‹ Le Platonisme pendant la Renaissance [microform]Chapitre 23 sur 77 · PHILOSOPHIE DE LA ^ÉGENDE · texte numérisé non relu

PHILOSOPHIE DE LA ^ÉGENDE

lettes sans prétention, et pourtant''^ délicates et suavement parfumées dans leur discrète hurmiité.

Au bout du compte, le saint gtet le cœur où Dieu se voit le plus et l'homme le moins. Pr/nons garde toutefois : quel qu'il soit, l'être fini est inévitaolement troublé, étroit, resserré en lui-même. A Dieu seul appartient l'existence sans nuage comme saî^limite ; mais s'il touche l'âme d'une de ses grâces, aussitôt ett^e mlate, s'étend, s'épanouit. Sans doute une glace a l'air oiyfort peu de chose : une mince plaque de verre avec un amalgame d'étain. Cependant que de merveilleux spectacle^ peuvent venir y prendre place ! L'âme du saint est le miroir vivant où le ciel répercute un reflet du monde surnaturel : c'est pourquoi tous, artiste, poète, historien, méditatif, philosophe, la contempleront avec une émotion toujours exquise, toujours respectueuse et toujours bienfaisante.

E. A. BLAMPrGNON.

NOUV. 8ERIB. T. XXXIV. — N" 4

fÔ* article.)

LA RESTAURATION PLATONICIENNE. SES CAUSES, SES ÉCUEILS, SES CONSÉQUENCES.

Nous venons de voir dans la Florence du XV® siècle le platonisme entouré d'honneurs qu'il n'avait reçus ni dans l'Athènes de Socrate ni même dans celle de Proclus. Si surprenant qu'il puisse paraître, cet enthousiasme est en parfaite harmonie avec le milieu où il se produit. C'est l'heure où l'antiquité retrouvée, éloquemment commentée, universellement exaltée enchante une génération aux désirs et aux aspirations de laquelle elle apporte une satisfaction sans mélange *. Mais de tous les maîtres de la pensée antique aucun ne fut fêté à l'égal de Platon, sans en excepter Cicéron lui-même, l'idole des humanistes de tous les temps.

Bien des causes expliquent cette sympathie extraordinaire. Et d'abord, comment ne pas tenir compte de l'attrait du nouveau, de ce besoin de changement dont les caprices remplissent les annales de l'esprit humain ? Depuis deux et

1. C'est ce que rendent, non sans quelque teinte obligée d'exagération, deux textes que je choisis entre une infinité d'autres. « Quand ces types divins reparurent, on s'étonna de leur éternelle jeunesse, de leur inaltérable et sereine beauté : on crut voir l'âme de la Grèce s'élancer du tombeau, rayonnante comme un phare, enveloppée d'une vapeur d'aurore, et le monde sortit de la grande nuit.On sut jusqu'à quelles cimes lumineuses pouvaient monter la force et le génie de Thomme » (L. Ménard, La morale avant les philosophes).— a Est-il dans l'histoire un moment plus charmant que celui où penseurs et artistes, secouant une poussière séculaire,' découvrant de nouveau des trésors qui n'ont rien perdu de leur éclat, réveillant cette Belle au Bois dormant parée de sa fraîcheur première, bégayent un langage si longtemps ignoré? » (M. Mùntz).

trois cents ans Aristote exerçait une sorte de dictature dans les écoles : changer d'oracle, n'était-ce pas affirmer triomphalement sa liberté ? Nous-mêmes dans notre propre navs nous avons vu dans la première moitié de ce siècle des talents incomparables, honneur éternel du génie français devenir tout à coup l'objet d'un violent dédain. Une poétique nouvelle avait surgi,et ses interprètes étaient portés aux nues par une jeunesse en délire. Ce qui achève le parallèle, c'est que même au plus fort de cette crise littéraire les classiques n'ont pas cessé d'être défendus, il est vrai devant un public incrédule, très enclin à railler leurs persévérants apologistes. Il en fut ainsi d^Aristote au XV« et au XVI« siècle. Dans presque toutes les universités, on continuait à l'enseigner, mais d'office, et malgré les protestations des plus prudents et des plus sages, on se figurait entre lui et Platon son maître un irréconciliable antagonisme.

Chose assez singulière, c'est sur le terrain religieux que cette opposition semblait s'afficher avec le plus d'éclat. Le moyen âge avait presque érigé en dogme la subordination de la philosophie à la théologie. Or Aristote apparaissait aux croyants comme un génie à part ne reconnaissant d'autre puissance et d\autre autorité que celles de la raison : pour le christianiser il avait fallu en quelque sorte lui faire violence, surtout depuis que Pinfluence croissante d'Averroës avait marqué sa doctrine d'une empreinte toute matérialiste. Voyez notamment la théodicée péripatéticierine. admirable à certains égards, si l'on veut, mais incomplète, et en tout cas trop nue et trop froide dans son abstraite majesté pour offrir un aliment à la vie spirituelle. Au contraire Platon était un prophète divin égaré en plein paganisme, un anneau, et le plus brillant, de cette fameuse chaîne d'or qui reliait le présent au passé dans les annales de l'humanité. Ses allusions incessantes à la tradition permettaient de saluer en lui l'héritier de toute la sagesse antérienje, le foyer où venaient se concentrer, si Ton peut ainsi parler, les révélations de la terre et celles du ciel, la science humaine et la lumière d'en haut. Quelques-unes de ses plus belles pages offrent au lecteur stupéfait comme un reflet anticipé des sublimités de

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