I. 40 kilomètres, 41 900 hectaros
Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. oupim
tanes, i>az, l'antique Aquœ TarbeZZtcœ, qui est bien une cité des eaux : des eaux fraîches ou tépides par son fleuve qui s'épanche souvent en crues sur la campagne ; des eaux chaudes par ses sources à 60-63 degrés jaillissant du sol avec tant d'abondance qu'on peut croire qu'elle est assise sur une espèce de lac plus près du bouillant que du glacé ; de ces fontaines, la plus grande, fumant dans la cité même, verse 18 à 20 litres à la seconde par 21 robinets. De toutes ensemble monte une buée et nuée ; dans ce Sud-Ouest tiède, Dax est la plus tiède, la plus molle, et il se peut que l'avenir en fasse une ville d'hiver pour phtisiques et rhumatisants.
De Dax à Bayonne le fleuve absorbe le Luy, il se heurte au Gave, son maître naturel, auquel il réussit à imposer son nom, il engloutit la Bidouze et maintes riviérettes basquaises; enfin, gonflé par le flux, à demi vidé par le reflux, d'ailleurs ample par lui-même depuis qu'il a rencontré la rivière béarnaise, il arrive à Bayonne, y confisque la Nive et meurt à 6 kilomètres en aval de cette gracieuse ville, l'antique Lapurdum dont tira son nom le Labourd, l'un de nos trois petits pays Basques; les deux autres étaient la Soûle de Mauléon, et la Navarre de Saint- Jean-Pied-de-Port.
Pendant deux cents ans, de la fin du xiv* siècle à la fin du XVI*, il s'achevait plus loin : obstrué par des sables, il tournait au nord et, silencieux tout près du rumoreux Océan, coulait derrière la dune par un lit que marquent des étangs, des prairies, des joncs, des roseaux, des ruisseaux; il allait se perdre dans la mer au Vieux- Boucau, à 7 ou 8 lieues au nord de la plage où le dévore présentement l'Atlantique. Il y eut un temps où, remontant moins haut, il finissait moins loin, au Grouf de Cap-Breton, par une embouchure capable d'un grand fleuve.
L'Adour est un courant de 300 kilomètres auquel aboutissent 1 702 080 hectares, un peu moins du 31* de la France. On estime ses bonnes eaux ordinaires à 150 mètres cubes, son étiage habituel à 60, ses eaux les plus basses à 35, ses grandes crues à 1 500 ou 1 800.
Les sables sur alios dont l'Adour tire tant
d'eau vive, les Landes vont des collines à la mer :
cxiv ces collines sont celles de la Chalosse, déploie-
LANDES ment nord-occidental du plateau de Ger, et celles
de l'Armagnac, développement du plateau de
Lannemezan, plus grand, plus haut, plus stérile
que celui de Ger; cette mer est la sourdement grondante
Atlantique.
De ces collines on voit une plaine fuir au loin, vers le nord,
quatmAmb Monts Extérieurs.
yers le nord-ouest, dans le bleu, sans que le regard s'y heurte à d'autres aspérités que des mamelons de sable, à d'autres obstacles que des forêts de pins, ou plutôt que la forêt des pins, qui est indéfinie, et comme infinie.
Cest la plaine des Landes; jusqu'à presque toucher la Garonne, puis la Gironde, elle étale 1 400000 hectares sans descentes et sans montées visibles, sauf à l'ouest dans les dunes que récemment encore, il n'y a pas cent ans, le vent de mer lançait de 20 à 25 métrés par an à la conquête de la France.
Ces 1 400 000 hectares, on a proposé de les fertiliser avec les limons que des rivières en éventail leur apporteraient du sud-est.
Accrues dans leur force par des canaux de la Nesle et du Gave, on emploierait ces rivières à ronger sur une pente rapide les collines d'Armagnac, de Chalosse; on amènerait ainsi des boues qu'un entrelacis de canaux, canalicules et fossés déposerait sur le tapis des sables landais, au près, au loin, jusqu'aux dunes de la mer occidentale.
Dans ce plat pays, réservoir des c courants », des c crastes » et des < jalles », pins et chênes-lièges se plaisent à merveille dans des sables de la fin de l'ère pliocène et du commencement de la quaternaire : arènes quelque peu mêlées d'argile, avec énorme puissance, parfois jusqu'à 250 pieds de profondeur. Des pins couvrent la contrée, hormis la grande aire nue, la lande rase, la bruyère que l'hiver inonde, que l'été brûle, que chaque année diminue : car ce n'est plus le temps où la campagne était sans valeur. Il y a quatre-vingts ou cent ans, tout un c espace » s'y vendait quelques louis à peine; l'hectare ne valait en moyenne que 9 francs, et tout ce qu'il pouvait faire c'était de nourrir un mouton. Mares temporaires, brandes, bruyères, lits de tourbe, çà et là des pins, point de routes entre les hameaux assiégés par la fièvre et par la pellagre, comment n'aurait-on pas vendu pour quelques francs, loué pour quelques sous l'insalubre désert? Mais aujourd'hui qu'on a routes et chemins de fer pour emporter planches et résine, on sème des pins, partout où l'on en peut semer dans ce sol de sable porté par l'alios.
Sous une arène de 2 pieds d'épaisseur, plus ou moins, l'alios est une sorte de grès, une espèce de tuf quartzeux, un sable agglutiné par le tannin provenant de la décomposition des végétaux. Ce tannin est mêlé de fer ; et de ce fer l'alios tire sa couleur noirâtre, jaunâtre ou rutilante. A peu près imperméable (pas absolument toutefois), il s'étend vers l'ouest, sous la Lande, sous les étangs allongés du pied des dunes, sous les dunes du littoral, et même assez loin sous mer, entre deux arènes : entre les sablons de surface au-dessus de lui, et au-
Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel, cuAPim
dessous, d'autres sablons de 20, de 40 mètres, voire de 80 de profondeur au centre du pays, là où le chemin de fer de Bordeaux à Hendaye a ses gares de Solférino et de Morcenx. C'est sous ce sable inférieur, donc très bas, que les puits trouvent une eau saine, incontaminée de pourriture végétale.
Cet alios à peu près imperméable, sinon absolument et partout, retient les eaux de surface ; il empêche les racines de s*enfouir dans le sein de la terre, ou pour parler net, du sable; cette imperméabilité de la Lande étendrait au loin Teau des pluies en marais sur le sol plat sans les fossés qui la versent, souvent par un long voyage, soit dans un ru, soitdansun étang.
D'ores et déjà le soleil d'Occitanie incline sur 650000 hectares des Landes l'ombre légère du pin maritime, jeune forêt qui remplace la forêt antique après des siècles d'outrage à la nature.
Car la Lande fut sans aucun doute une sylve, mais le berger la dépouilla pour la pfiture de ses moutons; alors l'arène du sous-bois, dégagée du filet des racines, devint mobile à tout vent, fluide, et la dune marcha vers l'orient : assez vite pour se promettre d'engloutir Bordeaux entre Fan 3500 et Tan 4000.
En même temps que le pin reconquérait et reconquiert la lande rase, 2 500 kilomètres de c crastes » et de fossés ont desséché quelques centaines de milliers d'hectares de marais et demi-palus.
Tel homme qui traverse les Landes par un cxv jour de cuisants rayons, sous un vent qui cingle BEAUTÉ du sable, devient aussitôt leur calomniateur; DES LANDES brûlé de soleil, énervé de chaleur, fouetté de poussière, étourdi par la turbulence du vagon qui l'entraîne à toute vapeur sur les plus longues lignes droites des chemins de fer français, il n'y voit qu'une plaine vide ou des pins, et des tranchées dans la dune avec le cordon brunâtre tracé par la ligne de l'alios.
Mais celui qui connaît les Landes les admire; il les aime : pour lui leur monotonie est espace et grandeur. Devant leur « indéfînité » lumineuse, il comprend pourquoi les poètes ont souvent chanté la plaine ; même il y peut oublier la montagne, si belle, mais froide et hautaine, où l'on ne se sent libre que sur les sommets supérieurs ; la montagne où la gorge étreint, où l'abîme oppresse, où le torrent coasse, où le roc et la forêt cachent le divin soleil aux fontaines.
La joie sérieuse qu'éprouve l'homme assis au rivage devant le vide bruyant de la mer, le voyageur la retrouve devant le vide silencieux de la Lande; elle semble infinie quand le regard
QUATMiMB Monta Extérieurs.
ne 8*y heurte pas aux dunes, aux pignadars qu'on n'a pas encore éciaircis, au rideau des pins arrivés à toute leur taille, et qui, selon que leurs troncs sont distants ou serrés, laissent passer avec éclat ou filtrer obscurément l'horizon.
Ces grands pins sont ébranchés; de longues blessures d'un blanc jaune, taillées dans leur chair, des c quarres » en expriment la résine ; et malgré ces plaies coulantes d'où sort incessamment sa vie, cet arbre héroïque met cent ans à mourir : on dit de ces pins qu'ils sont gemmés. Sous leurs rameaux d'un vert noir, le sable est blanc, la fougère est verte, la rivière est sombre, la bruyère a des fleurs rouges et le genêt des boutons d'or.
Des moutons paissent, gardés par des bergers qui ont abandonné leurs échasses, jambes de géant d'où le pasteur suivait de l'œil son troupeau dans les brandes ; balançant le long bftton sur lequel il pouvait s'asseoir, il marchait à pas énormes, dominant les bruyères, les fougères, les genêts; les jeunes pins n'arrêtaient pas sa vue, il commandait le sous-bois, il traversait à sec les lagunes dont la saison des pluies recouvre le désert, et sans ponts il passait à son gré les beaux ruisseaux rassemblés sous le sable, sur l'alios, toujours abondants, vifs, clairs malgré le rouge dont les teint le fer que contient le sol de la Lande.
Vers Biscarosse et autres villages à l'orient et en avant des dunes, là où les grands étangs sont entourés de rives incertaines, on voit encore, et là seulement, des pâtres, même vieux, des femmes, des enfants presque doublés de hauteur par leurs c chanques >.
Mais si les pasteurs landais ont quitté presque tous leurs « bottes à sept lieues », ils ont transformé en une infatigable cavalerie rustique les chevaux aux trois quarts sauvages qui jadis vagabondaient librement sur la plaine rase, tantôt piétinant avec effort sur la prairie spongieuse des vallons, tantôt reculant presque autant qu'avançant dans le sable qui cédait sous leurs pas. A cette continuelle tension du jarret, à ces coups brusques du sabot sur un sol qui fuit, aux courses folles entre pins et bruyères dans la rosée du matin, aux vents de la mer prochaine qui leur frappait les naseaux, ces chevaux devaient des jambes sûres, jamais lasses, des poumons d'acier, une sorte d'enthousiasme; et tels sont aujourd'hui leurs petitsfils, race des plus réduites, presque minuscule, mais forte, nerveuse, délibérée, rapide, endurante, élastique.
Au bord de ces gais ruisseaux colorés qui sont les sujets de l'Adour, des Courants, de la Leyre, du Ciron, à la rive des étangs où l'on ne navigue qu'en bateaux plats vu la faible
Le Plus Beau Royaume Sous le CieL caupinu
profondeur de Feau, les hameaux de bois aux tuiles rouges se montrent dans la clairière à côté de leurs champs de blé, de maïs, parfois mais rarement à côté de leur vigne; ou ils se cachent à demi entre les pins et les chênes-lièges, dans un air embaumé des t parfums résineux, atomes ravivants qui s*exhalent des pins secoués par les vents ». Pour arrêter la course des incendies que le hasard, souvent le crime, allument dans ces bois combustibles, on a taillé des avenues de 10, de 20 mètres de largeur, des c garde-feu » que les langues de flamme ne sauraient franchir; mais il arrive que des flammèches vont porter au delà des coupées le flamboiement qu on espérait cerner.
Ces avenues et les chemins fuient droit jusqu'à Thorizon comme une étroite allée qui n'atteindrait jamais son château ; puis, tout à coup, la forêt s'ouvre et la plaine est comme un golfe entre des caps et des falaises d'arbres, ou comme une mer dont on verrait indistinctement le lointain rivage.
Les Lanusquets, on dit aussi les Landcscots, ne marchaient pas partout sur deux jambes de bois démesurées dans une plaine unie comme la mer au repos. Ce peuple d'échassiers qui perdra ses dernières échasses avant que toute la Lande rase, terre de parcours, soit devenue forêt, ces pâtres nourris de mais ont chez eux des collines autrefois errantes, arrêtées aujourd'hui. De la Gironde à l'Adour, sur 60 lieues de long, avec largeurs très diverses (de 300 mètres au moins à 8 000 au plus), 90 000 hectares sont faits du sable que la vague de l'Atlantique pousse contre le littoral et que le vent d'ouest range en bataille contre le continent de France.
C'est un bien beau pays que ces dunes lancxvi daises où l'Océan sonne, où le pin murmure, où DUNES le vent qui jadis éparpillait les collines, trace à LANDAISES peiuc dcs raies dans le sable fin des lèdes.
Les lèdes ou lètes sont les vallons sans ombre que les souffles de l'air ont creusés dans la dune avant qu'on la fixât; les crastes sont les fossés d'écoulement ou les ruisseaux naturels qui courent aux étangs dont la dune est bordée; les courants ou fuyants sont les rivières, tordues vers le sud-ouest, qui portent à la mer le tribut de ces étangs.
Au sud du bassin d'Arcachon, ces dunes se nomment le M&rensin : de Maris sinus, a dit maint savant.
Au midi du Marensin elles s'achèvent par la ilfareiniie, pays de beaux chênes-lièges, et contrée palustre de par ses
QOATRiftMB Monts Exté/ieurs,
étangs, ses ruisseaux traînants attirés de courbe en courbe par TAdour qui mêle à ses eaux leurs eaux.
Le nom de Maremne, s*il vient de Maritimay rappelle que la mer Atlantique est aux portes, derrière la courtine des dunes.
Comme il est naturel, la Lande qui est plaine
cxvir de sable, continuée par la dune qui est montagne
RIVAGE de sable, s'achève sur la mer par des plages de
DBS LANDES sablC.
Sur 57 lieues de longueur, de TAdour à la Gironde, pas un rocher tombant sur l'Atlantique, pas un seul; ni sous l'Atlantique non plus; et de cet Océan le littoral landais reçoit annuellement cinq à six millions de mètres cubes de sablon rftpé par la vague sur le plateau qui prolonge sous-marinement la Lande.
Rivage presque invariablement droit : hors Téchancrure du Bassin d'Arcachon, il n'a ni baies, ni bouches de grande rivière, ni ports.
Les navires fuient ce rivage sans abri, blanc d'arène au pied des dunes, noir de pins sur leurs versants.
Avant qu'on arrêtât leur procession vers l'est, ces dunes barrèrent les ruisseaux de l'intérieur; elles en refoulèrent les eaux, qui, montant peu à peu sur le plateau, devinrent des étangs côtiers séparés de l'Atlantique.
Les étangs littoraux des Landes valent, de loin, les flots bleus des lacs de montagne; ils étalent des eaux sombres amenées par des ruisseaux que le fer de l'alios a rougis, que le tannin des brandes a noircis, et qui pourtant sont purs.
Sur ces ruisseaux, près de ces étangs, on voit des villages, des hameaux, des bergeries, à l'ombre des pins, autant que les aiguilles du père de la résine arrêtent le soleil (elles ne peuvent que le tamiser).
Mais au bord de l'Atlantique, devant la ligne noire des rameaux où passent en chanson les vents sourds de la mer, près de TOcéan qui gémit ou qui tonne, il n'y a ni bourgs, ni hameaux : rien que quelques phares, des cabanes de pécheurs, des corps de garde de douaniers qui vivent seuls devant les souffles salés, avec le flux et le reflux, la brise ou la tempête, le sable, les gourbets, les gramens, les chênes-lièges et les mille et mille colonnes du péristyle infini de la forêt des pins maritimes.
Depuis quelques années la solitude y est moindre : profitant des plages de sable fin, maints hameaux s'y sont établis, baraques, chalets, villas, hôtels, qui sans doute deviendront çà et là des villes; car où cherchera-t-on la santé si le salut
Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. cbahiu
n'est pas dans la dune, sous les pins, contre la mer Atlantique? Où mieux trouver ailleurs ce que la nature peut nous conserver ou nous rendre, la jeunesse?
Les sables riverains dépassent même un peu
cxviii Tembouchure de TAdour ; de plus de 3 kilomètres,
i/HENDAYE prcsquc à toucher Biarritz; alors l'arène landaise
A fait place à la roche pyrénéenne, jusqu'à Hen-
CAP BRETON daye, à la frontière d'Espagne : soit du c Royaume
très chrétien » jusqu'à l'estuaire de la Gironde,
environ sept lieues de rive pierreuse contre près de soixante
lieues de rive sableuse avec dunes noires de pins ou blanches
de nudité — surtout noires.
Hendaye est notre dernier bourg sur le rivage de l'Atlantique; il commande le petit golfe de la Bidassoa, en vue de la Rhune, du Choldocogagna, des Trois Couronnes et du Jalzquibel, ces deux derniers en Espagne, dans la province de Guipûzcoa, les deux autres en France.
A deux ou trois lieues à l'est-nord-est d'Hendaye Sa/nf-Jaande-Luz reçoit dans sa baie la Nivelle. Par ici l'Océan fut clément, non sans quelques lubies, jusque vers la fin des belles années du règne de Louis XIV; la vague du large n'entrait pas alors dans Tanse arrondie du port par une ouverture aussi large qu'aujourd'hui, et Donajouna — c'est son nom basque — Saint-Jean, la pêcheuse de morues, et aussi de baleines, bordait une eau tranquille derrière un abri de roches : aussi puteUe lancer en mer jusqu'à 80 navires et 3 000 Basques dessus. Mais quand le flot eut trituré ces rochers, de gigantesques tempêtes démantelèrent la plage quai par quai ; et rue par rue la ville reculait toujours, elle aurait disparu si l'on n'avait réparé ce que détruisait la nature.
Une digue part maintenant du cap de Sainte-Barbe, une autre de la pointe schisteuse du Socoa, une troisième s'appuie au roc d'Arta; ces trois brise-lames assurent aux navires un port calme en eau profonde en ce bout de la France, devant une plage aimée des baigneurs.
Puis à ceux qu'effarouchent la bruyante Biarritz ou même Saint-Jean-dc-Luz, moins vaine et cosmopolite, à ceux qui redoutent les forains opulents, le luxe, la mode* les hôtels fastueux, le tohu-bohu, le casino, les jeux, les fêtes, à ces simples et modestes, ou à ces pauvres, Bidart et Guétary, villages voisins, offrent encore, pour peu de temps sans doute, la simplicité de la vie et le silence de l'homme en face de la mer éloquente.
Biarritz (les Deux Rochers?), nom basque, et le dernier au septentrion : mais cette ville a cessé d'appartenir à la langue
ouATBiiMB Monté Extérieurs.
antiquissime; elle est fïrançaise, et en môme temps espagnole, anglaise, mondiale ; des miUiers et milliers d'étrangers y passent des mois d*été (et des mois d'hiver, tant le climat est doux), à la vague, au grand vent du large.
Ici la côte rocheuse fait place à Taréneuse; au rivage frangé succède la rive droite, plate, hargneuse, hostile.
Mais, à vrai dire, d'Hendaye à l'Adour, les baies, les pointes, avancées du littoral basque ne protègent point contre le flot grondant, sauf à c Donajouna », des ports faits pour le commerce des nations ; elles ne dominent que des criques fotfaillées par les vents; ici la mer est sujette aux spasmes, aux transports, aux colères, et ce bout de TOccitanie a des tempêtes aussi noires que celles qui font trembler TArmorique.
Si du haut de ces promontoires Thorizon est toujours magique, s'il est grand et vaporeux sur les flots, diaphane sur les pics pyrénéens de France et d'Espagne, les Basques de cette rive ont cessé d'être les découvreurs d'îles, de continents que d'autres ont découverts après eux, si bien que Portugais*» Espagnols, Normands, Hollandais, Anglais, Saintongeais, ont dans l'injuste histoire une gloire d'avant-garde qui n'est peutêtre qu'un vol fait aux vieux Escualdunacs. Biarritz, Bidart, Guétary, Saint-Jean-de-Luz, Hendaye, n'aventurent plus que des bateaux de pêche sur la terrible eau glauque.
Quatre lieues d'un sable parfois hautain,
cxix jusqu'à 60 mètres, dune forestière devant la mer
CAP-BRETON blauchissaute, mènent de la bouche de l'Adour
BT au havre de Cap-Breton (en réalité cap gascon),
SON COUP qui fut en son temps la fin de ce même fleuve
des Pyrénées et des Landes, tantôt poussée au
nord, tantôt ramenée au midi par le concours des éléments.
A la place de l'Adour n'arrive plus à l'océan dans le havre de Cap-Breton qu'un fort menu fleuve, une eau brune fille du sable, des palus, des dunes anciennes sous bois de pins ou bois de chênes-lièges : c'est l'enfant de la Maremne, le Boadi^au, draineur de â8 000 hectares.
En perdant l'embouchure de l'Adour Cap-Breton perdit le principe même de son existence, tout au moins de son commerce et de sa richesse. Que faire, qu'être, que devenir, quand un fleuve mobile vous abandonne pour chercher l'une des trois ou quatre ouvertures en mer qu'il a successivement conquises au long du cordon littoral : au Boucau-Neuf, à Cap-Breton, au Vieux-Boucau, peut-être au Cap-MoTsan? Comment rester port de navigation hauturière, ou simplement port de cabotage, quand au lieu de l'Adour on ne voit plus passer que l'eau
Le Plus Beau Royaume Sous le CieL chaprrb
palustre du Boudigau? Pourtant le courant de Gap-Breton s'engloutit en mer devant un des gouffres de FOcéan.
La grande fosse de TOcéan qu'on nomme Oonfde C&p-Breton (gouf et gouffre, c'est tout un) commence à 400 mètres de la laisse de basse marée par des fonds de plus de 30 mètres; à 5 kilomètres seulement du rivage, la sonde y descend à 375 mètres; et alors Tabfme se confond avec la grande mer. Celle-ci n'a pas moins de 1 000 à 1 500 mètres de creux à 50 kilomètres en face de Cap-Breton, tandis qu'au nord du Gouf il n'y a que 200 mètres d'eau à cette même distance de douze lieues et demie. Des vases, des sables descendent dans la fosse cap-bretonnaise, qui marque en réalité la fin septentrionale des Pyrénées par un long abîme vis-à-vis de la c platitude » landaise; sans cesse nettoyé par des courants inconnus, le Gouf a toujours les mêmes profondeurs, tout au moins les sondages de 1860 ont-ils retrouvé les fonds de 1826; et, par surcroît, l'onde est calme sur tout l'abîme, fût-elle terrible à l'entour.
Donc Cap-Breton n'est plus marinier; il a des pins, des chènes-lièges ; il fait des c vins de sable », sur sa dune, dans des enclos protégés du vent par des palissades.
Une des grandes îles de l'Amérique du Nord porte son nom, peut-être parce qu'elle fut découverte par des Cap-Bretonnais. C'est un bloc de plus d'un million d'hectares, granits et schistes qu'un détroit sans largeur sépare de la Nouvelle- Ecosse. Sur les 88 600 habitants du recensement de 1891, près de 15 000 hommes de langue française, de foi catholique, s'y font gloire du nom d'Acadiens.
On croit que ces Acadiens eurent parmi leurs ancêtres, pères et fondateurs de leur nation, des hommes venus de Cap- Breton, quand Cap-Breton naviguait et péchait encore.
Les < vaillants », restés fidèles à leurs origines, sont un petit peuple français d'au delà de 150 000 âmes, concentré ou dispersé en divers pays : Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Ecosse, îles du Cap-Breton et du Prince-Edouard, Labrador, Canada, États- Unis; chaque année, leur part au soleil est plus grande.
Du Boudigau jusqu'au courant de Soustons, cxx à peu près 15 kilomètres sur sable devant dune, COURANT littoral si droit qu'on le dirait tiré au cordeau.
DE Si le havre de Cap- Breton ne possède
SOUSTONS plus au lieu de l'Adour que le Boudigau, de même le Vieux-Boacau a vu le courant de Soustons, ru de la Lande, remplacer ledit Adour qui porta jadis
QUATRiKics Monté Extérîeurs.
jusque-là son embouchure, sinon même un peu plus encore au nord; le nom du bourg vient même de là : Vieux-Boucau, vieille bouche, par opposition au Boucau-Neuf qui, voisin de Bayonne, est devenu déûnitivement le lieu de la fin du fleuve.
Le Courant de Sovmtona ou chenal du Vieux-Boucau s#rt de rétang de Soustons.
U Étang de Soustons doit son nom à sa jolie petite ville riveraine, à Soustons, mêlée de grands arbres en longues avenues. Flamboyant au soleil des Landes, il réfléchit la course des nues dans son flot, rarement creux de six pieds, sur une aire de 739 hectares, à 2 mètres ou un peu moins d^altitude; ses rives plates prolongent le miroir des eaux, et ce n'est qu*à Tendroit où Tétang se contracte pour devenir peu à peu le courant que se lèvent d'abrupts sables couronnés de pins. Autour le sol s'étend en prairies, en cultures, en pignadars, en landes rases. Le fond du bassin est tapissé d'une plante aquatique, qui fait sous l'onde une c forêt » continue, asile des poissons.
Le Couraiil de Soustons, déversoir de 42 000 hectares, a tout au plus une lieue et demie, gracieuse riviérette serrée par des dunes où frémissent pins et chênes-lièges. L'onde est claire malgré son teint rougeAtre; tantôt rapide, tantôt indolente, c'est un plaisir de la descendre en barque.
Au Vieux-Boucau il rencontre à gauche, au pied de la dune, l'ancien lit de l'Adour, puis il entre en Atlantique près des cabines de bains du Vieux-Boucau, sur une plage très dangereuse aux nageurs.
Quand l'Adour avait son terme au Vieux-Boucau, il y eut ici une ville de mer accueillant les grands vaisseaux, là où il n'y a plus que des barques de pèche et où l'on s'entretient surtout par les industries du liège.
La côte monte ensuite uniformément vers le
cxxr nord-nord-est, toujours rigide, autant que jamais
COURANT pareille à elle-même : la mer retentissante, la
os plage blanche, le rivage sans estran et tout
LÉON aussitôt la dune et ses pins musicaux. Elle
s'ouvre pour donner passage au courant de
Léon, au courant de Contis, au courant de Mimizan; celui-ci,
le plus grand de tous ces fluviots draine deux fois plus de
sables landais que l'eau de Contis, et l'eau de Contis deux fois
plus que l'eau de Léon.
Le Courant de JLéon ou Courant de Huchet déverse une
Le Plu9 Beau Royaume Sous le Ciel. csaprub
trentaine de milliers d'hectares; il évacue VÉttMg de Léon diminué, par dessèchement, de 970 à 600 hectares.
Dune au couchant, lande au levant, les rives du « lac » de Léon contrastent entre eUes : à Porient, plates, basses, avec tourbes et fondrières, et de ce côté-là les pluies submergent les c barthes » où croît l'aune; à l'ouest les sables, et sur le sable les pins, excepté dans la petite maremme créée par les alluvions de sortie.
Le courant de Léon se tire comme il peut de sa percée du cordon des dunes, sinueux dans une prairie palustre : en quoi le c fleuve » de Léon ressemble au maître affluent de l'étang, à la rivière de Castets, si bien nommée la Paind.
Les veines et veinules d'eau de 63000 hec-
cxxii tares dotent de 2, 3, 4 mètres cubes par seconde
COURANT le Courant de Contis^ qui sépare le Marensin (au
DB sud) du Pays de Born (au nord).
coNTJS Le courant de Contis sort de FJ^an^ de
Saint'JulieBi nappe d'eau qui tend à s'efliacer depuis qu'on a désobstrué le courant de ses seuils d'alios, et des troncs d'arbres qui le barraient comme tels rios des Tropiques; le courant fuyant plus vite à travers la dune jadis errante, maintenant fixée, l'étang a baissé; de plus en plus reculant devant des plages encore mal assurées, il s'est réfugié dans deux cuvettes, V Étang de Lit (250 hectares) et l'étang de Saint-Julien (200 hectares) : même ces deux nappes d'eaux n'existent plus guère que comme palus dans la saison des averses.
Le courant de Contis est une eau vive d'une limpidité rougeAtre ou dorée, suivant l'alios ou le sable du fond.
Le plus abondant des fleuves littoraux de la cxxiii Lande, le Courant de Mimixan^ déverse trois COURANT étangs, Gazau, Biscarosse, Aureilhan.
DE II a pour principe à 20 ou 21 mètres d'alti-
MiMiZAN tude un lac de huit lieues de tour, de 5 970 (ou 5 608) hectares, dont la pointe septentrionale n'est qu'à quatre lieues au midi du Bassin d'Arcachon.
L'étang, disons : le Lac de Caxau s'appelle aussi l'étang de Sanguinet, et, en réunissant les deux noms, l'étang de Cazau et de Sanguinet. De très hautes dunes le séparent de l'Océan, dont il est probablement un vieux lambeau lentement hissé sur le continent par la poussée des sables — et il n'y a pas