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hectares. — 2. 78 kilomètres

TRoisubiK Monts Extérieurs.

des glaces , chacun augmentant pour sa part le bruyant Vénéon; et c'est pourquoi après s'être frayé péniblement un passage dans le Clapier de Saint-Christophe, chaos de roches rougeâtres tombées en écroulement subit, puis après avoir arrosé la vallée de Vénose à l'ombre des noyers, c'est pourquoi il épanche dans la Romanche 18 mètres cubes, 6 à l'étiage; et cependant il n'a bondi que sur 30 kilomètres en une déchirure de 30 600 hectares!

Un autre et bien court, mais superbe tributaire de la Romanche, c'est la Rive, l'eau pure qui reflète les maisons du Bourg-d'Oisans ; née en plaine au pied de falaises calcaires de 300 mètres de hauteur, ses presque immuables fontaines épanchent 2 000 litres en étiage, 2 500 à l'ordinaire.

Autre et très honorable contribution à la Romanche, l'Eau d'Olle^ fille des glaciers des Grandes-Rousses, apporte 6 mètres cubes avec étiage de 3, tout près de la fin d'aval du vieux lac d'Oisans.

Et alors recommencent les engoulures, où la chaîne de Belledonne verse à droite une ombre livide; dominant de très près, de très haut le torrent, elle y jeta, vers les dernières années du xii^ siècle, un versant de la montagne de Voudène.

Telles furent la masse, la cohérence de l'éboulis que le torrent s'arrêta contre pendant un quart de siècle et reforma l'antique lac de rOisans, qui s'appela le lac Saint-Laurent; l'eau noya les villages et tout autour les bergers devinrent des pêcheurs en eau profonde.

Cela dura jusqu'en 1219 : alors dans l'obscurité d'une nuit de septembre, le lac creva sa digue de retenue, il s'élança sur la basse Romanche, la Romanche s'effondra sur le Drac, le Drac sur l'Isère, et Grenoble faillit périr dans des tourbillons et des remous plus hauts que les parapets de ses ponts.

Longues sont ces étroitures, elles finissent à Séchilienne. Puis la Romanche effleure de sa rive gauche le bas de la Matheysine, plateau c frissonnant » qui tombe de tous côtés sur des précipices de torrent. Sa froideur lui vient de ses 900 à 1 000 mètres d'altitude, de ses vents du nord, de ses longues neiges, de l'imperméabilité de son sol, de la buée nocturne et matinale de ses lacs : Lac de Pierre-Châtel (160 hectares) dont la Jonche emporte au sud les eaux vers le Drac ; Lac de Petit Chat (près de 100 hectares), long de 1 500 mètres, profond de 19 à 20 et qui envoie son onde au Grand lac de Latrtey : celui-ci est vaste de 175 hectares, profond de 39 mètres; le torrent de son déversoir, descendant de 620 mètres en une lieue seulement, arrive à la Romanche dans le bassin de Vizille — et la

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel, CBiLnna

Romanche arrive à la rive droite du Drac, par 250 mètres au bout de ce même bassin.

Après absorption de la Romanche, le Drac borde de sa rive gauche une ravissante plaine étroite d'où surgissent, cachant Toccident du soleil, les roches verticales des monts du Lans; il frôle à droite les faubourgs d*aval de Grenoble et s'unit à risère à 3 500 mètres au-dessous de cette maîtresse ville dauphinoise, par 200 mètres d'altitude. Son cours fantasque ne dépasse pas 125 kilomètres, au long desquels il recueille les eaux agitées de 360 000 hectares — assez pour un étiage de 40 mètres cubes, un volume ordinaire de 150, des crues de 1 800, un module de 95 !

Errer dans la Grande-Chartreuse ou, plus au

L sud, sur le massif des Quatre Montagnes, puis

MONTS entre les rangées parallèles de Lans et Vercors,

DU LANS, c'est voyager dans un même pays, entre mêmes

DU VERCORS» roches de craie, mêmes sapins, avec les mêmes

DU ROYANNAis échappées d'horizon dès qu'on monte au sommet

de l'un quelconque des grands miradors — échappées d'horizon, ces mots ne valent ici, puisque de ces cimes rien ne se cache aux regards sur toute la rondeur de la Terre, des Alpes souveraines de Dauphiné, de Savoie aux protubérances de la France Centrale; rien que ce que les monts dissimulent dans la profondeur des abîmes. En vain le val d'Isère sépare la Grande-Chartreuse du Lans par toute la largeur d'un très ample et très lumineux précipice (peut-être le plus beau bassin de toute la France), d'un côté comme de l'autre, c'est le même bloc résistant, coupé jadis en deux par l'emport des assises qui retenaient le lac du Graisivaudan.

Ainsi distrait du massif chartreusin par l'entaille de l'Isère, le promontoire des Quatre Montagnes c manque » brusquement; il tombe sur ladite Isère par le Bec de l'EchailloD, cap de vallée monumental, à la coudée de la rivière qui pour la sixième et dernière fois passe ici du nord-ouest au sudouest.

Les Quatre Montagnes et, à leur midi, le Lans et le Vercors continuent exactement les chaînons de la Grande-Chartreuse par des parois, des crêtes, des pics, des bois immenses où l'ours habite encore. Le culmen, dans le Lans, sur le formidable escarpement de gauche de la vallée du Drac, c'est le Grand Veymont (2 346 mètres), mais il n'a pas l'élancement, la fierté frontale et l'apparente inaccessibilité de son voisin le

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Mont Aiguille (2 097 mètres), dressé dans le ciel dauphinois comme un défi d'escalade. Qui le contemple (et Tadmire), ce Mont Aiguille, des environs de Clelles ou du chemin de fer de Grenoble à Gap, croirait qu'on n'y peut monter sans les ailes de Toiseau; pourtant on Ta gravi plus d'une fois depuis qu'un capitaine de Charles VIII y mit le pied le premier, en 1492, cent quatre jours avant qu'un autre et plus grand pionnier, Christophe Colomb foulât le sol de l'Amérique.

Le grand chaînon du Lans finit au-dessus de Die la dr6moise, et à son orient, par les parois du Gland&z, craie reboisée de pins jusqu'au bas de ses prodigieuses escarpes terminales : vu de Die sur Drôme, on dirait les murs, les redans, les tours, les retraits d'un fort sans pareil, et cette aérienne architecture est chaudement colorée. Ce Glandaz < triomphe > à 2 025 mètres.

A l'ouest du Lans, le Vercors serre un plateau central, sylve et pâture, entre deux crêtes exactement parallèles ; sur ce plateau ruisselle mollement la Vernaison, la célèbre héroïne des Grands et des Petits Goulets.

Tributaire gauche de la Bourne, la Vernaison, torrent pur de 2 400 litres, avec étiage de 800, ouvre son lit de pierre à la magnifique Fontaine d'Adouin, qui doit ses 500 litres d'étiage et ses 850 litres de portée normale au puits d'Arbounouse, au précipice du Trison et autres gouffres d'absorption du plateau néocomien. Quadruplée soudain par ce jet de rivière, elle entreprend une course folle à travers les Gr&nds GouletSy en un couloir de roches ou grises ou jaunâtres; une route longe à 80-150 mètres d'élévation ce précipice où le torrent s'agite en rapidité, puis se brise par une cascade de 80 mètres ; mais on perd souvent le spectacle de la Vernaison, tant ce chemin héroïque perce de souterrains. Viennent ensuite les Petits Goulets. Les deux couloirs ont ensemble deux lieues et le limpide courant du Vercors s'y abat de 400 mètres, la cascade y suivant le rapide, et le rapide la cascade-, après quoi, la Vernaison plus calme va s'unir à la belle Bourne dans le bourg de Pont-en-Royans.

A l'occident du Vercors les Monts du Royannais (800i 7i0 mètres) sont déchirés par la Lionne, qui est comme la Vernaison un affluent gauche de la Bourne. Ce qu'ils ont do magnifique, c'est leur fontaine du Cholet, c'est leur retombée au couchant.

A leur midi, là où ils se cassent brusquement à l'origine de torrents entraînés vers la rive droite de la Drôme, la Porte

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. chapitrb

d'Urle, € autre brèche de Roland », bien moins polaire eu son altitude, mais non moins belle en lumière et magnificence, s*ouvrc à grands battants à 1 523 mètres au-dessus des mers, entre parois de 1 653 à 1 703. Vertigineusement rapide au sud, la pente Test beaucoup moins au nord : de ce côté c*est, au lieu d'un gouffre, un plateau pastoral et surtout sylvestre, la Forêt de Lente.

Icelle forêt est criblée de scialets, avens où les eaux s'engoufTrent, et de pots, défaillances du sol où elles filtrent entre la terre et les cailloux; ces pots, scialets ou cialers concentrent sous terre leurs rus, leurs gouttes et gouttelettes en un torrenticule du nom de Brudoux, et ce Brudoux s'épanche en lacs, en gours, en courants, en siphons, dans une superbe grotte qu*on a reconnue pendant 400 mètres environ ; il en sort à 1 220 mètres, parmi roches, sapins, hêtres, buissons, herbes folles, par une gueule d'une quinzaine de mètres d'élévation; puis, né d'infiltrations, le voici qui s'infiltre à son tour dans des pots.

Dès lors il coule sous mont, passe près du scialet Félix, aven de 110 mètres, et après une bonne lieue d'obscurité < diabolique », il reparaît dans la combe de Laval, à 770 mètres d'altitude en un site inimaginablement beau de grandeur et de sauvagerie, comme une autre Vaucluse, au bas de rochers de 230 mètres d'essor; une onde glaciale (^**»5), gour d'un vert tirant sur le bleu, dégage le torrent de ses prisons.

Et le Brudoux, joyeux de sa nouvelle vie, sous son nouveau nom de Choletj se précipite en tonnerre, écroulement de cascade en cascade. Ses 950 litres de volume ordinaire, ses 360 litres d'étiage roulent vers le torrent mutin de la Lionne.

Le Royannais s'abat brusquement au couchant sur la plaine de Valence, qui est un immense dépôt de cailloux roulés ainsi nommé de la ville capitale de la Drôme. Dans cette cité, riveraine du Rhône, on le nomme les Monts du Matin : si le soleil de l'après-midi le dore, le soleil levant surgit derrière ses crêtes.

Au midi les monts du Royannais prennent le nom de Monts d'Ambelj de Piaf eaux de ChaffiEd : là sur une pente contraire à celle de la Lionne, la Gervanne, qui est le courant des gorges d'Omblèze, s'élance de 40 mètres par la gracieuse Cascade de la Druise, puis court à la Drôme, torrent dont la grève ensoleillée embrasserait sans peine un grand fleuve.

TRoisiiMB Monts Extérieurs,

La rivière qu'abreuvent à la fois le Lans, le

Vercors et le Royannais, la Bourne est un admi-

Li rable courant de la craie, une onde abondante,

BOURNE un Aot clair, très beau dans la montagne, très utile en plaine. Longue de 9 lieues à peine en moins de 80 000 hectares, elle roule autant d'eau que TEure, qui fait 225 kilomètres en un pays de 550 000 hectares : à surfaces égales, c'est un flot sextuple.

Du plateau pastoral des Quatre-Montagnes, lieu de son origine, elle descend dans des étroitures où des c goules », antres de la pierre, lui jettent des torrents de cristal. La Vernaison lui arrive dans l'étrange Pont-en-Royans, ville assise ou conquise sur le roc et pendant en saillie sur des poutres, aux deux flancs d'un abîme où Bourne et Vernaison étaient auparavant turbulentes; mais relevées aujourd'hui de 10 mètres par un barrage, ces eaux de toute transparence sont devenues un gour immobile : la truite y joue, et l'aigle pécheur la guette.

Le barrage qui amortit ainsi la Bourne de Pont-en-Royans, arrête la rivière à 1 800 mètres en aval de la ville, et l'eau de tant de rocs et montagnes, ainsi prise au traquenard, se verse k raison de 7 mètres cubes à la seconde dans le Casai de la Bourne, l'une des belles œuvres de la technique moderne. Tunnels, aqueducs, tranchées, remblais mènent cette artère d'irrigation à la plaine de Valence, par 30700 mètres de développement, dont 4192 sous terre; là, dans la campagne aride, il apporte la fraîcheur, la fertilité par une foule de branches et sous-branches; il domine 22 000 hectares, mais n'en arrose encore utilement que 1 114.

La Bourne, engloutie dans l'Isère par 150 mètres, la dote de 12 mètres cubes en volume coutumier, de 8 en étiage : 5 500 litres seulement quand la digue de Pont-en-Royans n'avait pas encore équilibré ses débits.

Ayant donc contourné le Bec de l'Ëchaillon, ui l'Isère fuit au sud-ouest, d'abord au revers occi-

jsÈBS dental des Quatre Montagnes, ensuite au bas des INFÉ- falaises du Royannais. Jusqu'au devant de Vinay, BiBUBB la campagne qu'elle sillonne le dispute à n'importe quelle autre au monde en splendeur d'entourage, et aussi en magnificence propre, en ce sens que ses dons sont seigneuriaux, que le colon ne la sollicite jamais en vain, qu'elle ne comble pas seulement de ses bienfaits l'habitant, mais qu'elle l'en accable, et qu'aussi plantureuse que le Graisivaudan d'avant Grenoble, c'est, au vrai, un second Grasivaudan plus ample et plus soleilleux, mais malheureusement moins long.

Le Plus Beau Royaume Sous le CieL chapitrb

Après quoi, ayant humé la Boume, Tlsère s'avance dans une vallée sans ardeur évocatrice, dans la Bayane aux cailloux roulés, qui se confond au sud avec la plaine de Valence. Elle passe devant Romans-Bourg et atteint la rive gauche du Rhône à 6 kilomètres en amont de Valence, par 105 mètres d'altitude. Après 72 lieues parcourues en un bassin de 1 213 990 hectares, qu'apporte- 1- elle au Rhône, déjà si grand qu'il ne semble pas augmenté? Jusqu'à plus ample informé, l'on peut admettre une portée ordinaire de 425 mètres cubes, un étiage de 115, des crues de 5 000.

Quelques oliviers frileux se cachent de-ci,

un de-là, dans des cassures soleilleuses de la rive

PETITES ALPES droito du Rhône d'en bas de Valence, à l'abri des

MÉRIDIONALES, mouts du Vivarais, et s'ils ne se montrent pas

MONTS aussi sur la rive gauche vers l'embouchure de DE LA DRÔME la Drômc, le bassin de ce torrent n'en est pas

moins une contrée vraiment méridionale avec Alpes déjà c méditerranéennes » de nature, d'allures, de couleurs, même en son lieu le plus boréal, qui est l'escarpe de Vercors et de Royannais tournée vers l'heure de midi.

Les MoDts de la, Drame varient entre 1 000 à 2 000 mètres, en parois imitant monuments, obélisques, bastions, citadelles, en gorges pierreuses, le plus souvent stériles, par instants touffues, et déjà fluidement lumineuses sous un astre presque provençal qui console des lugubres déchirements de l'air où le mistral passe en ouragan.

On y voit des torrents à cascade, des scialets, entonnoirs où tombent les eaux des forêts, des ravins, des plateaux supérieurs; et, dans les ravins passent des flots que les sources dégorgent en jets imprévus, comme ceux que les Romains d'Italie, d'Espagne, des Gaules aimaient à conduire triomphalement dans leurs villes par des aqueducs monumentaux.

De telle cime, de telle autre, on dirait un pays boisé. Illusion à distance ; on s'aperçoit, à la traversée, qu'il n'y a guère de verdure que dans la plaine, les vallées, le bas des ûlus; que cette vaine forêt est moins une concentration qu'une dispersion d'arbres : noyers innombrables (et nul territoire en France ne donne autant de noix), chênes trufGers clairsemés, mûriers alignés ; encore ces derniers ne sont-ils, pendant des mois, que de durs et raides fantômes, puisque en pleine frondaison le sériciculteur leur arrache les feuilles pour le dîner des vers à soie. La montagne, elle, est nue et malade, avec plaies non cicatrisées, marnes ravinées, argiles glis-

thouièmb Monts Extérieurs.

santés, pierres de couronnement c dilapidées » sur les talus, roches < démanchées > et qui menacent ; sur ces ruines passées ou futures, des pâturages pour le mouton, des herbes de vif parfum récoltées pour les distillateurs d'essences. — Et ces odeurs subtiles dénoncent le Midi.

Si la reforestation n'y pourvoit, dix, cent montagnes écraseront un jour leurs hameaux. Le passé garantit l'avenir . En 14^2 un grand pan calcaire s'abattit sur le val de la Drôme au-dessus de Luc-en-Diois et, barrant le torrent rapide, suspendit deux lacs dangereux dont on devait craindre la débâcle subite : aussi les a-t-on vidés. Bien plus près de nous, en ce siècle-ci, le village de Bézaudun s'est bousculé par glissement, et tout récemment, dans leurs tranchées, leurs remblais, leurs 8 279 mètres de souterrain (en dix-huit tunnels) entre Luc et le col de Cabre, les ingénieurs du chemin de fer de Livron à Yeynes ont lutté désespérément contre la coulure des argiles, la poussée des terres, les dilatations lentes, le décollement des roches, l'éboulement des schistes; bref contre toutes les sourdes rébellions du sol.

De la Drôme au delà de l'Ouvèze par-dessus l'Eygues, et de Montélimar au Buech de Sisteron, quelques pics, quelques frontons se dégagent du menu peuple des monts blancs, gris ou fauves, soit comme plus hauts, soit comme plus fiers, soit simplement comme plus célèbres à raison ou à tort.

Vis-à-vis des promontoires terminaux des monts du Matin, au delà de la Drôme, ce grand torrent élastique, aujourd'hui minime, immense demain, car quelques heures le resserrent ou l'épanchent, Rochecourbe c aux trois Becs > (1 592 mètres) s'avance sur la Forêt de Saou par son apic méridional. Dans notre Sud-Est forêt veut dire souvent ex-forét, et par conséquent nudité; le cirque allongé de Saou tient sa beauté du roc vif plus que de la sylve opaque ; c'est un monde à part du monde, exactement ceinturé de montagnes en lame de couteau ; et l'on en sort par un passage étranglé, en même temps que la Vèbre, tributaire droite du Roubion. C'est une solitude de 12 500 mètres du levant au couchant, de 2 000 à 2 500 mètres de largeur entre la double taillante des crêtes, avec autant d'aigles dans les aires du roc que d'hommes dans les hameaux de la Thébalde. Le lynx, visible encore il y a moins de cent ans, en a disparu; et depuis plus longtemps les ours, jadis nombreux dans ce sanctuaire d'auguste silence troublé çà et là, tout au fond, parles cascatelles de la Vèbre : mais ce transparent torrent n'est qu'un torrenticule, et sa voix est à peine une rumeur.

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. ghapitbi

Autre lame de couteau, le Couspe&u (1 518 mètres) s'affile sur 14 kilomètres de longueur entre Rochecourbe au nord, la montagne d'Angèle au midi; il garde du soleil du matin les gorges natales du Roubion , du soleil du soir il garantit le Désert, pays de déchirures où se démène la Roanne, affluent gauche de la Drôme.

La Montagne d'Angèle (1 608 mètres), sur le triple fatte entre Drôme, Roubion, Eygues, sépare un Midi sans oliviers (sur le versant de la Drôme) d'un Midi avec oliviers (sur le versant de TEygues).

Grand de 1 759 mètres, VAup Duffre, au nom d'apparence barbare, monte au-dessus d'un cirque grandiose, roches d'oolithe, d'où les premiers filets d'eau de la Drôme croulent en cascatelles ; à ces roches on grimpe par des c sentiers de chèvres », et de fait la chèvre gambade autour de l'Aup DufTre et sur les vertigineux rochers et talus de trop de versants drômois : en broutant les jeunes pousses elle prépare ou accélère la ruine des c sierras » ou elle en empêche la restauration.

La Montagne de Toussière (1 919 mètres) se dresse, décharnée, cadavérique, entre Drôme et Buech, à l'occident du Dévoluy, dont elle n'est séparée que par l'entaille de Lus-la-Croix-Haute.

Du chaos des monts de la Drôme se dépêtrent finalement quatre torrents majeurs Drôme, Roubion, Eygues, Ouvèze.

Des monts de calcaire et des monts de craie uv s'inclinent vers le vaste torrent de la Drôme.

DROME, Vaste par l'ampleur de la grève, partout où le

ROUBION, rapprochement des rives n'étrangle pas la rivière

EYGUES. de Luc, de Die, de Saillans, de Crest et de Livron.

OUVÈZE Vaste aussi quand la Drôme, centuplée par

une trombe, noie tous ses cailloux, monte à sa

roche et s'écroule dans la campagne, non comme un Nil dont on

bénit l'ascension régulière, mais comme un flot dont la menace

épouvante.

Puis, lorsque le ciel s'est rasséréné, chaque heure de soleil augmente la plage de graviers; et le fleuve décroissant redevient le torrent auquel on ne peut plus demander que la moindre partie de l'eau d'arrosage réclamée par les terres dans la vallée pulvérulente.

Elle unit dans le cirque de Valdrôme sept torrents dont le moins capricieux part de la Bâtie des Fonds.

Coulant dans le vieux pays du Diois, elle se heurte en amont de Luc aux deux barrages de débris tombés de la montagne en l'an 1442 et que le torrent n'a pas eu la force de déblayer en entier : elle s'arrête donc derrière ces deux

TB0I81ÂMB Monts Extérieurs,

obstacles de roches énormes, de terres, de graviers, dans deux lacs qu'on a diminués par ouvertures de tranchées, mais qui subsistent encore, en eaux transparentes au-dessus de ces c Rochers du Claps >, de ce c Clapier du Luc >. Du lac d'en haut, Teau s'abat de 40 mètres ou plus par un escalier de cascades ; au-dessous du lac d'aval le chemin de fer de Livron à Veynes franchit la Drôme sur les quatre travées, hautes de 44 mètres, d'un pont qui s'appuie à une aiguille de roche plantée dans le lit même du torrent par Féboulis de 1442 : rare assemblage des merveilles de la nature et de l'art.

Puis la Drôme boit l'onde bleue du BdsS aux gorges grandiosement déchirées, elle reçoit du Glandaz et autres roches caverneuses des torrents intarissables, conçus dans des défilés, sylvestres encore, où l'ours fut longtemps un seigneur redouté des bergers. Elle passe devant une ville des plus modestes, fondée pourtant, dit-on, comme la somptueuse Marseille, par les Phocéens, bien avant les Romains; c'est la cité dont le Diois tire son nom, Die, qui ne nous rappelle plus, contre l'usage presque constant, la nation gauloise fixée dans la région, mais nous remémore les conquérants romains qui l'appelèrent Dea Augusta Vocontiorum; Dea devint Die, et les Voconces laissèrent leur nom à Vaison, autre cité qu'ils possédaient là où les monts s'abattent sur la grande vallée du Rhône. Die n'a pas perdu toute trace du peuple-maître; il lui reste, notamment, trois autels tauroboliques.

A Pontaix, à l'issue d'une gorge qu'on peut dire sans exagération merveilleusement belle (mais il en est tant d'admirables dans ces monts soleilleux, marmoréens, taillés à vif), la Drôme élargit son sillon ; elle coule devant Aouste dont le nom fait souvenir qu'elle fut VAugusta des Voconces, et devant Crest, l'antique dominatrice de la Drôme inférieure, de par un donjon formidable haut d'une cinquantaine de mètres.

Ni navigable, ni réellement flottable, cela s'entend sur de telles pentes, entre de tels monts, sous un tel climat voué à tous les extrêmes et à tous les contraires, elle lance au Rhône, après i02 kilomètres de ratchs plus que de planiols, les eaux tumultueuses de 173500 hectares, soit 3 500 mètres cubes dans ses éjaculations les plus formidables ; elle lui en apporte 3 peutêtre à son moindre étiage, et le plus habituellement 15, en un lit large en moyenne de 130 mètres à partir de Crest.

Pour berceau le Miélandre (1 450 mètres), puis de longues

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