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la foi chrétienne, et ses enthousiastes eussent volontiers résumé sa doctrine dans la noble devise d'un poète moderne : Excelsior ! Parmi ces anciens vers lesquels se tournaient alors avec empressement tous les regards nul n'avait dérobé autant de traits de lumière à Téternelle vérité : bref c'était au nom de la religion non moins que de la philosophie qu'on se faisait gloire d'arborer son drapeau.
De plus Fàge précédent avait vécu dans la soumission à une étroite discipline scientifique qui d'ailleurs, bien loin de tarir la sève intellectuelle, l'avait au contraire nourrie et fortifiée en silence jusqu'au jour où cette énergie surabondante se déploya en tout sens dans la carrière brillante qui lui était ouverte. Il faut môme reconnaître qu'un des caractères saillants du XV« et du XVl« siècle, c'est l'esprit d'aventure et un besoin d'émancipation. Dans l'école comme dans les relations politiques et sociales pénètre une vie nouvelle, vie toute militante d'un côté, toute épicurienne de l'autre. Cette Italie de 1450 à 1550, à qui les chefs-d'œuvre de l'art font une couronne éclatante comme autrefois à l'Athènes de Périclès, s'abandonne sans scrupule à la joie de vivre sous un beau ciel au milieu des séductions du luxe et des plaisirs les plus délicats et les plus raffinés. Peut-être par représailles contre l'ascétisme du moyen âge, avant tout on veut jouir : jouir par l'intelligence, jouir par les yeux, jouir par le cœur, savourer en un mot toutes les délices à
la fois.
Or, pour suivre Aristote, pour le comprendre, pour s'initier à sa haute et sévère métaphysique, si arrêtée dans son langage dogmatique, non pas sans grandeur à coup sûr mais sans grâce, il fallait une réflexion soutenue, un effort laborieux de la pensée. Ces régions élevées, mais escarpées et arides, étaient peu faites pour attirer des cerveaux plus curieux de douces émotions que de recherches profondes. « Platon n'est pas pour ceux qui l'admirent un maître aussi impérieux. La dialectique telle qu'il la fait pratiquer aux personnages de ses dialogues dirige les esprits et ne les asservit pas. Elle nous excite à la poursuite de la vérité en y intéressant au même titre toutes les puissances de l'àme :
elle nous passionne pour l'idéal, mais se garde bien de l'emprisonner dans des définitions étroites »^ C'était là une philosophie telle qu'on la rêvait, philosophie souriante qui encourageait tantôt discrètement , tantôt ouvertement la curiosité générale et qui, si elle élevait la sagesse au-dessus du plaisir^ si elle exhortait à tout sacrifier à la justice^ si elle faisait de la méditation de la mort la première préoccupation de la vie'% du moins prêchait ces vertus avec une éloquence insinuante et un charme souverain. En outre qui avait mis en plus vive lumière le côté divin de l'inspiration poétique, l'enthousiasme presque rehgieux qui en est l'àme? « C'en était assez pour que des esprits de haut vol, curieux, amoureux d'indépendance, se tournassent vers les théories platoniciennes. L'admiration exclusive dont s'éprit pour Platon une génération ardente, l'espèce de culte qu'elle lui voua vint donc d'un triple élan vers la science, l'idéal et la liberté »".
Et pour insister en passant sur ce dernier mot, n'est-il pas certain que le péripatétisme avait eu le tort de se figer dans des formules d'une orthodoxie immobile, au point de perdre graduellement tout contact avec la réalité ? On croyait avoir une revanche à prendre de ces discussions abstraites et sans issue où maîtres ou élèves usaient leurs forces en pure perte sans le moindre profit scientifique . Et voici qu'apparaissent dans les dialogues platoniciens de larges perspectives, des horizons baignés de lumière, la vie avec toute sa variété et toute sa richesse, une science médiocrement soucieuse de la rigueur logique, mais étroitement alliée au goût esthétique et au sentiment moral. Qu'enseignait au juste le disciple de Socrate? On ne s'en préoccupait pas. Quels étaient les articles de son Credo philosophique ? On ne le savait pas. En avait-il un ? On ne se le demandait pas. Et de fait sa doctrine n^est pas quelque chose d'un,