‹ Le poème de la jeunesseChapitre 11 sur 58 · LES QUATRE DAMES · texte numérisé non relu

LES QUATRE DAMES

Je crois au feu et au sable.

Je crois au pouvoir du diable.

Aux apparitions.

Aux sorts, aux cheveux des mortes.

Même au trèfle que 1 on porte

Dans un médaillon.

Je crois au ciel, à l'enfer, Parce que j'ai bien souffert D'aimer une femme:

Que dans le jeu et le vin J'ai voulu noyer en vain Mon sang et mon âme.

Dites-moi mon avenir, Madame, pour retenir

Ces rêves qui partent.

Aux clartés de ces bougies, Tirez par votre magie

Mon cœur de ces cartes...

— « Voilà tes premiers amours.

Tu l'aimas pendant trois jours

Pour ses lèvres fraîches, L'amie aux cheveux châtains, Aux sourires enfantins, La dame de trèfle !

Puis la belle peu farouche Qui s'étendait sur sa couche Pour quelque cadeau... »

je t'aime 87

— Je suis las des réveils mornes.

Du bleu de tes yeux sans bornes.

Darne de carreau !

— « Peines de cœur ! Infortunes !

Voyage d'un soir de lune

Sous un ciel tragique ; Une maison, une ailée, Et la veuve inconsolée,

La dame de pique !...

Des trahisons ! La misère !

Et la chambre solitaire

Où tu viens d'apprendre Que la beauté, que l'honneur, Les femmes, les vers, les fleurs,

Que tout est à vendre !

Tes amis qui t'abandonnent Et là-bas l'heure qui sonne La fuite des jours...

Tu cesses même de croire A l'idéal, à la gloire,

Au rêve, à l'amour... »

— Parlez, Madame, parlez !

Oui î Soit ! Tout s'en est allé,

Je vous crois, Madame !

Adieu l'idéal et For !

Mais n'espérerais-je encor

Pour une autre femme ?

— «< Je vois une jeune fille Portant bouquet et mantille ;

Elle a pris ton cœur Avec sa peau couleur d'aube, Ses airs mutins et sa robe,

La dame de cœur!...

Elle n*a rien d'une muse.

D'un ruban elle s'amuse ;

Elle a des yeux vagues ;

Elle donnerait ta vie Pour une branche fleurie

Et pour une bague...

Au gré de sa fantaisie.

Tes sonnets, tes poésies,

Pour ses airs fantasques, Tournent en un fol essor, Comme tourne un louis d'or

Dans un tambour basque.

Elle aime les soirs de bal, L'ivresse du carnaval,

Les flambeaux, les roses Et les soupers où Ton boit Et te vendrait mille fois

Pour toutes ces choses.

Elle porte des colliers Et, le long des escaliers Où sajupe traîne,

C'est assez qu'on dise : Qu'est-ce ?

Ce poète a pour maîtresse.

Vraiment, une reine...

Ton âme, entre ses mains prise, Est le verre qu'elle brise,

Un soir, en chantant.

Tu seras, pauvre orgueilleux, D'être brisé, trop heureux.

Par des doigts si blancs... »

— Il suffit! merci, Madame! Voici ma chair et mon âme

Et voici mes pleurs !

Mens! Ris! Danse! Trahis même!

Que m'importe si je t'aime,

0 dame de cœur!

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