kilomètres, 30 000 hoctaret
Le Plus Beau Royaume Sous le CieL CBApmti
à côté du Temple de Diane, au pied du mont Cavalier, coteau verdi par les pins et couronné par la Tour Magne, qui signale Ntmes de tous les coins de Thorizon. Elle est remplie, au bout de canaux invisibles, par les orages qui tombent sur les cailloux rougeâtres, la brousse des petits chênes, les herbes sèches de rare odorance, les cyprès, les pins d'Alep, les oliviers étriqués, déformés, quelque peu tortillards de TArabie Pétrée des Garrigues ; orages rares sous un ciel où brûle tout le jour le grand flambeau d'incandescence.
Cest là que les Nîmois ont bâti leurs mazets, villas et jardins de plaisance entre quatre murs de pierre sèche, sur la rocaille altérée, sous des ombres rares violemment, éperdument déplacées de çà, de là, quand le mistral passe avec de longs sanglots. Pays d*ailleurs superbe par la franchise des lignes, la magie des couleurs, et c*est avec enthousiasme qu*on peut célébrer la pure splendeur des Garrigues.
Si peu que la torridité dure, et c'est très souvent que la voûte est sans nue, pour peu que la chaleur absorbe les nuages ou que le mistral les chasse au loin, la fontaine, au lieu d*unir des ruisseaux sons la pierre des Garrigues, fînit souvent par ne rassembler que des gouttes d*eau; elle peut n'offrir que 7 litres par seconde à la ville altérée; mais, dès qu'une lourde averse tombe sur les coteaux, Ntmes retentit brusquement du courant d'un fleuve qui roule 10, 15, jusqu'à 20 mètres cubes par seconde; et, pluie cessante, ce fleuve diminue en riviérette, puis en ruisseau transparent que l'industrie s'empresse de ternir; elle en fait un bourbier cynique, presque un rival du Cagantiolus entre les murailles des quais.
Le Vistre finit dans les palus littoraux d'Aigues-Mortes, ville solitaire dont six siècles de soleil ont doré l'enceinte.
18 000 hectares, à 300 mètres de moyenne, LX surrection sur la même craie néocomienne, c'est
GARRIGUES ici, à la fois la plus élevée, la plus petite des DE trois Sous-Cévennes, et aussi celle où le chêne
LussAN qui a valu leur nom à ces blocs de pierre s'étend uniformément sur la plus vaste étendue; il est partout, en bois, surtout en taillis, sur les collines qui sont roides, dans les ravines qui sont très creuses, sur les plateaux qui sont déserts, autour des avens qui sont profonds et qui mènent les eaux de surface à de grandes sources de la rive droite de la Cèze.
Ces solitudes s'appellent ainsi d'un lieu cantonal, Lussan, pauvre petit village sur la plate-forme d'une roche isolée qui porta son temple gallo-romain, son f&numJovis, à 7 kilomètres
TRoisiiMB Monts Intérieurs.
du OuidOD du Bouquet, dont les 631 mètres ne le cèdent que de la taille d*un superbe cuirassier aux 638 du Pic Saint-Loup : merveilleux observatoire pour contempler la Cévenne, la Garrigue, levai du Rhône, Toutre-Rhône, il voit autour de lui tout ce qui ne se cache pas dans les extrêmes profondeurs, et de partout à la ronde, sauf de ces mêmes profondeurs sevrées du monde, on Tadmire dans sa majesté sereine de prince de Tespace.
La Cèze à la rive droite de laquelle la Garrigue de Lussan tombe en promontoires boisés, Lxr sur des gorges, a droit au renom d*affluent notable
cÈzs du Rhône, et il lui arrive souvent de trop contribuer aux fureurs du fleuve orageux, quand elle roule 1 000, 1 500, peut-être 2 000 mètres cubes, à elle fournis par 118 200 hectares, au cours d'un voyage de vingt-neuf lieues; on lui accorde 15 mètres de volume normal, avec étiage de plus de 2 500 litres.
Elle déroule son bassin sur les terrains les plus divers, granits et gneiss, roches carbonifères, oolithe, craies. Elle a ses naissants près de Villefort, sur des monts de 1000 mètres qui se rattachent à la Lozère; du chemin de fer de Paris à Nîmes, qui se développe en longs replis sur la montagne, avec embrassements d*horizon brusquement interrompus par des obscurités de tunnel, on entrevoit un moment des ravines profondes ombragées de grands châtaigniers; de ces ravines-là procède la Cèze, qui descend très vite : au confluent du Luech de Chamborigaud, c'est-à-dire à quatre lieues de la source, l'altitude ne dépasse pas 180 mètres.
Entrée dans un des bassins houillers du Midi, la Cèze tra* verse la ville enfumée de Ressèges, puis Robias, Molières, Saint- Ambroix, non moins noires.
De Saint-Ambroix à Rochegude elle erre dans ce qui fut un grand lac, dans ce qui est une plaine dominée à l'orient par les escarpements du Bouquet; puis de Rochegude à Montclus c'est une torsion de gorges sylvestres par où se vida ce lac; dans ces défilés, qui sont fort beaux, une fissure de son lit l'avale, tout entière en eaux rares, pour une part en portée normale, pour très peu quand le flot surabonde, la lacune de la roche ne pouvant engouffrer que quelques milliers de litres; ensuite la Cèze reparaît dans toute sa puissance, et dès lors s'augmente de nobles fontaines aménagées par antres, couloirs, gours et siphons sous le couvercle des Garrigues de Lussan ; sources que l'été, même violent, respecte d'outre en outre : ainsi s'accrott-elle du surgeon d'Ussel, de la Font de Goudar» gués (300 litres), de la source de la Bastide d'Orniol.
Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel, chapitek
Ces flots lucides la transforment, elle se purifie des souillures du pays de la houille et c*est clairement verte qu*elle tombe de 8 à 10 mètres en deux gouffres, par deux cascades sœurs et une infinité de cascatelles qui la brisent en onde, en poussière, au-dessous et près des douze arches du pont roman de la Roque : c'est là le Sautadet et, conformément à ce nom, un leste jouvenceau pourrait bondir par-dessus Tune ou Fautre des deux anfractuosités parallèles où plongent côte à côte les deux cascades.
La Cèze baigne Bagnols; elle s'engloutit dans le Rhône, rive droite, à une petite lieue en amont de Caderousse.
Au-dessus des sources de la Cèze, à Textrémité nord-est des Cévennes < cévenoles », la Loxère Lxu dresse une masse de granits, de schistes et mica- LozÈRB schistes, de sables provenus de la délitescence des quartz. Elle lève sa chaîne pelée, croupe uniforme, sur le faîte européen, entre le Rhône par 'Ardèche, la Gironde par le Tarn et le Lot.
Quand les Gallo-Romains traversaient la Lozère, qu'ils appelaient Lesora, ou Lesura — elle n'a donc point changé de nom, la sauvage montagne, — ils y marchaient ou chevauchaient entre des rumeurs de cascades, de source en source, dans la haute prairie où chaque herbe scintille de l'eau du ruisseau ou de la goutte de rosée, et surtout ils y suivaient les sentiers de l'ombrage, dans l'horreur sacrée des bois, hètraie, verte ou noire sapinière. Telle elle fut alors, telle elle demeura pendant tout le moyen âge, et jusqu'assez avant dans les siècles modernes, bien qu'avec quelques dégradations de sa forêt : jusqu'à la ruine amenée par la convulsion do 1789, lorsque les paysans, ivres d'une sorte de fureur, couchèrent par terre les vieux patriarches de cette c Ardenne » du Languedoc et presque tous leurs innombrables rejetons. Ce qui cessa d'être la sylve avec herbages et sonnettes de troupeaux, devint ainsi le désert, et un désert si vide que moins de 1 300 hommes y vivent , sur 30 700 hectares : ainsi peuplée, ou dépeuplée, la France n'aurait pas 2 300 000 habitants, au lieu des 38 500 000 qui, certes, ne la surchargent point.
Et comment y vivent-ils, ces 1 300 c Louzérots »? Aux vents qu'on ne peut apaiser, sous sept mois déneige, de l'entrée d'octobre à l'entrée, au milieu ou à la fin de mai, quelquefois plus tard encore; dans vingt hameaux; et quels hameaux? Des cabanes de pierres de granit avec toit de chaume, de terre, de gazon, où le montagnard dort avec ses bêtes, à côté du suint de ses béliards ou moutons, dans une pauvreté froide et
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lugubre. Il en reste vingt, de ces hameaux, desquels le plus élevé, Salariais, disperse ses chaumières à 1 412 mètres; mais il en manque cinquante, desquels dix-neuf sur le seul territoire de Saint-Julien de Tournel, au versant nord du mont, qui tombe sur la rive gauche du Lot naissant.
Donc il y a cent ans, cent cinquante, deux cents, la montagne de la Lozère avait plus de villages, des villages plus grands, et des hameaux y sont devenus ruine, ou maison seule, ou simple souvenir, et même oubli, près de la source morte.
Jadis elles bramaient, les sources ; toute Tannée elles chantaient ou du moins murmuraient sous un dais de feuillage; maintenant elles sont taries, dans son pli chauve et fauve, au pied d'un talus désossé, d'un éboulis, d'un roc que le soleil écaille dès que la neige ne le glace plus inius ad ossa.
Les troupeaux de transhumance empêchent ici TefTort de la sève de restaurer la sylve en son ancienne ampleur et verdeur. Le peuple débonnaire des moutons du Bas-Languedoc envoie chaque été une part de son armée, environ 200 000 bétes, dans la chaîne de la Lozère, et plus loin encore au nord, dans celle de la Margeride, par un large sentier tondu, la Grande Draille^ — car il y a plusieurs drailles, en Cévennes comme en Alpes, et de tout temps elles furent les mêmes. — - La Grande Draille part de la Basse Gardonnenque, de la c Porte des Cévennes >, d*Andttze; elle gravit la montagne vraiment cévenole, elle en suit diverses crêtes et sous-crètes et descend du Bougés sur le Tarn, qui n'est encore qu'une goutte d'eau sur de larges dalles ; elle le franchit près de Bellecoste, non loin de ses sources, et gravit ardûment la pente méridionale do la Lozère, pour en descendre ensuite le talus septentrional, franchir le ruisseau de rOlt, qui sera plus bas la rivière du Lot, ascendre le Goulet et dévaler de ce mont chauve sur les hautes pelouses de la Margeride.
Ainsi, la Lozère est déchirée, éraillée, écaillée, détériorée, malade; mais ce n'est qu'une maladie de peau, nullement mortelle dans un organisme aussi résistant que celui de la génératrice du Tarn, de la Cèze, des premiers affluents gauches du Lot. Ce ne sont que gerçures, squames, durillons et sécheresses, venus de la dénudation des roches, et qui disparaîtront, sauf la substance perdue, quand on rhabillera la Lozère, ce qu'on tente, sur 3000 hectares depuis l'an 1864.
Du dos de la Lozère, ligne presque inflexible, montent quelques < trucs >, humbles mamelons qui n'en sont pas moins les Olympes de cette Thessalie sans vallée de Tempe. Pas un
Le Plus Beau Royaume Soua le Ciel. auFti*! tMiiOMi
seul pic parmi ces collines, eimplee exostoses d'un hivernal plateau.
Le Trac de FinielB ou de Crucinas (1 702 mètres) s'élève droit au nord de la ville de Pont-de-Montvert, traversée par le Tara commençant; ce mont de granit abreuve donc le Tarn, il envoie un torrent au Lot, il donne naissance à l'Altier, rivière du versant du Elhôno', de son sommet on aperçoit les causses du Gévaudan, la Mai^eride, les délinëaments de l'Aubrac, les cimes du Vivarais, du Velay, la plaine du Rhône, les Alpes dauphinoises, le Bas- Languedoc, la Méditerranée, et même, dit-on, les Pyrénées franco -catalanes. Les berg«rs du voisinage le nomment tout simplement truc de la Régalisse, d'une sorti) de réglisse qui croît sur ses pentes.
Le granitique Malpartaa (l 663 mètres), plus avancé vers l'est, au-dessus de la source du Tarn, voit mieux que le Finiels les ravinements de l'Attier, du Chassezac, de la haute Cèze et des petits torrents que leur sillon dirige vers les robustes châtaigniers de Via] as.
Le Trac des Lttablea (t eao mètres), plus avancé vers l'ouest, voit mieux les roches rouges des Grands Causses qui s'enlèvent en vigueur sur le vert et le gris de la » Cévenne ».
Le Troc de l'Aire (1 486 mètres), vers l'extrême occident de la chaîne, est un belvédère d'avant-scëne, qui contemple, ft ses pieds, le Causse de Mendo, Tune des petites tables d'oolithe que le temps a séparées, par longue usure, des grandes tables calcaires du Sauveterre et du Méjan, si célèbres avec le Causse Noir et le Larzac, sous le nom do Grands Causses, ou Hauts Causses, ou Causses d'Orient, ou Causses de Languedoc.