‹ Le plateau de LaqueChapitre 9 sur 15 · EN PASSANT PAR IIAVENNE · texte numérisé non relu

EN PASSANT PAR IIAVENNE

J'aime beaucoup l'Ilalie à l'époque où la chaleur eu a éloig-ué les touristes. Les musées déserts, les églises closes, les hôtels vides permettent de mieux goûter la mélancolie du voyage. On se sent mieux isolé dans le passé et l'on y vit eu plus étroite compagnie avec les ombres illustres dont le souvenir vient nous hanter de plus près dans les lieux où elles furent des figures vivantes. Elles nous font comme un glorieux cortège auquel se mêlent ces fantômes familiers que chacun de nous emmène partout avec soi et qui sont nos bonheurs manques et nos joies perdues, toutes ces images du désir et du regret qui nous regardent si douloureusement du fond de nous-mêmes !

Ce fut ce goût pour l'Italie estivale et pour le genre de rêveries auquel elle provoque qui m'y retint, l'an dernier, assez tard dans la saison et me conduisit à Ravenne, où je comptais passer une partie de la dernière semaine qui précédait la date obligée de mon retour. Du reste, ce séjour à Piavenne était pour moi l'accomplissement d'un vieux projet. J'avais déjà visité l'antique cité des

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mosaïques et des tombeaux ; j'en avais gardé une forte impression de détresse et de morosité, et pourtant cette première visite à Ravenne avait eu lieu au printemps, alors que la ville dressait ses dômes et ses campaniles dans un ciel frais et léger. Néanmoins, le souvenir que j'avais conservé de cette Ravenne printanière était celui d'une morne tristesse, et j'étais curieux de voir à quel degré de désolation atteindrait la Byzance de l'Adriatique sous les pesantes ardeurs de l'été.

Souvent, j'avais imaginé cette Ravenne caniculaire, accablée de torpeur, anéantie de silence, veillée comme une morte par les grands pins de la Pineta, mais la réalité dépassait mes prévisions. Lorsque j'arrivai à Ravenne, il y régnait une température étouffante. Le ciel était lourd et orageux, sans couleur et sans soleil. Aucun souffle n'agitait l'air embrasé. On se sentait comme enveloppé d'une chape de plomb. L'atmosphère était vraiment dantesque. Et quel abandon, quelle solitude en ces rues où poussait entre les dalles une herbe desséchée ! Oui, cette Ravenne torride avait véritablement l'aspect d'une ville délaissée après quelque épidémie de peste, d'autant plus qu'il y rôdait des odeurs de marais, des miasmes de cloaque ; mais, malofré tout, le lieu était d'une saisissante beauté.

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et j'en éprouvais le sombre enchantement, quand, après en avoir revu les principales curiosités, dans une course rapide et suffocante qui m'avait mené du tombeau de Galla Placidie au mausolée de Théodoric, je rentrai à l'hôtel pour l'heure du dîner.

Cet hôtel de Ravenne n'était pas moins désert que la ville même. Je m'en aperçus en pénétrant dans la salle à manger. Toutes les tables étaient inoccupées, excepté une. A celle-là était assis un convive solitaire. Avouerai-je qu'instinctivement je m'intéressai à lui? Que ce monsieur se trouvât à Ravenne en cette saison, cela me prédisposait à lui attribuer des goûts analogues aux miens. Comme moi, sans doute, il était enclin aux rêveries mélancoliques et aux méditations moroses que le voyage favorise si bien. Cette pensée me le rendait sympathique, et je me mis à l'examiner avec une certaine attention.

C'était un homme entre deux âges, plutôt vieux que jeune, convenablement habillé et sûrement d'une condition aisée. Il était assez probable qu'il fût Français. La façon dont il était placé m'empêchait de distinguer son visage, mais, au bruit que je fis en laissant tomber ma fourchette, il se retourna et je vis, hélas ! que ce visage était des plus ordi-

naires. C'était une figure insignifiante et placide, médiocre et contente de vivre, qui, soudain, ne m'inspira rien d'autre qu'une complète indifférence.

Ce brave homme n'éprouvait pas à mon égard le même sentiment, car, le dîner fini et m'étant réfugié dans le petit jardin de l'hôtel, il m'y suivit et ne tarda pas à s'approcher de moi. Il avait lu mon nom sur le registre des voyageurs, et il connaissait les articles que j'avais publiés sur le Bernin. M'en ayant fait compliment, il me demanda la permission de s'asseoir auprès de moi. La conversation était à peine engagée qu'il s'agita et me dit :

— Excusez ma distraction, Monsieur, j'ai oublié de me présenter à vous. Je m'appelle Maurice Courteux.

D'ordinaire je fuis assez volontiers les importuns, mais, ce soir-là, j'étais d'humeur sociable. Certes, M. Courteux ne semblait pas devoir m'offrir de bien grandes ressources, bien qu'il eût lu mes articles, mais il avait l'air d'un excellent homme, et la tristesse de cette Ravenne désolée me pesait si lourdement sur le cœur! Toute la journée, j'y avais traîné des pensées désespérées. Ma vie m'était apparue soudain, si vaine, si misérable, si manquée ! De vieilles douleurs s'étaient réveillées

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en moi... Je sentais ce que certains événements de mon existence avaient eu d'irréparable. L'un d'eux surtout, un amour de jeunesse, que des obstacles avaient contrarié et dont ma faiblesse m'avait empêché de réaliser les magnifiques promesses, m'était revenu à l'esprit avec une affreuse amertume. A quoi bon vivre si c'est pour accumuler en soi une stérile cendre de souvenirs !

Quoique ces pensées risquassent de n'être pas très bien comprises du digne M. Courteux, dont les bonnes joues rebondies se g'onflaient à l'aspiration méthodique d'un g"ros cigare, je me hasardai à les lui exprimer en insistant surtout sur l'impression de tristesse de cette Ravenne déprimante et torride, toute roidie en son passé hiératique, avec ses mosaïques où la vie s'est immobilisée dans la pierre brillante en longues figures extatiques et taciturnes. M. Courteux m'écoutait avec attention. Au bout d'un instant, il m'interrompit en me touchant amicalement le bras:

— Tenez, mon cher Monsieur, j'aime mieux vous dire tout de suite que je crains bien que nous ne soyons pas du même avis sur cette Ravenne où un hasard dont je me félicite nous a fait nous rencontrer. Pour vous, Ravenne est une ville morte ; vous n'y retrouvez que des fantômes de votre

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passé, et d'un passé qui n'est ni sans regret, ni sans mélancolie. Pour moi, au contraire, Ravenne n'est rien de pareil. Une seule ima^e m'y accompagne, et celte image est parée à mes yeux de toutes les grâces de la vie et de l'amour.

M. Courteux avait jeté son cigare et son visage avait pris soudain une expression toute nouvelle. M. Courteux avait perdu tout à coup son air de bon bourgeois paisible. Une flamme inattendue illuminait son regard.

— Oui, Monsieur, c'était il y a eu, cette année, vingt-cinq ans. J'étais alors un jeune homme, et mon père qui, quoique gros industriel, était un homme instruit, m'avait envoyé en Italie, afin de compléter mon éducation. Ce voyage, vous l'avouerai-je, ne me plaisait qu'à demi. Je n'avais pas alors beaucoup de goût pour les arts et mon cœur était plus développé que mon esprit. C'est vous dire que, lorsque j'arrivai à Ravenne, je m'aperçus que j'aurais quelque peine à en supporter le séjour. J'avais hâte de quitter un lieu aussi sévère et qui donnait aussi peu d'aliment à mes rêveries juvéniles. Ah ! Monsieur, je ne me doutais guère que c'était là que devait se décider le sort de ma vie sentimentale.

M. Courteux sourit et continua :

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— Ce fut à Sant-Apollinare in Classe que l'événement se produisit. Comme je considérais, d'un œil assez indifférent, les célèbres mosaïques qui sont Tornement de l'église, un bruit de voix me fit tourner la tête. Un groupe de visiteurs venait d'entrer et, parmi eux, une jeune fille qui les précédait. A sa vue, je demeurai ébloui cl comme frappé de stupeur. Jamais je n'avais imaginé une beauté pareille à celle de cette inconnue. Elle était si éclatante, si douce, si divine, que je ne tenterai pas de vous la décrire, mais ce que je puis vous affirmer, c'est que jamais plus brusque et plus foudroyant amour ne s'empara d'un cœur que celui dont je me sentis atteint.

M. Courteux croisa ses mains sur sa poitrine, et il reprit :

— Vous vous attendez peut-être. Monsieur, à ce que je vous conte maintenant quelque romanesque aventure. Vous espérez, je le sens, quelque récit dramatique, plein d'intrigues et de manèges. Vous imaginez des enlèvements, des complications* Eh bien ! non^ Monsieur. Cette jeune fille, je ne l'ai jamais revue ; je n'ai même jamais cherché à la revoir. Je n'ai jamais tenté de savoir son nom, son pays, mais j'ai gardé son image dans mon cœur et dans mon âme, et c'est cette image radieuse et

inaccessible que j'ai adorée durant toute ma vie et qui a fait mon bonheur. Car j'ai été heureux, Monsieur, en cet amour immatériel et secret, qui n'a jamais subi ni diminution, ni lassitude. Tandis que les autres hommes, qui aiment, sont sujets à tous les tourments de l'amour, moi je n'en ai connu que les joies. Ma passion a été merveilleusement à Tabri des outrages du temps et de ces atteintes que porte la réalité à nos sentiments les plus profonds. Rien n'a terni la pure image que j'ai conservée de ma bien-aimée. Elle vit en moi d'une immortelle et triomphante jeunesse, et c'est cetteimage que je viens, chaque année, évoquer pieusement en cette Ravenne où vous errez si mélancoliquement, vous, Monsieur, et où vous amenez avec vous tant d'amers et de moroses souvenirs, parce que vous avez demandé à Tamour ses réalités éphémères, au lieu de vous contenter de son illusion éternelle.

M. Courteux s'était tu. Lentement, soigneusement, il ralluma un nouveau cigare. Son visage avait perdu l'éclair qui l'avait illuminé un instant et était redevenu celui d'un bon bourgeois qui voyage en Italie et qui est bien aise, en passant par Ravenne, d'abréger sa soirée solitaire en liant conversation avec un compagnon d'hôtel.

Ce fut à leur retour d'Italie que je m'aperçus qu'il y avait quelque chose de chang-é entre ma gentille amie, Louise d'Auvig-né et son flirt habituel, Jacques de Roissin.

Depuis un certain temps, en effet, Jacques de Roissin faisaitla cour à Louise d'Auvig-né et une cour ouverte et assez assidue. Il eût fallu être aveug-le pour ne pas se rendre compte que la charmante femme qu'est M™^ d'Auvignëne se montrait pas tout à fait insensible aux attentions de l'aimable homme qu'est M. de Roissin; mais, malg-ré tout, il paraissait bien que les manèges deM.de Roissin ; n'avaient eu encore d'autre résultat que d'intéresser M^^ d'Auvig-néàce qu'elle considérait comme un agréable hommag"e adressée sa grâce et à sa beauté. Louise d'Auvigné s'en trouvait flattée dans sa coquetterie, mais son cœur n'avait pas l'air de s'être mis de la partie.

Il n'en était pas de même du côté de Jacques de Roissin. Celui-ci semblait, comme on dit, « sérieusement pincé », et tout en lui décelait qu'il était sincèrement et passionnément amoureux. Certes, je comprenais ce sentiment, sans pourtant l'avoir

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jamais partagé. Je connaissais Louise d'Auvig-né depuis son enfance et jamais nos relations n'avaient dépassé le ton de la confiance et de l'amitié. J'étais, d'ailleurs, beaucoup plus âgé qu'elle ; aussi, de tout temps, m'avait-elle raconté volontiers ses u petites affaires ». C'est ainsi que j'avais été, des premiers, informé de son mariage avec le baron d'Auvigné, etjdes premiers aussi, mis au courant des divergences de caractères et de gotits qui s'étaient assez promptement manifestées entre eux. Sans être un mauvais ménage, celui que formaient les d'Auvigné n'était point des plus unis. Sans souffrir de cette désunion, Louise pouvait y trouver un prétexte à des compensations dont son mari aurait payé les frais et dont elle-même, hélas ! eût peut-être subi, un jour, les conséquences. Vingt fois, j'avais été sur le point d'avertir d'Auvigné de l'imprudence qu'il y a de pousser à bout une femme, honnête, certes, mais jeune et qui n'était dépourvue ni de coquetterie^ ni de sensibilité. L'attention qu'elle prêtait aux soins que lui rendait Jacques deRoissin était une preuve du danger de la situation.

Elle me sembla s'aggraver singulièrement lorsque Louise d'Auvigné m'annonça qu'elle se disposait à partir pour l'Italie en compagnie d'une bande d'amis. On devait voyager en automobile. M. d'Au-

vigne, retenu à Paris, rejoindrait les touristes à leur retour par Gênes; par contre, Jacques de Roissin faisait partie de la petite troupe. Louise d'Auvig-në m'expliqua son projet avec un naturel parfait. Aussi prit-elle l'air fort étonné quand j'en manifestai quelque surprise et lorsque je lui signalai les inconvénients que pouvait avoir pour sa réputation la présence compromettante de Jacques de Roissin.

Comme j'insistais, elle se mit à rire. Comment, c'était moi qui lui tenais ce langage de barbon ? Quelle importance pouvaient bien avoir les assiduités auprès d'elle de M. de Roissin? Vraiment, je la jugeais bien mal! Certes^ M. de Roissin lui plaisait beaucoup. Il était gentil et attentionné et il serait un agréable compagnon de route, à moins qu'il ne se révélât, en chemin, comme un insupportable raseur. On a de ces surprises-là en voyage. De toute façon, ce n'était pas encore lui qui vaudrait à M. d'Auvigné le sort qu'il méritait si bien !

Je laissai partir Louise d'Auvigné assez rassuré. Pour changer ses dispositions, il faudrait des événements inattendus qui, bien probablement, ne se produiraient pas. En effet, les cartes postales et les lettres que je reçus d'elle, durant son absence, ne contenaient rien d'inquiétant. Quelle ne fut

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donc pas ma surprise, lorsque, au retour de Louise d'Auvigné, je me trouvai en présence d'une personne extraordinairement transformée. Elle qui m'avait toujours montré tant de confiance et d'amitié, semblait maintenant avec moi contrainte et embarrassée. Elle me parla de son voyage, s'étendit sur des circonstances insignifiantes. De mon côté, je me sentais gêné. Nous en étions là, quand on annonça M. de Roissin. A sa vue, je n'eus plus de doutes. Lui aussi était un homme transformé. Le bonheur le plus évident éclatait dans ses moindres gestes, dans ses moindres paroles. Ce n'était plus le Roissin attentif et discret d'il y avait deux mois. C'était un Roissin triomphant, heureux, aimé!

Gomment en était-il parvenu à ses fins? Comment Louise d'Auvigné en était-elle arrivée à se démentir elle-même? Et une phrase me revenait à l'esprit, de la conversation qui avait précédé cet amoureux voyage d'Italie : « Pour que j'aime M. de Roissin — m'avait dit en riant M™*^ d'Auvigné — il faudrait un miracle. » Eh bien, le miracle s'était donc produit? Que s'était-il passé entre eux ?

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J'en eus l'explication par la lettre que je reçus de Louise d'Auvigné, le lendemain. M"'° d'Auvigné m'écrivait :

(( Oui, mon cher, mon vieil ami, j'aime Jacques de Roissin et il m'aime. C'est vous qui aviez raison de me prévenir du dang-er où je me hasardais, car l'amour, je le sais, est périlleux. Il l'est parce que nous ne savons jamais ce qu'il fera de nous. C'est un Dieu puissant et secret. Il est le grand transmutateur et le grand magicien. Je m'en suis aperçue bien vite. Quand je suis partie pour l'Italie avec Jacques, je croyais n'emmener avec moi qu'un aimable et gai compagnon, un de ces hommes qui nous plaisent et nous amusent parce qu'ils savent nous parler de nous-mêmes, qui ne tiennent dans notre vie que la place que leur donnent notre vanité et notre désœuvrement. Ah! comme je me trompais, mon ami, etcomme Jacques m'est apparu bientôt différent de ce que je le croyais étrel C'est qu'à mon insu l'amour était en lui.

« Je l'ai compris quand, durant les heures que nous passions chaque jour ensemble devant les plus beaux paysages et les plus beaux décors du monde,

j'ai VU cesser sa feinte gaieté, quand j'ai vu ses yeux se remplir de feux et de larmes, quand j'ai vu son visag-e s'animer de passion, s'éclairer d'espoir ou s'obscurcir de tristesse, quand j'ai entendu sa voix trembler d'angoisse et d'émotion et me dire de ces paroles brûlantes et persuasives qui vibrent longtemps aux échos du cœur et qui dissolvent la volonté. Ah 1 qu'avait decommun ce Jacques de Roissin avec le spirituel et galant flatteur qui excellait à vous glisser à l'oreille quelque tendresse ou quelque malice 1...

« C'est celui-là que j'ai écouté et celui-là qui m'a charmée ; c'est celui-là qui m'a convaincue. C'est à ses veux, à ses mains que j'ai cédé. C'est parce que l'amour parlait par sa bouche que je lui ai répondu.

« Et, cependant, j'ai hésité avant d'obéir à sa voix. Oui, car je sais aussi que cette voix si mélodieuse peut avoir d'autres accents. Je sais que si la passion a ses enchantements, elle a aussi ses ruines; que ses roses, parfois, se changent en ronces; que ses feux les plus éclatants ne laissent parfois que des cendre s empoisonnées. Oui, j'ai hésité avant d'obéir à la voix merveilleuse. J'attendais un signe qui me déterminât, j'attendais un geste du destin. Il ne m'a pas manqué.

« A Florence, au fond d'un vieux palais, on m'a montré un portrait. C'est celui d'une jeune femme qui me ressemble un peu. Elle a l'air triste et très douce. Elle est beaucoup plus belle que moi, mais les mortes sont toujours plus belles que les vivantes, parce que le passé leur ajoute un charme immortel. Elle s'appelait, paraît-il, Nina Adalanti, et elle est morte de regret et de mélancolie pour avoir dédaigné l'amour de Tliomme qui l'aimait. Je Tai regardée longtemps et il m'a semblé que ses beaux yeux me considéraient avec envie et me faisaient signe de ne pas imiter sa douloureuse, son irréparable erreur. Jacques était auprès de moi et tenait ma main dans sa main. Je n'ai pas retiré la mienne.

« Donnez-moi la vôtre, mon cher, mon vieil ami, et n'en veuillez pas à Tamour.

(( Louise, w

J'ai replié lentement la lettre de Louise d'Auvigné. Ne me parlez pas des voyages en Italie...

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