I. 45 kilomètres, 38000 hectares
Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. cbapitrs
rocs à pic amenant Tobscure forêt jusqu'au-dessus du gouffre.
Quand, en aval, ces gorges s'ouvrent, la rivière entreprend une foule de travaux ; presque indomptable en son lit penché, pierreux, on Ta domptée, dans des biefs d'usine, moulins, scieries, papeteries, féculeries, filatures, tissages, blanchissages, dont elle s'échappe furieuse, pour être presque aussitôt remise à la chaîne ; et d'industrie en industrie, la pure naïade, chaste fille des lacs dans le secret des forêts, devient une laide et livide empoisonneuse.
La Vologne, qu'on doit regarder comme une des trois branches mères de la Moselle, avec Moselle supérieure et Moselotte, parcourt 13 lieues, draine 35 000 hectares; elle contribue à la rivière d'Épinal pour 1 250 litres en eaux basses, 4 000 en eaux ordinaires.
Vologne reçue, la Moselle tombe presque aussitôt par le Saut du Broc, du fronton d'un barrage de grès vosgien; elle baigne, par un tout petit peu plus de 300 mètres, la ville d'Épinal où son moyen volume, péréquation des hauts et des bas, est de 28 500 litres à la seconde fournis par 101 500 hectares. Au delà de cette place centrale d'un vaste camp retranché, de 42 kilomètres de tour, elle entre dans une vallée d'alluvions anciennes entre collines du trias, auxquelles succèdent celles du lias, et elle rencontre le Canal de l'Est qui la suit ou l'emprunte longtemps et lui dérobe en trois endroits, par pompes éleva toires, des eaux pour le bief de partage de Pagny, commun aux deux canaux de l'Est et de la Marne au Rhin. A Pont-Saint-Vincent, qui fut auparavant Conflans, par un peu moins de 220 mètres, le Madon mêle une veine impure à sa veine transparente ; il vient des monts Faucilles par les coteaux du Xaintois.
A Toul, grande place forte et camp retranché, la Moselle se débarrasse du canal de l'Est, pour s'embarrasser aussitôt du Canal de la Marne auRbin, qui l'accompagne jusqu'à Liverdun : là un pont-aqueduc de douze arches porte cette voie navigable de la rive gauche à la rive droite de la rivière.
Sous Frouard, son plus grand affluent sur la terre de France, la Meurthe l'augmente d'un tiers, par environ 190 mètres.
La MeurthOy belle rivière, commence par les granits, les gneiss, le permien, puis se poursuit entre grès vosgiens, entre trias et lias. Étant fille des Vosges, c'est longtemps la compagne des hauts sapins aromatiques.
Grande Meurthe ou Meurthe du Valtin, Petite Meurthe ou Meurthe de Clefcy, Fave dont le confluent précède peu Saint-
pimusR Monts Extérieurs.
Dié, Rabodeau et Plaine, tels sont les torrents qui concourent à la Meurthe supérieure; tous se ressemblent par la serpentaison dans les roches, Fombrage de la sapinière, la turbulence du flot que des scieries déchirent, que l'industrie déshonore par ses rebuts, ses puanteurs, ses chimies abhorrées du poisson qui ne reconnaît plus ses palais d*antan sous la roche, car ils étaient discrètement éclairés à travers Tonde, et voici qu'ils sont obscurs dans une eau lourde et métallique.
La Meurthe moyenne, qui est celle de Baccarat la verrière et de Lunéville la guerrière, reçoit la Vezouze et la Mortagne.
La Vezouze, née du grès des Vosges, est flotteuse de sapins, scieuse de bois, animeuse d'usines ; elle a sa fin par 221 mètres dans la banlieue de Lunéville, après 20 lieues de virevoltes dans de larges prairies dont fait son profit la cavalerie des nombreux escadrons lunévillois; ses 52 500 hectares lui valent une portée coutumière de 5 mètres cubes, mais Fétiage est faible.
La Mortagne * arrose Rambervillers, dans une plaine où le houblon monte aux perches; elle verse 2 500 litres en bonne veine, cinq fois moins en étiage.
La Meurthe inférieure baigne la vieille capitale de la Lorraine, la ville aujourd'hui très grandissante qui hérite d'une bonne part de nos industries d'Alsace ; chaque année des rues s'y ajoutent aux rues, tracé géométrique, autour de la cité régulière, pompeuse, un peu vide qu'agrandit que créa presque au siècle dernier Stanislas, le dernier duc de l'antique Lotharingie.
Large moyennement de 80 mètres, la Meurthe confie à la Moselle, qui a 100 mètres d'ampleur ordinaire, le tribut de 291 000 hectares, la Moselle en ayant déjà drainé 365 000 ; ce tribut va d'un étiage de 5 mètres cubes à des crues de 600, avec volume ordinaire de 20, contre les 30 environ de la rivière d'Épinal; elle a voyagé pendant 165 kilomètres, et le cours d'eau rival pendant 200.
En aval de Pont-à-Mousson, la souveraineté de la France fait place à celle de l'Allemagne.
En ce lieu, l'altitude est de 175 mètres et la Moselle a parcouru 240 kilomètres.
Elle en parcourt encore 60 dans ce qui fut territoire français et qui est c province d'Empire ».
Là, dans le gouvernement d'Alsace- Lorraine, elle baigne Metz où lui porte son onde endormie la très sinueuse rivière de Château-Salins, la Seille > qui, d'entièrement française, est
1. "70 kilomètres, 58700 hectares. — 9. 128 kilomètres, 126600 hectares.
Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel, cHAPims
devenue presque tout à fait allemande; elle boit VOrne de Woèvre ^ au bassin en éventail, rivière restée pour la plus grande part eau de France et où s'absorbent des ruisseaux boueux, déversoirs d'étangs innombrables ; elle passe à Thîonville et sort enfin de Fancienne France par H2 à 143 mètres.
On estime que son pèlerinage est jusque-là de 300 kilomètres; il lui en reste encore plus de 250 avant d'atteindre le Rhin, puisque son cours est de 570 kilomètres. Elle sépare d*abord la Prusse rhénane (à droite) du grand-duché de Luxembourg (à gauche); puis, tout entière en Allemagne à partir du confluent de la Sure, rivière luxembourgeoise, elle reçoit la Sarre, dont le cours supérieur était français, passe devant l'antique Trêves et se tord convulsivement entre les schistes d'une vallée dont les Germains célèbrent bruyamment les c vins de feu >. Son embouchure est à Coblence.
Nous ignorons ce que la Moselle verse officiellement au Rhin; nous savons seulement que c'est une belle, une abondante rivière. Quand elle quitte l'ancien territoire français en aval de Sierck, avant d'avoir recueilli Sure, Sarre, Kyll, son débit d'étiage est de 24 500 litres, volume que de longues sécheresses ont pu réduire à 16 500; il se peut que Sure, Sarre et autres tributaires fassent de la Moselle un courant de 25 à 30 mètres cubes aux eaux très basses, de 40 en étiage normal, de 150 en tenue ordinaire, avec module de 250. Elle écoule 2 803 300 hectares, dont 908 700 en France.
La Lanterne s'appelle ainsi fort disgracieu-
sement depuis une centaine d'années, par cor-
VI ruption de Lantenne, nom qu'a conservé Lan-
LANTERNB teuot, l'uu de SCS premiers villages ; et Lantenne,
c'est également un mensonge, par intégration de
l'article ; en réalité cette rivière comtoise est une
Antenne, tout comme l'Antenne de Saintonge, affluent de la
Charente.
La Lanterne sort d'un étang par un peu plus de 400 mètres, au pied de collines de moins de 500 qui sont les derniers contreforts des Vosges, à trois ou quatre lieues au nord de Lure. Recevant des émissaires d'étangs, des ruisseaux de forêts, elle coule dans les prairies, sans grande pente. Ayant à peine parcouru 30 kilomètres, et déjà passée du grès des Vosges aux alluvions quaternaires, elle rencontre un torrent de 800 à i 600 litres qui l'emporte sur elle de 15 kilomètres : c'est le Breuchùif qui bondit dans les Vaux de Faucogney, puis coule
1. 80 kilomètres, dont 63 on France, 116000 hectares, 6900 litres.
pRBiiBR Monts Extérieurs,
plus indolemment devant une ville de bains renommée, Luxeuil, jadis Lixovium — même nom que Lisieux (Lexovium) en Normandie.
A Conflans, rencontre d'un autre courant égal ou supérieur : la Semouse *■ qui a ses naissants près de Remiremont et de la rive gauche de la Moselle et qui hume Augronne, Combeauté, Planey.
VAugronne (ou Eaugrogne, et qui grogne en effet, sur une forte pente, en val encaissé) court dans le val de Plombières, fameuse bourgade thermale et minérale; elle ne bondit que pendant 27 kilomètres.
La Combeauté *, torrent de 400 à i 200 litres, babille dans la vallée des Roches ; c'est Feau vive qui se déchire au Saut de Faymont, celle qui serpente dans le Val d'AJol^ puis devant Fougerolles où tant de cerisiers fleurissent.
Le Planey, qui n'a rien de vosgien, doit sa belle onde à des infîltrations de Foolithe du pied de la montagne. 11 sort, à 3 kilomètres de Saint-Loup, d'un profond gour de 30 mètres de diamètre, et dès lors il a sa largeur de 10 mètres et tout son flot bleu (1 300 litres?), qui fait aussitôt tourner les meules d'un grand moulin.
C'est à Conflans que V c Antenne > se double, à Conflandey que cette héritière de torrents des grès vosgiens s'achève dans la Saône, par 245 mètres. Elle n'a que 50 kilomètres, mais les 106 000 hectares de son bassin en éventail la pourvoient de 3200 litres en étiage, de 6 mètres cubes en volume ordinaire, ce qui la fait égale à la Saône, ou bien peu s'en faut.
Autre nom fâcheux, par corruption du nom
vrai : l'Ognon s'appelait réellement le Lignon :
v'i on a coagulé le mot avec son article.
ocNON II ne relève de la Vosge, de ses granits et grès,
puis des roches du trias que jusque vers Viller-
sexel; ensuite il se déroule sur des oolithes se
rattachant à l'énorme masse calcaire ou crayeuse du Jura,
et c'est à celui-ci qu'il doit surtout ses eaux constantes, les
flots orageux, colériques, passagers lui venant principalement
des Vosges.
Il tire ses courants de fontaines en forêt, sur les croupes que couronne le Ballon de Servance ; il tombe de 13 ou 14 mètres de hauteur au voisinage de Servance; puis une course rapide l'amène sur l'oolithe, qui n'a nulle part plus de craquelures, d'entonnoirs de succion, de naissants d'eau vive que la roche
1. 45 kilomètres, 45000 hectares, 3 môtres cabes. — 3. 40 kilomètres.
Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel, chapitrb
prend , rend , reprend , redégorge ; maint ruisseau y coule autant sous terre que sur terre.
L'Ognon lui-môme a sa part de ces défaillances, morts et résurrections : vers Froideterre il filtre en partie dans le sol; l'eau qu'il perd ainsi reparaît, du moins on Fimagine, à Lure par la Font de Lure, gour dont émane un ruisseau que la canicule ne tarit jamais.
Au-dessous de Villersexel, incroyablement errant, les Grecs l'auraient nommé Méandre; en détours brusques, en retours aigus, il serpente devant Montbozon, Marnay, Pesmes et s'unit à la Saône par deux bras, près de Pontailler, par 185 mètres d'altitude. C'est 10 mètres cubes d'eau pure, 4 en étiage, que ses 185 kilomètres de déroulement, ses 225 000 hectares dans une conque allongée, lui permettent de verser à la rive gauche de la Saône c supérieure >, qui, à partir de ce confluent, devient la Saône < moyenne >.
Une ville en grande partie peuplée d'Alsaciens vm ayant fui l'Alsace devenue prussienne, borde
TROUÉE la Savoureuse, riviérette de 10 lieues de course, i>E de 22 528 hectares de conque descendue des
BELFORT Vosges Ics plus méridionales ; cette ville, adossée à des collines couronnées de batteries, de forteresses, c'est Belfort^ qui commande à l'ouest la fameuse Trouée.
La Trouée de Belfort, plan d'alluvions anciennes accru d'alluvions modernes, continue et termine au-sud-ouest les longs, larges, féconds dépôts de la plaine d'Alsace, riveraine du Rhin. Elle sépare les vieilles roches des Vosges, au nord, des roches beaucoup plus jeunes du Jura, au sud, par une lacune de 6 lieues, passage des plus commodes pour les armées, les voies de fer, de terre et d'eau entre Rhône et Rhin. Le Canal du Rhône au Rhin en profite pour troquer le bassin du Doubs, rivière suisse et comtoise, contre le bassin de TIll, rivière alsacienne longtemps parallèle au Rhin qui finit par la boire; le chemin de fer de Bâle emprunte également ce large sillon.
Entre ces deux versants du Rhône et du Rhin, au village de Valdieu, le seuil, n'est qu'à 344 mètres au-dessus des mers, la Vosge en ayant 1 000 à 1 200, et le Jura 600-900. Immédiatement au delà du lieu de partage, le canal descend par une dizaine d'écluses dans le pays du Rhin sur une pente fort visible, vers la Largue, affluent de l'IU; sur le versant opposé, dans la plaine de la Trouée, la pente, au contraire, est presque insensible, le long d'une riviérette à quatre noms dont l'un traduit la nature intime de la contrée — rivière Saint-Nicolas, rivière des Montreux, Aine, Bourbeuse.
pMxiiii Monts Extérieurs.
La Bourbenao ' part des Vosges et n'y reste guère que l'espace d'une lieue; aussi le peu d'eau vive et limpide qu'elle tire du mont ne tarde-t-il pas à se salir en plaine, entre berges d'alluvions, et les ruisseaux qui lui arrivent de droite, de gauche, sont également souillés par leur passage sur les terres meubles ; le Saint-Nicolas s'enfange, et devenu la Bourbeuse, il se perd dans ï'AIlalaa*, rivière franco-suisse, ou dans l'ordre de son cours, helvéto-française, qui part du Jura bernois, absorbe chez nous la Savoureuse à Montbéliard et se verse dans la rive droite du Doubs, à raison do 7 à 8 mètres cubes en portée ordinaire, de 1 000 litres en eaux très basses.
On ne peut traiter équitablement de banal, de monotone et laid, le plan terreux de la Trouée : d'abord il est en vue des montagnes; puis de grands bois y ondulent, de nombreux étangs y miroitent; des collines isolées s'y dressent entre le double massif dont elles tirent leur être intime : car, suivant qu'elles furent détachées, par usure, par arasement tout autour, soit de la Vosge, soit du Jura, elles consistent soit en grès rouge, soit en oolithe; chacune d'elles raconte ainsi l'histoire (le son origine. Les plus * stratégiques > se sont transformées à partir de l'an de malheur en forteresses qui croisent en tous sens leurs canonades sur le grand entre-bfllliement de Belfort.
I. 40 kilométra, 30000 hicurai. — 9. «0 kilomitna, 115000 bocuraa.