kilomètres. 16580 hectares
TROisiÈMB Monts Intérieurs.
souterraine qui quitte Tombre à la Foux, la fontaine cessa de couler; mais au bout d'un court néant, la Vis ressuscitée roula des eaux rouges ; puis Tonde redevint Phonneur des blanches Cévennes, le frais et clair épanchement des ruisseaux caver* neux de la grande oolithe.
Ce flot s*en va vers le nord-est, il tombe de quinze mètres par la Cascade de Navacelles^ il réfléchit des moulins, des hameaux, de beaux arbres et la pierre vive des monts de sa cassure, signalée de loin, quand on vient de Test, par la pyramide du Pic d*Anjau.
On estime à 2 000, sinon 2 500 litres le flot d'étiago de la Foux, à 5 bons mètres cubes son expansion durant les mois de ce climat méditerranéen moins secs que les autres; le développement de la Vis, tout encagnonnée, est de 35 kilomètres» de 65 jusqu*à la source de la Virenque, et Taire qu'elle < exprime » comprend une quarantaine de milliers d'hectares.
L'Hérault quitte le soleilleux bassin de Ganges pour des corridors de la roche oolîthique, où il entre en frôlant la montagne de Taurac, criblée d'avens, de grottes dont une, la Baume des Demoiselles est universellement célèbre. 11 en sort par les Gorges de SaiDt-Guilheni'le'Déserty au loin fameuses quoique n'étant point les plus belles de la Cévenne : superbes d'ailleurs, et Ton y admire un de ces sites méridionaux où Therbe, le gazon, les bosquets, les forêts, la verdure ne sont rien; où la pierre, l'eau vive et le soleil sont tout; où Thomme aussi n'est rien ou peu de chose, par des jardins arides, des murs d'enclos, des moulins, des maisons que le temps a dorées ou brunies et qui sont de loin semblables au roc; le fleuve y descend de rapide en rapide, entre deux parois à pic ou de surplomb, pur, et parfois si serré qu'au-dessus do certains gouffres muets un vigoureux sauteur essayerait de le franchir. La fin de ce pas est au Gouffre-Noir, sous le Pont-du -Diable, en aval de la cascade de Clamouse qui jette sur son onde immobile une fontaine du rocher; il passe alors dans une large vallée, domaine de la vigne et du poudreux olivier.
Cette vallée fabuleusement prospère qui a vu ses bourgs devenir villes, et ses villages bourgs, ce pressoir, ce cellier attend avidement le bienfait que lui promet l'Hérault, le canal qui partira d'un barrage de 14 mètres de hauteur en amont de Saint-Guilhem et arrosera 4000 hectares sur les deux rives.
En cette plaine, des « oueds » accourent en foule à l'Hérault, mais peu Taugmentent, car ici le ciel est sec, le mont sec, large la grève pour le filtrement des eaux, puissant le soleil pour boire le cristal des fontaines.
Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. chapiths
Un seul, VErgne ^ ou Lergue a quelque grandeur ; ce torrent boit des sources claires au bas de gigantesques escarpements du Larzac, il baigne Lodève, il s'ouvre à des lits de cailloux, jadis rivières.
L'Hérault passe tout près de Pézenas, spéculatrice en eauxde-vie et dont on se moque universellement en France, comme de Quimper, de Landerneau, de Brive, de Carpentras, sans aucune raison, par imbécillité pure. A Saint-Thibéry, près d'un antique volcan, il coule sous les quatre arches ruinées d'un pont romain; de là jusqu'à la Méditerranée il a ravi 15 kilomètres à la mer, et dès lors il se répand sur les graviers, les alluvions dont il a comblé le golfe au bord duquel un mont flambant, notre Saint-Loup, crachait des laves.
Ce mont, à vrai dire colline de 415 mètres, domine Agde, dernière ville du cours de l'Hérault, et l'embouchure du fleuve, qui est un chenal artificiel entre deux digues, avec barre sur laquelle il y a souvent moins de 3 mètres d'eau.
Du mont Aigoual, de ce pilier des tempêtes Lv qui n'atteint pas 1 600 mètres jusqu'à la monta-
cÉvENNES gnes delà Lozère, qui dépasse un peu 1 700, s'éta- DE LA GAR- lent OU uombrcux chaînons les seules Cévennes DONNEsquE réellement nommées ainsi dans le langage courant, les Cévennes de la Gardonnenque, c'est-àdire du pays où court le Gard ou Gardon.
Car c'est ici le filtre d'où sourdent les capricieux Gardons, souvent presque taris, et parfois tonnerres d'eau quand le ciel d'airain, s'encombrant soudain de nuages, se déchire en trombe sur la montagne raide : à peine l'orage a-t-il éclaté sur la cime, que déjà le torrent mugit au bas de la « cévenne » schisteuse, brillante au soleil qui, partout où il luit, tire une étincelle des paillettes du mica.
Le plus haut de ces monts ne se lève pas sur le toit des eaux d'Europe, mais à l'occident du faîte de partage, sur le Bougea (1 424 mètres), qui domine au midi la vallée du Tarn, commandée au nord par la Lozère : Bougés, parce qu'il était couvert de buis, et fci le buis est un arbre ; mais l'homme a pris sa hache et il y a désormais plus de nudités, ou plus d'herbes que de buis et de hêtres et de sapins sur cette montagne, la plus septentrionale des chaînes de la Gardonnenque. Il va, ce Bougés sous plus d'un nom, de Florac, la rurale, pastorale et paisible, àBessèges, l'ouvrière, l'enfumée, la bruyante : au-dessus de Florac, vis-à-vis des sublimes élancements du Causse Méjan, on l'appelle la Asm-
] . 42 500 mètres, 37 844 hoctares.
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nouiiiix Monts Intérieurs,
ponneDChej mais il n'a pas ici les caractères du Bouges, et en général, des Cévennes de la Gardonnenque ; ses schistes cristallins ont pour couronnement une calotte d'un calcaire oolithique pareil à celui du Grand Causse d'à côté, et ce calcaire n'est pas moins dépouillé de la sylve antérieure que le Bougés proprement dit, qui fait suite à la Ramponnenche sur le chemin de Test.
En tirant vers l'orient, aux herbes du Bougés abrouties par la gent sottement et plaintivement bêlante, aux brandes et bruyères, à la centaine d'arbres qui sont le triste débris des vieilles sapinières, et à ce qui peut rester d'une admirable parure de hêtres, succède la crête du Ventalon ; et au Ventalon, le JRouvergue, ramifié autour de Portes, en petits monts veinés de houille.
Tout comme l'arête du nord, la crête centrale a son principe en contre-haut du val de Florac, face à face avec la paroi de rebord du Causse Méjan, et par un pic oolithique pointu, la Tardonnenclie (1 056 mètres), que sépare de la Ramponnenche au nord, le val d'Arpaon où dégringole un tributaire droit du Tamon, le Mimente; elle se lève à 1 166 mètres au Cabanis, piton sans arbres qu'on peut regarder comme marquant à peu près le milieu de la Gardonnenque et qui peut-être est le beauvoir d'où l'on embrasse le mieux dans son ensemble la houle pétrifiée, les vagues ou parallèles ou obliques ou perpendiculaires entre elles de la mer des Cévennes < cévenoles », tempête sauvage de 110 000 hectares figée dans une impassibilité cosmique; diversement épanouie, cette seconde arête finit aux environs d'Alais.
La troisième arête, la ChaÎDS Française (ou Francesque) porte un nom qui aura tantôt douze cents ans de durée, depuis que l'imagination des Méridionaux de la Cévenne fut si vivement frappée du triomphe des hommes du Nord, dans la personne des Francs, sur les hommes de l'Orient dans la personne des Arabes. Elle se déroule entre le Gardon de la Vallée Française ou Gardon de M ialet au septentrion et le Gardon de la Vallée de Saint- Jean au sud.
Son origine est à la Can ou Causse de VHospitalet : Causse en effet, mais tout petit (1 500 hectares), qui fut avec Ramponnenche et Tardonnenche l'extrême poussée du Causse Méjan vers l'est, avant que l'en séparât la faille, de plus en plus creusée par les eaux, où coule la rivière du Tamon ; de ce plateau dolomitique de 1 050 mètres de surrection moyenne, la Francesque s'allonge à Test-sud-est jusqu'au-dessus d'Anduze.
La quatrième, arête méridionale, divorce de TAigoual luimême, se gonfle autour de Lasable en un massif de granit, le
Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. csAmM
LiTon (1 180 mètres), et se termine au-dessus d'Anduze et de Saint-Hippolyte-du-Fort; ce Liron partage le sort de presque tous nos monts du Midi ; si touffu de hêtres qu'on le surnomma le Fageas (ou la Hètraie), que même on le surnomme encore ainsi, de routine invétérée, il fût à la longue déboisé, voire débroussaillé sur ses sommets, sur ses plateaux, par les moutons qui passaient et repassaient pendant leur double voyage de transhumance, de la plaine en Aigoual à l'entrée de Tété, de TAigoual en plaine à la fin de Fautomne.
Mais si le Liron d'en haut s'est dénudé, si l'intempérie des airs tend à muer, comme de tout mont sans sylve, son corps en squelette, encore que lentement vu la dureté des granits, le Liron d'en bas, Arcadie de la Gardonnenque, est cultivé en terrasses que soutiennent des murs de pierre sèche; il est gai, diapré de verdure, argenté de ruisseaux, paré de châtaigniers, opulent en mûriers, avec beaux hameaux et moulins à soie.
Dans les Cévennes de la Gardonnenque vivent les fils des Camisards qui firent la guerre à Louis XIV après la révocation de l'édit de Nantes, et fusillèrent les soldats de la persécution dans les cirques, les défilés, les coupe-gorge qu'ils savaient par cœur, que le persécuteur ignorait; et si les noms ne mentent pas, ils précipitèrent prêtres et gens de moutier de plus d'une roche sur torrent qui s'appelle encore le c Saut du moine >. La troupe du Grand Roi les envoyait dans l'outre-monde ou les réservait, qui pour la geôle ou la galère, qui pour le supplice, quand il lui arrivait de les surprendre.
Pendant qu'on les tuait et qu'ils tuaient, beaucoup des leurs, échappant aux dragons royaux, gagnèrent la frontière des nations protestantes; par dizaines, voire par centaines de milliers, ils secouèrent la poussière de leurs pieds sur le sol qui les avait nourris. En Allemagne, en Prusse, en Hollande, en Angleterre, on les reçut à bras ouverts parce qu'ils étaient Huguenots et parce qu'on savait qu'ils haïraient passionnément la France; des centaines d'entre eux franchirent la grande mer : les uns vers l'Afrique Australe, où ils prirent leur demi-part à la création du peuple des Boers; les autres vers l'Amérique du Sud, où ils furent les vrais fondateurs de Surinam.
Ce torrent ressemble aux autres affluents du
Lvi Bas-Rhône par sa promptitude à rouler un ûeuve;
GARD un orage, une fonte de neige peuvent lui verser
ou GARDON tout à coup dcs milliers de mètres par seconde;
quelques jours, quelques heures après, il n'y
passe que des filets d'eau verte.
En sa Gardonnenque ou Cévenne essentielle il unit une
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noniÈiB Monts Intérieurs.
foule de torrents nés de la roche sombre ou pailletée de mica et qui ont bondi sur les hautes pâtures et sous les châtaigneraies où tant d*arbres énormes sont des patriarches robustes encore sous l'injure des ans ; ces torrents descendent précipitamment par des gorges sauvages, étranglées, raboteuses, et tombent de la région des neiges, des pluies, des vents, du froid dans le pays de la chaleur sèche, irradiante, aride, dans la terre de Tolivier, du mûrier, des vignes. Ils se nomment tous, ou presque tous, grands et petits, des Gardons, comme ailleurs des Dranses ou des Nants ou des Gaves ou des Nestes; ceux du nord forment le Gardon d'Alais, ceux du centre le Gardon de Maliet, ceux du sud le Gardon de Saint-Jean; et les deux torrents de Mialet et de Saint -Jean s'unissent en Gardon d'Anduze.
Le Gardon d'Anduze^j plus fort que celui d'Alais dans le rapport de cinq à trois, tient son nom de la ville d'Anduze; le Gardon d'Alais * prête ses défilés, ses évasements, ses contournements de mont au chemin de fer de Paris à Nîmes, tout le long de la noire ville houillère, minière, usinière, que forment la Levade, la Pise et la Grand' Combe; il court devant Alais.
Gardon d'Anduze et Gardon d'Alais se rencontrent par moins de iOO mètres d'altitude.
Ces deux branches mères unies, le Gard s'épanche en un large lit dans la Piaine de la GardoDnenque : c Gardonnenque d'en bas », par contraste avec la < Gardonnenque d'en haut », c'est-à-dire la montagne; il y ronge ses berges, il y change de lit, souvent et délibérément, dans les grandes crues, quand il envahit au loin la vallée. Cela jusqu'à Dions, où commencent de solitaires défilés dans la craie, entre roches caverneuses.
Ces couloirs de solennel silence, il les anime parfois du tonnerre de ses crues ; mais parfois aussi nulle eau n'y murmure, le Gard s'anéantissant par infiltration dans la Gardonnenque au cours de la saison sèche, surtout dans les environs de Moussac.
11 arrive donc que le voyageur ne voit au-dessous de lui qu'un lit aride quand il traverse le Gard au pont de Saint- Nicolas de Campagnac, sur la route d'Uzès à Nîmes. Mais en aval de ce pont les eaux infiltrées reparaissent dans de nouvelles gorges, en fontaines jaillissant dans le lit même ou coulant du pied des roches : toutes sources fournissant ensemble, même en saison très sèche, 2 000 à 3 000 litres d'une onde superbement verte.
1. 68 kilomètres, 58 700 hectares. — 3. 56 kilomètres, 50 500 hectares.
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Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. chaprbb
Splendîdes, ces défilés du Gard inférieur, entre leurs rochers blancs ou colorés; c*est une de ces dus du lumineux Midi plus belles avec leur pierre vive, leurs flots transparents, leurs arbustes, que les vallées du Nord avec tout leur luxe de prairies, de forêts, de sapins, de cascades.
A CoUias tombe VAlsoBy rivière intarissable faite des fontaines vives d'Uzès, qu'avait confisquées le Romain; au Pont du Gard finissent les gorges, et le torrent serpente en une plaine qui le conduit jusqu'au Rhône.
Le Pont du Qard n'est pas un pont, mais un aqueduc romain cimenté pour les siècles, au long d'une conduite de 41 kilomètres qui portait au château d'eau diviseur de Nemausus (Nfmes) les flots purs de la Font d'Eure ou d'Ure, née près des rochers que couronne Uzès, et ceux des fontaines d'Airan, point éloignées du surgeon d'Eure; ce faux pont, triple rang d'arcades superposées, domine le torrent de 48 à 49 mètres; il a 269 mètres de long.
En plaine, le Gard baigne Remoulins et Montfrin : par ici quelques castors nagent encore à la faveur des nuits dans son eau.
Il amène à la rive droite du Rhône l'excès d'eau de 222 000 hectai^, après une excursion de il3 kilomètres à partir de la fontaine la plus reculée ; soit en extrême expansion 400Q mètres cubes : s'il peut diminuer jusqu'à 3, peut-être 2 mètres cubes pendant les plus implacables sécheresses, et à $, à 4 dans les c aridités » ordinaires, il en roule le plus souvent 10, 20, 30 et 40.
Au sud, au sud-est, à l'est des Cévennes, du ivu . pied des avant-monts à la lisière des alluvîons GARRIGUES Uttorales et au voisinage de la vallée du Rhône, DE s'étendent des c Garrigues » sauvages ainsi dési-
MONTFELLiER gnécs du kcrmès ou garrus, chêne rabougri qui voile mal leur nudité. Les Garrigues de Montpellier vont du fleuve Hérault au fleuve Vidourle, les Garrigues de Nlmeç comn^oncent au Vidourle et finissent au Gardon ; les Garrigues de Lussan commandent les gorges de la Cèze ; les Garrigues de Montpellier sont fières de leur Saint-Loup, celles de Nîmes de leurs mazets, de leur Tour Magne, celle de Lussan de leur Guidon du Bouquet — Bouquet et Saint-Loup, deux de nos plus basses montagnes, mais aussi de nos plus < grandes >.
Les Garrigues de Montpellier réclament 50 000 hectares dont la stérile pierre, à force de tomber par blocs ou de s'élimer à la longue, a perdu sa primitive égalité de platine déposée dans
TiuHBiftaiB Monta Intérieurs,
un fond de mer, pour devenir un petit monde çà et là tranchant ou pointu, et presque partout raboteux, un chaos de pans droits, de talus roides au-dessus de valUits ou torrents que le réseau caverneux des ondes intérieures avale à chaque caillou du lit, à chaque fêlure de la roche, à chaque banc de sable. Sur ce qui est resté du plateau, sur les versants, les cimes, dans une pincée de terre, dans une caillasse, dans un trou de roc, au hasard des glands tombés (ou < soufflés » par le mistral), des chênes kermès, soit isolés, soit par bosquets, jamais par forêt drue, verdissent ou rouillent suivant la saison la blancheur grise de la Garrigue. Gomme dirait Virgile, au matin les cigales y paissent la rosée ; puis la chaleur les éveille et les enthousiasme ; quand tout le reste de la nature dort accablé elles crient en grincement et en assourdissement, ivres de lumière, et souvent le mistral hurle désespérément jusque dans les fonds de gorge qui pourraient se croire abrités par leurs monts : à part quoi c'est le silence dans le désert; il n'y a par ici que de menus villages parmi lesquels un chef-lieu de canton dont le surnom ferait illusion si l'on était en Angleterre, car on le croirait voisin de la métropole insigne où grouillent cinq millions d'hommes ; c'est Saint-Martin de Londres.
Au-dessus de la Garrigue de Montpellier, haute en moyenne de 200 mètres au-dessus des mers, s'élance d'un jet splendide, éthéré, sublime, le pic de 633 mètres auprès duquel sont petits tant de géants des Alpes, le SainMfOup; et à toucher ce pic, au nord, la Montagne d'Hortus (512 mètres) tombe en paroi vive, de 300 à 400 mètres sur les collines du vignoble. De ces deux monts, de nombreux torrenticules (mais de rares eaux) descendent au Lamalou, tributaire droit de l'Hérault qui commence à ne plus être un vain nom sur la carte : beaucoup le visitent et vont s'extasier, de bonne conscience s'ils aiment le grand et le beau, par commande s'ils sont de la race c ovine >, devant ses cirques de roches, ses cascades bues par l'été au creux des précipices, ses gours, et ses ponts naturels assez nombreux pour que le Lamalou leur doive son second nom de RirièrB dêa Arca,
Une autre et bien différente rivière, de grande abondance tandis que le Lamalou contient plus de cailloux que d'eau, le Lez continue des ruisseaux cachés aux flancs de l'oolithe sous la garrigue aride, lumineuse, parfumée, avec monts francs de cassure. Les torrents courts et fantasques attirés par les avens, les eaux sauvages des typhons languedociens, peut-être des faites de l'Hérault, composent dans le mystère les 3 000 litres de flot, diminués à 565 par l'extrême étiage, qui sortent à
Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. oupitiib
3 lieues au nord de Montpellier, d'un gour de 15 mètres de profondeur.
Le Lez passe au bas du vieux volcan de Montferrier, coule près de Montpellier, qui est ville d'études plus que d'industrie ou de commerce, et s'achève artificiellement par un canal à Palavas-les-flots, bourg de bains de mer sur une plage de sable fin; il a 7 lieues de long, il draine 47 500 hectares.
Entre les garrigues de Montpellier à droite,
les garrigues ntmoises à gauche, le Vidourle a
LVin 25 lieues de long et 97 500 hectares de domaine;
viDovRLB il roule 3 mètres cubes en eaux ordinaires, 1 500 en force majeure et rien que 220 litres en saison très sèche.
Il tire quelque célébrité de ses vidourlades, crues subites. Voici le torrent, sillon dans la pierre : son ciel flamboie, son val sommeille ; Fombre est rare sur les champs et les vignes, sous le mûrier, le micocoulier dont on fait des fourches, l'olivier qu'on taille à l'extrême et que d'arbre on étriqué en arbuste; la colline est aromatique, la montagne blanche, décharnée; à l'horizon le Saint-Loup darde son pyramidion dans un azur chaud de lumière : c'est l'Attique et c'est la Judée, et le Vidourle un Cédron, un Arnon, un torrent de Jaboc où le troupeau tond l'herbe sèche entre des cailloux qui brûlent.
L'astre brille en sa force et sa sérénité sur la plaine; or, il y a plu c tropicalement » sur le monL Tout à coup un bruit sourd résonne, l'air de la gorge ou du vallon s'ébranle, et la vidourlade arrive, prompte comme le mascaret, mais elle ne rencontre point de bateaux ; sur la grève où s'égarait un ruisseau, ce fleuve passe avec la puissance de 40, 20, 30 et 40 fois la Seine d'été dans Paris, mais les trombes ne durant que quelques heures en pays de Ce venue, le Vidourle retourne bientôt à sa tranquillité, qui parfois est presque la mort.
Le Vidourle naît au nord-est de Ganges, dans les granits du Liron; il se pourvoit aux calcaires de la Montagne de Lafàge (931 mètres), qui fut une hètraie — son nom le prouve — et qui ne Test plus guère sur les blanches roches dont elle commande brusquement, au nord, la vallée de cassure qui réunit le Vidourle de Saint-Hippolyte à l'Hérault de Ganges, entre Cévennes et Garrigues.
Il passe à Saint-Hippolyte-du-Fort, à Sauve où jaillit une fontaine puissante, bouche commune des avens d'un pays aridément crayeux qui est l'une des patries du micocoulier; quand dure longtemps la saison sèche, cette source n'est plus
TRomiMB Monts Intérieurs,
que « Tombre d'elle-même », mais le torrent diminue encore plus qu'elle et il y a des semaines où la Font de Sauve ranime un Vidourle tari.
Viennent ensuite Quissac, Sommiëres; puis il entre dans la plaine du Bas-Languedoc au défilé d'Aubais, passage majestueusement régulier qu'on n'a pas manqué d'attribuer aux Romains, comme si la nature n'était pas capable de tailler à grands pans la craie avec autant de maîtrise que les conquérants du vieux monde classique. En aval et non loin, le peupleroi jeta sur le torrent capricieux qui lui rappelait ses petits fleuves d'Italie, un pont d'Ambrussum (aujourd'hui Pont Ambroix, sur la route de Nemausus (Nîmes) à Substanlio ou Sextantio (Montpellier) : il en reste quatre piles et deux arches. Ayant parcouru la plaine que glorifiaient les vins muscats de Lunel, il coule avec langueur et lourdeur dans la maremme du littoral languedocien.
30 000 hectares de craie néocomienne aussi
LTX dure, aussi sèche et assoiffée que celle de Mont-
GARRiGUBS pellicr, avec torrents non moins altérés, et en
DB tout semblables, sinon qu'ils s'appellent ici des
NiuBS cadereaux et là-bas des vallats; point de pic
aérien comme le Saint-Loup, et le mont qu'elle
a pour dominateur, son lumineux Olympe, un peu bleui par
la distance, le Guidon du Bouquet ne lui appartient pas ; il se
lève sur la Garrigue de Lussan.
La garrigue ntmoise, moins élevée que la montpellièraine, avec 217 mètres seulement de plus haute ambition, partage ses cadereaux entre la rive droite du Gard et la rive gauche du Vistre ; mais ici aussi plus d'eau ruisselle dessous que dessus ; les torrenticules ne coulent presque jamais, ni toutes les semaines, ni tous les mois; et tel d'entre eux peut-être pas tous les ans : ainsi le Cadereau de Nîmes, assez bien décrit dans ses relations avec l'espèce humaine par le vieux nom bas-latin de Cagantiolus.
Le Visite >, fils de très humbles coteaux, boit la fontaine de Nîmes, ville qui est la Rome française par ses Arènes, sa Maison Carrée, son Temple de Diane et sa Tour Magne.
Au pied de collines arides, loin du Rhône, loin du Gard, loin de la mer, Nîmes dut l'existence à sa source, et sa source est encore sa gloire, sa beauté, sa richesse.
La Font de Nîmes est un gour pur, profond de 15 mètres,