‹ Le poème de la jeunesseChapitre 9 sur 58 · IX SOIR · texte numérisé non relu

IX SOIR

Les vents étaient muets, la cour était déserte, La nuit n'était troublée par nulle voix d'oiseau ; Or vous aviez laissé la persienne entrouverte Et je vous vis rêver derrière les carreaux.

Que vos yeux étaient doux sous la lampe qui brille! Mais par quel souvenir étiez-vous donc bercée "? Aviez-vous retrouvé un cœur de jeune tille, Vous en reveniez-vous vers des choses passées ?

Ou bien c'était plutôt quelque souci du jour Qui donnait à vos yeux ce mystère et ce charme Et faisiez-vous ce soir à vos chagrins d'amour L'honneur d'un rêve d'or, peut-être, ou d'une larme.

J'entendis dans la nuit une cloche sonner ; Quelques gouttes de pluie tombèrent du ciel sombre, Et de vous voir, je me sentis abandonné Et mon cœur éperdu flotta vers vous dans l'ombre.

Ah ! des fleurs, un portrait, un livre, un souvenir, Un rêve dans un peu de lumière dorée, Un mouchoir qu'autour de son front l'on fait frémir, Cela vous suffit donc pour bercer vos soirées ?

Savez-vous que l'amour est un mal qui se donne Ainsi, pour un profil sous la lampe, un beau soir, Madame, et gardez-vous pendant les nuits d'automne D'une fenêtre ouverte où l'on pourrait vous voir.

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