligés de constater que dans les populations indépendantes de la forêt, du centre de la Boucle et des montagnes, les gens libres exercenttous les métiers et que même les familles des chefs se livrent au commerce, aux industries du tissage ou de l'exploitation du fer.

Si donc, en général, le genre d'occupations, le métier de l'individu lui-même n'est pas une cause déterminante de la formation de la caste, la famille, son origine ou son métissage, n'y sont également pour rien contrairement î\ ce que nous voyons dans l'Inde.

En effet, dans le Macina, nous trouvons les Sisspko, comme griots et pêcheurs des Foulbés ; dans la région de Nioro, ils forment une caste de forgerons de Bambaras et enfin sur la Faleme et dans TOuest vers Kaves, ce sont des gens libres.

De même parmi les pêcheurs on retrouve au Sénégal des membres de la famille Ndao, libres et mélangés aux Toucouleurs, tandis que sur le Niger une partie de cette famille

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est considérée comme forgerons, ou pêcheurs tributaires des Markas ; et Tautre partie comme affiliée aux clans des Sorkos,

Ejifin parmi les castes de forgerons : les Dions métallurgistes des Malinkés, ont leurs familles de TOuest, serfs captifs des Bammanas, pendant que celles du plateau central nigérien restent libres et se livrent à l'industrie et à Tagriculture.

On retrouve de semblables exemples dans toutes les familles et dans toutes les castes.

Par suite, nous voyons que l'origine elle-même des individus, comme le métissage des familles, n'a jamais eu aucune influence sur la formation des castes, qui n'ont été créées que par des causes absolument accidentelles et régionales. Dans telle province, une famille fut obligée de se soumettre avec son clan à une invasion de conquérants tandis que, dans la province voisine, les autres membres de cette famille restaient indépendants ou s'alliaient aux vainqueurs.

Je ne connais qu'une exception à cette règle dans les montagnes du plateau de Bandiagara. Ce sont les membres de la tribu Kossodio qui, quoique libres, ont été frappés d'interdit pour traîtrise et sont devenus « Tanna » auprès des autres tribus, formant réellement ainsi une caste, considérée comme paria, dégradée et impure.

Mais Tobservation de quelques faits et le recueil d'événements rapportés par les traditions, nous prouveront bien que la formation des castes soudanaises en général, n'a été dans la vie des civilisateurs nigériens qu'une série d'événements indépendants les uns des autres et agissant difléremment sur des éléments ethniques souvent très variés.

Les traditions sur la formation de la caste des forgerons,

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€ KourouroeY », au Mossi, ont été recueillies par le capitaine Noiret.

Pendant la suprématie de l'Empire de (lanna, une partie de la population des rives du Niger vint occuper le plateau central nigérien, vers Tpra^Dori-Aribinda, où leurs descendants vivent toujours.

Ils formèrent primitivement le clan des Mango. Mais, commandés par des fiara et appartenant, en général, à la famille Ei^ on les nomma des Kovomc'i ou Kouroxnne'i, de Koron, « rouge »^ qui a pris dans la suite le sens de a vieux » : les anciens.

Les pasteurs Peuhls les nomment encore les Foulfiïs, terme qui a la même étymologie que Kourome'i (1).

Un groupe de ces populations ayant appris que le Yagha actuel était inoccupé, vint s'établir dans cette région formant les villages de Souleï, près de Ouahfgouya,

Un siècle plus tard, un second groupe de plus de 500 familles suivit cet exemple et fonda Togom. Il se dispersa peu à peu dans les vallées où s'établissaient déjà les premiers pasteurs Foulannes, « Sourombés ».

Jusqu'à l'arrivée des Mossi dans le Yatenga, les Kouroumeï furent les maîtres, cultivant la terre, exploitant les richesses minières, construisant des hauts fourneaux, exportant le fer vers les bords du Niger.

Mais lorsque Yagha, chef Mossi, s'avanr.i au xir- siècle pour conquérir cette contrée, à laquelle il donna d'ailleurs son nom, les « rouges » se portèrent au devant des armées du conquérant et lui firent oifrir leur soumission et leur vas-

(4) Foiileï «ie Ouïe oï, comme Kouroumeï de Kourou-Koron-Kolon rouge et eï.

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