PLANCHE LXXV
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rent et invoquent, a reçu dans leurs différents dialectes des noms tirés de l'expression servant à désigner la femme, le principe féminin.
Chez les Songhoy, pêcheurs de l'Est, chez les primitifs du Mossi et du Plateau Central nigérien, Tôtre femelle, la femme, se dit Oueï ; la divinité féminine de la triade céleste invoquée par ces populations s'appelle Oueïndé (1).
L'astre solaire producteur de la chaleur et de la lumière fécondante devient leur emblème astral féminin, producteur, et se nomme Oueï nga ou Oueï-ndiga.
De même dans les dialectes du Gourma et du Haut-Dahomey, le principe féminin, la femme, se désigne par le terme nga ou ngo, la mère fécondée, gnia, la divinité féminine adorée se dit « Tiengo », le soleil, emblème astral féminin, s'appelle également lé-ngo (lengo) ; enfin la terre, cette mère créatrice des êtres vivants, reçoit ce même nom de femme et s'appelle Tinga ou Tenga.
Les autels dressés dans chaque maison familiale par les adorateurs des principes féminins de la divinité sont formés par des vases en terre ou des calebasses en bois, désignés par le terme qui sert à nommer les organes sexuels de la femme. On dispose généralement autour de cette urne des sacrifices, les signes d'alliances de la tribu ou des figurines rappelant les ancêtres fondateurs de la famille et les animaux emblèmes totemiques.
Dans tons les villages habités par ces populations, les sculptures ornant les piliers des chambres et les ornementations modelées en terre sur les façades des maisons, repré-
(i) Oueï-nda, f^e principe féminin des peuples Nde.
sentent toujours des figurations de seins ou d'autres emblèmes féminins stylisés.
Ces familles, adorant les forces productrices féminines de la divinité, formèrent à une époque lointaine les groupements femelles des diverses confédérations soumis aux peuples civilisateurs et milles du Nord. Sur le plateau central nigérien, elles étaient ralliées aux clans des Ma-ngo et Ouango dépendant des Ilar-ma et des Har-oua de la région lacustre.
Dans toutes ces confédérations nigériennes, les appellations adoptées pour désigner ces familles adorant le principe femelle, exploitant le sol soudanais, sont caractérisées par l'indication féminine ngo qui termine leur nom, comme dans Kara-ngo (1), So-ngo (2), par opposition au terme Har réservé aux mâles conquérants.
Un exemple de ces clans sexués nous est fourni par la légende soudanaise de Faram (2).
Dans cette légende, il nous est dit que le célèbre chef Faram commandait aux familles de pêcheurs du Moyen- Niger ralliées î^i la grande confédération de la Sounna (3). Sur le fleuve soudanais, cette confédération comprenait les tribus Sorkos ou familles des clans du Serpent mâle et les
(i) Kara-ngo ou Korongoï, les Kouges du clan Femelle, comme Songe, les Serpents du clan Femelle.
(?) Voir Littérature.
(8) Sounna signifie les Hannes du clan des Sou (Serpents). Ces Hanna avaient fondé Ganna avec les clans des Oua ot des Ma ; lorsque les envahisseurs Soussons (Serpents) détruisirent retlc ville au \iu'- siècle, une partie de? tribus tributaires des Hannes se rallie aux clans Serpents vainqueurs et forme la Sounna pour Sou-Uanna.
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tribus Songo (1) ou familles des clans du Serpent femelle. Ces groupements de populations se retrouvent aujourd'hui : les premiers mélangés aux Markas et Bosos de la plaine inondée du lac Dcbo avec leur dieu llar-Koy, le Chef des Mdles ; et les seconds, alliés aux primitifs Gourma-nkés, Mossi, Haoussa. vers les rapides de la branche nigérienne orientale avec, comme divinité, Oueïndeou Tiengo, le grand principe féminin : La Femme.
Cependant, dans chaque tribu, le chef religieux appelé Hogon^ a pour devoir spécial d'honorer la triade divine et de lui otlrir des sacrifices sur Tautel à trois pointes. Sa maison, très ornementée, re(;oit des sculptures ou des modelages représentant des emblèmes des deux sexes et généralement de nombreux pylônes phalliques surmontent sa toiture.
Le titre de ces chefs religieux est « Boiigho » ou « Hou^ ghon », nom qui signifie le feu ou la chaleur du feu. En effet, ces prêtres des tribus mâles ou femelles honorent tous, avec la triade céleste, les forces fécondantes du feu et de la lumière solaire.
Les Hougho-Ouango du jMossi (2) sacrifient au soleil pour l'attacher à la terre, matin et soir, à son lever et à son coucher, pendant la première semaine de Thivernage, puis dans la suite seulement tous les six jours le matin au soleil levant. Ils se rendent aux autels formés des trois pierres coniques
(1) Ces termes Songo et Sorkos signilient bien Hommes des Serpents mâles ou femelles, car les Foulbés appellent ces tribus Soqanabé : les gens de Ganna du Scrpcnl.
f2i Ces pr<Mres résident nu Mossi, dans les village de : Boujema-Mani- Kondogho-Volo-Tio .
pour ollrir les sacrifices et les libations, toujours entourés de tout le peuple, des chefs de famille, des joueurs de tamtam et des masques familiaux (Ouango).
Ces prêtres gardent pendant toute Tannée dans une petite niche très décorée, creusée dans un mur de leur maison, le feu sacré avec lequel, à la fin de la saison des pluies, ils devront allumer les grands feux de brousse purificateurs (1).
Ces petites niches, sanctuaires du feu, sont très répandues dans toutes les constructions en terre soudanaises ; elles se retrouvent môme dans les maisons des populations musulmanes, comme les Korongoï du Fleuve, les habitants de Djenne et de Tombouctou et même de Zinder (2).
Un autre emblème du feu fécondant, fait en fer forgé, et qui a reçu forme d'une crosse au bec relevé, reste très répandu dans tout le Soudan. Les Habbés le placent toujours avec des pierres de tonnerre (3) .sur leurs autels coniques, sur les hautsfourneaux et près des signes d'alliances de la famille. Enfin cette forme crossée a été adoptée pour les fers de briquet et les tourne-vis des fusils ; instruments qui sont considérés comme des « amulettes » protectrices et qui se portent avec les autres fétiches, suspendus à une chaîne composée de maillons de fer forgé.
Cette idée de la triade divine et ces conceptions animistes si bien conservées dans les tribus du massif central nigérien
(1) Ils sacrifienl à chaque lune nouvelle, puis onl sept grandes fêles par an pour la divinité. Enfin pendant les fêtes du soleil ils se servent d'une queue de vache pour l'attacher à la terre, et lier sa chaleur fécondante.
(îi) M. Fourcau les signalent dans les maisons de Zinder dans son livre Résultats scientifiques de la mission Foureau-Lamy .
(3) Instruments néolithiques.
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se sont répandues peu à peu dans les populations habitant le plateau Mossi (1) ou réfugiées dans les forêts côtières du golfe de Guinée. Mais tandis que les Habbés, dirigés parleurs chefs religieux Hogons, se contentaient d'honorer la divinité par des sacrifices faits sur des symboles représentant la force créatrice, au contraire les tribus primitives et surtout celles qui adoraient les principes féminins de la triade divine, érigèrent, pour mieux matérialiser leurs dieux, des statues ou des figurines, vraies fétiches de bois ou d'argile.
En effet, chez les Ashauti, les Dahoméens, les Nda, tous peuples métisses réfugiés dans les forets guinéennes, nous voyons avec un culte totémique, comme celui du serpent importé par les Sousous envahisseurs, une religion comportant des divinités mâles ou femelles et un dieu cornu, tout puissant, Kaka-Gyé, porteur d'emblèmes ammoniens.
Dans toutes ces tribus soudanaises nous trouvons de nombreuses figurations solaires, soit dans les bijoux féminins et les poids, emblèmes des familles servant à peser Tor, soit dans les dessins ornementant les maisons.
Enfin le rite principal de toutes les religions de ces Noirs consiste à immoler à la divinité toute-puissante, Ammo chez les Habbés des montagnes et Kaka-Gyé chez les tribus de la Côte d'Ivoire, un bouc dont la tête est recouverte d'une « calebasse » dans les familles des confédérations femelles.
Ce sacrifice nous fait rappeler que dans l'antiquité égyptienne le bouc était également la victime réservée au représentant divin de la triade thébaine : « Ammorha ».
Mais cette coïncidence rituelle, jointe aux idées philosophi-
(i) D' Ruelle, Anthropologie, XV, p. 089.
ques animistes, au culte astral et la conception d'une triade divine, etc., nous oblige forcément à rechercher vers le Nord de l'Afrique l'origine des envahisseurs qui civilisèrent la Nigritie.
Libyens-Berbères, sans doute, ayant de nombreuses affinités phénico-cbaldéennes et fortement influencés par les idées égyptiennes, ces civilisateurs conquérants, occupèrent longtemps les régions sahariennes, sur les rochers desquelles ils ont gravé de nombreux emblèmes solaires et des figures de boucs ammoniens. Ils vinrent habiter plus tard les vallées et les plateaux soudanais, apportant aux primitifs Nigritiens, avec des conceptions philosophiques asiatiques, une industrie et des arts fortement marqués d'influences orientales.
D'ailleurs, depuis plusieurs années, ces traces de civilisations égyptiennes ou méditerranéennes avaient été signalées dans un grand nombre de tribus stationnées sur les bords du golfe de Guinée : par M. Delafosse à la Côte d'Ivoire, par le commandant Fonssagrives au Dahomey ; et par M. F. von Luschaw au Bénin.