kilomètres, 71 000 hectares
TR018IÈVB Petits MontSj Bas Plateaux^ Plaines,
Dans le Canx, deux sous-pays, de très inégale étendue : le Grand Caux, de Rouen et du Havre à la vallée de TArques et à Dieppe; le Petit Caux, de TArques à la Bresle, fleuve de l'autre côté duquel monte un plateau picard, le Vimeu.
Tous deux d'ailleurs, le Grand et le Petit, sont exactement semblables, et d'un bout à l'autre ils se déroulent en une campagne plantureuse dont Yvetot, la ville principale, ne fut jamais qu'un bourg, sans autre potentat que le compère d'une immortelle chanson, Normand ivre de cidre et non de royauté.
Mais si les limons de ce plateau n'ont jamais nourri de monarques, ils ont engraissé des paysans, race matoise qui vit dans de grands villages et dans des c herbages », fermes ombragées d'arbres magnifiques, hêtres, ormes, avec quelques chênes; à l'abri de ces géants, autour de la maison, croît le pommier, cher aux héritiers des pirates : ils en tirent le cidre, qui est leur vin.
Parmi les nombreuses contrées d'orient, de nord, de centre, de sud où se reposèrent enfin les écumeurs de mer dont les paysans cauchois descendent pour un peu (la masse de leur sang étant gallo-romaine), on n'en trouverait pas beau* coup qui vaillent le pays de Caux, surtout les vallées admirables qui l'entament. Sur le plateau, dans des campagnes presque exactement nivelées, avec pente au septentrion vers la mer, pente au midi vers la Seine, les vents soufflent à toute haleine, comme jadis autour de la pirogue allongée des flibustiers Scandinaves. Mais la double ou triple rangée de vieux arbres plantés sur des talus de cinq à six pieds de haut à l'entour de la maison, du courtil, de la prée défend, rien qu'en courbant un peu la tète, les pommiers et le jardin et la demeure contre toute fureur d'ouragan ; à peine si se ride en léger frisson la mare où les animaux boivent, faute de fontaines vives, une eau morte retenue par l'argile compacte : < ils ne la boivent pas, dit lé paysan, ils la mangent », tant elle est opaque, lourde, mêlée de glaise, et traversée de limons.
Vus d'un lieu culminant, en recul fuyant, ces allées et ces quinconces de pommiers à cidre, ces grands arbres d'autour maison ou d'autour village, cachent les fermes, les hameaux, les bourgs dont beaucoup se distendent en longues villes rurales; ils transforment en apparence la campagne herbeuse, céréalière et potagère du Caux en une sorte de forêt : tels, vers ouest et sud-ouest, les Bocages bretons, normands, manceaux et poitevins, changés de loin en sylve par les arbres étêtés de leurs haies d'enclôture.
Mais les forêts, voire les forêts profondes, ne manquent
Le Plus Beau Royaume Sous le CieL oupitm
pas au plateau cauchois; la plus ample de toutes, la Forêt d'En (9390 hectares), dans le Petit Caux, commande le val de Bresle; d'autres vêtent le plateau en arrière de la falaise de la Seine.
Quand brusquement, par une des routes droites de la haute plaine, on plonge à grandes courbes, sur une des vallées du Caux, la singulière beauté du pays émerveille les moins émerveillables des hommes. A fraîcheur, fraîcheur et demie; ou plutôt avec tout leur luxe de prairies, d^arbres, d*épis, de fourrages, les c hauts » du pays cauchois sont, on oserait presque le dire, comme une Arabie Pétrée, comparés aux vallons inclinés vers la Seine ou penchés vers la mer orageuse. Bois, bouts de forêts, prées d'un vert d'émeraude, sources de cristcd dont plus d'une épanche une rivière, eaux magnifiques, châteaux et parcs, beaux villages ombreux dont un ne finit pas sans que l'autre commence, écluses de moulins, bruits de cascades, rumeurs de fontaines, et cela du cirque natal à la < valleuse » ou brèche ouvrant le val sur la mer ou sur le fleuve, vraiment on ne saurait trop féliciter les < Vikinger » d'avoir débarqué sur cette rive avec leurs rameurs prompts à brandir la hache. Qui louera jamais assez ces riviérettes, ces fleuves d'eau vive, ces grands arroseurs de prairies, ces tourneurs de roues d'usine (malheureusement pour eux, car trop souvent les c sanctuaires de l'industrie » muent leurs eaux de la limpidité bleue ou blanche aux couleurs cyniques d'un barbouillage empoisonné)? A la Seine aboutissent Robec, Cailly, Sainte- Austreberte, Rançon, Caux, Bolbec, Lézarde; à la Manche, l'Yères, TArques, la Scie, la Saâne, la Durdent, la rivière de Fécamp.
Toutes ces riviérettes cauchoises, si parfaitement semblables d'un bout à l'autre du Caux par mainte et mainte splendeur, magnificence des surgeons, opulence des prairies, robustesse des arbres, opacité des feuillages, saine rusticité des villages, se ressemblent aussi par la division de leurs conques en deux régions dissemblables : celle de l'eau courante, celle de l'eau cachée. Qu'on remonte l'une quelconque d'entre elles jusqu'à sa première fontaine, on n'arrive pas pour cela dans le cirque originaire du val; il s'en faut d'une longueur souvent égale, parfois même supérieure au développement total de la rivière entre sa naissance et sa fin. Les jets superbes de l'onde sont r c éclosion » de la riviérette, mais ils n'en sont pas le germe.
Elle vient de loin, l'eau brillante, jusqu'au fond visible, pressée de sortir des obscurités inférieures et de s'épanouir entre des rives fleuries. Au-dessus de cette première expansion
TRoniÉME Petits MontSy Boa PlateauXy Plaines.
ToD remonte encore et longtemps la coulière, pendant 5, 8, 10, 12, même 45 kilomètres, et de çà, de là, à gauche, à droite, des vallons débouchent dans la vallée mère; seulement cette cou- Hère, ces vallons, ces ravins sont secs; nulle part et jamais d*eau courante : le flot coule sous terre, il s'est à la longue enfoncé sous les limons perméables, jusqu'à la couche étanche, dans l'ombre précieuse qui le garantit d'être bu du soleil; et c'est pourquoi, de suintements en suintements, de gouttelette en gouttelette qui tombe dans les ténèbres sourdes, parla patience infinie de la distillation d'en-dessous, les ravines sèches préparent à la rivière une apparition triomphante.
Le Hohec porte un nom Scandinave dont la seconde syllabe veut dire la rivière; il a pour yeux, comme disent les Arabes en tout pays soumis à leur langue raboteuse (et comme disent aussi d'après eux les Espagnols), il a pour yeux, pour sources, des fontaines merveilleuses sortant de la craie blanche; les plus belles se nomment les < Cressonnières >, du cresson qui s'y baigne dans l'eau pure et fh>ide. C'est l'ftme de Damétal, ville industrielle qui n'a gardé des Normands que son nom — Darnétal, c'est, avec légère corruption, la t vallée des Danois». Il s'achève à Rouen, ainsi que VAub^tie, son émule pour la force des sources et l'activité des eaux sur un chemin d'usines : ensemble, Aubette et Robec, qu'un bras commun relie dans Damétal, ces deux courants qui n'ont, le premier que 8312 mètres de long, et le second que 10 167, versent de 1 000 à 1 960 litres suivant la saison.
Le Caiîly est un Robec plus grand : fontaines de toute beauté faites par les millions de gouttes qui, passant à travers les limons du Caux, entrent dans les veines de la craie pour en sortir à grands flots au fond de cirques étroits; eaux admirablement limpides si l'industrie ne les déshonorait; usines sans nombre; embouchure à Rouen : Hon dans la ville, mais dans la banlieue, au-dessous de Maromme, cité de fabriques attachée à c Rotomagus > par de longues rues. Long de 31 kilomètres, il donne 1 727 litres en étiage, 3405 en eau ordinaire — tel est le tribut d'un bassin qui dans maint pays d'argile entretiendrait à peine un ruisseau vidé par une journée de chaleur.
La Sainla-Aoslrefrerta ne diffère ni du Cailly, ni du Robec. Ses fonts ont même origine, même surabondance, et ses flots ne sont pas moins actifs; elle porte au fleuve, à Duclair, au bout de 18500 mètres de cours, 2000 litres en temps normal, 1 523 en grand étiage.
Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. cBÂnm
Le Rançon^ à Caudebéquet, roule 1 150 litres; or il n'a que 3400 mètres; à une demi-lieue à Touest, à Caudebec, le Caox n'erre que pendant 3 888 mètres, et sa portée ordinaire est de 1 400 litres, son étiage de 1 043 ! Courtes sous le soleil, ces riviérettes sont longues sous les plateaux du < royaume d'Yveiot >.
Le Bolhec anime les industries de Bolbec et finit à Lillebonne; il a moins de constance : son étiage de 497 litres est trois à quatre fois inférieur aux 1 760 litres du débit normal.
La Lézarde vaut les meilleurs courants issus de la craie blanche. Cette rivière de Montivilliers et d*Harfleur ne parcourt même pas quatre lieues ; or, elle verse 2 375 litres, que les plus longues sécheresses n'abaissent qu'à 1 500.
Si ces miraculeuses riviérettes jaillissaient en amont de Paris, voire à la même distance qu'elles jaillissent en aval, la fière métropole continuerait à ne savoir comment se débarrasser du fardeau de ses impuretés diurnes et nocturnes, mais elle n'aurait nul besoin de s'adresser à la fois pour boire à l'Ilede-France, à la Normandie des bords de l'Avre, à la Champagne, à la Bourgogne, et de convoiter le lac de Neuchâtel, ou le Léman, profond de mille pieds.
Non moins extraordinaires les c naïades •
XXXVI des vallées inclinées vers la Manche, de la
FALAISES Somme à la Seine, et qui, nées dans le Caox
NORMANDES : intérieur, meurent au bas des Falaises de Nor^
FLEUVES mandie.
CAUCHOIS i On a traversé l'estuaire de la Somme, pais PAYS DE BEAT foulé Ics alluvious des Bas Champs de Cayeux :
subitement l'escarpe du plateau du Vimeu s'abat sur la Manche et dès lors commence la falaise de craie, gloire de la Normandie avec les beaux herbages, les ravissants vallons, les sources claires, la Seine sinueuse.
Ce rempart du continent recule devant les flots, à vitesses variables : ici d'un pied par an, là d'un mètre, là de deux. C'est l'élément terrible par sa fluidité, c'est l'onde qui le renverse; non pas seulement le flot salé, la c mer qu'on ne peut apaiser », mais aussi le flot doux.
La Manche, elle, attaque en face; l'eau des fontaines, sournoisement, en arrière et par-dessous. Tombée des filtres dn plateau, l'eau c continentale » s'unit en ruisseaux souterrains déblayant sous la roche le sable ferrugineux qui porte la falaise; il se forme ainsi des cavernes, la roche est suspendue,
TRCMBiÈiu Petits MontSy Bas Plateaux, Plaines,
les vagues la frappent, elle s^abat, souvent par blocs énormes; telle tempête a fait crouler des milliers de mètres cubes de paroi. Il semblerait que ces talus de ruines devraient protéger la falaise qui les a laissé choir, mais ce qui tombe ici par pans réguliers n'est ni du granit, ni du porphyre; c'est du roc mou, les flots le diluent, les courants remportent.
Haut d'une centaine de mètres, le fronton régulier de la falaise est une ligne si peu c chevauchante » qu'on peut presque la dire architecturale; elle ne s'abaisse guère qu'aux brèches ouvrant la porte de la mer aux petits fleuves cauchois.
Le premier de ces charmants myrmidons hydrographiques n'appartient à la Normandie qu'à demi : d'Ault à la Bresle, courte distance, pas même deux lieues, la falaise relève de la Picardie, comme le plateau du Vimeu dont elle est la retombée. La Bresle^ sépare, à droite, ce Vimeu et le Ponthieu, terres de Picardie, du Petit Caux et du pays de Bray, terres de Normandie.
Elle descend des collines d'Aumale et, gracieuse au possible, s'épanche en sa prairie ou normande ou picarde, à la lois campagne, parc et ville, avec arbres de la plus vigoureuse lenue montant à l'assaut du plateau d'occident, le Petit Caux, chargé de forêts ; les bourgs s 'y touchent : plus de vingt-cinq d& la source à l'embouchure sur la plage de galets du Tréport. Ce fleuve bi-provincial roule coutumièrement 8 mètres, 20 seulement en crue, et son étiage n'est pas très inférieur à sa piissance ordinaire.
De la Bresle à Dieppe, la falaise, désormais normande, fui vers le sud-ouest avec une raideur singulière, sans aucun esiran : de sa corniche, qui termine le plateau du Petit Caux pa.* un précipice à pic, on peut cracher à l'heure du haut flux dais la mer houleuse. A moins de 6 kilomètres de la fin de la Bnsle, le c fleuve > du Petit Caux, VYères meurt en Manche au piel du Mont Jolibois : si petite, elle s'eflace brusquement; elle est pour la mer d'entre Angleterre et France moins qu'une goitte d'eau pour un Mississippi. Très gracieusement sinueuse, elle exprime d'un bassin de 32 000 hectares 2600 litres par seccnde (i 500 en étiage). D'elle on peut dire que son charmant val, où villages, hameaux, bourgades s'emboîtent, est une rue avec jardins et courtils, qui, de coude en coude, ne s'achève jamâs, le long des 41 925 mètres du transparent cours d'eau. Elle a sa brèche de défaillance en mer près de Criel, à une lieue au sud-ouest du Tréport.
i cinq ou six lieues au sud-ouest de l'Yères, à Dieppe,