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documents épars, les rares et précieux vestiges de ces temps évanouis, tandis qu’il « ne se sert de son imagination, comme il dit encore lui-méme, que pour combiner les observations, généraliser les faits, et en former un ensemble qui présente à l’esprit un ordre méthodique d’idées claires et de rapports suivis, » l’autre expose sans scrupule un système préconçu, ne se doute pas qu’il existe une méthode pour arriver à la vérité et s’imagine trop souvent, dans l’aveuglement de sa foi philosophique, que le plus irrésistible moyen de persuasion est une affirmation hautaine. Buffon, aussi bien que Lucrèce, est quelque fois grand poète, et il faut l’étre pour remonter par la seule force de l’esprit à la naissance de l’univers, pour décrire ce qu’on ne peut que deviner; mais combien il garde encore de prudence même dans ses conjectures immodérées ! '

a Gomme dans l’histoire civile on consulte les titres, on recherche les médailles, on déchiffre les inscriptions antiques, pour déterminer les époques des révolutions humaines et constater les dates des événements moraux; de même, dans l’histoire naturelle, il faut fouiller les archives du monde, tirer des entrailles de la terre les vieux monuments,' recueillir leurs débris, et rassembler en un corps de preuves tous les indices des changements physiques qui peuvent nous faire remonter aux différents âges de la nature. C’est le seul moyen de fixer quelques points dans l’immensité de l’espace, et de

m CHAPITRE VIII.

placer un certain nombre de pierres numéraires sur la route éternelle du temps. » Voilà bien le langag;e d’un poète, mais d’un poète qui connaît les conditions impérieuses de la science et dont les erreurs mêmes seront le fruit d’une réflexion profonde. Lucrèce ne prend pas cette peine, ni ces précautions; il s’écrie simplement avec une confiance plus poétique que raisonnable : « Je vais vous révéler des oracles plus certains que ceux de la Pythie. » C’est là toute sa méthode; il se contente de proclamer, les yeux fermés, les arrêts de son divin Épicure.

La partie vraiment originale, intéressante et fondée sur des conjectures vraisemblables, est le tableau qui présente la vie primitive de la race humaine et la naissance des sociétés.

Si Vii^ile a composé avec amour le sommaire poétique de la cosmogonie du cinquième livre, Horace à son tour fait, en disciple fidèle, le résumé de ce qui suit. Il reprend le sujet exactement au point où Virgile l’a laissé : « Quand sur la terre nouvelle encore rampèrent les animaux humains, troupeau hideux et muet, ils se disputèrent d’abord leurs glands et lenrs repaires avec les ongles, les poings, puis avec des bâtons, et de progrès en progrès avec toutes les armes que leur forgea le besoin. Gela dura jusqu’au temps où leurs cris inarticulés se changèrent en un langage capable d’exprimer leurs sentiments et de désigner les objets. Alors cessèrent les luttes sauvages; on

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bâtit des' villes qu*on entoura de remparts, on ëta blit des lois... C’est la crainte de l’injustice qui a fait trouver le droit; il en faut convenir quand on remonte aux origines et qu’on déroule les annales du monde. •

Cum prorepserunt primis animalia terris,

Mutum et turpe pecus, glandem atque cubilia propter Unguibus et pugnis, dein fustibus, atque ita porro Pugnabant armis, quæ post fabricaverat usus,

Donec verba, quibus voces sensusque notarent. Nominaque invenere ; dehinc absistere bello.

Oppida coeperunt munire et ponere leges...

Jura inventa metu injusti fateare necesse est.

Tempora si fastosque velis evolvere mundi

Ce sont en effet les fastes du monde, c’est la premiëre histoire des sociétés qu’ Horace fait tenir en ces quelques vers d’après Lucrèce. On voit combien la science du Poeme de la Nature faisait autorité, comme elle s’imposait aux plus grands esprits. Virgile et Horace, dans leur commune admiration pour leur savant devancier, se relèvent en quelque sorte pour lui faire les honneurs. L’auteur des Bucoliques et des Gèorgiques, qui se montra toujours curieux de connaissances physiques, s’attache à rhîsloire de l’univers. Horace avant tout moraliste se réserve la partie humaine. Les deux morceaux mis bout à bout forment ife tableau réduit de l’immense peinture qui remplit le cinquième livre.

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