kilomètres, 1 500 litres
Le Plus Beau Royaume Sous le CieL cbapru
La seconde rivière ayant part à la Beauce, Tfore, la côtoie plus qu'elle ne la traverse, mais elle en reçoit quelques eaux, surtout par la Voise, Tune des deux rivières de Main tenon.
Nous disons TEure, mais nos grands-pères disaient TUre, tout en écrivant Eure comme nous : la Henriade en fait foi, qui lui donne pour rime nature et structure.
L'Eure commence en Perche, sur des argiles où les eaux s'amassent en étangs, au pied de collines où ondulent les forêts de Longny, de la Ferté-Vidame, de Senonches. De ce Perche elle tire peu d'eau, et là où le roi « sans égal » essaya de la confis* quer pour Versailles, son jardin, ses étangs, ses cascades, ses nymphes et ses dauphins vomissant à plein jet, ce n'est encore qu'un ruisseau très faible en temps caniculaire. La digue de refoulement, œuvre de Yauban, calculée comme calculait ce grand homme, bâtie comme il bâtissait, arrêtait T Eure au Boi* zard, en amont de Pontgouin, et le ru refluait jusqu'à Belhommert.
Au bout du Perche, à l'orient, c'est la Beauce : l'Eure entre dans la plaine des blés, elle se courbe au nord, passe devant Chartres dont la cathédrale montre avec orgueil le plus parfait des clochers, puis elle s'égare dans la vallée de Maintenon, où le temps ronge les trongons de l'aqueduc des eaux de Versailles. Si les 30000 hommes qui construisaient ce pont l'avaient achevé, il serait d'une grandeur plus que < romaine >, long de 4 600 mètres, avec triple rang d'arcades superposées ; le rang d'en bas, qu'on termina, aligne quarante-sept arches, à 30 mètres au-dessus de la rivière, sur 975 mètres de longueur.
Amplitude et platitude, voilà ce qu'il faut aux chocs des armées de l'Europe régénérée par la science : en quoi la Beauce est comme une autre Woêvre, bien plus loin de la frontière que la plaine d'au delà des côtes de la Meuse.
Mais l'année terrible ne l'a pas plus épargnée que le grand champ des batailles messines; à fortunes diverses, et pour nous plus souvent contraires, la France et l'Allemagne s'y sont heurtées en 1870-1874, tout au long de la patrie des Beaucerons, à Patay, à Coulmiers, autour des bois de Marchenoir et jusqu'à Vendôme.
Parmi les scandales de l'incurie et de la paresse dans un pays dont la dette oscille entre trente et quarante milliards, la non-irrigation de la Beauce occupe un rang des plus distingués : car enfin ce plateau de 100 à 150 mètres d'altitude, rarement plus, domine de près un grand fleuve qu'on peut facilement mettre en dérivation à 175, à 200 mètres au-dessus des mers, à des distances qui n'étonnaient pas les Romains et qui nous
TRoisièiiB Petits Monts^ Bas Plateaux^ Plaines.
effraient moins encore. Il y a mille et un détournements possibles de ce fleuve de la Loire, en mille et un endroit faciles.
Quant à la Seine, d'ailleurs indispensable à Lutèce, et même inégale à sa tâche parisienne, elle coule beaucoup trop bas : là où l'on pourrait la saigner pour le bien-être des Beaucerons (et des Briérons et Gâtinaisans), elle n'est encore, entre Châtillon et Bar, qu'une riviôrette impuissante.
Le val d'Essonne sépare deux régions ayant d'intimes ressemblances : à l'occident, la Beauce ; à l'orient, le Gâtinais.
A l'est la Beauce devient insensiblement le
xxvin Gâtinais, nom qu'on ne peut pas ne pas égaliser GÂTiNAis à celui de Gâtine, c'est-à-dire de solitude — du
ESSONNE latin vulgaire VastinsL\ mais Gâtinais ne viendrait ET LoiNG qu'indirectement de Vastina, par l'entremise de Vas^tncum, ville gallo-romaine qui n'a rien laissé d'elle et dont même on ignore le site.
Le GAtinais, en Loiret, en Seine-et-Marne, en Yonne, continue donc la Beauce vers l'orient et, au vrai, celle-ci reste longtemps Beauce sous le vain nom de Gâtinais.
De Nemours, ville gâtinaisane, celui qui gravit le talus du val du Loing arrive en moins d'une lieue sur une haute plaine éminemment pareille à la Beauce la plus essentielle, telle qu'elle fuit, inondulée, aux deux côtés du chemin de fer de Paris à Bordeaux.
De la rivière de Nemours, qui est ce Loing, à la rivière de Malesherbes, qui est l'Essonne, on revoit le pays qui n'enthousiasme guère, avec les épis ou les chaumes, les gros bourgs ruraux, les meules à paille, l'horizon rond comme sur l'Océan, les presque imperceptibles faites derrière lesquels, si soufflait un air plus humide, on soupçonnerait invinciblement la mer. La Chapelle-la-Reine et Pithivîers sont en réalité beaucerons et non pas gâtinaisans, mais on s'est habitué à terminer la Beauce au val de l'Essonne.
V Essonne^ qui s'achève à Corbeil, amène à la rive gauche de la Seine les fonts, les pluies, les orages, parfois les neiges de 185000 hectares, après 90 kilomètres de virements.
C'est la rivière modèle, utile à l'industrie, propice aux prairies, inoffensive aux riverains, faite de sources continuant des ruisseaux cachés sous le filtre beauceron : jamais son onde pure ne sèche beaucoup, jamais non plus elle n'endommage la vallée par endroits tourbeuse; il y a des années où son niveau reste le même à 30 centimètre près, et il a fallu des sécheresses séculaires pour la réduire à 2 800 litres, son étiage ordinaire
Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. cbartiii
étant de 5 mètres, son volume normal de 8, ses crues de 30 — merveilleuse égalité d*humeur.
Composée de deux gros ruisseaux nés à la lisière septentrionale de la forêt d'Orléans, la Rimarde, et rC£uf, qui passe à Pithiviers, la sage Essonne coule, rarement en un seul bras, dans la vallée de Malesherbes où des roches de grès s'avancent au-dessus des larges prairies.
Son maître tributaire, la /uine, rivière d'Étampes, est également un courant des mieux ordonnés, qui a ses réserves sous la Beauce ; longue de 50 kilomètres, drainant 65 500 hectares, elle oscille entre 1800 et 6 500 litres : pas même du simple au quadruple, ce qui est un heureux miracle.
Le Gfttinais s'étend des talus de la rive droite de FEssonne à ceux de la rive gauche de TYonne, de TOrléanais jusque dans la Bourgogne, la grande province clef de voûte qui participe à la fois de la Seine, de la Saône et de la Loire. En son milieu dévale du sud au nord, le Loing, qui la divise en deux sous- Gâtinais : le Gfttinais d'Ouest ou Beauce Orientale et le Gfttinais d'Est.
Le Oâtinais d'Ouest est absolument Beauce au nord, donc sans arbres, sans rus, voire sans ruisselets ; sur son plateau de 120 à 150 mètres d'altitude, les animaux boivent à la mare verdfttre que l'été fait d'abord puante, puis qu'il tarit jusqu'à la dernière goutte de sa boue; l'homme alors tire l'eau du fond de puits qui sont des avens de 50, 60 et 70 mètres de profondeur. Peu de fermes, peu de hameaux; presque tout le monde habite de longs villages à demi vides le jour au temps agricole, quand les paysans sont aux champs, à leur blé, leur safran, leurs fourrages; seuls les enfants, les vieillards, les infirmes, les malades, les < propres à rien » restent à la maison. Le soleil et le vent, celui-ci souvent aigre, froid, violent, hargneux, incoercible, celui-là parfois très chaud, le soleil et lèvent n'y font rien : tous les valides aux champs! Mais qu'il pleuve à seaux ou qu'il neige, tous les villageois demeurent au village, sans qu'il y paraisse beaucoup, parce qu'ils s'occupent dans leur cour, grange et hangar, aux mille et une futilités de la vie rurale — futilités qui ne sont point frivoles comme celles du train-train des cités toujours en rumeur.
Tel est le Gfttinais Occidental à l'ouest de Nemours, sur un calcaire analogue à celui de la Beauce ; mais tel n'est pas ce même Gâtinais à l'ouest de Montargis, en vertu d'un terroir plus humide, tigré de bois qui jadis joignaient intégralement la forêt de Fontainebleau à la sylve que Montargis honore de son nom. Parcouru par de longs ruisseaux pauvres descendant
TR0I8IÂMB Petits Monts, Bas Plateaux , Plaines,
presque sans pente à la rive gauche du Loing, il avait des étangs en foule, qu'on a vidés à Tenvi, tellement qu'il ne restera bientôt plus que ceux dont le Canal d'Orléans tire ses eaux d*éclusée. Ce Gâtinais-là manque de fécondité, mais ses bois, ses bosquets, devenus à cause de la proximité relative de Paris Tune des grandes chasses de France, abritent des châteaux, des rendez-vous, des villas, des retraites, des asiles de peintres, de rentiers, et de quelques misanthropes cherchant (et trouvant), comme l'homme de Molière, des endroits écartés où l'on ait licence de suivre tout au long ses pensées.
Le séparateur des deux Gâtinais, le Loing se promène à pas lents pendant 40 lieues dans une terre de 415 000 hectares, et il finit par rouler en temps coutumier 15 mètres cubes, avec minimum de 4, maximum de 300. Il réunit deux branches mères, le Loing et l'Ouanne, rivières qui portent en réalité le même nom : car Loing c'est Ouanne avec incorporation de l'article et addition d'un g nasal; et Loing et Ouanne, c'est encore, c'est toujours On^ l'Eau.
Le Loing garde le nom, mais il ne vaut pas l'Ouanne. Un petit pays au sous-sol de craie dure, la bocagère Puisaye, pauvre en sources, est sa terre natale et celle de ses hauts affluents, sortis comme lui d'étangs ombragés de forêts.
Descendu d'un massif de 330 mètres, c'est le ruisseau de Saint-Fargeau, de Bléneau, de Chàtillon, et il y a peu d'eau courante en été dans son lit quand il passe près de Montbouy devant la Fosse aux Lions de Chennevières, charmant petit amphithéâtre romain.
L'Ouaniie *• a aussi ses ruines romaines, à Triguères. Parmi les premiers rus dont elle hume les eaux, celui de Fontenoy sinue au bas du coteau de 264 mètres où une colonne remémore la terrible bataille de 841, du fait de laquelle l'empire de Charlemagne se démembra par le traité de Verdun en une France à l'occident, une Germanie à l'est, et entre les deux une Lorraine qui allait de la mer du Nord à la Méditerranée provençale et devint pour des siècles une pomme de discorde entre Allemands et Français. L'Ouanne est la riviérette de Château- Renard, la ville aux beaux arbres; elle rencontre son frère le Loing en amont de Montargis, cité dans l'ample bassin de laquelle arrivent aussi quelques méchants ruisseaux du haut Gâtinais.
A ces ruisseaux le Loing doit moins qu'aux sources invisibles de la région des grès de Fontainebleau.
1. 65 kilomètres ; 91 000 hectares : soit 30 000 de plus que le Loing supérieur.
Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. cbamto
Il y a là des ravins qu'on ne peut oublier qui, de détour en détour, sont comme un long bout du monde, un chaos de roches grises montant avec leurs pins à Tassant des collines.
Extérieurement, ces roches sont ternes; la pluie les a brunies, la mousse les a verdies, mais intimement elles sont blanches, comme le prouve, à leurs pieds, le sable fin qui s'en détache, et des blancheurs éclatantes montrent de loin les grès où le carrier travaille. A l'origine des ravins Thorizon s'ouvre tout à coup et le sentier s'aplanit sur la table du Câlinais.
A ces ravines il manque l'eau qui mordait leur pierre de sable, sur une rive, puis sur l'autre, à chaque inflexion de la coulière; de mémoire d'homme, elles sont sèches; nulle part le lit du ruisseau n'est visible, il s'est comblé, on le cultive comme tout le fond du val.
Elle est là pourtant, l'onde gâtinaisanne, profondément sous terre sauf à de rares fontaines, dont la plus puissante est la Source de Cbtdntreauville < ; seulement elle ne jaillit plus dans sa vallée, pas même au plus bas, mais dans le Loing môme, ou sous le Loing : le débit des affluents apparents, fontaines ou ruisseaux, ne saurait expliquer à lui seul la grande croissance de la rivière entre Montargis et la gracieuse Nemours, entre Nemours et Moret la charmante, ville auprès de laquelle le Loing rencontre la Seine par 41 mètres.
La fonction de la vallée du Loing, c'est d'unir par une route aisée le bassin de la Seine à celui de la Loire ; ce val est comme une baissière entre les deux fleuves : de grandes voies en profitent, routes, chemin de fer et l'un des canaux les plus navigues, le Canal du Loing, qui se divise près de Montargis en deux sous-canaux : le Canal de Briare et le Canal d'Orléans.
Le Gâtinais Oriental, du Loing à l'Yonne, de Nemours à Sens, a, lui aussi, exondé ses mares pour en faire des prairies.
Dans son ensemble, le Gâtinais va de la plus grande forêt de France à l'une des plus belles.
Chênes, charmes, bouleaux, pins sylvestres,
XXIX taillis plutôt que grands et hauts arbres, la Forêt
FOBÊTs d'Orléans est un débris de l'antique dôme d'obs-
D'OBLÉANS curcissement qui cacha tous ces laids plateaux,
ET DE FON- Sologne, Beauce, les deux Câtinais, la Brie, quand
TAiNEBLEAu ils étalent un seul, un immense bois vierge. Vaste
encore, elle a 34 246 hectares en tant que bois
domanial, sans compter bois privés ou bois communaux ajou-