‹ Le plateau central nigérianChapitre 49 sur 100 · XIII. — Roligioii. Divinité. Tritidc» ec^loMte · texte numérisé non relu

XIII. — Roligioii. Divinité. Tritidc» ec^loMte

Les Hogons, chefs religieux de la montagne, conservateurs des vieilles traditions. philosophiques orientales sur les doubles éléments composant l'Ame humaine, croient également à une divinité unique : Anmw ou Amma^ puissance créatrice infînie et souveraine dispensatrice des événements heureux et malheureux qui régissent l'univers. Cette force divine résiderait dans les immensités célestes, englobant l'univers et s'occupant- fort peu des infimes événements humains.

De cette divinité omnipotente émaneraient deux forces créatrices : un principe mâle ou actif toujours en mouvement, et uu principe fnntdie fécondé producteur. Ces forces par leurs doubles influences vivifiantes renouvelleraient la vie perpétuelle dans le monde créé.

Les tribus et les familles nigériennes ont toutes adoré, avant l'introduction de Tlslam, l'un ou l'autre de ces principes, source de toulo vie terrestre, tandis que les chefs religieux nommés à l'élection honoraient spécialement la Triade

(1) Voir le Double en Chine cl en Egy|)te, Anthropologie, 1905, t. XVI, n»4, |). -247.

HARRÉS 269

Divine ou cette Grande Monade céleste subdivisée en forces mâles actives^ et forces femelles productrices.

Cette conception de In divinité, qui nous apparaît encore comme le dernier vestiçe de la Triade fhébaine, reflète également des idées asiatiques, phéniciennes et chrétiennes. Cependant ces principes se sont matérialisés naturellement, en pénétrant dans les populations négroïdes du Niger et principalement dans les tribus primitives du Mossi.

Selon l'expression de mon guide : « Ammo est un grand « Naba tout-puissant, maître incontesté de l'Univers, rési- « dant habituellement très loin dans le ciel avec son « bagage » « ses serviteurs et ses ambassadeurs chargés de porter ses « ordres aux êtres terrestres.

« Auprès de lui habite sa femme, la grande créatrice ïinga, (( qui porte le même nom que la terre (Tenga). Leur fils, « seigneur puissant, parcourt le monde en dévorant et en « détruisant la création dans sa colère redoutable ».

Cette philosophie de la divinité provient soit de la monade toute puissante se divisant en principes mAles et femelles, soit des triades divines, vestiges des religions asiatiques ou égyptiennes, comprenant le père, la mère et le fils, ou le principe, Taction et reffct. En outre elle nous montre une dernière survivance de l'idée du « Moloch » destructeur et dévorateur dans ce fils cruel et dévastateur.

C'est à cette triade divine que Ton élève des autels à troig pointes formés dos pierres dressées, sur lesquelles les chefs religieux nommés à Télection, 1rs Ilogons^ doivent offrir les sacrifices, (^es trilithes nous avaient déjà été signalées dans l'Afrique du Nord chez les Garamantos, par les auteurs de Tantiquité classi(|ue et l'un d'eux nous apprend même que

S70 TROISIÈME HARTIK

« larba, roi des Garamantcs et des Gétiiles^ avait drossé cent autels et consacré autant de feux chez les Atlantes vaincus » (1).

Actuellement encore, sur les plateaux nigériens, parmi les populations alliées ou soumises aux conquérants « gara », subsistent, plus ou moins altérés, les mêmes anciens rites religieux avec les autels trilithiques et les feux sacrés.

Les membres des tribus et des familles qui adorent actuellement le principe mâle actif de la Divinité, nous paraissent provenir des conquérants Hara ou Gara qui furent les propagateurs soudanais des idées civilisatrices Lybico-Berbères.

La Force Divine qu'ils invoquent se nomme commeàTombouctou : Har-Koy ou Her-Koy, le Maître des Mdles[\), et les autels qu'ils dressent à cette puissance céleste fécondante sont construits en terre, érigés en forme de cônes et peints en rouge Ce ne sont même quelquefois que de simples pierres coniques ou de frustes monolithes dressés verticalement dans la cour de chaque maison familiale.

Dans toutes ces familles, la décoration des piliers supportant les abris-repos des places publiques, celle des poutres soutenant les plafonds des chambres, et l'ornementation des façades des maisons comporte avec les dessins stylisés des animaux ((tannas » delà confédération, des pylônes coniques et de nombreux emblèmes phalliques semblables aux motifs

(1) Lubbock, Origine de la civilisation (cil. de Laffilour dcHuet).

(2) Voir Grammaire Songhoy de Mgr Hacquard : où Har signifie le mâle. Ex. : un cheval dans le sens générai se dil Bari, mais un étalon se dire Har Bari, de m(>me l'homme en sens gênerai se dit Boro, mais le chef âgé, r homme mûr, se dit Har-ber, le Grand M«11e, et Dieu devient Har-Koy, le chef des MA les.

décoratifs qui surmontent les frontons des portes dans les maisons de Djennc.

Les tribus adorant le principe mâle de la Divinité considèrent que la lune avec ses évolutions perpétuelles représente Temblème astral des forces créatrices. Par suite tous les chefs religieux Hugons font annoncer solennellement les phases de révolution lunaire, et déterminer d'après la position de Fastre au firmament la suite des jours heureux ou néfastes de la semaine; enfin cette planète leur sertà diviser le tenips et à désigner les saisons.

Les survivances de ce culte lunaire se retrouvent encore dans un grand nombre de tribus nigériennes islamisées, qui persistent à faire un « salam » avec invocations et gestes spéciaux à l'astre des nuits pendant toute la première semaine de la nouvelle lune. D'ailleurs l'apparition de chaque nouvelle lune est saluée par les yous-yous et les cris des femmes dans tout le Soudan.

Tous les groupements ayant formé ces confédérations, des « mâles ». paraissent caractérisés par l'adjonction d'un r dans leur nom et par la désignation de « Homme mâle » : tels Sara-Kolle. Sor-Kos, Mar-Kas... Ilara... etc.. Har-oua, Har-ma.

La couleur « rouge » désignée par les noms mêmes des envahisseurs « Gara » et Oulé semble avoir, généralement, été prise comme emblème sacré « tanna » des populations adorant les principes mâles; car nous la voyons réservée exclusivement aux insignes sacrés des chefs religieux, à la peinture extérieure des autels coniques, et k la coloration adoptée pour revêtir le corps des hommes pendant les cérémonies cultuelles ou funéraires.

Ces idées religieuses, ces rites et ces coutumes se sont plus ou moins répandus dans toutes les tribus primitives du Sud affiliées aux populations rouges, conquérantes ; car nous les retrouvons chez toutes les populations Nda du Dahomey et de la côte d'Ivoire, du Lobi ^1) et du Mossi ; importées sans doute des rives de la Méditerranée où elles étaient encore en usage pendant la période historique.

En eflfet Pline nous dit (XXXllI-1 12) qu'à l'époque romaine : « les chefs, les idoles et les autels des tribus indigènes africaines étaient peints en rouge » ; nous savons également que toutes les populations du Nord de TAfrique, Garamantes, Gétules, Numides, élevaient à la divinité, dès la plus haute antiquité, des monuments formés de pierres dressées nommés trilithes, bilithes ou monolithes ; et il semblerait que tous ces autels coniques en pierre remontent aux primitives religions asiatiques puisque le Baal phénicien était lui-même adoré sous la forme d'une pierre conique.

Les tribus ou familles qui rendent un culte, au contraire, aux principes féminins producteurs, paraissent presque toutes appartenir aux anciens groupements des grands noirs peu prognathes, membres des confédérations Nda qui ont conservé jusqu'à nos jours l'usage de la poterie, des instruments en pierre, broyeurs et mortiers.

Ces populations ont été affiliées aux conquérants civilisateurs llar, descendus du Nord, et, paraissent avoir les premières, sous leur direction, mis en exploitation les régions soudanaises.

La force divine productrice, mère bienfaisante qu'ils ado-

(l) Doct. Hiielle, op. rit.

Page 1