‹ Le plus ancien manuscrit du Miroir de Saint AugustinChapitre 1 sur 3 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

(LUl.'^l

Harvard Collège Library

Riant Collection

Henry Lillie Pierce Fond

May 7, 1800.

LE

DU

A M. Boucher de Molandon, ancien président de la Société archéologique et historique de r Orléanais.

Bibliothèque nationale, 26 août 1884.

Mon cher confrère et ami,

A peine rentré à Paris, je tiens à vous remercier de l'accueil que vous et plusieurs membres de la Société archéologique et historique de l'Orléanais vous avez bien voulu me faire ces jours derniers. Je ne crois pas pouvoir mieux vous témoigner ma reconnaissance qu'en vous annonçant la solution d'un problème bibliographique qui toiicbe directement à la lamentable histoire de la dispersion des manuscrits de Saint-Benoît-sur-Loire. Cette solution m'a été fournie par des notes prises avant-hier dans votre château de Reuilly. En vous la communiquant, j'acquitte bien imparfaitement une dette contractée de vieille date envers une Société que vous aimez d'une affection vraiment paternelle et à laquelle je m'honore d'appartenir depuis une trentaine d'années.

Le problème dont il s'agit est en apparence assez simple. Il se réduit à la vérification d'une conjecture récemment émise par M. Hort, professeur à l'université de Cambridge. Voici le fait :

Le manuscrit n° 16 du fonds Libri^ est un recueil de fragments

1. Les mss. 15 et 16 du fonds Libri sont formés de fenilles de gardes et de

plus ou moins anciens, que j'ai signalés en 1883 comme pro venus de nos bibliothèques françaises. Pour ce motif, le gouvernement italien s'est abstenu d'acquérir le n^ 16de Libri, donnant ainsi un exemple de probité et de délicatesse qui sera, n'en doutons pas, imité par tous les pays civilisés.

Le second fragment du recueil consiste en treize feuillets qui peuvent remonter au vm* siècle et sur lesquels le docteur Cureton avait jadis reconnu des textes d'une ancienne version de la Bible. M. Hort a constaté que ces feuillets contenaient une notable partie du Spéculum de saint Augustin, les chapitres xxvii-xxxii et LVi-Lxn. Cette découverte est réellement importante, car on n'avait pas encore remarqué une aussi ancienne copie du Spéculum, ouvrage sur lequel l'attention vient d'être attirée par un mémoire que le professeur F. Weihrich a soumis en 1883 à l'Académie des sciences de Vienne ^

M. Hort n'a pas seulement le mérite d'avoir déterminé le contenu des treize feuillets qui forment le second article du ms. 16 de Libri. Par de très ingénieux rapprochements, il a été amené à conjecturer que ces mêmes feuillets doivent être le texte que dom Sabatier^ a cité dans les termes suivants :

Pragm. ms. Floriac. — Ms. Floriac. — Ms. Fiorîac. n^ -1 0. — Ms. Floriac.nM2^

cahiers fort anciens enlevés, selon toute apparence, dans des manuscrits français.

Le n« 15 contient cinq fragments, dont la réunion constitue un Tolume de 26 feuillets. Le premier fragment, composé de quatre feuillets, a fait partie d'un antiphonaire de l'abbaye de Fleuri-sur-Loire. Sur le fol. 3, entre les deax colonnes, se distingue encore assez nettement l'inscription : LIBER SANGTI BENËDIGTI, dont les lettres ont été tracées verticalement les unes au-dessous des autres, comme on le remarque dans beaucoup de manuscrits de l'abbaye de Fleuri.

Dans le ms. 16, qui consiste en 45 feuillets, on a réuni huit fragments, tons en onciale ou en demi-onciale.

1. J)as Spéculum des F. Auguslinus v^d seine handschrifUiche Ueberlieferung von Prof. D' F. Weihrich. Wien, 1883, in-S" de 34 p. (Extr. de Sitzungsberichte der pkU.-hist Classe der Kais. Akademie der Wissenschaften, OUI, I, 33-64). — Sur le Spéculum de saint Augustin, voyez aussi Bibliothèque de l'École des chartes, année 1879, t. XL, p. 43 et 259, et mes Mélanges de paléo» graphie et de bibliographie, p. 367.

2. Bibliorum sacrorum latinx versiones antiqux seu vêtus italica, Reims, 1743-1749. 3 volumes in-folio.

3. H. Hort a constaté que dom Sabatier, quand il cite le manuscrit, ou bien

Iji Floriacensi annorum circiter UOO inter plura Scripturae fragmenta istud habetur. (Dom Sabatier, t. I, p. 736 ; Tobie, XI, 7.)

In ms. Ploriac. inter plura fragmenta versionis antîquœ. (Dom Sabatier, t. I, p. 873; Job, XXIII, ^0.)

Fragmentum Floriacense venerandœ antiquitatis. (Dom Sabatier, t. III, p. 942 ; Épître de saint Jacques, IV, i i .)

Ms. Floriac. iitterls uncialibus exaratum. (Dom Sabatier, t. III, p. 549; Actes des Apôtres, XIV, 44.)

Quel est le manuscrit de l'abbaye de Fleuri, en lettres onciales, d'une vénérable antiquité, où dom Sabatier avait relevé plusieurs leçons pour son édition des anciennes versions de la Bible et qui portait au xvni® siècle la cote 10? A cette question posée par M. Hort, j'avais tout d'abord répondu que l'ancien n° 10 de Fleuri devait être le recueil porté sous le n"* 16 au catalogue des manuscrits de la bibliothèque d'Orléans, recueil qui contient actuellement les débris de onze anciens textes bibliques en lettres onciales S et dont la notice détaillée nous sera prochainement donnée par M. Henri Omont. Telle était aussi l'opinion du savant bibliothécaire M. Loiseleur, qui connaît si bien l'histoire des

s'abstient de donner un numéro, ou bien renvoie «au n" 10, que, dans un passage (t. III, p. 736; seconde épître aux Corinthiens, lY, 11), il semble rapporter au IX' siècle : c Ms. cod. Floriac. annorum 900. » — Quatre fois seulement, il indique le n** 12 : a Ms. 12 Floriac. (t. III, p. 736 ; seconde épître aux Corinthiens, IV, 11); Fragmentum ms. Floriac. num. not. 12, annorum fere 1100 (ibid., t. III, p. 598; épître aux Romains, I, 24); Fragm. ms. Floriac. num. not. 12 (ibid., verset 25) ; Fragm. ms. Floriac. num. 12 (ibid., p. 599, verset 28). >

S'il n'y a pas dans ces quatre dernières citations une confusion ou une erreur d'impression, je ne sais comment expliquer le renvoi au ms. 12 de Fle'uri. En effet, le ms. 12 de Fleuri est celui qui porte aujourd'hui le n"" 28 dans la bibliothèque d'Orléans, et il ne renferme que les commentaires de Walafride Strabon sur le Pentateuque et les traités de Bède sur la nature des choses et sur les temps.

1. Voici rindication sommaire des livres de la Bible auxquels appartiennent les onze fragments contenus dans le ms. 16 d'Orléans :

I, II et III. Fragments des livres des Rois.

lY. Fragments de l'Ëcclésiaste, du Cantique et de la Sagesse.

V et VI. Fragments d'Isaïe.

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