FLEUVES DU NORD
X. PLAIRBS DB PLAIVDM. Il XI. LES WATEMNOUBS. L*AA. il XII. X8GAUT. Il Xm. PLATBADX D*ARTOIB XT DB PICAROIB. H XIT. MB» DO MORD BT PAB DB CALAIS, il XT. MAnCHB, 8ABLB8 PICARDS, GARGBB, AOTflll. il Xn. HARQUBIITBRRB. Il XYU. SOMMB. II XYIII. OISB.
LE bloc schisteux des Ardennes ne dépasse la Sambre que par une faible bande, en amont PLAINES de Maubeuge; et aussitôt commencent les ter DB tiaires éocènes, les craies du Cambrésis, qui est
FLANDRE le relief supérieur de la Plaine flamande et le lieu de passage de TEscaut, mattre courant de cette plaine.
En France la Plaine ttamande est surtout une plaine c wallonne » puisqu'on n*y parle que le wallon, dialecte français, sauf dans les bas-fonds du littoral. C'est le pays sinon le plus fertile, du moins le mieux cultivé, le mieux soigné, le mieux produisant de France; en même temps le plus voué à rindustrie, tellement, peut-on dire, qu'il en est accablé. Tristement banale, hors en quelques vallons, et de longue, d'écœurante platitude, la nature s'y cache, l'homme s'y fait trop voir : on l'y trouve partout avec ses grandes villes et ses bourgs étirés jusqu'à d'autres bourgs, avec ses puits de houille, ses canaux, ses chemins de fer, ses outils, ses engins, sa vapeur, sa fumée de locomotive ou d'usine, et toutes ces baraques infinies que nous appelons béatement les palais de l'industrie moderne.
oupRM DBuxiàMB Pctits JUontSy Bos PlateauXy Plaines.
Elle est là, dans tout le grinçant déploiement des forces confisquées, l'image de Tavenir prédit par les prophètes de l'humanité nouvelle; machines qui tournent ou roulent, qui bourdonnent ou sifflent; tuyaux qui crachent; cheminées aux poumons rauques; nuages industriels qui cachent le soleil du jour, la lune de la nuit et qui, sous la pluie, retombent en chimie noire ; lignes ou courbes de fer sur le sol aplani ; vagons et vagonnets; rivières puantes, qui pourrissent; plus de sylve au vent murmurante, et la ville infinie étouffant la campagne.
Et quelle ville ! 500 000 habitants ou plus à Lille-Roubaix- Tourcoing qui, toutes trois, avec les faubourgs, annexes, villasses intermédiaires, font une seule et même énorme cité, supérieure peut-être à Lyon; donc la seconde en France. Et partout ailleurs des bourgades hypertrophiées collées à d'autres bourgades : si bien qu'on ne se voit jamais ou presque jamais en vrais champs, loin des gares et garages, des fabriques et des hangars, des puits de houille par où l'on extrait peu à peu le noir trésor profusément répandu dans 60 000 hectares de sous-sol; loin des canaux rectilignes ou des rivières curvilignes, qui parfois sont comme une longue ville de bateaux chargés à plein ventre sur des eaux souillées de poussière de charbon, de détritus, de déchets d'industrie; loin des maisonscasernes- et des maisonnettes en brique rouge à toit de tuiles rouges qui ont pour tout horizon des champs de blé, des betteravières, et d'autres maisonnettes et d'autres usines et d'autres fumées f
Une seule c montagne » de quelque hauteur, qui serait ailleurs une taupinière, le Mont Pévèle, parle ici de sublimité : encore n'a-t-elle que i07 mètres, butte de sable au-dessus des origines de la Marcq, laquelle Marcq ou Marque devient plus bas une riviérette canalisée qui convoie des marchandises dans l'espèce de ville-campagne ou de campagne-ville où Lille et Roubaix-Tourcoing s'ajustent par une série presque indiscontinue de hameaux et villages.
Ce Mont Péyéle, dans l'ancien pays de Pévèle, vit aux bords de cette même Marcq le triomphe c essentiel » de Bouvines ; il se dresse au sud de Lille, sur une ligne droite menant de la métropole du Nord à la ville de Douai. Au nord-ouest de ladite métropole, en une campagne verte où se confondent vers l'est et tout près la France et la Belgique, montent des < Himalayas » plus hauts que le Pévèle et au bas de ces « géants » la plaine de Flandre, descendant jusqu'au niveau de la mer, devient la région des Wateringues et des Meures.
Le Mont dûs Cûia ou des Kats (158 mètres) se prolonge au loin chez les Belges au nord de la ville d'Ypres; le Mont de
Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. cHAitni
Cassel, plus haut que la flèche de Strasbourg, mais moins que celles de Cologne, s*élance magniflquement, souverainement, comme un dominateur, et pourtant il n'y a que 157 mètres : tel est le mensonge et la magie de Fisolement dans la plaine! 11 porte une ville que sa haute assise dans un pays si bas recom* mandait aux conquérants des Gaules ; les Romains y bâtirent un castellum : d*où Cassel. De la terrasse qui couronna ce castellum, remplacé plus tard par un chAteau fort, on voit cent trente villes, bourgs et villages, en France, en Belgique, et à rhorizon la mer de Dunkerque.
La montagne de Cassel tombe au septentrion
XI sur rvsar, fleuve franco-belge très mesquin qui
LES nous abandonne au bout de 9 lieues (contre
iVATBRiN' 12 ou 13 en Belgique), à Fissue d'un domaine fort
GUES. VAA plat de 39 350 hectares.
Au delà de TYser, à moins de 20 kilomètres de Cassel, s'étendent jusqu'au pied du bourrelet des dunes de Dunkerque les 80 000 hectares des Watorin^es. Ce nom flamand désigne un plan marécageux en bien des endroits inférieur à la haute mer et qui doit en partie son origine au ravinement des « monts » de la Flandre.
Ces « monts » ne sont pas à proprement parler des monts, sortis de terre par plissement de l'écorce globale ou par surrection, mais simplement des débris ou, comme on dit fort bien, des témoins d'un antique plateau. Le golfe de mer qu'ils commandaient se combla lentement à l'abri des dunes littorales par la décadence même du plateau, par les apports du petit fleuve Aa, par les sables de la mer, par la croissance de la tourbe; peut-être aussi qu'un soulèvement du sol contribua pour quelque chose à l'effacement des eaux marines.
Aujourd'hui que ce golfe a cessé d'être on peut lui donner le nom rétrospectif de baie de Flandre, ou golfe de Saint- Omer, d'après la ville qui fut bâtie à 30 kilomètres du présent rivage, au bord d'un lac salé communiquant avec ledit golfe par le détroit de Watten ; c'est à partir du vii* siècle que l'on commença d'exonder le pays, autour de quelques fles basses.
Le petit fleuve de Saint-Omer, l'un des créateurs de la terre molle des Wateringues, l'Aa, long de 20 lieues juste, draine 100 000 hectares et roule de 1000 à 3000 litres selon l'époque, et crues à part. Ce n'est pas le seul de son nom en Europe. Diverses rivières s'appellent ainsi en Belgique, en Hollande, en Allemagne, en Suisse, en Scandinavie, en Lithuanie.
DBuziiiR Petits MontSy Bas Plateaux^ Plaines.
i4a, vieux mot c aryen », c'était l'eau, comme Tapa sanscrit, FaAi^a gothique, Vabh celtique, Vaqua latin, devenu en français l'eau, rèue de nos paysans de la langue d'oïl.
Semblables aux Basques chez lesquels on appelle indifféremment tous les torrents l'Eau, la Grande Eau (ce que font aussi d'autres peuples), nos ancêtres n'eurent aucun souci de varier les noms des courants. N'était-ce pas assez de les suivre sans routes, de les traverser sans ponts, d'en conquérir les gués? Ils les appelèrent simplement Eau : la Grande Eau, l'Eau noire, l'Eau blanche, l'Eau rouge, l'Eau bleue, l'Eau verte, l'Eau claire, l'Eau lente, l'Eau rapide ; ou bien encore l'Eau du mont, l'Eau du roc, l'Eau des bois, l'Eau des sources.
En scrutant les noms de nos rivières, on trouve que la plupart ont à leur origine un radical qui voulait dire onde. Déjà l'on connaît plusieurs de ces racines : av ; ant ; car ; et on^ qui termine chez nous des milliers de ruisseaux; et dont sous la forme simple comme Dore^ Doive, ou avec redoublement comme Tardoire, ou combiné avec on comme Dronne,
Le temps, faisant son œuvre obscure chez des hommes qui n'écrivaient pas, a mêlé, tordu, broyé, mangé ces syllabes; cette corruption nous cache l'extrême simplicité de l'onomastique des ancêtres.
Aucune difBculté pour des mots comme Dronne, Dronnejou, Dr6me, Dromme, Drot, Daronne, Déron, Héronne (pour Déronne), Dorme, Dorne, Doron, Dorinet, Drouance, Tarn, Tamon, Tarun, Tharonne, Thérouanne, Thironne, Tronne, Tourne, etc. : ces courants ont de toute évidence un seul et même radical.
Mais qui croira que l'Allier et l'Hérault sont homonymes? Rien pourtant n'est plus vrai, puisque les textes appellent l'Allier, Elaver; et l'Hérault, Elavris — textes latins, sans doute, mais les Romains n'inventaient pas les noms ; ils les écoutaient de la bouche du < barbare > et les écrivaient comme les entendait leur oreille < latine ».
De la source au sein de collines de 200 mètres jusqu'à la ville de Saint-Omer la vallée de l'Aa n'est qu'une longue rue où la campagne s'entremêle à la ville ; c'est à Watten que le fleuve entre dans le golfe antique devenu le palus presque inexondable, semblait-il, puisque les eaux salées et les eaux douces l'assiégeaient à la fois.
Mais les Flamands sont, comme les Hollandais, leurs cousins germains, des endigueurs, des pompeurs et dessécheurs, ils ne souffrent pas que le marais, que la mer même leur résiste; dès qu'ils peuvent cerner un flot d'Océan tout de suite ils l'épuisent.
Le Plus Beau Royaume Sous le CieL cHAfmi
Ils ont donc creusé par ici des centaines de wa^ergangs, c'est-à-dire de fossés parallèles ou perpendiculaires entre eux; mené ces fossés aux canaux, spécialement à TAa d'entre digues; muni tous ces canaux, tous ces fossés, de portes qui se ferment contre la marée haute et s'ouvrent sur la marée basse. Ainsi ces hydrauliciens émules du castor presque disparu de notre Europe, si dure à l'animal qui n'accepte ni le chenil, ni l'écurie, ni rétable, ces descendants des anciens Morins, c'est-à-dire des c Maritimes >, des hommes du littoral, ont retiré leur pays de l'eau croupissante.
Point tout à fait cependant : quand l'Aa gonfle outre mesure en même temps que les autres fossés et ruisseaux de la c Morinie », l'ancien golfe redevient çà et là plaine d'eau, lac doux au lieu de baie salée, et il faut ouvrir à deux battants pendant des semaines, des mois, toutes les portes d'écluse jusqu'à Gravelines, Dunkerque, Calais, qui sont en France les trois bouts du réseau des canaux compliqués de l'Aa. Six mois après, il arrive parfois qu'il faut au contraire fermer les issues pour rendre aux watergangs à demi secs l'eau sans laquelle Us sont inutiles et dangereux : inutiles parce qu'ils n'arrosent plus la terre et ne portent plus les bateaux, dangereux parce que la fièvre sort de leurs limons ; toutes portes barrées, l'Aa reflue de canal en canal, de watergang en watergang.
Ainsi que dans la plaine non mouillée de Flandre, on cultive avant tout la betterave et les céréales dans les Wateringues. Au palus, aux joncs et roseaux, aux herbes de fond flottant dans l'onde ou rampant sur la glaise ont succédé des champs artistement cultivés, avec fermes bien bâties, blanches de murs, vertes de fenêtres, rouges de toit.
Le plus déprimé de tous les Wateringues, la cuvette où les pluies, les crues, les fuites à travers digues amènent constamment le plus d'eau, la région des Montes (3 278 hectares, dont 1 192 en Belgique) est aussi devenue une campagne d'abondance, avec fermes luisantes et fermiers riches. Trop en contre-bas pour se vider naturellement de son flot stagnant, même à la mer basse, des pompes que meuvent soit la vapeur, soit les ailes du moulin à vent, en versent la surabondance dans une grande c ceinture », fossé qui la mène au canal des Moures, et celui-ci s'en va vers Dunkerque. Moures, cela signifie les boues, les marais ; les Flamands écrivent Moeres, mais trop d'hommes ignorent et ignoreront toujours les patois bas-allemands pour qu'il soit sage de conserver ici l'oe qui se prononce ou en flamand et en hollandais : ainsi avons-nous tort d'écrire, à la c nederduitsch », Boers, le nom de la vaillante nation sud-africaine des Bours.
DBuxiÂMK Petits Monts, Bas Plateaux^ Plaines.
Si les rivières du Cambrésis coulaient comme
autrefois, et aussi celles de VArrou&ise, ancienne
x// et très longue sylve défrichée devenue plateau nu
BSCAUT sur le faîte entre Escaut et Somme, s'il n'y avait eu ni déforestation, ni diminution des pluies, ni tendance des cours d'eau à descendre de sol en sous-sol, en deux mots, si ce qui fut subsistait encore, VEscant débuterait à une dizaine de kilomètres au nord>ouest de Guise sur Oise, parmi des collines de 180 mètres, à une trentaine de kilomètres en amont de sa présente naissance. Mais les eaux courantes ont tari, l'ancien lit supérieur du fleuve franco-belge a fait place : d'abord à un riot, c'est-à-dire à une ravine presque toujours sans onde, qui roule un torrent temporaire, aux jours de grande pluie, de grand orage; puis au canal des Torrents, creusé en deux fois (1746-1748 et 1807) pour régulariser la coulière oblitérée, assurer un épanchement aux crues, exonder des fonds impaludés à côté d'autres fonds sèchement arides. Quand ce canal des Torrents n'est pas vide, il rejoint la source du fleuve en 7 ou 8 lieues d'un voyage entre levées de terre.
Pendant un temps le surgeon initial jaillissait dans le cimetière de Beaurevoir, près de la ferme de Somescaut, pour Sommescaut, c'est-à-dire Tète de l'Escaut; il y a des siècles que n'existe plus cette ferme, témoin de l'ancienne origine, et le fleuve part aujourd'hui des environs d'Estrées en Arrouaise, à 3 500 mètres en aval de Beaurevoir, en amont et tout près du Catelet par 87 mètres seulement au-dessus des mers.
Encore tout menu, il rencontre un canal unissant l'Oise à la Somme, la Somme à l'Escaut : c'est le Canal de Saint- Quentin, qu'il heurte près de la sortie du souterrain du Tronquoy, tunnel de 5 677 mètres menant les bateaux du bassin de ladite Somme dans celui du fleuve naissant.
Le canal de Saint-Quentin suit l'Escaut jusqu'à Cambrai, puis se confond avec lui, suivant la coutume des rivières de la plaine flamande, toutes canalisées et dirigées au plus court dans la vallée où elles étaient palustres, mais claires et libres.
Cette liberté n'est plus, ni cette clarté, car l'industrie s'est emparée du fleuve et de tous ses affluents et sous-affluents.
A Bouchain tombe la Sensée, rivière sur tourbe et marais doublée d'un canal encombré de l3ateaux; ce cours d'eau de la craie supérieure commençait jadis en plein Artois,sur le plateau de Bapaume, mais il a reporté à une fort grande distance en aval ses sources, qui sont de grande abondance; il circule durant 15 lieues, il égoutte 67 500 hectares, il roule de i 400 à 3 000 litres, les crues à part, qui sont fort modérées.
L'Escaut entre alors dans le noir pays du charbon de terre;
Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. cbapitiib
il rencontre en chemin Denain la forgeronne, Valenciennes, Anzin, la grande piocheuse de houille; puis ce sont d'immenses palus desséchés, qui ne seront jamais assez secs. A Condé lui vient la Haine, rivière bien plus belge que française qui a donné son nom au Hainaut, province de Belgique ; tandis que plus bas la Scarpe est entièrement chose de France.
Artésienne avant d'être flamande est la Scarpe, cours d'eau de 25 lieues auquel un bassin de 12i 200 hectares procure un étiage de 3 mètres cubes, un volume normal de 5.
Elle a ses naissants sur des plateaux déboisés de 100 à 140 mètres, pays de craie qui verse des sources murmurantes; elle y baigne Arras, où vit encore le nom des Atrébates.
Mais à la contrée des hautes plaines, collines, vallées et vallons, succèdent la plaine de Flandre, la fange et la tourbe; la craie fait place à la terre bourrée de houille, et la rivière qui descendait à sa fantaisie devient le canal où passe, bateaa par bateau, la flottille sans fin du charbon minéral. Les villes de la Scarpe sont Douai, cité de quelque science dans une région de beaucoup d'industrie, Marchiennes, Saint-Armandles-Eaux, lieu de boues thermales.
A 1 500 mètres en aval de la Scarpe, par 16 mètres, l'Escaut passe en Belgique, sous forme d'une rivière raide, parce que canalisée, qui n'a que 20 à 25 mètres de large et ne roule que 7 à 8 mètres cubes en étiage, 12 en débit normal, 40 en grande crue : donc courant très régulier, fort pacifique.
Dans le royaume wallon-flamand, c'est la rivière flamande, par opposition à la Meuse, rivière wallonne.
Les Flamands l'appellent Schelde. Chez eux il a 40 mètres de large en arrivant à Gand, ville où il reçoit la Lys, qui est mi-française; il en a 100 à Termonde, 350 à 700 devant Anvers, devenue grâce à lui l'un des premiers ports du monde. Peu après, salé comme la mer, il passe en Hollande et s'achève par deux grands estuaires, deux Escauts.
En y comprenant la partie française de la Lys (213 kilomètres), le bassin de l'Escaut en France atteint presque 700 000 hectares, sur 2 070 000 d'aire totale. La Lys est pareille à Sensée et Scarpe en ce qu'elle part de la craie d'Artois, au sein de plateaux de 150 à 200 mètres, pour se continuer sur la tourbe de Flandre; elle draine chez nous 275 000 hectares, sur 389000, et en nous quittant elle verse 7 mètres par seconde, 2500 litres en basses eaux.
Son val d'amont est gracieux, frais avec belles fontaines et villages nombreux : où l'un commence l'autre s'achève.
DBoxiÂMB Petits Monts y Bas Plateaux^ Plaines,
Une bourgade qui n^est plus ville depuis que la saccagea Charles Quint, Fempereur de l'empire où le soleil ne se couchait jamais, Thérouanne est la fin des gloires naturelles de la rivière et le commencement de ses gloires industrielles; la Lys coule désormais sur une terre glaiseuse, dans la plaine de Flandre, plus basse que partout ailleurs, sauf dans les fonds à peine exondés du pays de Dunkerque; à droite, à gauche, Timmensité banale, les villasses de fabriques, la tourbière, le marécage; elle est navigable à partir d'Aire, elle rouit des lins qui la corrompent, elle boit des fuyants d'industrie qui l'empoisonnent.
Ainsi va-t-elle, vaseuse, large de 15 à 25 mètres, uniformément profonde, vu sa canalisation, par Merville, Ëstaires, Armentières, Houplines, Deulémont où tombe la Deule ^ Celleci fut jadis une sorte de marais ; hui c'est un égout depuis que Lille, la cité de mille industries, y jette les ordures de ses usines et de ses hommes.
Française à ses deux bords pendant 99 kilomètres, puis franco-belge, pendant 27, dans le pays de Warnèton et de Wervicq, la Lys relève de la seule Belgique pendant 22 lieues.
C'est dans ce pays qu'ayant baigné Courtrai elle a sa fin dans l'Escaut, à Gand, ville de fabriques où le flot de marée la soulève de trois pieds et demi.
Il y a certes bien plus de vraie, vive et
xiii franche nature en Artois et en Picardie, qu'au
PLATEAUX pays plat de la Flandre française; l'industrie n'y
DB L'ARTOIS Opprime pas autant la terre et les hommes. Mais
BT DE piCARDiB leur craic, leur tertiaire éocène, leurs alluvions
quaternaires manquent presque partout de c pias> tique >, et l'on ne trouve de grâces c infinies > que dans maints vallons qui ont luxe d'eaux et d'arbres.
Il faudrait replanter pendant cent ans, et dix fois plus qu'on ne le fera sans doute jamais, pour rendre aux plateaux artésiens et picards l'ancienne cohérence de leur forêt, alors que leur sylve unissait la sylve normande à l'implacable Hercynie. Sur le VermAudoiSj que s'attribuent l'Oise déjà forte et la Somme naissante ; sur le Pian de Bapaïune, socle de départ de tant de rus tributaires ou d'Escaut ou de Somme, et surtout tertre d'origine de tant de ravins et ravinots secs pendant des lieues et des lieues; sur le Ternoia aux alentours de Saint-Pol de Ternoise ; sur la Campagne d' Artois j craie étroite, allongée, entre les fleuves de Canche et d'Authie; sur le Ponthien, qui est double, au septentrion de la Somme abbevilloise, puis à