‹ Le plus beau royaume sous le cielChapitre 100 sur 129 · kUomfttres, 65000 hecUres · texte numérisé non relu

kUomfttres, 65000 hecUres

Le Plus Beau Royaume Sous le CieL cbapr»

du Cap Préhély on passe des eaux de la baie de Saînt-Malo dans les eaux de la Baie de Saint'BrîettCj qui est le tombeau du Gouessan et du Gouet.

Le Oouessan ^ ne s'élargit pas en estuaire, contrairement à la coutume des fluviots bretons : c'est que cette riviérette du Pays de Penthfèvre, cette eau de Lamballe arrive aux abords de la Manche à Tissue d'un lac allongé, mais fort étroit, par une chute d'une quaraiitaine de pieds, la fort abondante Cascade des Ponts Neufs : les Romains passent pour avoir été les premiers édificateurs de la digue d'où s'abat ici le Crouessan.

Le Oouet * interrompt le parcours du chemin de fer de Paris à Brest; on a franchi la lacune par le viaduc de la Méaugon, de 59 mètres de hauteur en deux rangs d'arcades; peu après ce fleuve coule à plus de 80 mètres en contre-bas de Saint-Brieuc, et là il forme le port du Légué, à une demi-lieue à peine de l'ansë d'Yffîniac, qui est le fin fond triangulaire de la baie de Saint-Brieuc et que la basse mer transforme en une vasière grise, dépôt de tangue inépuisable c dès avant la fondation du monde et jusqu'à la consommation des siècles ». Le Légué, port très étroit avec gare pour tourner, denent à marée basse un canal d'échouage; à marée haute, il y a dans le fleuve 6 mètres d'eau sur 900 mètres de long et 31 de large; on y arme pour la pêche d'Irlande et des bancs de Terre-Neuve.

La baie de Saint-Brieuc est un lieu des < victoires et conquêtes » de la mer : on prétend que l'Océan a mangé ici 31 000 hectares de roc et de terre entre le cap d'Erquy (à l'est) et les Iles de Saint-Quay (à l'ouest) pendant les douze à quinze cents ans qui nous séparent de la décadence de Rome. Où ces grèves, ces sables, ces tangues finissent du côté du couchant, après le port suffisamment profond de Binic, la rade de Portrieux doit son calme à ses Iles de Saint- Quay^ grands granits faisant brise-lames sur deux lieues de longueur, à une lieue et demie du littoral.

C'est de la Rade de Portrieux que part tous les ans, à la fin d'avril, au commencement de mai, dans l'après-midi d'un dimanche, la flotte de terre-neuviers que les ports de la baie de Saint- Brieuc expédient à la pèche aux bancs. Il y a là, plus ou moins, 4 000 hommes de mer ; l'heure venue, l'ancre levée, le canon tonnant, les navires s'ébranlent; la foule des parents et des amis, pressée sur la rive, envoie ses adieux aux pêcheurs, qui, debout, tète nue, chantent sur le pont le cantique : Ave, maris Stella.

1. 40 kilomètres, 45000 hectares. — 3. 48 kilomètres, 31 000 hectares.

QOATBiiMB Petits Monts^ Bas Plateaux^ Plaines.

Vers Paimpol^ qui par ses corsaires fut ua petit Saint- Malo, et qui Test encore par ses marins, la côte devient plus c bretonne », dans Tacception sinistre de ce mot; au moindre vent la mer s'émeut sur des écueils sans nombre, elle traîne les galets avec un bruit de ferraille, elle entre en tonnant dans les cavernes, et les promontoires tremblent.

Elle est aussi plus bretonne que de la baie du Mont- Saint- Michel à Paimpol, parce que le français, bien qu'il se soit presque emparé des villes, n'a pas encore enlevé au vieux celte la souveraineté du rivage qui va de la rade de Portrieux à l'embouchure de la Vilaine.

L'Océan de Bretagne n'est pas seulement dévoreur d'hommes, démolisseur de rocs, rouleur et tratneur de cailloux, souffleur de vents lugubres et hurleur de sanglots. Sans lui mourraient de faim les Bretons, trop nombreux sur leur sol trop dur ; certes ils lui doivent avant tout d'être un peuple de marins, une race de héros; mais c'est aussi lui qui leur fait le doux climat de la côte armoricaine, devenue grâce à son haleine un jardin de primeurs; lui qui les entretient de poissons; lui qui leur apporte pour féconder leurs champs les plantes marines et la tangue, vases calcaires merveilleusement utiles à la presqu'île, où le calcaire manque.

En suivant cette mer effroyablement colérique (mais eUe a de charmants sourires), on rencontre en un voyage émouvant, à l'ouTe des fracas éclatants, des rumeurs sourdes, des harmonies confises : tout d'abord l'île de Bréhat, Ilette à peine; 309 hectares de roches rouges, syénite et porphyre peuplés de 1 200 hommes, presque tous pécheurs ou matelots, c'est son entier domaine, y compris des Ilots annexes. Bréhat est verte et charmante en un Océan qui s'irrite sournoisement sur la dalle de plateaux sous-marins, puis éclate en transports, en assauts, en écume, en tourbillons, courants et Aisées sur des récifs, des aiguilles, des roches aiguës ou trapues; presque vis-à-vis de Bréhat débouche l'estuaire du Trieux.

Le Trieux ^ serpente en un étroit vallon de

Lxm grand creux, sombre de cette profondeur -et de

TRiBUX, cette étroitesse, comme de la couleur de ses ro-

TRÉGUiER, ches < anciennes » ; puis il coule dans la riante

LÉGUER, vallée de Guingamp, jadis capitale du comté de

DOSSBN Goêllo, dont il ne reste plus qu'un seul souvenir,

les Mâts de Goéllo, écueil de 50 mètres de haut à

la rencontre mouvante de la pleine mer et de l'anse de Paimpol.

Page 1