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kilomètres, 43000 hectares

ciicQuiiiiE Monts Intérieurs.

et tous deux, fils des roches anciennes très peu ou point perméables à Teau de ciel dont se font obscurément les sources, diminuent si fort de la saison des pluies drues à la saison des longs soleils, que leur lit, dont Tonde bruyante extravague en automne, en hiver, au printemps, devient en été presque muet, presque réverbérant, presque vide.

Le Rhin se démène en une vallée où de gros bourgs dépendants d'Amplepuis et de Thizy retentissent du bruit des fabriques, dans une ravine étroite, creusée, souvent trop nue, souvent aussi magnifiquement gracieuse ou gracieusement magnifique, avec arbres, rochers, prairies, rapides du torrent, écluses d'usine où blanchit Peau bleue; il s*abîme dans le fleuve à Taval de Roanne.

Le Sornin, réunion de c Sornins > plus petits, contourne le massif de Dun-le-Roi (732 mètres) qui porta sur sa cime Toppidum gaulois de Dunum, puis la ville forte de Dun-le-Roi; et celle-ci donna son nom au Dunois — au Petit Dunois, pourrait-on dire : le Grand Dunois, le vrai Dunois est ailleurs, en Beauce, autour de Châteaudun.

Il fut un temps où le porphyre du Beaujolais se continuait jusqu'au porphyre des monts de la Madeleine ; derrière ces pierres dures dormait un grand lac de la Loire; sournois, comme toute onde immobile, ce lac lima la roche, et la Loire prit le chemin de la mer.

Ainsi dissociés de la Madeleine, les monts du Beaujolais se prolongent au nord par les monts du Charolais.

Considérés habituellement comme terme CXI septentrional de la Cévenne, ces monts prolon- MONTs gent au nord-ouest ceux du Beaujolais, et par les ^^ mêmes roches anciennes, sinon qu'autour de

CHAROLAIS Charolles, ville dont elles tiennent leur nom, ces roches sont surmontées de trias, de lias, d'oolithe. D'un quart moins élevés que les monts du Beaujolais, leur soulèvement majeur, 775 mètres, le Mont Crozany dôme sylvestre , porte à sa cime la Chapelle de Saint-Cyr , d'où son second nom de montagne de Saint-Cyr ; tout près les Orandas Aoclieff atteignent 772 mètres; ces deux suprêmes extumescences de la chaîne se bombent à une vingtaine de kilomètres au sudest de Charolles, au faite entre Loire et Rhône ; l'une et l'autre empfttées dans le plateau, ce sont en apparence deux collines bien moins majestueuses que le Mont Saint-Vincent ^ à 10 lieues au nord : ce c mont > de 603 mètres, jadis couronné d'une puissante forteresse et portant aujourd'hui presque à son faite un chef-lieu de canton, marque superbement, de très loin, par sa

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pyramide orgueilleuse, isolée, le centre du grand département de Saône-et-Loire ; aperçu, reconnu de très loin, il regarde un tour d'horizon qui ne &*arrète qu'au Mont-Blanc et, dit-on, au Puy de Dôme, tous les deux, cela va sans dire, extrêmement peu indistincts.

Les régions supérieures du massif charolais se déroulent en bruyères, brandes et landes froides, mornes, infécondes, mais les pentes inférieures, les vallées, les bas vallons sont gazonnés d'une herbe dont vivent, même trop bien, puisqu'ils s'engraissent, des bœufs dont la race est très renommée.

Le mont Saint- Vincent se dégage de son plateau d'alentour à 15 kilomètres au midi de V Étang de Longpendu, où l'on est convenu d'arrêter à la fois Cévenne et monts du Charolais en face du Morvan.

Cet étang, à 301 mètres d'altitude, occupe exactement le faîte entre Loire et Rhône, et l'on en a profité pour y établir le bief de partage du Can&l du Centre, au lieu de divorce de la Bourbince et de la Dheune, riviérettes qui s'ajustent si exactement bout à bout, c'est-à-dire source à source, qu'elles suivent un seul et même sillon droit malgré leur pente contraire dans la dépression dont Montchanin, Blanzy, Montceau, et près d'elles Epinac, Montcenis, et surtout le Creusot, tirent des c immensités > de houille.

La Bourbince descend au sud-ouest; c'est la riviérette de Paray-le-Monial, sanctuaire si fréquenté que tel mois de juin y a vu plus de cent mille pèlerins ; longue de 18 lieues, elle porte à l'Arroux, tributaire droit de la Loire, les ruisseaux de 46 636 hectares.

Dans le sens contraire, soit vers le nord-est, la Dheune, riviérette de Chagny, parcourt 15 lieues et transmet à la rive droite de la Saône les rus de 105000 hectares.

L'Arconce, riviérette de CharoUes, et courant central du Charolais, se promène pendant 70 kilomètres dans la prairie, au milieu des bœufs gras, et s'épanche en Loire à 4 500 mètres au-dessus de Digoin, par 225 mètres d'altitude ; elle lui amène la surabondance de 64880 hectares.

Le massif du Morvau ou Morvand, rejeté à l'ouest, n'a point de part au grand toit des eaux cxrr européennes ; il se borne à séparer deux fleuves MORVAN du versant de l'Océan, la Seine à laquelle il dépèche l'Yonne augmentée de la Cure, la Loire à laquelle il envoie l'Arroux, rivière essentielle de l'Autunois.

C'est cet Autunois qui relie le Charolais au Morvan propre

ciNQuiÈMB Monts Intérieurs.

ment dit, dont le nom nous rappelle une des origines de notre peuple, Tantique nation des Celtes qui foula notre sol avant le Romain et le Germain, après les ancêtres ténébreux. Morven, ainsi s'appelle encore un mont de la Haute Ecosse chanté jadis par les bardes en un dialecte celtique toujours vivant, mais mort à demi.

Des gneiss dont la dureté semble éternelle, des granits qui, très durs aussi, se laissent plus aisément raboter, élimer, enlever, arrondir par le froid et le chaud, la langue rugueuse de la pluie, les neiges, intempéries et frimas; des granulites, des filons, tufs et coulées de porphyre, toutes traces d'une antiquissime Yolcanicité, et, dans TAutunois, des schistes permiens entamables où l*Arroux n'a pas eu grand'peine à se frayer passage, tels sont les maîtres éléments de ce massif qui se dresse à Tune des deux grandes origines de la Seine comme un pilier des tempêtes recevant annuellement 1 548 millimètres de pluie au réservoir des Settons, 1 505 au Bois du Roi.

Une pareille avalanche d'eau d'en haut, de neiges à flocons pressés descendues d'un ciel cotonneux, un tel déluge tamisé sur les hauteurs évoque dans les fonds, par milliers, des sources vives; et cela malgré la nature compacte des roches morvandelles : d'abord à cause des failles et cassures qui disloquent çà et là les granits bien plus que les gneiss ; ensuite parce que les molécules granitiques, les débris amenuisés du mont, les feuille des bois, les végétations spongieuses, les tourbes, ont fini par amasser dans les bassins, vallons, remous de collines, un filtre perméable sur la pierre qui ne l'est pas. Petites, mais jamais défaillantes, ces fontaines vont à des étangs; et, des étangs, faits tantôt par la nature, tantôt et plus souvent par l'homme, sort la multitude des ruisseaux ombragés, ici par le hêtre, plus commun en Morvan que tout autre arbre de haute futaie, là par le chêne, le châtaignier, le bouleau, l'acacia; audessus des eaux rapides, les talus montent à 200-250 mètres, et leur hauteur, quelquefois leur raideur, et l'étroitesse du val donnent, entre ces collines, l'impression de la montagne. Dans le bas comme dans le haut, autour des étangs comme au versant des coteaux, l'humidité des cieux entretient la saveur des herbes et le suc des forêts.

Ainsi le Morvan s'honore de ses torrents, de ses bois qui couvrent le tiers de son domaine^ de ses prairies qui en couvrent le dixième. Ses ruisseaux, qui çà et là se déchirent en cascades, font un double travail : ils arrosent les herbes, ils portent les ramures que le bûcheron enlève tous les ans aux sylves morvandelles et qui, dès que le courant des eaux les a descendues dans le bas pays, s'en vont à Paris par chemin de

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fer ou par bateau : bûches, cotrets, fagots et charbons, la grande ville, se chauffe surtout et houille à part, aux dépens du Morvan.

Dans Tellipse allongée que ces monts froids embrassent, il ne se dresse pas un seul dôme de 1000 mètres; le Bois du Roi, culmen du massif, et cime suprême du bassin de la Seine, n*a que 902 mètres, et point de panorama grandiose, non plus qu'aux sources mêmes de ITonne, le Prénel&y (850 mètres) : de ces deux c phares de Tespace > la vue, contrariée par les branches des hêtres, s'arrête au prochain horizon.

Le Beuvray (810 mètres), mieux c espacé >, plus beau de loin, supérieur de 400 mètres aux bas-fonds de son pourtour, contemple c Puni vers >, et par les heures les plus claires des jours transparents, il voit vaguement le Puy de Dôme à Textrême midi. 11 porte sur les 135 hectares de son plateau terminal, encore entouré de retranchements, des ruines confuses, des bosses de terre, des levées, des apparences de rues et de maisons, des fondations de ce qui fut la Biffractum du moyen âge, l'illustre Bibracte d'avant les Romains; et Bibracte fut à la fois sanctuaire, forteresse, refuge, ville et marché des Celtes Éduens : ce dont témoignent, trouvées dans ce sol sacré, plus de deux mille médailles, toutes gauloises, et pas une seule latine. Nos arrière-pères y fondaient et y forgeaient le fer, ils y composaient du bronze, ils y ciselaient des bijoux barbares, ils s'y livraient à Fémaillerie dans des ateliers et maisons de pierre sèche et de terre battue; ils y tenaient des foires qui ont traversé le moyen âge et sont arrivées jusqu'à nous sous forme d'un marché du premier mercredi de mai, de plus en plus désert, car à quoi bon, venu de si loin, monter si haut des pentes si ardues pour trafiquer si petitement? On y adorait une divinité, la déesse Bibracte des Celtes, qui devint la dea Bibracta des Romains, puis à partir de la mort lente du paganisme, se transforma en un messager de la bonne nouvelle, le plus illustre de tous, l'apôtre des Gaules, Saint Martin, dont on y invoque toujours l'intercession : mais de moins en moins nombreux y grimpent les pèlerins, depuis que peu à peu s'effacent, reculant dans la pénombre, toutes les légendes, les croyances, les vénérations du jeune âge de l'humanité. Il semble que c'est sous le règne d'Auguste, premier empereur, que les Gaulois, déjà quelque peu romanisés, descendirent de leur vieux, sauvage, solitaire oppidum pour aller vivre plus loin des afeux, dans le pays bas, en vallée, à Augustodunum, notre Autun. D'autres monuments de nos ancêtres se dressaient, croyait-on, dans la montagne morvandelle, sous forme de

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mégalithes, dolmens ou menhirs; on en avait compté soixantehuit — vaine imagination, ce n'étaient que des jeux de la nature, simples effets de Térosion du granit.

Si forestier qu'il soit encore, le Morvan n'a point gardé tous les arbres du temps jadis ; de longues échines que les bois habillaient montrent aujourd'hui les rugosités, creux et bosses de leurs ossements, sans autre parure que les herbes du pâturage; des bûcherons y cognaient, qui n'y cognent plus, moins de charbonniers y vivent dans des huttes à côté de leur foyer étouffé; moins sylvestre, la montagne est devenue plus pastorale, et Ton y engraisse plus de bœufs au gazon savoureux des prés et des ouches ou bassins. Maintenant, tel de ses sites au bord des étangs ou sur la croupe est dévêtu et pareil à ceux du Limousin dénudé.

Morvan et Limousin ont d'ailleurs même nature, même substance, même histoire c cosmique >: l'un et l'autre appartiennent au Massif Central^ mais le Limousin s'y noue toujours et le Morvan s'en dénoua quand la Loire scia le porphyre en aval de Roanne.

Ce mont qu'habitent des hommes solides et d'où l'on peut dire qu'il en descend un fleuve de lait, tant il fournit de nourrices aux familles où l'on n'allaite pas, ce massif soit vert, soit sombre (et blanc en hiver), ce c mauvais pays >, comme le nomment avec dédain les hommes des contrées basses d'alentour, de la région des froments et du vin, bref ce Morvan, ce pilier d'angle a pour maîtres courants l'Yonne, la Cure, l'Arroux, rivières grandes en saison de pluie et pendant les neiges fondantes, mais très fort diminuées par la sécheresse : ainsi se comportent partout les eaux venues des terres fortes, des structures compactes.

U Yonne sort d'un petit bassin de prairies

cxiii environnées de i)oi8, à 726 mètres au-dessus des

YONNBBTCURE mcrs, et n'est encore qu'un ruisseau rapide en

SUPÉRIEURES, un ravin profond quand elle passe au pied de la

ARROUx colline de Chftteau-Chinon, qu'on pourrait appeler

ironiquement une c ville d'hiver i, parce que

l'hiver y est long, dur, chargé de neiges; cette colline de

609 mètres, le Guet de Château-Chinon plonge abruptement de

800 pieds sur la rive gauche du torrent qui n'est guère ici qu'à

350 mètres d'altitude, ayant ainsi racheté plus de la moitié de

sa pente en 15 à 18 kilomètres seulement, tous recroqueville-

ments compris, sur un cours total de bien près de 300. Quand

elle quitte les roches et sylves morvandelles, par environ

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230 mètres, en aval de Montreuillon, l'Yonne n'est encore qu'une humble riviérette de 700 litres en portée normale, mais une eau très gaie, très vive et courante, qui s'engage dans le lias pour passer ensuite à Toolithe et à la craie.

V Altéra ego de ITonne, la Cure, son affluent de droite, très forte ou très faible suivant la saison, part de la région la plus humide en Morvan. Encore ruisseau, mais de grande abondance en vertu de la libéralité du climat en pluie, elle remplit le réservoir des Settons, à une lieue de Montsauche, par 580 mètres d'altitude.

Le Lac des Settons — vraiment, c'est un lac que ce réservoir — reflue contre une digue cyclopéenne de 267 mètres de long, sur 20 de haut, plus de 11 d'épaisseur à la base, près de 5 au couronnement; derrière ce mur, qu'on ne saurait trop louer s'il était romain, l'eau fournie par les 6000 à 7000 hectares du bassin supérieur de la Cure s'amortit en une nappe de 16500 mètres de contour, de 18 de profondeur à pleine coupe : en tout 23 millions de mètres cubes en 403 hectares. L'étang des Settons a été instauré de 1855 à 1858 pour aider au flottage estival de la Cure, à la navigation de l'Yonne, aux éclusées du canal du Nivernais et du canal de Bourgogne. — Avec de semblables retenues, nous grandirions toutes nos rivières; sans même sortir du pays de la Cure, on pourrait arrêter 10 500 000 mètres cubes dans la gorge de Bussières, sur le Tournesac, tributaire du Cousin.

Régularisée par cette réserve qui lui assure 2 500 litres de plus par seconde pendant les trois ou quatre mois torrides de l'année, la Cure, qui est comme l'Yonne une grande flotteuse de bois, se tord dans les granits et sur les granits, au fond de gorges qui ne sont nulle part plus belles qu'à CbasteUux^ où les commande un antique château. Des roches anciennes elle passe au lias, et du lias elle entre dans le calcaire oolithique à Pierre Pertuis qui, le nom l'indique, est un passage, un défilé, le dernier de la rivière, à la fin de la montagne. Le tributaire majeur de la Cure, le Cousin^, autre rivière morvandelle, lui ressemble par ses sinuosités dans le granit, son passage dans le lias, puis le calcaire, l'énorme écart entre le plus bas étiage et la plus haute crue ; une ville fièrement campée sur un roc de granulite, la très pittoresque Avaiion, est la riveraine du Cousin, mais elle l'est de plus de 100 mètres de haut.

L'Arroux court devant Autun, qui n'est plus que l'ombre

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