‹ Le plus beau royaume sous le cielChapitre 77 sur 129 · kilomètres, 77 000 hectares · texte numérisé non relu

kilomètres, 77 000 hectares

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. csAnm

son midi ; sur le Saaterre, riche en moissons, au-dessus de la Somme de Péronne; sur le Pia^eau de Breteuily à l'ouest du Santerre et de la ville de Montdidier; sur toutes ces tables plus ou moins aplanies, partout la nudité prévaut.

Par suite de la déforestation à outrance, plus encore par rhabitude qu'ont en tout lieu d*oolithe ou de craie les rivières, riviérettes et rus à s'enfouir sous terre par les fîssures de lits cassés, et sans doute ou peut-être parce que les nuées ne pleurent plus si souvent ou si fort sur Tantique Artois et la vieille Picardie, le réseau jadis très compliqué des eaux courantes a vu diminuer singulièrement le nombre, non pas de ses grandes artères, mais de ses artérioles ; presque tous les ruisseaux d'en haut, sur le plateau même, aux origines des versants, ont cessé de couler; telle source fort abondante en toute saison surgit à rimproviste au bas d'un talus sec, à Tissue d'un bassin de 5 000, 10000, 12 000 hectares de ravins anhydres, et à 8, 40, 45, 20 kilomètres même en aval du cul-de-sac terminal de la conque.

Aucun de ces plateaux ne s'élève aux grandes altitudes : les uns n'atteignent pas 120, 150 mètres, quelques-uns arrivent à 200 par leurs mamelons « altissimes ».

Tout au nord-ouest de ces plans attristés de calvitie un bloc d'oolithe et de craie mérite presque son nom de Monts du BonloDDais par contraste avec la platitude voisine et parce qu'il domine assez grandement les dunes et la mer.

Pourtant sa plus fière protubérance n'est que de 202 mètres: mais de belles cassures, des vallons creux, des prairies veloutées, des forêts, des eaux vives accidentent ce massif qui tombe sur le Pas-de-Calais par les célèbres caps de Blanc-Nez et de Gris- Nez et par maints promontoires entre lesquels des c crans > ou des brèches de la falaise amènent à la vague des ruisselets intarissables. Cette chute des monts du Boulonnais dans le grand détroit d'entre mer du Nord et Manche n'est point la vraie fin de ces petites montagnes : elles se prolongent en réalité sous les eaux salées sans profondeur jusque dans la voisine Angleterre où elles reparaissent, identiques à ellesmêmes, dans la région littorale appelée le Weald.

Cette Mer du Nord est peu creuse excepté XIV dans le voisinage de la Norvège, que longe une MBR DU NORD fossc ayant 800 mètres de sonde.

ET Cette Norvège, terre des fjords étroits, pro-

PAS DE CALAIS fouds, solcnnels, le plat Danemark, le marécageux Holstein, l'Allemagne de l'Elbe et de la Weser inférieures, la Hollande, pays des tourbes, des sables

DBuziiMB Petits MontSy Bas Plateaux^ Plaines.

et des aliuvions, enfin la Belgique et la Flandre française bordent la mer du Nord à Test et au sud ; à Touest la Grande-Bretagne dresse un brise-lames contre la houle de TAtlantique.

Ainsi contenue, la mer du Nord communique à Test, par les détroits d'entre Norvège et Danemark, avec la Baltique, mer fermée, lac futur; à Touest, avec F Atlantique par le Pas de Calais et la Manche; au nord, avec des flots où TAtlantique se mêle à Tocéan Glacial — de ce côté, large est Fouverture, entre Ecosse et Norvège, autour des Shetland mélancoliques.

C'est à 13 kilomètres à l'orient de Dunkerque que son rivage méridional cesse d'être belge pour devenir français.

Ce changement de souveraineté laisse intacts la nature et l'homme : dans les deux pays, à l'est comme à l'ouest, chez le Belge comme chez le Français, c'est toujours la Flandre; et, derrière les sables littoraux, la plaine basse, lit d'un ancien golfe.

Sous la même pûleur de ciel, ce sont les mêmes villages dont les villageois parlent flamand et parleront français, au moins dans notre Flandre à nous, qui renonce à son vieux nederduitsch. A trois cornes de la France, trois verbes meurent : le flamand à Dunkerque; le breton en Armorique; le basque dans les Pyrénées bayonnaises; et au quatrième coin, un patois expire, le provençal, que ses poètes ne ranimeront point.

Notre littoral de la mer du Nord a 72 kilomètres, de la frontière belge à Calais, ville devant laquelle cette eau s'étrangle et prend le nom de Pas de Calais.

Il est fait de dunes qui valurent à Dunkerque son nom, légère altération de deux mots flamands signifiant l'Église des dunes ; ce sable issu de la mer où d'autres sables fins. Immergés encore, s'étendent en bancs parallèles au rivage, est la levée naturelle derrière laquelle on a pu dessécher le marais de Flandre.

Levée sans grande largeur et n'allant jamais à 2000 mètres, sans grande hauteur et ne dépassant nulle part 60 pieds, ces dunes suffisent à sauver des irruptions de la pleine mer (et, pour le plus bas pays, de l'étalé de la basse mer) les 80 000 hectares des Wateringues et la dépression sous-marine des Moures, Mobiles jadis et chassant les bourgs devant eux, les engloutissant même, comme ils le firent de Zuydcoote en un fatal premier janvier (1777), les sables dunkerquois sont à cette heure solidement fixés à leur poste d'entre mer et marais par les racines de l'oyat ou jonc des arènes; les brebis broutent dans les vallons d'entre rides parallèles un gazon salé par l'em-

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. chapriii

brun de la mer et, en dessous, par Timbibition de son eau; on les cultive, il s'y trouve même de magnifiques jardins.

La côte est droite, ouverte au plein nord jusqu'à la glace du Pôle, mais les Bancs de Flandre, que baignent à peine 4 mètres d'eau, par endroits 2 seulement, brisent la vague du large en avant de la fosse de Dunkerque, transformée de la sorte en une rade assez propice aux navires : même à marée basse ils ont là 10 mètres d'eau, sur une largeur d'un kilomètre, sur une longueur de vingt.

c L'Église des Dunes >, Dunkerque, devenue le troisième port de France, après Marseille, et après le Havre, a son assise sur un terrain bas, plat, coupé de canaux qui font sa force comme place de guerre : en ouvrant leurs portes d'écluses, on noierait tout le pays, jusque vers Bergues. Le Dunkerquois pèche la morue dans l'océan d'Islande, marin digne, en temps de paix, du vaillant écumeur de mer qui brûla 80 navires anglais dans la seule année 1691 ; Jean Bart, le fils glorieux de cette mère des corsaires, a sa statue sur la place de la ville; son épée menace l'Angleterre.

A 5 lieues à l'ouest de Dunkerque tombe en mer TAa, le petit fleuve qui coupe en deux le marais des Wateringues; la dune continue, plus basse et mince que jamais, et l'on arrive à la ville de Calais et aux parages où la mer du Nord s'étrécit en un détroit, le Pas de Calais — c engoulure > ainsi nommée d'icelle Calais, qui est un port d'où les bateaux à vapeur vont à Douvres, lieu d'Angleterre, en une heure et demie, quelquefois en une heure et quart. Chaque année 200000 à 250000 passagers s'embarquent à Calais pour Douvres (ou à Douvres pour Calais) et tentent sans aucun danger le bras de mer où voguent par an 200000 à 300000 navires.

Contenu dans un lit de craie d'une moindre largeur de 33 kilomètres, le Pas de Calais fut un isthme quand Albion n'était pas une île : sur ses deux rives, en France, en Angleterre, mêmes nature, disposition, inclinaison des roches ; cet isthme sans doute ne fut pas haut, comme aussi le détroit est peu profond, la sonde n'y trouvant nulle part plus de 70 mètres.

A 20 kilomètres de France, à 15 d'Angleterre, deux bancs de craie, le Varne et le Colbart, se lèvent dans son flot, mais n'arrivent pas à fleur d'eau, double écueil où la mer se brise; de collines de l'isthme antique devenus récifs de l'onde, ils partagent le Pas de Calais en deux sillons d'eau : l'un du côté des Anglais, et l'autre du côté des Fran^^ais; celui-ci plus large, mais plus tourmenté de rocs, plus impatienté par les vents d'ouest.

Ces rafales, ces dangers, les heurts en temps de nuit, en

DBvuiai Petits Monts^ Bas Plateaux^ Plaines.

jour de brouillard, sur cette mer plus parcourue de bateaux qu'aucune autre au inonde, ont fait concevoir le projet le plus audacieux qui ait encore hanté Tesprit de Thomme : un pont s'appuyant sur Técueil de Varne et Colbart; ou bien, de Sangatte à Douvres, un tunnel de douze lieues sous la craie de ce fameux détroit.

Sur les 48 kilomètres, 11 du côté français, 11 également du côté anglais, descendraient en rampe dans ce nouveau Tartare; ici la mer n'a que 54 mètres de plus grande profondeur, mais on irait jusqu'à 127 mètres au-dessous du niveau des eaux : il faut à tout prix forer le souterrain dans la craie grise, la craie blanche qui domine la grise étant une roche fissurée.

Le tunnel nocturne éclairé par la flamme électrique, avec ses trains descendant chez Pluton et passant sous Neptune, l'emportait sur le pont sublime fuyant dans les airs par-dessus la mer en d'immenses travées. On était à la veille de creuser le souterrain : Facilis descensua Avemi.

Mais la vieille Angleterre a refusé sa demi-part de l'œuvre; elle craint une invasion des Français, dit-elle. C'est plutôt la France que les Anglais auraient envahie en pleine paix, après avoir noué contre nous dans l'ombre quelque coalition de l'Europe, pour une querelle de finance, de commerce, de colonies, de douanes, au nom du monopole comme au nom du libreéchange.

A deux lieues à l'ouest un peu sud de Calais, à Sangatte finit le marais flamand, qui, de ce côté, n'est plus en communauté d'idiome populaire avec le pays des Wateringues et des Moures, car bien que probablement d'origine nederduitsch, les campagnards du Calaisis, à plus forte raison les urbains de Calais, ne connaissent que la langue de France.

Aux basses plaines égouttées par le damier des canaux succède le bloc du Boulonnais, qui s'abat sur la mer, d'abord par de blanches falaises de craie, puis par des promontoires de calcaire, roches continues, sauf les petites entailles des crans ou crens. Leur plus haut promontoire, voisin de Sangatte, est le Bl&DoNez (134 mètres); Blanc-Nez, c'est-à-dire le Cap luisant, le Cap blanc des anciens flibustiers Scandinaves qui furent en leur temps aussi coureurs des mers, aussi cruels, aussi libres de vertus et préjugés que plus tard les boucaniers des Antilles.

Sur cette côte de coupure abrupte il y eut de bons petits ports dans les rentrants de la roche, mais la mer y a poussé son sable.

Ainsi a disparu le havre de Wissant, dont tels archéologues ont démontré que c'est le Portas Itius d'où fit voile vers la

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. cHJkPimB

Grande-Bretagne la flotte qui portait c César et sa fortune > ; tandis que tels autres out prouvé que Portus Jtius est Mardick, ou Calais, ou Ambleteuse, ou Boulogne, ou même Isques, village riverain de la Liane en amont de Boulogne. N'étant pas ou n'étant plus arrêtée par les racines de Foyat (arundo arenaria), la dune de Wissant marche : en 1777 les Wissantois durent s'enfuir devant elle.

Au delà de ce faux ou vrai c Port de César », le Gris-Nez ne s'appelle point ainsi de la couleur de son roc, mais par corruption des mots Scandinaves Craig Ness, le Cap des falaises; c'est la terre française la plus rapprochée de l'Angleterre : il n'y a que 18 milles marins, 33 kilomètres, entre ce promontoire artésien et la ville anglaise de Douvres, ou le cap anglais de South Foreland, ce qui veut dire la Pointe méridionale.

Le Gris-Nez s'éloigne à tout petits pas de la fière Albion, car en moyenne il recule de 25 mètres par siècle devant la mer, et la fière Albion s'éloigne aussi de lui par l'érosion des falaises de Douvres et de Folkestone. Si ce retrait de 250 mètres par mille ans, d'un kilomètre en quatre millénaires, est bien réel, et si la défaillance de la roche anglaise d'en face égale celle de la roche française, il y aurait 66000 ans qu'a commencé le divorce, toujours agrandi, entre le continent d'Europe et Itle de la Grande-Bretagne.

Au Gris-Nez le Pas de Calais finit ; le rivage vire droit au midi ; le détroit s'élargit, il devient la Manche.

La M&DcbB est l'eau salée la plus naviguée

xv de la terre; nulle part autant de milliers de vais-

UASCHB: scaux, vaissclcts et barques; et il en sera de

SABLES même jusqu'aux jours, évidemment prochains,

PICARDS: où Loudrcs aura cessé de régner sur le commerce

CANCHB, du Globe.

AUTHiB Mais ce grand chemin des nations, simple

détroit entre Angleterre au septentrion, Picardie, Normandie, Bretagne au midi, n'a ni grande longueur, ni grande largeur, ni grand creux. 550 kilomètres la mènent de la houle de la mer du Nord à la houle de l'Atlantique, avec 400 kilomètres d'ampleur devant les falaises du pays de Caux, 95 devant les promontoires septentrionaux du Cotentin, 260 devant les grèves du Mont Saint-Michel, à la marche de Normandie et Bretagne, enfin 150 à l'ouverture sur l'Océan entre les caps au nord de Brest et les promontoires de la Cornouaille anglaise. Quant à la profondeur extrême, 172 mètres, au nord-ouest d'Aurigny, l'une des îles Normandes, elle engloutirait à peine les pyramides d'Egypte et nos plus hautes cathé-

DBuziâMB Petits MontSy Bas Plateaux^ Plaines.

drales ; on estime son creux moyen à 88 mètres sur son rivage du midi. La France lui oppose 1 120 kilomètres de côtes, soit presque exactement le double de la longueur du c canal » par le plus court chemin d'un point à un autre.

Le premier port qu'on y rencontre après avoir doublé le Gris-Nez, Ambleteuse, à Tembouchure de la Slack, a perdu son ancienne prospérité; les navires n'entrent plus dans son petit estuaire sur le littoral ourlé de dunes. Wimereux, port d'égale décadence, aussi dans les sables, borde l'entrée en mer d'un tout menu fleuve homonyme. Boulogne est au bout de la Iiiane, fille des monts du Boulonnais comme Wimereux et comme Slack. La Ifiaae, longue de 10 lieues et drainant 29 870 hectares, ne s'enfouit ici dans le flot < général > qu'après avoir formé le bassin de retenue, l'arrièrc-port et le port de cette ville marine.

Boulogne était sous le nom de Gesoriacum le principal port des Morins ou Maritimes, au pied d'un oppidum de Bononia : d'où Boulogne. Elle envoie des centaines de navires à la pèche du hareng, de la morue, et fait un grand échange de marchandises et d'hommes avec l'Angleterre ; la seule Calais et la seule Dieppe embarquent plus de continentaux pour la Grande-Bretagne et débarquent plus d'Anglais sur le continent : en tout 80 000 à 100000 c faisant la navette > entre Boulogne et Folkestone. A son port de l'embouchure de la Liane on vient d'en ajouter un autre et très vaste en eau profonde, par un rapt de 137 hectares sur la Manche, entre deux jetées vigoureuses.

Peu après Boulogne s'achèvent les mamelons du Boulonnais. Aussitôt commence une dune qui ne s'achève que bien loin, au pied des falaises normandes; dune ébréchée par trois golfes où tombent deux petits fleuves, la Canche, l'Authie, et un fleuve moins rudimentaire, la Somme. Récemment encore ce sable, roulant son tapis stérile, couvrait chaque année 20, 25, 30 mètres de continent : à cette vitesse, mille ans l'auraient étendu sur une partie de l'Artois et de la Picardie. Mais le roseau d'un vert pâle, non le roseau des eaux, des marais, mais le roseau des arènes, l'oyat l'arrête aujourd'hui dans les mailles de ses racines, et peut-être qu'un jour le pin s'y fera partout forêt sonnante ; déjà plusieurs de ces dunes ont été fixées par l'arbre aux sombres aiguilles.

Du bout de la falaise du Boulonnais à la baie de la Canche, sur 3 lieues d'une côte allant droit au sud comme le littoral des Landes, c'est la dune basse, large de 2, de 3 kilomètres, humblement couchée avec ses mamelons, ses rides, ses ravins,

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. cbafitm

au bas des abrupts coteaux de rebord du plateau d'Artois. Ceux-ci , sous le nom de Terres de TourmoDt^ se lèvent d'un seul élan à des altitudes de 150 à 179 mètres avec superbes regards sur la rive et sur la Manche, de Tautre c6té de laquelle s'estompent vaguement (et certes pas à toute heure, en tout jour) les collines de FAngleterre arrogante.

La Baie de la Canclie, ample ouverture du petit autant que charmant fleuve du même nom, se nomme aussi la baie d'Ëtaples, d'après une ville riveraine où le chemin de fer de Paris k Boulogne franchit l'estuaire, vers son commencement, par un pont de 500 mètres, soit le tiers de la distension ultérieure de la Canche : celle-ci, malgré son déploiement, malgré des marées de 6 mètres et demi à 10 mètres, ne porte aucun grand navire; même les bateaux de pèche n'atteignent pas toujours le port d'É tapies, tant l'arène mêlée de coquilles contrarie la mer, tant il y a de bancs, de c basses », d'écueils de sable aussi meurtriers que les écueils de roc; l'œil fixé sur les deux phares d'au delà de 10 lieues de portée qui signalent l'entrée de la Canche, les capitaines de vaisseau fuient cette baie de malheur comme sur d'autres mers on se sauve, s'il en est temps encore, des aspirations d'un cyclone. Par surcroît de péril, en avant de l'estuaire, les vagues sont irritées par la Bassure de Baas, hauts fonds aréneux où les navires talonnent, car s'il y a parfois 8 mètres d'eau sur leurs crêtes, parfois aussi n'y en a-t-il que 5 ou même 3 ; cette Bassure accompagne notre c6te pendant 70 kilomètres, du cap Gris-Nez à la baie de l'Authie.

Dans la baie de la Canche se termine un fleuve homonyme, la Canche, sœur de l'Authie.

Fleuves moins élémentaires que la Liane, cette Canche, cette Authie et la Somme amènent à la mer les eaux des coteaux et plateaux des Artésiens et des Picards.

La Canche et l'Authie se ressemblent extraordinairement Séparées par un plateau de 10 kilomètres de large, elles sont parallèles, de leur source dans les collines de l'Artois jusqu'à leur embouchure dans les estuaires incommodés de sable; en leur chemin vers le nord-ouest, elles se suivent Gdèlement, comme les accompagne au sud la Somme en aval d'Amiens ; claires toutes les deux, elles se ploient et reploient dans des vallons gracieux, si peuplés que villes, bourgs, villages, hameaux, moulins, usines, sont comme un faubourg sans fin varié de prairies, de champs, de vergers, de bosquets; les deux sillons qui les contiennent sont également creusés dans des plateaux de craie sèche où presque tous les ruisseaux,

diuxiAhe Petits Monts y Bas Plateaux y Plaines,

ondes transparentes, jaillissent bien plus bas qu'autrefois dans le vallon natal.

La Cancbe n^arrive pas tout à fait à 400 kilomètres; elle n*en a pas moins grande consistance, près de 15 mètres cubes à la seconde, au terme d'un bassin de 138450 hectares. Elle commence à Touest d'Arras, sur le plateau du Ternois, pays d'où descend aussi son mattre affluent, la Ternoise ^, qui est la rivière de Saint-Pol. Elle baigne la colline de Montreuil, ville dite Montreuil-sur-Mer, ce qui ne l'empêche pas d'être à près de 5 lieues de la Manche par le fil du fleuve, à plus de 3 à vol d'oiseau : mais il est probable que l'antique baie de Quentovic (Quentovicensus sinus) remontait jusqu'au pied de ce coteau, et c'est jusqu'en ce lieu que la marée pousse aujourd'hui les bateaux calant 1 mètre 30. A Étaples, que pourraient visiter les navires de 150 tonnes, mais qui ne reçoit guère que des barques de pêcheurs, elle est déjà fort large à mer haute, puis immédiatement après elle devient un estuaire de 1 000 à 1 500 mètres d'expansion au bord duquel on défouit les troncs noirs d'une forêt fossile enfouie dans la vase et le sable.

La grève de sable, et en arrière la dune, recommencent au delà de la pointe du Touquet, borne de gauche entre le golfe de la Canche et la rive maritime : borne qui n'est point un dieu terme immuable , mais qui tout au contraire s'est avancée de plusieurs centaines de mètres vers le nord, par l'apport des sablons, à mesure que par érosion diminuait la pointe opposée. A côté de ce cap inconstant, la forêt du Touquet offre ombre, promenade et loisir aux baigneurs d'une petite, encore toute jeune cité de bains, hôtels, cabines, villas, qu'on a nommée Paris-Plage, en un français qui singe l'anglais.

Elles ont leurs beautés comme toute autre dune littorale, les rives d'entre baie de Canche et baie d'Authie ; mais ce sont des beautés tristes devant une mer qui sanglotte, des sables paies, une mer terne, un ciel gris, des vents qui faisaient c fumer » la dune en l'écrêtant à chaque rafale, alors que Varundo arenaria ne l'avait pas encore cimentée autant que peut l'être la fluidité des sablonnières ; ici, là, de jeunes bois de pins, si bien qu'un jour des forêts de grande et bonne odeur mêleront leur arôme aux saines senteurs de la mer, près de l'hôpital de Berck que Paris a bâti pour ses enfants scrofuleux. Beaucoup de ces innocents tiennent leur mal de pères hébétés par le cabaret et la tabagie; c'est à la nature libre, à ses vertus, à son baume, à ses brises, de reverdir ce

Page 1