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mètres, 19900 hectares

TB0I8IÉIIB Monts Extérieurs,

le Pelvoux qui triomphe de ses 4 103 mètres, de ses nombreux pics supérieurs à 3500 mètres, de ses 150 pointes, sinon plus encore, dépassant 2 000, de ses 42 glaciers (sans compter les € glaciérots », de ses 12 vallées en étoilement — un Mont-Blanc des frontières de la Provence et non des marches de la Suisse.

Et tout d'abord au sud de la Grave, une des grandioses montagnes de TEurope, la Meije ou Aiguille du Midi lève à 3 987 mètres la plus haute de ses presque inaccessibles falaises dont une, la Meije centrale ou Doigt de Dieu se penche, comme près de tomber, ainsi qu'une surnaturelle Tour de Pise.

Ce Cervin des Alpes françaises s'élance dans le fantastiquement beau pays de l'Oisans qui, s'il avait plus de forêts, vaudrait n'importe quelles autres Alpes sublimes. Sur 50 000 hectares, il en a 16 000 ou 17 000 voués à la neige, à la glace éternelle, chaos de granits, de roches, de clapiers, d'éboulis, de moraines, de séracs, de crevasses, d'abîmes, de cascades, de ponts de neige, et de pans de glace aussi prodigieux que le sont en Suisse les champs cristallisés où naissent l'Aar, les deux Lutchines et la Kander; on peut y faire plus de 15 lieues sans quitter glace et névé (sauf de temps en temps quelque rocher, quelque taillante), du glacier du mont de Lans à celui de la Muzelle, en tournant autour du cirque gigantesque dont le Vénéon sort en aval de Saint-Christophe-en-Oisans. Parmi ces champs de cristal, le Glacier du mont de Lans n'a pas de rival en Dauphiné, et les Alpes, quelques noms qu'elles portent et quelque contrée qu'elles hérissent, n'en montrent guère de plus superbe; il a 8 kilomètres sur 3 à 4, avec deux inclinaisons : vers la rive gauche de la Romanche et vers la rive droite du Vénéon.

La Meije n'est pas la pointe souveraine des monts de i'Oisans, non plus que le Pelvoux de Vallouise (3 954 mètres), qui pourtant a donné son nom à tout le bloc, à cause de la noblesse de sa double pyramide, ou parce que d'en bas, du val de la Gyronde, il cache le pic suprême la Barre des Écrins (4 103 mètres), géant détrôné de la France. — Barre n'est point ici notre mot français barre, barrière, mais le bar ou bal ou bel des Celtes, c'est-à-dire le mont, le pic.

Ici, dans le Dauphiné méridional, près de la lumineuse, de la chaleureuse et sèche Provence, les horizons ne sont plus les mêmes que des belvédères de la Vanoise, à 50 kilomètres au septentrion; ou, à 100 kilomètres, des dômes, des aiguilles du Mont-Blanc : on voit bien encore d'ici le t roi des rois » trônant dans l'azur, et les Alpes bernoises et toutes les dauphinoises, mais surtout on contemple au sud un autre monde très différent, des crêtes aiguës, des arêtes déchirées, des chaînons

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ravinés, des montagnes torturées, dépouillées, déséquilibrées, cassées, une plus fluide lumière et de plus fauves couleurs ; on ne voit pourtant pas, peut-être même ne soupçonne-t-on pas, malgré son approche, la c mer entre les terres >, distante de 40 à 50 lieues.

A deux pas du contemplateur ébloui de ces pics, de ces parois, de ces dentelures, de ces neiges, de toute cette fôte de Tespace et de la lumière, le roc se dérobe soudain, et la Barre tombe à vertigineuse profondeur sur deux mers de glace à nom contraire, très vastes et surtout très longues toutes deux.

Elles se réunissent à leur extrémité d'en bas, après leur moraine, à 1 851 mètres au-dessus des mers, par les flots de leurs deux torrents d'où naît la Gyronde, Tune des branches mères de la Durance. Le Olacier Blanc et le Olacier Noir contrastent autant par leur aspect que par leur adjectif : du Glacier Blanc, éblouissant de candeur et d'une chute splendide, sort un torrent laiteux; du Glacier Noir, dont la moraine est affreuse, boueuse, désordonnée, sordide, partent des eaux fangeuses.

Une arête étroite se détache au midi du massif, à son bout extrême, aux monts qui surveillent soucieusement deux fort beaux glaciers, le Olacier de la Pilaite, Tune des origines du Vénéon, et le Olacier du Sélé^ tributaire de la Gyronde : elle relie le Pelvoux aux chaînons du Champsaur, dont plusieurs n'atteignent pas et peu dépassent 3 000 mètres.

Des monts du Champsaur descend le grand complément de l'Isère, le Drac, qui reçoit la Romanche; et par la Romanche, le Vénéon.

Le Drac est un Arc plus grand, plus varié, XLix dans un bassin plus vaste d'un tiers, qui relève CHAMPSAUR de terrains très divers, granits, gneiss, schistes DRAC cristallins, lias, calcaire oolithique, craies, ter- ROMANCHE, tiairc éocène, allnvions. Il agrandit l'Isère de près VÉNÉON de deux cinquièmes, au-dessous de cette Grenoble que lui promet le dicton prophétisant qu'un jour c le Dragon mettra Grenoble en savon » ; mais pas à lui tout seul, aidé qu'il sera dans cette œuvre de fureur par l'autre rivière grenobloise, par le t Serpent », c'est-à-dire l'Isère.

Il se forme dans le Champsaur^ froide vallée de 41 500 hectares dont les vingt- trois communes ont leurs principaux hameaux entre 1 000 et 1 500 mètres au-dessus des mers. Il s'ensuit que les Romains n'ont certainement pas nommé Campus Aureiis ou Champ d'Or ce fond d'un lac antique, bien que le sol n'y manque pas de fertilité. C'était plutôt leur Campus Saurus, leur Champ Jaune, sinon peut-être leur Champ Aigre — aigre

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dans le sens de désagréable, du fait des gels, des bises, des avalanches, celles-ci sans doute plus rares et moins puissantes qu'aujourd'hui, la montagne étant alors bien moins dénudée.

En ce pays où Ton a trop abattu les chênes et mélèzes, protecteurs des pentes, pourvoyeurs et conservateurs des ruisseaux, le c Dragon > naft par plus de 1 150 mètres, de l'union du Drac Blanc ou Drac de Champoléon et du Drac Noir ou Drac d'Orcières.

Il tend d'abord vers la Durance, il y va même en partie maintenant par TefTort des ingénieurs : une rivière artificielle de 50 kilomètres, le Canal de Gap, auquel il verse 4 000 litres d'eau par seconde, perce la montagne en un tunnel de 3 581 mètres et, pénétrant dans le bassin de la Luye, tributaire de la Durance, s'en va vivifier 1 700 hectares des environs de Gap, sur un périmètre arrosable de 6 700.

Mais il tourne au nord-ouest, passe devant Saint-Bonnet et reçoit une grande fille du Pelvoux, un torrent de peut-être 18 à 20 mètres cubes, la bruyante Séveraisse.

La «Séveraisse S presque égale au Drac lui-même, commence contre des pics et des glaciers brillants, en des monts de 3 500 mètres ou plus et finit par 750 mètres après avoir rugi dans les engoulures du V&lgodemar, entre monts décharnés, stériles, quelquefois lugubres : et pourtant son nom rappelle sans doute (tout comme en Maurienne) les fils des plus radieux soleils, les hommes d'outre-Méditerranée, les Maures, qui rôdèrent et pillèrent par ici lors des temps c expansifs > de l'Islam, quand on pouvait craindre qu'il avalât la Chrétienté.

Quittant ici la conque du Champsaur, le Drac précipite sa course, il s'enfouit dans des gorges. En amont du Pont du Sautel, haut de près de 100 mètres, il entraîne une rivière du Dévoluy, qui est une des montagnes les plus ruinées de France; cette rivière c infiniment > torrentielle, la Souloise, ne serait qu'un ruisseau sans deux urnes de la craie fissurée, les Fonts Gillardes, fortes ensemble de 2500 litres, avec étiage de 2 mètres cubes.

Après la Souloise arrive un courant louche qui s'entretient aux glaciers du Pelvoux et qui, né du Pic d'Olan (3 578 mètres), se brise dans le val JoufTrey, puis dans le Vàlbonn&i8\ c'est la Bonne *, qui roule 7 500 litres, avec étiage de moitié ; son confluent est dans un abîme. Dans un abîme aussi l'embeuchure de VBbron >, torrent des craies et calcaires du pays extraordi-

1. 35 kilomètres, 35 000 hoctaros. — 3. 37300 mètres, 30080 hectares. — 3. 96500 mètree, 34 100 hectares.

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nairement déchiré de Trièves; dans un abîme encore les sources très thermales de la Motte-les-Bains ; le précipice ne cesse que là où le c Dragon > pénètre dans le bassin de Grenoble pour y recevoir la fougueuse Romanche.

Torrent immense en regard de la petitesse de son bassin^ la Romanche* roule 45 mètres cubes en volume normal, 12 en étiage ; c'est un Drac moindre, tantôt plus étroit qu'un saut de chamois, tantôt éparpillé sur de larges grèves.

Elle puise au Pelvoux et aux Grandes-Rousses ; de là sa force terrible.

Elle naît au bas d'un cirque muet sauf les cassements, crépitements et palpitations de la glace, désert rigide et tristement grandiose : des glaciers buttant contre des roches immenses et, sur le fronton de ces roches, d'autres glaciers et des névés reculant jusqu'au faîte déchiqueté d'une arête du Pelvoux. Tout aussitôt forte et rebelle, son premier et misérable lieu d'habitation, Villard-d'Arène est à 1 651 mètres; à 1 526, sa première bourgade, ia Grave, récemment encore très pauvre mais qui devient une sorte de Chamonix dont la Meije, le Pelvoux, les Aiguilles d'Arve sont la raison d'être.

Elle tonne dans la combe de Malaval, au bas des gneiss dont le glacier du mont de Lans argenté le frontail ; elle crie sourdement dans la gorge de l'infernet, puis, dégagée soudain, se répand dans le bassin du Bourg-d'OisanSy long de 3 lieues, large de 1 500 à 1 800 mètres, entre 725 et 680 d'altitude.

A peine entrée dans ce vieux fond de lac, elle rencontre le Vénéon, son égal.

Encore un c géant >, ce Vénéon qui tire d'un bassin grand comme quatre fois Paris entre murs un flot supérieur d'un tiers à l'étiage de la Marne.

Peu de torrents sont cerclés autant que lui par l'immortel nivôse; au nord de sa conque, à l'est, au sud, au sud-ouest, des mers de glace pendent à sa montagne.

Il s'échappe d'un des glaciers majeurs du Pelvoux; son premier hameau, ia Bérarde, à 1 738 mètres, ne restera plus longtemps ce qu'il est encore, un groupe de cabanes indigentes ; au centre d'un des étoilements les plus grandioses de vallées neigeuses qu'il y ait dans toutes les Alpes, il a devant lui l'avenir d'un Chamonix ou d'un Pralognan.

Le torrent descend par des gorges sinistrement nues, désertes entre des rocs, des blocs, des éboulis, nature sauvage, infiniment morne; on y croise à chaque pas des torrents, fils

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