IX. X et XI. Fragments de saint Paul
Dans le second de ces fragments, sur le fol. 7 du recueil, nous lisons l'inscription : SCI BENEDICTI ABBATI FLORIACENSI, disposée verticalement comme je lai fait remarquer pour un morceau relié dans le fonds de Libri, nM5.
collections confiées à ses soins intelligents et dévoués. Noua, en étions toutefois réduits à de pures conjectures. La preuve directe que le manuscrit 16 d'Orléans correspondait à l'ancien n** 10 de Fleuri nous échappait. Cette preuve, je l'ai acquise dans la réunion d'amis et de confrères à laquelle vous m'aviez convié, avanthier, sous vos beaux ombrages de Reuilly.
L'un de vos hôtes, M. Tranchau, qui rend avec une exquise modestie tant de services à notre Société archéologique, avait été vivement ému d'un regret que j'avais exprimé l'an dernier sur la disparition des anciens catalogues de la bibliothèque de Fleuri*. J'en avais signalé deux : le premier dans la collection de Libri, qui l'indique ainsi sous le n° 1345 : « Bibliotheca manuscripta Floriacensis, manuscrit sur papier, in-folio du xviii^ siècle, 1720; » le second, dans les archives de notre Société archéologique, à laquelle il avait été donné par M. Jacob. Le premier s'est trouvé en déficit lors de l'arrivée des manuscrits de Libri à Ashburnham Place.; il n'est pas téméraire de supposer que Libri a eu intérêt à le supprimer. La perte du second était plus difficile à expliquer. Tout portait à croire qu'il était simplement égaré et qu'un heureux hasard le ferait retrouver. Le mérite d'avoir mis la main sur le fugitif revient à M. Tranchau, qui l'a découvert en rétablissant l'ordre dan» des cartons précipitamment déménagés lors de l'installation de la Société à l'ancienne salle des thèses de l'université d'Orléans. M. Tranchau, qui savait quel prix j'attachais au catalogue des manuscrits de Fleuri, m'avait réservé la primeur de sa trouvaille. Est-il besoin de vous exprimer mon étonnement et ma satisfaction à la vue d'un cahier du xviii* siècle intitulé : Notice des manuscrits de Vabbaye de Saint- Benoist'Sur-Loire, 1763? Vous avez vous-même éprouvé ces sentiments au moment où la découverte vous fut annoncée.
Le précieux cahier dont la vue causa tant de joie à vous et à vos hôtes paraît contenir la substance du catalogue que dom Chazal avait rédigé en 1720 ou 1724. Il est malheureusement incomplet : les notices s'y arrêtent au n® 209, et nous savons qu'il devait y en avoir 266. Mais la lacune ne porte pas sur le point que nous avons intérêt à éclaircir en ce moment.
En possession du catalogue des manuscrits de Saint-Benoît
1. Notices et extraits des manuscrits, XXXI, I, 358. — (Notice sur plusieurs manuscrits de la bibliothèque d'Orléans, p. 2.)
dressé ou plutôt copié en 1763, mon premier mouvement fut d'aller au n*» 10. Du premier coup d'œil je constatai que l'ancien n^ 10 de Fleuri correspond au n° 16 du classement actuel des manuscrits d'Orléans. Yous pourrez vous en convaincre en comparant la notice que le catalogue du xvin« siècle consacre au ms. 10 de Fleuri avec la notice par laquelle le ms. 16 d'Orléans est représenté dans le catalogue de Septier. Je mets en regard les deux notices :
Ms. 4 D£ FiBaRi, suivant le Catalogue du xvin® s.
Voicy un des plus anciens manuscrits qui sont conservés dans la bibliothèque de Saint-Benoit.
11 consiste dans une collection de plusieurs fragmens d'ouvrages copiés depuis plus de mille ans.
Ces fragmens sont extraits de plusieurs livres de l'Écriture, tant de TAncien que du Nouveau Testament. La dernière pièce a plus d'onze ceus ans d'antiquité, dont le caractère est de lettres unciales et quarrées. Ces morceaux, qui étoient épars dans différens manuscrits, ont été rassemblés par dom François Chazal, qui a travaillé sur ces manuscrits et qui a fait FHistoire de Saint-Benoist sur les titres de cette maison.
Il est donc établi par un témoignage positif que le manuscrit 16 d'Orléans répond au n° 10 de l'ancien fonds de Fleuri. A la vérité, on ne trouve plus dans le n** 16 d'Orléans les textes que dom Sabatier a tirés du ms. 10 de Fleuri pour la restitution de difiFérents passages des anciennes versions de la Bible. Mais, quand on se rappelle les mutilations précédemment signalées dans beau-
Ms. 4 6 d'Orléans,
suivant le Catalogue de Septier^
page 43.
Gollectio diversorum fragmentorum, tam antiqui quam novi Testamenti. In-folio, 44 p.
Ce manuscrit, un des plus anciens de ceux qu'on a conservés dans la bibliothèque de Saint- Benoît, consiste dans une collection de plusieurs fragmens d'ouvrages copiés dans le vin« siècle.
Ces fragmens sont extraits de plusieurs livres de PÉcriture sainte, tant de l'Ancien que du Nouveau Testament. L'écriture de la première pièce, en lettres onciales et carrées, paroît être du vii« siècle. Tous ces fragmens sont sur vélin ; l'écriture de plusieurs est maculée.
coup de manuscrits d'Orléans, on peut admettre sans peine que le ms. 16 a été, lui aussi, mutilé, et que le vol a porté sur les feuillets employés par dom Sabatier. C'est encore là une hypothèse. Voyons s'il y a moyen d'en vérifier l'exactitude.
M. Loiseleur, à l'obligeance duquel je n'ai jamais vainement recouru, a bien voulu m'informer que le volume auquel nous nous intéressons figure sur un inventaire très abrégé des manuscrits de Fleuri dressé en 1796 par l'abbé Carré, et que suivant cet inventaire ledit manuscrit se composait de 44 feuillets. Aujourd'hui lems. 16 d'Orléans n'a plus que 32 feuillets; il en a donc perdu une douzaine depuis le temps de l'abbé Carré.
Ainsi, le fait de la mutilation est incontestable. Reste à en déterminer la nature. Pour éclaircir cette partie du problème, nous n'avons qu'à ouvrir le tome III de V Histoire littéraire de la France, nous y lirons à la p. 58 une notice intitulée : ANO- NYME AUTEUR ECCLÉSIASTIQUE, notice dont la matière a été fournie à dom Rivet par des débris qui, disait-il en 1735, « se < trouvent dans la bibliothèque de Fleuri entre plusieurs autres « fragments d'anciens manuscrits dans un même volume mar- « que du nombre 10. Dom François Chazal, homme fort studieux « et prieur de ce monastère, les ayant aperçus, partie collés aux « couvertures d'autres manuscrits, partie ensevelis dans lapons- « sière, les ramassa précieusement et en fit un recueil. »
Voici les termes mêmes de l'article de dom Rivet :
Toute la connoissance qu'on a, et peut-être qu'on doit espérer d'avoir de cet auteur inconnu jusqu'ici, se prend de quelques débris d'un de ses ouvrages. Encore n'y trouve-t-on ni son nom ni rien qui détermine précisément sa patrie, son état et le temps où il vivait. On ne laisse pas toutefois d'en tirer des indices suffisants pour le compter au nombre de nos écrivains et le placer vers les premières années du vi« siècle. Ces débris, d'une part, paroissent avoir fait partie de l'original même de l'ouvrage, et se trouvent en France, ce qui forme une puissante présomption que Fauteur étoit né ou habitué dans le même pays. De l'autre, l'antiquité de l'écriture, qui est en lettres onciales et qui remonte au delà d'onze cents ans, no.us ramène fort près de l'époque que nous avons fixée. Enfin l'ancienne version de l'Écriture sainte qu'y suit l'auteur ne permet pas de le placer plus tard.
Il ne nous reste de cet ouvrage que douze chapitres entiers, avec
des fragments de deux à trois autres ; mais on y voit qu'il en contenoit au moins soixante-huit. Ce reste ne commence qu'au chapitre 29"*', et montre que c'étoit un traité fait à l'invitation et sur le modèle du troisième livre de l'écrit de saint Cyprien intitulé : Des témoignages. On pourroit lui donner le même titre, et peut-être le portoit-il en tête.
Notre anonyme, comme saint Cyprien, entreprend de traiter divers points de morale et de discipline qu'il range sous différents chapitres et qu'il prouve par des passages choisis de TÉcriture qui y ont rapport.
Dans le 29^' chapitre, il établit que Dieu ne demeure point dans ceux qui s'écartent de l'observance de ses commandements. Dans le 30®, que le serviteur de Dieu ne doit point se laisser abattre par les médisances des méchants. Dans le Bi % qu'il ne faut point médire. Le 32® est destiné à parler de la correction et de la manière de la faire et de la recevoir.
L'auteur emploie le 59® à prouver qu'on est obligé par précepte de la loi de payer à l'église des dîmes et de lui donner les prémices de ses fruits ou de tout autre chose. Il montre dans le 60« que Ton doit avoir une attention particulière à corriger les enfants. Il établit dans le 64 « qu'il faut s'attacher à l'exemple et à la doctrine des saints. Dans le 62*, il prouve qu'il faut éviter toute usure. Dans le 63®, qu'il est presque impossible qu'un marchand se défasse de l'habitude du mensonge. Dans le 64®, qu'il faut bien se donner de garde d'user de faux poids. Dans le 67«, que c'est le Seigneur qui a créé les ténèbres. Enfin le 68® est employé à traiter de l'homicide commis par hasarda
U y avoit aussi un chapitre sur la résurrection, comme le font juger quelques passages de l'Écriture sur ce sujet ; mais ce chapitre se trouve sans titre.
Nous avons cru devoir entrer dans ce détail, afin de mieux faire connoître un ouvrage enseveli jusqu'ici dans la poussière, d'où apparemment il ne sortira jamais pour passer dans le public, à moins qu'on ne recouvre ce qui y manque.
Des ènonciations de dom Rivet, il résulte qu'un des fragments
1. n s'est glissé quelque désordredans les notes d'après lesquelles a travaiUé dom Rivet. Les chapitres qu'il indique sous les n*" lxvii et lxviii devaient être en réalité les chapitres lvii et lyiii. Cela résulte de ce qui va être dit, dans un instant, des rubriques du Spéculum de saint Augustin. — On peut aussi admettre qu'il y avait une interversion dans Tordre des feuUlets recueillis par dom Ghazal. Peut-être même l'interversion existe-t-elle encore dans le ms. 16 de Libri. Gela semble résulter de la lettre du docteur Hort que je dte en note un peu plus loin.
du ms. 10 de Fleuri contenait une quinzaine de chapitres appar^ tenant à un traité beaucoup plus étendu et que parmi les chapitres conservés on remarquait les suivants :
XXIX. Que Dieu ne demeure point dans ceux qui s'écartent de Tobservance de ses commandements.
XXX. Que le serviteur de Dieu ne doit point se laisser abattre par les médisances des méchants.