‹ Le plateau central nigérianChapitre 52 sur 100 · PLANCHE LXXVI · texte numérisé non relu

PLANCHE LXXVI

FiR. 148. — AiiU-1 il'imo tribu arlupjiil li- principe J'OniiiiiN lie la Divinité.

Autour d'un vase k luicrilicu sunt ilressécs les atatii«Ites eo bois

des anci-Hrcs et de l'animal cnil>li>[iic de la Cunrédération {Autruche).

PLANCHE LXXVIl

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P<g. 119 - Aiili-liIirsiK^ <l<:vanl lar'uso cl.' l'.\iiii:iKnra au village lie K&ni-UiiK<iiinH .

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terrestres ; en relations continuelles avec les humains, ils luttent souvent d'influence les uns avec les autres pour soutenir leurs protégés, et, comme les dieux d'Homère, ils prennent une part tr<'»s active à la politique terrestre J). Ces dieux sont de caractère indépendant, mais en général bienveillants, ils protègent les humains établis sur leur apanage terrestre, qui se sont acquis leur protection spéciale et qui les honorent habituellement par des sacrifices et des libations. Un des caractères les plus curieux de cette protection, semblable d'ailleurs à celle que les divinités grecques accordaient aux Héros antiques^ est que nous la voyons exclusivement réservée à l'homme, h la famille ou au groupement qui le premier a fait alliance avec cette puissance divine et avec qui a été échangé un signe de reconnaissance (2).

En efl'et, comme on le voit encore de nos jours dans les migrations des tribus ou dans la fondation de nouveaux villages, il est probable qu'autrefois, avant de s'établir dans la montagne avec leurs familles, les chefs Hambés cherchèrent par des sacrifices et des libations à se concilier le plus puissant des génies du pays. Auprès de leur maison ils lui dressèrent un autel de pierre sur lecjuel des oftVandes et des libations furent déposées.

Ainsi ils s'attachaient exclusivement et personnellement la protection de cette divinité, devenant les seuls intermédiaires légitimes et obligatoires pour présenter les requêtes de leurs peuples.

(1) Voir plus loin la Légende de Faram. La lutte du chef des p(>cheurs avec le Djinni de Tigilem.

{i) Ce signe de reconnaissance a été très improprement nommé par nous « ijri gri » comme les amulettes.

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Afin de mieux sceller ce pacte divin, ils composèrent les « Gris gris de reconnaissance », les Signes de Dieu, formés de divers objets, qui devaient permettre à leurs successeurs de rester en relation avec la divinité et de conserver ses faveurs exclusives.

Ce Signe sacré est le seul lien qui réunit extérieurement la divinité à son serviteur ou à ses descendants et seule la possession de cet objet peut obliger « le Dieu » à révéler sa puissance et à intervenir en faveur de ses protégés.

Par suite, les gris-gris du village et des familles, souvent mêlés à ceux qui assurent la protection des esprits ancestraux, sont soigneusement cachés et jalousement gardés. Les vieillards connaissent leur cachette, le Hogon les garde généralement près des autels de la patrie et des malédictions terribles sont à craindre pour ceux qui s'approchent du lieu où on les a placés, car leur vol ou leur perte enlèverait tout droit à la protection divine.

Plusieurs faits liistoriques sont en concordance avec cette croyance. Au Mossi, dans la plupart des révolutions, nous voyons les compétiteurs chercher immédiatement à s'emparer des gris-gris protecteurs avant même de tenter la lutte. Un exemple de celte coutume se trouve cité dans les légendes et traditions Mossis recueillies par le capitaine Noiret : « Yagada, fils du Ma bar Naskadie, ayant été déshérité par « son père, s'empresse de rallier ses partisans de voler les « « amulettes » de famille et d'aller fonder le royaume de fi Yatenga en recevant la soumission des Kouroumeï Son- « goï ».

Cette conception des signes d'alliance parait se rapprocher

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beaucoup des idées admises dans les familles judaïques primitives.

En effet, la Genèse (1) nous apprend que lorsque Jacob quittait son beau-père Laban, pour rentrer dans le pays de Chanaan, sa femme Rachcl déroba les « theraphim »* protecteurs de sa famille araméenne.

Dans la confédération des tribus hébraïques succédant à ces populations primitives patriarcales, Tarche sainte fut également, un signe d'alliance, pour se réserver la protection de Jehovah ; de même la tradition biblique nous représente la circoncision comme un signe de reconnaissance imposé par la divinité protectrice de la race sémite.

Mais les anciens rites religieux des peuples de Judée décrits par la Bible nous offrent encore de nombreuses similitudes avec les coutumes conservées par les Habbés. En effet, nous voyous souvent les patriarches primitifs élever des monuments litbiques, soit pour commémorer un événement, soit pour honorer la divinité.

Sur ces autels de pierre ils offrent des libations et des sacrifices divers (2).

Isaïe lui-même nous initie aux coutumes superstitieuses conservées par le peuple juif, qui avait gardé les traditions du vieux culte astral en solennisant par des sacrifices l'apparition des nouvelles lunes (3; et qui, jalousement, dans chaque village, respectait les bois sacrés, bosquets de thérébinles et de chênes dans lesquels résidaient les idoles (4).

(1) Bihley cilil. Segond. Genèse, cliapit. XXXI, ... 17, 18, 19, 20.

(2) (ienèse. XXXI, 4i. Bible, Irad. P. Sogond.

(3) Jsaïe, I, 13. Bible ^ Irad. P. Segond.

(4) Jsaie, I, 29. Bible. Irad. P. Segond.

SR2 TROISIKME PARTIE

Ëiirm, sur lo plateau central nigérien, comme chez les Ilôhroux. nous retrouvons la môme conception spiritualiste d'ùtres supérieurs, divinités secondaires peuplant Tunivers, eu faisant fonction d*envoyés du Dieu tout-puissant ou d'an&i'es protecteurs du foyer et du village quand ce ne sont pas des démons malfaisants.

tiOtte théogonie d'origine asiatique parait avoir été importée chez les peuples soudanais bien antérieurement à l'arrivée do l'Islam, car nous la retrouvons dans toutes les populations africaines musulmanes ou fétichistes : cependant ces idées pourraient hien avoir été intluencées et développées |wir les plûlosophies chrétiennes et musulmanes.

Les divinités secondaires, bienfaisantes ou malfaisantes, ont une hiérarchie {KU^liculière et sont de puissance variable ; mais les populations nigritiennes s'en font des conceptions «ïîtlértMites selon leur origine ethnique ou selon les influences qu'elles ont subies.

Les Habbés spiritualistes et animistes les considèrent comme des étivs divins, supérieurs, qui se confondent souvent avec les esprits ancestraux.

1-e chef de ces divinités pr^^ tectrices se nomme Bouna (le grand -père . ^)\\ le considère comme renvoyé du Dieu toutpuissant charge de recevoir les requ-^l^tos des humains et de les transmettre au l//'.* ' i-n'i-ii, U? :rrLin«l Dieu. Pour cette raison ou le U'Muuio .1';4'»'.'-'j i/ti.'r.r'i-n-''/if ,1 , l'^cénie courrier de Dieu, «m Vinui i-titiriarn, ['-"tr-oj-^ ./^ [fî'^ff. D'ailleurs toutes ces irib'.i>, c:i fi[»p<^rt ■.iv.;.; des Miisulnians. coasi-

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dèrent Mahomet comme un Botina — Grand-père — envoyé de Dieu.

Quand le Hogon sacrifie à la triade divine, c'est au « Bouna », chef des divinités protectrices (1) du canton qu'il adresse sa requcMe pour qu'elle soit présentée à la divinité. Le Hogon reste dans le canton le seul l'intermédiaire officiel de cette puissance divine ; il ne lui sacrilie que des animaux blancs, moutons ou poulets, mais jamais de chèvres ni de boucs. Lorsqu'un individu du village a une requête particulière à présenter à cette Puissance tutélaire, il adresse au Hogon, grand chef religieux, l'animal à sacrifier.

Le grand-prétre après avoir égorgé la victime sur Tautel de la tribu en fait griller le foie qu'il mange aussitôt avec le fidèle, en implorant Tintervention Céleste. La viande de cet holocauste est également partagée entre la famille de la personne qui a fait présenter sa requête au Bouna, et le Hogon qui a offert le sacrifice.

Dans ce culte rendu à la divinité toute-puissante par l'intermédiaire de ce Bouna protecteur de la race, considéré comme le Grand ancêtre de la famille, nous voyons apparaître nettement le culte ancestral rendu aux esprits tutélaires bienfaisants, Ames des ancêtres qui deviennent les divinités protectrices des villages et des familles. On a généralement recours à eux dans les cas difficiles, et l'auteur musulman du Tarick es Soudan nous rapporte un fait qui ne laisse aucun doute sur l'existence de ce culte ancestral au xv« siècle (Tarick, p. 121-122) (2) : h Durant l'année 903 (août 1497-1198),

(1) Bouna : Grand-Père chef des esprits ancestraux.

(2) Tarick es Soudan. Traduit de 0. Houdas, p. 121.

28i TROISIÈMK PARTIE

« Mohamed Askia entreprit une expédition contre Na'asira « le sultan des Mossis. Il emmena avec lui le seyyid béni « Mour-Salih-Djaura... Le prince des croyants Askia Moha- « med demanda alors au seyyid d'être son messager auprès « du sultan du Mossi.

« Le seyyid accepta cette mission ; il se rendit au pays du « Mossi et remit la lettre de son maître qui sommait le sultan (( d'embrasser Tislamisme. Avant de répondre, le sultan du « Mossi déclara qu'il voulait tout d'abord consulter sesAnc/^- « 1res qui étaient dans Tautre monde. En conséquence, « accompagné de ses ministres, il se rendit au temple de « ridole du pays.

« De son côté le seyyid s'y transporta également afin de « voir comment on s'y prenait pour consulter les morts.

« On commença par faire les offrandes accoutumées; puis « on vit apparaître un vieillard âgé. A sa vue tout le monde (( se prosterna; ensuite le sultan annonça Tobjet de sa « démarche.

(( S'exprimant alors au nom des ancêtres, le vieillard dit :

« Jamais je n'accepterai pour vous pareille chose. Vous « devez, au contraire, lutter jusqu'à ce que vous ou eux ayez « succombé jusqu'au dernier ».

Sous les ordres de ce Bouna, courrier de Dieu « Ambanane-tali-niepi », Grand esprit ancestral,se trouvent placées une foule de divinités protectrices diverses qui reçoivent chacune des fonctions spéciales.

Les plus importantes de ces divinités sont les Nieni, Niouni ou Seni, génies des lieux, protecteurs des villages et des sites.

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Ces Nieni se tiennent, paralt-il, de préférence près des puits, des sources, ou des grands arbres qui entourent les hameaux. Aussi, le respect que Ton doit à ces esprits protecteurs oblige chacun de n'approcher qu'avec crainte de Tarbre sacré et de se déchausser en allant chercher de Teau au puits (1). Le culte de cotte divinité incombe spécialement au vieillard le plus âgé du village qui porte le titre de « Annagara » ou de « Kasanna » (2).

Chaque année une fête spéciale est offerte à ce protecteur du village ; pendant mon voyage en pays Ilabbés en 1903 elle fut donnée à Bankassi les 20-21-22 et 23 juin.

Toutes les familles avaient, à cette occasion, préparé une grande quantité de bière de mil (dolo) et dès l'aube les jeunes gens porteurs des masques, emblèmes familiaux^ accompagnés d'un tam-tam et suivis par toute la foule s'étaient rendus devant la maison de l'Annagara. Ce vieillard vénérable après avoir offert des libations et versé du dolo dans les vases sacrés placés près de l'autel des ancêtres devant les signes d'alliance (gris-gris) de la divinité, avala une large rasade de bière et fit circuler la boisson dans toute la foule.

Puis jetant de Teau devant sa porte et sur la foule il demanda à la divinité protectrice d'arroser et de féconder les prochaines semailles. Les jeunes gens dansèrent alors en cadence une danse rituelle puis allèrent déposer, près du puits, aux branches de l'arbre sacré, des offrandes au Génie Protecteur du village.

La même cérémonie fut recommencée par chacun des chefs

(1) Village de Bankassi, rlc Ouolo, de Poudio, etc.

(2) Anna-Gara, l'homme « Gara » Rouge dos peuples Anna. Kas-Anna, l'homme de la tribu du Kas du peuple Anna.

de familles, chez qui le cortège des jeunes gens se rendit à tour de rôle, et chacun des vieillards, après les libations sacrées, adressa aux génies protecteurs de sa famille, à Tesprit ancestral la même demande de protection pour les récoltes et les produits de la ferre.

En effet chaque famille possède ses divinités spéciales protectrices familiales, enfants du Bouna; ce sont les A ouag a ou Nagadoura, dont le culte est réservé aux chefs de famille. Chaque homme possède également son protecteur particulier, sorte de Dieu du foyer ou d'ange gardien nommé KoW' amha. Enfin une catégorie de ces Génies protecteurs a pour mission spéciale de protéger les gens en route, les guerriers, les propriétés, les artisans, les difl'érents corps de métiers ; ce sont les Mergne, patrons des corporations correspondant à certains de nos saints du christianisme, considérés comme chargés d'une mission de protection spéciale.

Cette division des divinités, en Génie du lieu, protecteur du village et de la collectivité et en génies protecteurs de la famille semble exister dans la plupart des populations soudanaises, et principalement sur le plateau Maudingue, où nous voyons chez les Malinkés des bosquets sacrés ou des arbres fétiches, réservés autour de chaque village aux Djinni protecteurs, tandis que chaque famille possède ses « Soubaras » particuliers.

En général les Habbés animistes, imprégnés d'idées importées du Nord, considèrent toutes ces divinités comme des esprits protecteurs bienveillants qui se confondent souvent si bien avec les esprits ancestraux, que les figurines en bois qu'en font certaines de leurs tribus, pour les représenter,

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très mélangées d'éléments primitifs, sont nommes : Dédégue : les petits pères.

Au contraire chez les primitifs du Sud, les habitants de la forêt et les tribus Bambaras, ces génies sont considérés exclusivement comme des êtres féroces, méchants, terribles, vindicatifs, qu'il convient d apaiser par des offrandes et des sacrifices. On les matérialise facilement sous forme de statue, et par suite leur culte tourne au fétichisme pur.

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