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kilomètres, 68 000 hectares

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. chapiiu

arriYe un plus grand courant d*eau vive, YArqnes^ ausai nommée la Dieppette.

Dieppe s'appelle ainsi de la profondeur de son port, par corruption légère d*un mot normand, autrement dit Scandinave, puisque les pirates qui conquirent la Neustrie maritime avant de vaincre et de modeler les Saxons de la Grande-Bretagne venaient des pays habités par les Norvégiens et les Danois. Ce mot, diepj que reproduisent l'anglais deep, et Fallemand tiefy veut dire profond ; et en effet le port de Dieppe est le plus creux de la Manche normande entre la Somme et la Seine : 7 m. 20 à la basse mer, 9 m. 97 en vive eau d*équinoxe; très sûr, il reçoit des navires de 1 200 tonneaux. Ses marins ne courent plus comme autrefois les mers à la trouvaille des pays nouveaux (et d'ailleurs il n'en est plus à découvrir) ; eux qui abordèrent en même temps que les Portugais, sinon avant eux, sur tel rivage d'Afrique, ils pèchent maintenant pour le dévorant Paris plus de poissons que n'importe quels autres riverains de < Belle France * ; et plus de 130000 hommes par an y traversent U Manche entre Dieppe et l'anglaise Newhaven.

Aucun port de la Manche n'est si voisin de la capitale, et l'oi prétend mener de Paris un canal de grande navigation à tr^ vers les plateaux normands ; la formule de ce rêve, à supposa" qu'il y ait des rêves industriellement parlant, c'est : < Paris poi de mer >.

A son nom, à son passé germaniques la < Profonde » peit opposer une antériorité gallo-romaine et même celtique. Nat-elle pas hérité au moyen âge, de la cité de Limes ou Olyne, oppidum des temps reculés populairement nommé camp ie César? En quoi il a partagé le sort d'une foule de camps en réalité très peu c césariens > : mais partout où l'on reconnassait vaguement des délinéaments, souvent presque effacés, de talus, de fossés, de circonvallations, on s'était habitué à dre sans hésitation : c Ceci est un camp de César! » La citéde Limes, au nord-est de Dieppe, entre la Manche, la < valleuie > ou vallée sèche de Puys et la tranchée qui l'isolait du plafcau du Petit Caux, a beaucoup perdu de sa première étendue par éboulement de sa falaise dans la mer. Des tumnli bossellentses 55 hectares, et l'on y a trouvé des vestiges de l'ère celtifue, de l'époque romaine et de la mérovingienne. Dieppe naqut de quelques familles descendues, on ne sait quand, de la bourgade qui avait remplacé l'enclos guerrier d'Olyme.

L'Arques ou Dieppette ne doit pas au seul pays deCauxtout son flot divinement clair de 9000 litres, avec étiage de SD68; elle a sa bonne part du pays de Bray par le val supérieir de la Béthune, Tune de ses trois branches mères.

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TBoniÈin Petits Monts, Bas Plateaux^ Plaines.

Le Paya ds Bray diffère essentiellement comme nature, comme aspect, des trois plateaux qui le dominent, et qui rétirent en longueur, — car il a bien une quinzaine de lieues, ce Bray, du nord-ouest au sud-est, de Neufchâtel à presque toucher Beaurais, tandis que nulle part sa largeur ne dépasse iO kilomètres.

Si le Caux à Foccident, le Vexin au midi, la Thelle au sudest, sont des plans de craie très perméables que la pluviosité du ciel sauve seule d'une sécheresse c pouilleuse », le Bray, antérieurement créé, est un bas-fond d'oolithe, avec argiles de sous-sol fort peu traversables par les eaux : d'où un excès d'humidité, des plaines un peu palustres, pas beaucoup de grains, d*autant plus d*herbes opulentes, d'autant plus d'arbres d'une superbe venue. Le Bray est une fraîche, et presque une froide Arcadie, dont le nom dit les qualités, puisque, sauf légère adultération, c'est le même que Brie, provenu d'un radical celtique désignant les glaises de difficile travail. On dit pays de Bray, l'on dit également : vallée de Bray, val de Bray, non sans raison, parce que le départ de la carapace de craie qui couvrait son oolithc a rabaissé son niveau de 60 à 80 mètres; autrefois égal en altitude aux plateaux crétacés de son pourtour, il est commandé à droite, à gauche, depuis que sa craie s'est érodée, par une double falaise, pAture sèche, tant du côté des Picards que du côté des Normands.

On a comparé le pays des t B rayons > aux < Bocages » de Normandie, Bretagne, Maine et Poitou : en effet, dans cette contrée conquise il y a plus de mille ans par des pirates qui furent, en leur temps les dignes précurseurs des corsaires barbaresques, les domaines, les herbages ont aussi des clôtures de haies d'où les arbres s'élancent, et vue, soit de haut, soit de loin, on dirait que cette < herbe » est une forêt.

A l'inverse des gens du Vexin, du Caux, les habitants y vivent moins dans de petites villes, des villasses, qu'en de menus hameaux, des écarts, des fermes éparses, ce qui est une grâce de plus dans le paysage, et surtout un précieux privilège ; la dernière fable du t Bonhomme » n'est pas la moins belle; elle nous dit de rester au désert, t sous les ftpres rochers, près d'une source pure, lieux respectés des vents, ignorés du soleil >.

Le val de Bray donne naissance à l'Epte; à la Béthune, l'une des trois constituantes de l'Arques ; enfin à des rus qui gagnent le Thérain, rivière du versant de l'Oise. A son sud-est un massif d'origine crétacée, avec placage d'alluvions quaternaires, la Thelle a des reliefs de 200 à 235 mètres; elle s'en va de l'Epte de Gournay à l'Oise de Creil, au sud-ouest, au sud, au sud-est de Beauvais.

< 6oi »

Le Plus Beau Royaume Sous le Ciel. auims

L^Arques se compose de trois riviérettes, dont une, la Bé thune remporte en longueur, et une autre, la Varennes, en volume. Cette Varennes^ serpente devant Saint-Saens et Bellencombre; la Bétbune* passe à Neuf chàtel, qui fut capitale du pays de Bray; VEaulne ' (en réalité TAune, corruption d'auen ou eau) est le cours d*eau de Londinières, dans une vallée touffue de villages, semblable à une rue infinie, irréguliëre avec bosquets verdoyants : rue plus curieuse encore, absolument extraordinaire, quatre bourgs hissés sur le faîte de TAliermont, entre TEaulne et la Béthune, s'étirent sans lacune le long d'une grand*route sur 17 kilomètres de longueur. Au pied du vieux chftteau d'Arqués, immortalisé par une victoire du Béarnais, ces trois rivières s'unissent, à 6 kilomètres de Dieppe et de la fin du fleuve, au terme d'une triple conque de 88500 hectares.

A l'occident de Dieppe, se suivent de près les deux t fleuves » de Scie et de Saftne.

La Scie baigne une quinzaine de charmantes bourgades, en un val noyé de verdure constamment suivi par le chemin de Paris à Dieppe; engloutie par le gouffre commun des eaux, à 2 500 mètres de la ville où l'Arques s'achève, elle verse 1 700 litres, en hommage d'un bassin de 24737 hectares où elle se déroule sur 33 kilomètres.

La Saéne ou rivière de Brachy se perd dans la c manche > océanique d'entre Angleterre et France, qui est la Manche tout court, à une dizaine de kilomètres de Dieppe, après un riant pèlerinage de 34350 mètres, où elle rassemble 3 mètres cubes distillés par 26359 hectares.

Plus belle encore la falaise à l'ouest d'Arqués, Saâne et Scie, que des dunes de Picardie à la bouche de l'Arques. On y admire : Veules, port de pèche et ville de bains où une riviérette de 600 litres jaillit dans une valleuse et au bout de quelques cressonnières, de quelques usines, entre avec humilité dans la mer; — Saint- Valery-en-Caux port obstrué de galets voyageurs qui grée des bateaux pour la pèche dans les rudes mers du Nord, jusqu'à Terre-Neuve : il y a des séries d'années où Saint- Valéry perd en mer un marin sur six; — Yeulettes où arrive l'un des Amazones du Caux, la Durdent; — Fécamp, lieu terminal d'un fluviot et lieu d'armement pour la pèche aux bancs terre-neuviens : ce port est le premier de France pour la conquête de la morue, du hareng, du maquereau.

1. 40 kilomètres, 21500 hectares, 4 métros cubes. ~ 3. 78 kilomdtres, 40 000 hectares, 3 mètres cubes. — 3. 550 kilomètres, 37 000 hectares, 3 700 litres.

nomiùB Petits MontSy Bas PlateauXy Plaines,

La Duxdeni doit Texistence à deux fonts splendides, dans le vallon d'Héricourt en Caux : à la Fontaine de Saint-Denis (800 litres) et à la Fontaine de SainP-Riquier (700 litres); accrue en descendant de sources presque dignes des deux surgeons originaires, elle arrive à son tombeau vers Veulettes avec 4700 litres, et elle n'a que six lieues et ne boit qu'à 37 565 hectares !

La Rivière de Fécamp, ainsi nommée de son lieu d'embouchure, unit les deux rivières de Valmont et de Ganzeville. A peine a-t-elle 13 kilomètres, mais ses 22836 hectares lui octroient 2 900 litres, avec étiage de 1 317 ; les Sources de VEpinay dans la coulière du Valmont, en versent à elles seules 800, plus du quart de ce gracieux fleuve.

Après Fécamp, Yport, lieu de bains ; après Yport, la fameuse Étretat.

Étretat n'a pas les falaises les plus hautes de la côte normande, mais elle a les plus belles, fiers monuments de Tarchitecture de la mer sculptés par le départ et le retour des flots.

La Manche y heurte la falaise et la renverse par pans, dont ensuite elle fait des blocs couverts de la luisante humidité salée qui ressemble au verglas ; elle y palpite en des cavernes qu'elle a creusées dans la tendrière, portion de la craie plus délitable, plus c tendre » que les autres ; elle y clapote sous trois arches qu'elle a percées, Porte d'amont, Porte d'aval et Manneporte; elle y danse orageusement autour de deux obélisques, aiguilles qu'elle a séparées de ce qui fut la paroi de falaise, et, chaque année, elle agrandit l'espace entre le continent et ces deux écueils pointus attaqués en tempête par tout l'air et par toute la mer; ily a déjà plus de 1 000 mètres de la paroi littorale à l'Aiguille de Belval ou de Bénouville ; l'Aiguille d'Étretat a 67 mètres de haut : à un mètre près, c'est la grandeur des tours de Notre- Dame.

Tout ce chaos change incessamment, suivant l'heure ou la lumière, ou l'ombre ou le vent, selon que l'Océan dort ou veille, selon qu'il monte ou descend, qu'il attaque ou qu'il fuit, qu'il se concentre ou qu'il se disperse.

Jadis Étretat avait une beauté de plus, une riviérette cauchoise dont on peut suivre le vallon bien au delà de Goderville ; elle est aujourd'hui tarie en apparence, mais elle coule invisiblement et jaillit sur la grève môme d'Étretat par des eaux vives que noie la marée haute et que la marée basse laisse à leur joyeuse expansion. De même, et bien infortunément pour la gràce de tant de vallées littorales, d'autres c fleuves > de par ici ont disparu (ou jaillissent en val plus bas qu'an tan). Ainsi,

pour reveair d'ËtreUt vers Dieppe, la rivière de Ganzaville ne commence plus à Daubeuf , mais à une lieue en aval, au-deasous de l'église du Bec de Mortagae ; la rivière de Saint- Valery-ea- Caux a tour à tour paru, disparu, reparu; on ne l'a pas revue sous leciel depuis le zv* siècle; enfin Fonlaine-le-DuD ne mérite plus son nom, depuis que sort de terre i Antigny la source du Dun, très petit fleuve à l'est de Veules.

Le Cap d'AntUn (110 mètres), voisin d'Ëlretat, divise le courant de la Hanche en deux sous-courants cdtiere : l'un vogue vers le nord jusqu'en Picardie, comblant en route les ports à l'issue desvalleuses — c'est celui qui déposa les Bas-Champs de Cayeux; — l'autre va vers le sud-ouest pour prendre part au remblaiement du golfe de la Seine.

Le Cap deJs Hé-re {105 mètres) est à pic sur la mer; dévoré de deux mètres par an, il portait au moyen Age le bourg de Saint-Denis -chef-de-Caux, qui tomba quand s'éboula sa falaise; puis le mer délaya les débris — à 1 400 mètres de Testran, le banc de l'Éclat indique A peu près le pied de ce qui fut l'escarpement couronné par la bourgade aérienne.

Aérienne au nord seulement, comme tous les villages du bord de la falaise; au sud, ils allongent sur le plateau leurs rues et ruelles, leurs courtils, leurs champs : de ce cAté (sauf la fierté des arbres) ils ressemblent A quelque bon bourg beauceron, tandis qu'ils plongent au septentrion sur le vide et sur la mer.

Si Boghar en Afrique est un c Balcon du Sud >, ils sont des ( Balcons du Nord i ; toutefois aucun d'eux, ni le hameau, ni la villa, ni le phare, ne s'avancent jusqu'au bord même dn gouffre, de peur d'être prochainement prà;ipités dans l'abîme avec le pan de la roche.

Le cap de la Hève commande la fin de la Seine et le port du Havre, qui serait le premier de France si nous n'avions pas Marseille.

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