‹ Le poëme de FontenoyChapitre 5 sur 5 · POEME · texte numérisé non relu

POEME

Ce brillant efcadron, fameux par cent batailles,

Lui, par qui Catinat fut vainqueur à Marfailles,

Arrive, voit, combat, & foûtient fon grand nom.

Tu fuis du Chaftelet, jeune Caftelmoron ,

Toi, qui touches encore à l’âge de l’enfance,

Toi, qui d’un fiible bras qu’affermit ta vaillance, Reprends ces étendards déchirez & finglans,

Que l’orgueilleux Anglais emportoit dans fes rangs:

C’eft dans ces rangs affreux que Chevrier expire;

Monaco perd fon fang, & l’Amour en foupire.

Anglais fur du Guefclin deux fois tombent vos coups, Frémifîêz à ce nom fi funefie pour vous.

Mais quel brillant héros, au milieu du carnage, Renverfé, relevé, s’efl ouvert un paffageî Biron, tels on voyoit dans les plaines d’Ivrï Tes immortels aïeux fuivre le Grand Henri.

Tel étoit ce Crillon, chargé d’honneurs fuprêmes. Nommé brave autrefois par les braves eux-mêmes.

Tels étoient ces d’Aumonts, ces grands Montmorencis, Ces Créquis fi vantez renaiffans dans leurs fils.

Tel fe forma Turenne au grand art de la guerre,

Près d’un autre Saxon la terreur de la terre,

Quand la Juftice & Mars, fous un autre Louis, Frappoient l’Aigle d’Autriche & relevoient les Lis.

Comment ces courtifans, doux, enjouez, aimables, Sont-ils dans les combats des lions indomptables î Quel affemblage heureux de grâces , de valeur !

Bouflers, Meuze, d’Ayen, Duras bouillans d’ardeur,

A la voix de Louis courez troupe intrépide :

Que les Français font grands quand leur maître les guide !

Ils I aiment, ils vaincront, leur père eft avec eux.

Son courage n’eft point cet inftindt furieux,

Ce courroux emporté, cette valeur commune;

Maître de fon efprit, il l’efl de la fortune,

Rien ne trouble fès fens, rien n’éblouit fes yeux.

Il marche, if eft fèmblable à ce maître des Dieux, Qui, frappant les Titans, & tonnant fur leurs têtes, D’un front majeftueux dirigeoit les tempêtes.

If marche, & fous fes coups fa terre au loin mugit, L’Efcaut fuit, la mer gronde, & le ciel s’obfcurcit. Sur un nuage épais que des antres de l’ourfe Les vents affreux du nord apportent dans leur courfè, Les vainqueurs des Valois defcendent en courroux: Cumberland, difent-ils, nous n’efpérons qu’en vous; Courage, raffemblez vos légions altières,

Bataves , revenez , défendez vos barrières ;

Anglais, vous que fa paix fembloit feule alarmer. Vengez-vous d’un héros qui daigne encor l’aimer; Ainfi que fes bienfaits craindrez-vous fa vaillance l Mais ils parlent en vain, lorfque Louis s’avance Leur génie eft dompté, l’Anglais eft abattu,

Et la férocité le cède à la vertu.

Cl are avec l’Irlandais, qu’animent nos exemples, Venge fes rois trahis, fa patrie & fes temples.

Peuple fage & fidèle, heureux Helvétiens,

Nos antiques amis & nos concitoyens,

Votre marche afïurée, égale, inébranlable.

Des ardens Neuftriens fuit la fougue indomptable»

Ce Danois, ce héros, qui des frimats du nord.

Par le Dieu des combats fut conduit fur ce bord,

Admire îes Français qu’il efi venu défendre.

Mille cris redoublez dans les airs font entendre, Rendez-vous ou mourez, tombez fous notre effort:

C’en eft fait, & l’Anglais craint Louis & ïa mort.

Allez, brave d’Efirée, achevez cet ouvrage. Enchaînez ces vaincus échappés au carnage;

Que du roi qu’ils bravoient ils implorent l’appui:

Ils feront fiers encore, ils n’ont cédé qu’à lui.

BlEN-TOST vole après eux ce corps fier & rapide.

Qui femblable au Dragon qu’il eut jadis pour guide , Toujours prêt, toujours prompt, de pied ferme, en courant. Donne de deux combats le fpeélacle effrayant.

C’efi ainfi que l’on voit dans les champs des Numides, Différemment armez des chaffeurs intrépides ;

Les courfiers écumans franchiffent les guèrets.

On gravit fur les monts, on borde les forêts;

Les pièges font dreffez, on attend, on s’élance.

Le javelot fend l’air , & le plomb le devance ;

Les léopards fanglans percez de coups divers,

D’affreux rugiffemens font retentir les airs ;

Dans le fond des forêts ils vont cacher leur rage.

Ah! c’efi; aflez de fàng, de meurtre, de ravage.

Sur des morts entaffez c’efi: marcher trop long-tems. Noailles, ramenez vos foldats triomphans ;

Mars voit avec plaifir leurs mains viéïorieufês Traîner dans notre camp ces machines affreufês.

Ces foudres ennemis contre nous dirigez.

Venez lancer ces traits que leurs mains ont forgez;

Qu’ils renverfènt par vous les murs de cette ville.

Du Batave indécis la barrière & I’afyle ,

Ces premiers fondemens de l’empire des Lis,

Par les mains de mon roi pour jamais affermis.

Déjà Tournay fe rend, déjà Gand s’épouvante,

Charles Quint s’en émeut ; fon ombre gémifîânte Pouffe un cri dans les airs & fuit de ce féj our,

Où pour vaincre autrefois le ciel le mit au jour.

II fuit, mais quel objet pour cette ombre alarmée,

II voit ces vaftes champs couverts de notre armée, L’Anglais deux fois vaincu, fuyant de toutes parts Dans les mains de Louis laiffant fes étendarts ,

Le Belge en vain caché dans fes villes tremblantes,

Les murs de Gand tombez fous fes mains foudroyantes.

Et fon char de viétoire en ces vaftes remparts E'crafint le berceau du plus grand des Céfàrs.

Français, heureux Français, peuple doux & terrible, C’eft peu qu’en vous guidant Louis foit invincible;

C’eft peu que le front calme, & la mort dans les mains,

II ait lancé la foudre avec des yeux fereins ;

C’eft peu d’être vainqueur , il eft inodefte & tendre,

II honore de pleurs le fmg qu’il vit répandre ;

Entouré des héros qui fuivirent fes pas,

II prodigue l’éloge & ne le reçoit pas;

II veille fur des jours hafardez pour lui plaire,

Le monarque eft un homme, & le vainqueur un père:

Ces captifs tout fànglans portez par nos foldats,

Par leur main triomphante arrachez au trépas.

Après ces jours de fàng, d’horreur & de furie,

Ainfi qu’en leurs foyers, au fèin de leur patrie.

Des plus tendres bienfaits éprouvent les douceurs,

Confolez, fecourus, fervis par leurs vainqueurs.

O grandeur véritable ! ô victoire nouvelle !

Eh ! quel cœur ulcéré d’une haine cruelle,

Quel farouche ennemi peut n’aimer pas mon roi,

Et ne pas fouhaiter d’être né fous fi loi ï II étendra fon bras, & calmera l’Empire:

Déjà Vienne fe tait, déjà Londres l’admire;

La Bavière confufe au bruit de fes exploits,

Gémit d’avoir quitté le protecteur des rois;

Naple eft en fureté, la Sardaigne en alarmes;

Tous les rois de fon fang triomphent par fes armes,

Et de l’Ebre à la Seine en tous lieux on entend:

Le plus aimé des Rois est aussi le plus grand. Ah ! qu’on ajoûte encore à ce titre fuprême ,

Ce nom fi cher au monde & fi cher à lui-même,

Ce prix de fes vertus qui manque à fv valeur,

Ce titre augufte & faint de pacificateur.

Que de fes jours fi beaux, de qui nos jours dépendent,

La courfe foit tranquille, & les bornes s’étendent.

Ramenez ce héros, ô vous qui l’imitez,

Guerriers qu’il vit combattre, & vaincre à fes côtés.

Les palmes dans les mains nos peuples vous attendent,

Nos cœurs volent vers vous, nos regards vous demandent; Vos mères, vos enfans, à vos defirs rendus,

De vos périls paflez encor tout éperdus,

Vont baigner dans l’excès d’une ardente allégrefle,

Vos fronts victorieux de larmes de tendrefle.

Accourez, recevez à votre heureux retour Le prix de la vertu préfenté par l’amour^

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