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VOSGES ET MOSELLE

I. DE LUràCE AUX VOSOBS : LE BASSIN DE PARIS. Il II. L8S YOSOES, LEU18 FORfrrS. II m. LACS DBS VOSGES. Il IV. MAITRE MONT DBS VOSORS. Il V. MOSELLE ET MEURTHB. Il VI. LANTER5E. Il YH. OOMON. Il VIII. TROCÉB DE BELFORT.

SUR un globe réduit au millième le Parisien tourné vers le soleil levant verrait monter DE LUTÈCE en degrés inégaux de longueur, inégaux d*élé- Aux VOSGES: valiou , les marches d'un pan d'amphithéâtre LE BASSIN dont le dernier gradin, le seul haut, le seul DE PARIS roide et difficile, est précisément la montagne des Vosges. Ce lambeau de cirque c'est le Bassin de Paris.

Non point le bassin d'écoulement, puisque les eaux s'y partagent entre la Seine, la Meuse et le Rhin ; mais le bassin géologique caractérisé par un même déploiement de roches, chaque étage étant de plus haute antiquité d'origine à mesure qu'on s'avance vers l'orient en montant insensiblement la pente des rivières.

Autour de la ville reine qui eut pour premiers monuments des cabanes de nautoniers et pécheurs, ce sont tout d'abord les alluvions quaternaires, et bientôt les terrains tertiaires de l'Ile de France; puis, à l'est de ces remblais tout à fait modernes, les craies supérieures de Champagne Pouilleuse et de Bourgogne, ensuite les craies inférieures de la Champagne et de la Bourgogne < humides > (c'est l'étage qui, plongeant sous Paris, en abreuve les puits artésiens); après quoi, c'est la roche oolithique de Bourgogne, de Champagne, de Lorraine; puis les divers étages du trias lorrain; enfin, tout au bout,

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fermant Thorizon du Rhin, et de 1 000 à 1 200 mètres plus élevés que les assises occidentales, le grès et le granit des Vosges, la dure écorce, la pierre fondamentale, ici visible, ailleurs cachée à profondeurs différentes sous les terrains déposés par des mers ultérieures.

On s^accorde sur la celticité de leur nom,

// mais on ne sait ce que ce nom signifie; celtique

LES VOSGES, aussi, à moins qu*il ne soit allemand, le mot de

LEURS bâlon, ballon, qui désigne leurs cimes, que ces

FORÊTS cimes se terminent en rondeur par des dômes, cas général, ou qu'elles finissent en table et, ce qui est rare, en pointe.

La trace des prédécesseurs de Rome, Celtes ou non, s'y montre en bien des endroits, principalement sur les cimes : menhirs, cromlechs, dolmens, pierres indistinctes, semblables à des ruines d'âge indéfinissable et dont beaucoup ne sont peut-être que des hasards de la nature.

Leur dieu topique, d'ailleurs un grand < démon >, puisqu'il régnait sur une contrée de 70 lieues de long, c'était le dieu VogesuSj parfaitement homonyme à sa montagne ; on l'honora principalement sur les hauts lieux, comme les autres génies et protecteurs; on sait que les Gallo-Romains Tidentifiôrent au dieu latin Mercure, et lui vouèrent un sanctuaire sur le Donon, si bien qu'il y eut un Mercure du Donon, un alipède en bronze, en argent ou en or planant au-dessus des Celtes et des Germains sur le faite entre Moselle et Rhin, tout comme un Mercure du Puy de Dôme, planant au-dessus des seuls Arvernes, sur l'arête entre l'Allier et la Sioule.

Si la mer haussait son niveau de 400 mètres, pas plus, la Vosge déviendrait une île; plus exactement, un archipel de l'Océan; telle quelle, sa crête sinueuse sépare des bassins contraires. Presque tous ses torrents courent vers le Rhin ou vers la Moselle, affluent du Rhin, et ce Rhin les emmène avec lui vers la mer du Nord, dans le domaine de l'Atlantique; mais, tout au sud, et là même où la chaîne a le plus d'ampleur, des rivières s'inclinent aussi vers la Méditerranée par la Saône, puis le Rhône. Et c'est pourquoi les Vosges s'élèvent sur la grande ligne de divorce européenne.

Avant l'an 1870, elles nous appartenaient par leurs deux versants et de Test à l'ouest on était frères ; bien que parlant des patois du deutsch, les Alsaciens, les Lorrains de la Sarre, de la Nied orientale, de la basse Moselle, se sentaient et se disaient Français et même les hommes de l'Ouest, les vrais Français,

pRKMiin Monts Extérieurs,

étaient moins épris de la France que les hommes de TEst, les ex-Âllemands.

Alors leur plus haute cime, le Ballon de Soultz ou de Guebwiller (1 426 mètres), qui n*est plus nôtre, ne regardait que des vallons français; c'est à moitié chemin de Fhorizon qu'elle voyait la borne fluide de notre héritage, le flot inconstant du Rhin; de FAllemage elle n'apercevait qu'une plaine confuse, et par delà cette plaine les Dômes bleuâtres de la Forèt-Noire, montagne très semblable aux Vosges, qui envoie des eaux jusqu'à la Mer Noire — car elle ombrage les sources du Danube.

Le Ballon de Soultz est le c roi des Hautes Vosges >. Le c roi des Basses Vosges > a passé comme lui de la France à l'Allemagne; on surnomme ainsi le Donon qui n'a que i 008 mètres, mais, isolé dans sa majesté, on le crut longtemps le géant de la chaîne.

Les Vosges avaient alors chez nous plus de 150 kilomètres de longueur, au delà de la moitié de leurs 70 lieues entre Belfort et le Rhin vers Mayence ; leur plus grande largeur, 75 kilomètres, était en France, de Luxeuil à Colmar. Elles étaient plaquées sur six départements, Haut-Rhin, Bas-Rhin, Moselle, Meurthe, Vosges, Haute-Saône; tandis qu'aujourd'hui trois seulement , Meurthe-et-Moselle , Vosges , Haute-Saône , et le Territoire de Belfort, ont part à, leurs dômes et à leurs forêts.

Ces massifs de granit, de schiste, de grès rouge, de grès rose appelé grès des Vosges, étaient les plus boisés de nos monts, et dans ce qui nous en reste, ils le sont encore. Sur leurs sommets, ballons et hautes chaumes, la sylve disparaît devant les gazons broutés des vaches laitières, devant les bruyères, les mousses et même la stérile nudité des roches supérieures dont l'hiver défend de tirer une pousse, une ronce, un brin d'herbe ; car les hautes Vosges connaissent toutes les rigueurs du climat continental : au-dessus de 600 mètres d'altitude ce n'est plus le ciel de c Douce France >, ou même le ciel d'Allemagne qui règne sur la montagne, mais celui de la Scandinavie ou du Canada. Plus de vigne après 500 mètres de hauteur, pas de châtaigniers après 650, point de noyers après 700, de chênes après 800, aucuns sapins et pas de hêtres après 1200 — sinon des hêtreaux et des sapineaux nains comme ceux des pays mi-polaires.

Hors ces cimes suprêmes, tout ce qui n'est pas hameau, village, usine, scierie, prairie, culture, chemin, revêt un manteau sylvestre, plus ou moins sombre selon la prédominance, la minorité, l'absence des sapins, des pins, des épicéas, des mélèzes; le hêtre, le chêne, le châtaignier n'y manquent point, mais n'y font pas de forêts aussi vastes que celles des acicu-

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laires, qui souvent gravissent tous les penchants, mamelons, dômes, et descendent dans tous les ravins jusqu'à la borne de rhorizon. Le calme des vallons, où chuchotent plus qu'ils ne grondent les clairs ruisseaux des scieries, n'a d*égal dans les Vosges que le silence de la forêt quand le vent n'en fait pas vibrer les aiguilles ; sur les hautes chaumes, la paix est plus profonde encore.

Si nous avons perdu le dôme culminant des Vosges et de vastes forêts, au moins nous reste-t-il leur versant pluvieux, celui qui épanche les plus belles rivières et qui jadis inclina vers le nord-ouest des glaciers deux fois plus longs qu'aujourd'hui les mers de glace des Alpes — ainsi fut le glacier de Moselle et Moselotte dont les deux branches s'unissaient au-dessus de Remiremont et qui finissait vers Éloyes, en amont du confluent de la Moselle et de la Vologne ; une moraine de 60 mètres de hauteur où la rivière a forcé son passage, marque la fin de ce fleuve cristallisé qui avait sa source dans les névés des monts appelés maintenant Ballon d'Alsace, Gresson, Drumont, Ventron, Rothenbach, Haut d'Honeck.

A des pierres morainiques déposées par ces /// glaciers disparus les Vosges doivent leurs petils

LACS ou très petits lacs, qui ont le Gérardmer pour DES maître et seigneur.

VOSGES Le Lac de Oérardmer est le réservoir commun

de ruisseaux à cascatelles fort courts qui descendent de hautes sapinières tendues comme un voile sur des Vosges de 800 à 929 mètres d'altitude. Bien que le premier dans toute la montagne d'entre Rhin et Moselle, à peine a-t-il 2 000 mètres de long, 500 à 800 de large, un peu plus d'une lieue de tour et 122 hectares d'une eau de 36 mètres de profondeur extrême, tellement pure qu'elle ne le cède guère à Feau distillée. A 631 mètres d'altitude, il reflète des forêts, des prairies, des villas, gracieux paysage : c Sans Gérardmer et un peu Nancy, que serait la Lorraine ? » dit le Lorrain. La moraine de retenue, haute de 70 à 80 mètres, se dressant à l'ouest, là justement où le sol avait sa pente naturelle, le Gérardmer s'écoule à contre-nature vers l'est par la Jamagne, tributaire de la Vologne : celle-ci est un beau torrent le long duquel on rencontre vers l'amont le Longemer et le Retoumemer.

Le Longemer sommeille à 716 mètres, long de 1 800 mètres, étroit de 300 à 500, profond de 30 ; tant en amont qu'en aval, au bas de sapinières qui le dominent de 200 à 350 mètres, les alluvions de la Vologne l'ont diminué de plus de moitié : il lui reste 75 hectares.

PRBMIBR Monts Extérieurs,

La troisième c mer > de cette vallée, le Retournemer^ à 780 mètres en contre-haut des océans, n'a que 8 hectares et 13 mètres de plus grand creux; mer qui n*est plus qu'un étang d'entre-monts, dans la pelouse, entre splendides hètraies et non moins belles sapinières.

Ces trois lacs, on voulait en faire trois bassins pour le service des écluses du canal de TEst; Retoumemer aurait tenu 1450000 mètres cubes en réserve, Longemer 5250500, Gérardmer 3400000; mais on a préféré puiser Teau dans la Moselle près de Remiremont et Tamener par une rigole de 43 kilomètres au lac artificiel de Bouzey dont la contenance était de 7 100 000 mètres cubes avant la catastrophe récente qui ra*vidé en déluge sur sa vallée de TAvière.

Une quatrième mer, à 1050 mètres du haut, c'est Biandiemer, que la tourbe envahit, devant les sapins et les hêtres du Rothenbach ; on en a fait ce qu'on n'a pas fait de Retournemer, Longemer et Gérardmer, une réserve, non pour un canal, mais pour les prairies et les engins de la Moselotte supérieure. Le Lac du Corbeau, soumis au même sort que Blanchemer par les usiniers de la Moselotte, dort à 900 mètres entre des monts d'un granit porphyrolde rougeâtre vertement assombri par des sapins.

Comme, d'une part, les Vosges reçoivent beaucoup d'eau de ciel, en certains endroits 2 mètres ou plus par an, le minimum étant d'un mètre, la moyenne de 1 500 millimètres ; comme, d'autre part, la pierre substantielle de ces montagnes a texture serrée, sans disjoints pour la fuite souterraine des eaux, on y pourra relever de niveau tous les lacs présents, refaire les lacs anciens qu'ont oblitérés les alluvions, les tourbes, les mousses, le magma des feuilles et des branches d'arbre, enfin en créer d'artificiels à maints étranglements des vallons et vallées. Avec tant de pluies d'en haut, tant d'étroits de la roche pour surprendre et mettre en prison l'onde au passage, tant de forêts, couvrant le tiers du sol, pour aménager les pluies en fontaines, les Vosges ruisselleront un jour de filets d'argent dans toutes leurs ravines jusqu'aux grandes plaines.

Le Haut d'Honeck ou Hoheneck est le

jy monarque des Vosges françaises. De par ses

maître 1 366 mètres, il n'est inférieur au Ballon de

iiONT DES Soultz que de 60 mètres, pas même la hauteur des

VOSGES tours de Notre-Dame, et c'est le second sommet

de toute la chaîne. Moselotte, Vologne, Meurthe,

et des torrents du versant rhénan, naissent aux pieds de ce

château d'eau qui a droit au surnom de Saint-Gothard des

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. chapitm

montagnes consacrées jadis au dieu Vogesus. Le Haut d'Honeck commande la fameuse Scblucht dont la route (d'Épinal à Colmar) est si belle au-dessus du Longemer et du Retournemer, jusqu'au col où Ton arrive soudain sur les horizons de TAlsace.

De ce Haut des Cbaumes, nom que les paysans lorrains donnent au Haut d'Honeck, de préférence au mot allemand qui leur écorche le gosier, le regard se perd sur les monts, collines et plaines de Lorraine, sur le grand val d'Alsace, le ruban du Rhin, ]es lointains profils de la Forèt-Noire et du Jura.

D'une dizaine ou douzaine d'autres pointes ou dômes supérieurs à 1000 mètres : du Venir on (1209 mètres); du Ballon d'Alsace (1 256 mètres) qu'on pourrait appeler aussi bien Ballon de Lorraine ou Ballon de Franche-Comté, car il se lève à la borne de Franche-Comté, de Lorraine, aussi bien que d'Alsace; du Baiion de Servance (i 210 mètres), coiffé d'un fort de défense; du Ballon de Lure ou Planche des Belles Filles (1 151 mètres); de toutes ces cimes, comme aussi de beaucoup d'autres moins élevées mais portées en avant du massif, on a des vues non moins immenses, non moins prestigieuses, çà et là gênées par la forêt quand elle monte jusqu'au sommet, et parfois le recouvre à moitié ou même tout à fait. Au-dessus du Bœrenkopf ou Tête d'Ours (1 077 mètres) les Vosges tombent précipitamment sur la trouée de Belfort.

La Moselle, tributaire du Rhin, la Lanterne et l'Ognon, rivières du versant du Rhône, emportent vers la mer toutes les eaux des Vosges françaises.

On rencontre au long de cette Moselle ou

y dans son bassin, des terrains de tout ftge.

MOSELLE Tellement qu'on peut lire sur le sol presque

ET toute l'histoire antérieure de la Planète sans

MBURTHB sortir des versants de la c Petite Meuse » — que

la Moselle soit moindre que la Meuse ou plus

grande, Moselle veut dire évidemment : Meuse mineure.

Elle sort des Vosges occidentales, près du col de Bussang (734 mètres), ouvert sur le chemin d'Êpinal à Mulhouse; naissance officielle, car le torrenticule majeur parmi tous ceux dont elle procède a ses origines dans le Dru mont — il arrive souvent dans la montagne que le montagnard honore du rang de c tète des eaux » le courant né sur la pente du col le plus facile, ce courant fût-il de tous le plus petit : ainsi en est-il du Rhône, de l'Arve, de la Garonne.

Devant son premier village, Bussang, célèbre par des eaux gazeuses, elle est emportée au sud-ouest, vers l'Ognon, sous-

PBBHixR Monts Extérieurs,

affluent du Rhône par la Saône, mais bientôt elle prend le chemin du nord-ouest.

Quelle joie vivifiante que de la descendre depuis ses sources jusqu^à Épinal, en toute sa vallée supérieure, tant qu'elle reste dans les roches primitives autrefois ensevelies sous une immense dalle de grès vosgien, puis lentement exhumées par la raclure et brisure de ce grès ! Devant ses eaux vagabondes, et si pures, entre prairies, rochers et sapins, on serait dans un temple de la nature si de grands filateurs et tisseurs n'avaient commandé à la Moselle d'animer des engins d'industrie dans d'énormes bâtisses qui n'ont rien de la grâce et de la sérénité grecques ou de la puissance romaine.

Au-dessus et près'de Remiremont, par 385 mètres d'altitude, lui arrive la Moselotte ^ : Moselotte, c'est-à-dire Petite Moselle, mais de fait la Petite n'est guère inférieure à la Grande; elle la dépasse de 5 kilomètres, et toutes deux, au bout des bassins à peu près égaux, roulent 4 à 5 mètres cubes en volume normal, 1 500 litres en étiage.

A peine Moselle et Moselotte ont-elles uni leurs eaux qu'on enlève 2 000 litres par seconde à la rivière qui les continue toutes deux, et qu'on les confie au canal de Bouzey (43 kilomètres); celui-ci les conduit au Réservoir de Bouzey (7100000 mètres cubes) pour le service des éclusées du canal de l'Est ; mais, ces 2 000 litres, on ne les prend à la Moselle que pendant les 160 jours de l'année où elle peut les fournir sans dommage pour les usiniers de son cours, pour les arroseurs de ses prairies. — On confisque ces 2000 litres; disons : on les confisquera peut-être puisqu'on attendant qu'on en reconstruise la digue, crevée en 1895 en une matinée d'avril, le réservoir de Bouzey n'existe plus; que même on ignore s'il convient de le restaurer ou de pourvoir autrement le canal de l'Est.

A Jarménil la Moselle s'accroît de la Vologne, par 350 mètres au-dessus des mers.

La Vologne se nommait auparavant la Volange.

Torrent qui ne sort pas des roches anciennes, ses sources avoisinent celles de la Meurthe, près du col de la Schlucht; commencée non loin du Haut des Chaumes, c'est elle qui remplit Retournemer etLongemer;puis elle se déchire auSaat des Cuves, l'une de ces belles cascades où le granit sombre et le sapin presque noir donnent plus de blancheur encore à Técume des eaux; elle reçoit la Jamagne, eiïluent du lac deGérardmer, à l'entrée de défilés étroits, creux, presque ténébreux entre des

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