‹ Le poëme de LucrèceChapitre 91 sur 93 · ÔS · texte numérisé non relu

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Page 148, ligne 40. Des espérances confuses...

On peut dire des anciens, si occupés de politique et de plaisirs, ce que Bossuet disait de ses contemporains affairés : c Nous ne désirons même pas Timmortalité ; nous cherchons des félicités que le temps emporte. » Cela peut s'appliquer aux Romains, si actifs, si peu rêveurs, surtout sous la république. Au temps de l'empire, les sentiments changent ; la désoccupation politique et le malheur donnent alors du prix à l'idée de l'immortalité.

Page 424, ligne 22. — Et non pas de V espérance...

Cicéron pense que c'est la croyance à la vie future selon la Fable qui fait craindre la mort : t Idcirco moitem censcs osse sempiternum malum. > TuseuL, I, 5.

Sénèque, pour consoler Marcia, une mère qui avait perdu son fils, croit pouvoir calmer sa douleur en lui apprenant qu'il n’est pas de vie future et que, par conséquent, le cher défunt jouit d'un parfait repos : « Cogita nullis defunctum malis affici; illa quæ nobis inferos faciunt terribiles, fabulam esse; nullas imminere mortuis tenebras, nec carcerem, nec flumina flagrantia igno, nec oblivionis amnem, nec tribunalia, et reos, et in illa libertate tam laxa ullos iterum tyrannos. Luserunt ista poetæ, et vanis nos agitavere terroribus... Excepit illum magna et œterna pax. » Consol. ad Alarciam, 49. Pour oser donner une pareille consolation à une femme, ü une mère qui pleurait un fils plein de jeunes vertus, ami des dieux, et qui par la pureté de ses mœurs avait mérité d'entrer encore enfant dans un collège de prêtres : c hac sanctitate morum effecit, ut puer admodum dignus sacerdotio videretur, > 24, il fallait bien que la vie future offrit peu d’espérances et qu’elle fût un objet d’horreur môme pour les âmes pieuses et les plus méritantes.

Plutarque va jusqu'à dire que le superstitieux qui croit aux enfers envie l'athée : c 11 aimerait bien chèrement, et trouverait bien heureux la disposition et condition de l'a-

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théiste, comme une franchise et liberté, tè De la Superslvlion. 11.

C’est aussi le cri de joie du doux Virgile quand il a mis sous ses pieds ces craintes :

Atque metus omnes et inexorabile fatam Subjecit pedibus, strepitumque Acheruntis avari.

Page 4S2, ligne 4. — Vidée de la rémunération-.*

On peut se figurer quelles devaient être chez les anciens les id^s du peuple sur la vie future, en lisant les chants funèbres des Grecs modernes, qui en sont encore à Charon, et jamais ne parlent ni de peines, ni de récompenses. Le christianisme même, après tant de siècles, n’a pas pu faire pénétrer l’idée d’une rémunération dans ces imaginations demeurées païennes. Voir Fauriel, Chants popuL de la Grèce moderne.

Page 4S4, ligne 9. — Les apparences de la vie...

C’était le royaume des ombres.

De là ces mots ordinaires dans la poésie latine : c Urobræ tenues, graciles, silentes, pallentes, simulacra luce carentum, cava sub imagine formœ, domos vacuas et inania regna. » Ce triste lieu était peuplé de monstres, a Qualia poetæ infema monstra finxere. » Sénèque, de Ira, II, 35.

Le plus souvent c’était une noire région ignorée et terrible : k Tenebrarum metus, in quas adductura mors creditur. » Sénèque, Lettres, 8S. Ajoutez à cela que les fictions des poëtes en avaient augmenté l’horreur : « Multorum ingeniis certatum est ad augendam ejus infamiam. Descriptus est carcer infernus et perpetua nocte oppressa regio. » Ibid. Dans une tragédie de Sénèque, Hercule a visité le sombre royaume et décrit ce qu’il a vu : a Vidi... noctis œternæ chaos. » Herc. fur., 640. « Chaos cæcum, squalidæ mortis specus. » Med.,lk\. a Inane chaos. » Ovid., Fast., IV, 597. < Loca nocte silentia late. » Virg., Æn., VI, 965., Plusieurs pages ne su [liraient pas à recueillir toutes les expressions

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pareilles à celles-ci : c Descendere nocti, — loca plena Umoris, — æternæ caliginis, — nigra formidine, ^ silentem nocte perpetua domum. »

Page 426, ligne 5. Ses plus douces espérances.^.

« La cupidité de toujours être, qui est le plus véhément de tous les désirs, surpasse en doux contentement cette puérile crainte des enfers. » Plutarque, Qu'on ne peut vivf'e heureux, 56.

1 11 ne s’en faut guères, que je ne dise, que tous, tant hommes que femmes, voudraient plus tost porter Teau en vaisseaux percés, comme les Danaïdes, que de périr du tout, afin de pouvoir seulement demeurer en estre. • Ibid. On voit que ce n’est là qu’un argument de polémique que Plutarque lui-même hésite à employer. Ils sont bien rares, chez les anciens, les passages où la vie future, selon la mythologie, est regardée comme désirable.

Page 428, ligne 44. — Conserver un reste de vie...

Ceux même qui ne croyaient plus aux fables éprouvaient encore de vagues terreurs. « Sed restat miseris vivere longius. » Sénèque, Troyennes, 878. « La superstition fait sa peur plus longue que sa vie, et attache à la mort une imagination de mauz immortels : et lorsqu’elle achève tous ses ennuys et travaux, elle se persuade qu’elle en doit commencer d’autres qui jamais n’achèveront. » Plutarque, de la Superst., 4. C’est pourquoi, dès le début de son poëme, Lucrèce dit si naturellement que les hommes ne seront tranquilles que quand iis verront un terme fixe à la vie et à leurs malheurs.

Si certam flnem esse viderent Ærumnarum homines. . .

Ils vivent dans les angoisses :

Æternas quoniam pœnas in morte timendum.

Par le mot pœnas, il ne faut pas cnlendro un juste cbâti-

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ment réservé au crime, mais les misères dont la religion menace indistinctement tous les hommes. I, lOS-142; 111,44.

Page 432, ligne 8. — Pas même devant le crime,,.

L'idée de Lucrèce est très-juste. La trop grande peur de la mort est corruptrice. Qu’on se rappelle à quelles extrémités se sont portés les païens pendant la peste d’Athènes et les chrétiens pendant la peste de Florence. Thucydide l’a dit : c On pensait qu’il fallait tout donner à la volupté... La crainte des dieux ne retenait personne... avant d’ètre frappés, il leur semblait naturel de jouir de ce qui leur restait à vivre. « Boccace, dans le Décaméron, fait les mêmes observations sur la peste de Florence, et Manzoni, dans les Fiancés, sur celle de Milan. Voir l’excellente étude de M. Jules Girard sur Thucydide, où ces descriptions sont comparées.

Page 432, ligne 47. — Sans espérance et sans justice,,.

La doctrine chrétienne elle-même condamne la peur sans espérance et sans amour de la justice : « Tant qu’on est touché par la seule terreur des supplices, sans aucun commencement d’amour de la justice, on n’est jamais converti comme il faut. » Bossuet, Avert. sur le livre des Réflexions moraies, § 22.

Page 433, ligne 4. — Faute de faire ces distinctions,..

Les chrétiens disent avec Lactance [Inst, div,, lit, 47) * « S’il n’est pas de vie future, volons, tuons, rapiamus, necemus; » Lucrèce, au contraire, prétend que c’est la crainte de la vie future qui pousse au vol et au meurtre. D’où vient cette différence étrange? C’est que les chrétiens, espérant en la justice divine, n’ont pas à se disputer les biens de ce monde , tandis que les païens, en face d’un avenir qui sera horrible, qu’ils aient été justes ou non, se jettent en désespérés sur les biens présents. Faute de connaître les idée, antiqms, on ne comprend rien au raisonnement de LucrèceS'

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qui n’est pas toz, bien qu’il aille, pour ainsi dire, à reiMurs.

Page 435, ligne tO. — Que la ntortn'esl rien..,

« Nil igitur Mors est, ad nos neque pertinet hilum. » III, 843. 7oici la pensée d’Épicare : c Tant que nous vivons, la mort n’est point encore ; quand elle est survenue, nous ne sommes plus rien nous-mêmes. » Diogène Laërce, X, 244.— On a fait là-dessus ce distique concis :

Pourquoi contre la mort tant de cris superflus?

Je elle a*«rt point; elle est g Je ne suis plus.

Bayle, dans son Dictionnaire (art. Lucrèce)^ relève fort bien le sophisme des épicuriens : c lis ne peuvent pas nier que la mort n’arrive pendant que l’homme est doué encore de sentiment. C’est donc une chose qui concerne l’homme, et de ce que les parties séparées ne sentent plus ils ont eu tort d’inférer que l’accident qui les sépare est insensible... L’amour de la vie est tellement enraciné dans le cœur do l’homme que c’est un signe qu’elle est considérée comme un très -grand bien; d’où il s’ensuit que de cela seul que la mort enlève ce bien, elle est redoutée comme un très-grand mal. A quoi sert de dire contre cette crainte : Vous ne sentirez rien après votre mort f Ne vous répondra-t-on pas aussitôt : C’est bien assez que je sois privé de la vie que j’aime tant?» Bayle ne fait que développer ici, à son insu peut-être, celte courte et vive réfutation de Lactance : c Quam argute nos fefellit Epicurus 1 Quasi vero transacta mors timeatur, quia jam sensus ereptus est, ac non ipsum mori, quo sensus eripitur... mors misera non est, aditus ad mortem est miser. » Inslit. die., III, 4T.

Page 436, ligne 7. — Reste de vie dans le tombeau...

« Sub terra censebant reliquam vitam agi mortuorum. » Cicéron, Tuscul., 1, 46. Lucien, qui se moque de cette croyance, fait parler un mort répondant à son père qui le pleure : t Peut-être ce qui t’aOlIge, c’est de penser aux

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ténèbrès qui m’environnent, et tu crains que je n’étouffe enfermé dans mon tombeau. > Sur 1$ deuil, 48, trad. de Talbot.

a En sorte qu’un mort qui n’a laissé sur la terre ni ami, ni parent, est réduit à ne point manger et condamné à une faim perpétuelle. » Lucien, Sur le deuil, 9. c Vous figurez-vous que ce vin filtre jusqu’à moi ? » Ihid,, 19. « Combien n’ont pas été jusqu’à immoler sur des tombeaux, des chevaux, des concubines, des échansons! » Ibid., 14. Voir Plutarque, Qu'on ne peut vivre heureux, 26. — C’est sans doute par allusion à ces croyances païennes que les livres chrétiens répètent : « Les bienheureux n’auront ni faim ni soif. »

Page 136, ligne 18. — Qui jusque dam la tombe»..

Il subsiste encore dans notre langue religieuse des vestiges de ces croyances antiques : a Ici repose, etc.; que la terre te soit légère! » Chez les anciens cela se prenait à la lettre. Cicéron, Tuscul., III, 44.

Martial a fait, non sans grâce, cos vers sur la mort d*uno jeune fille :

Mollia non rigidus cespes tegat ossa, nec illi,

Terra, gravis fueris : non fuit illa tibi. (V, 35 )

Contre un ennemi on faisait cette imprécation *

Gravisque tellus impio capiti incubet.

(Sénèque, Hippolyte, 1280.)

Voir sur ces sentiments et ces usagés le beau livre de M. Fustel do Coulanges: La Cité antique, ch. 4.

Pagé 140, ligne 10. — dû fortifier le coeur...

Le stoïcisme cherche aussi à di.-siper la crainte d’une mort sans sépulture : « Utrum projectum aves differant, an consumatur..., quid ad illum?... Nulli reliquias meas commendo : ne quis insepultus esset, rerum natura prospexit. > Sénèque, Lettres, 92. Le stoïcien rend hommage sur ce

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point à la sagesse épicurienne et cite ce vers de Mécène : c Nec tumulum curo; sepelit natura relictos! » Ibid. Voir Lucain, Yli, 208.

Page 448 , ligne 45 . — poeU coniemparain,,.

Les beaux vers de Lamartine paraissent avoir été inspirés par Sénèque : « Si hune naturam vocas, Fatum, Fortunam, omnia ejusdem Dei nomina sunt, varie utentis sua potestate. » (De Benef., IV, 9. )

Page 452, ligne 4 . — Loi universelle.

Rem gigni patitur nisi morte adjuta aliena.

(Lucrèce, 1, 264.)

Non perit in tanto quicquam (mihi credite) mundo,

Sed variat faciemque novat, nasdque vocatur.

(Ovide, Métam., XV, 254.)

M. de Lamartino reconnaît la môme loi dans le monde moral :

Ou sent à ce travail qui change, brise, enfante,

Qu*un éternel levain dans Tunivers fermente...

Que le temps naît du temps, la chose de la chose,

Qu*une forme périt afin qu'une autre éclose,

Qu’à tout être la fin est le commencement,

La souffrance, travail, la mort, enfantement.

(Jocelyn, 3* époque.)

Page 464, ligne 45. — C'est le péché même...

Bossuet revient sur la même idée : « Si vous voulez voir, chrétiens, des peintures de ces gouffres éternels, n*a11ez pas rechercher bien loin ni ces fourneaux ardents, ni ces montagnes ensoufrées qui vomissent des tourbillons de flammes, et qu’un ancien appelle des cheminées de l’enfer, « ignis «c inferni fumariola. i (Tertull.) Voulez-vous voir une vive image de l’enfer et d’une âme damnée, regardez un pécheur. > Plus loin, il appelle les pécheurs « les damnés vivants. > 2* serm. sur Vexallat. de la sainte croix.

Je ne sais si Bossuet est ici bien orthodoxe. Le quatrième

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concile de Latran, en 4215, a condamné un certain Amalaric, doctenr de Paris, « qui docuit infernum non esse locum specialem; sed... eum, qui in statu peccati mortalis versatur, in se ipso habere infernum. » Liebermann, InstiltUionei lheologicœ, t. V.

II est vrai que sur ce point Bossuet tient souvent un tout autre langage qui n’a plus rien de commun avec celui de Lucrèce.

Page 464, ligne 40. ~ User la crainte en usant la sur* prise,,.

L’idée de Lucrèce se retrouve partout sous des aspects divers. Balzac, au xvir siècle, disait : « Il n’y a que la première nuit, non plus que la première mort, qui ait mérité do l’étonnement et de la tristesse. » Le calme que demande le poëte se trouve dans ce beau mot de Descartes à ses amis qui assistaient à ses derniers moments : <r Êtesvous donc étonnés de voir mourir des hommes? » De plus, dans toute société où il existe une grande inégalité de conditions, ridée de l’égalité devant la mort sera bien reçue. De là ces lieux communs d’Horace : « Pallida mors æquo pulsat pede pauperum tabernas, regumque turres. » C’est aussi le fond des Dialogues des morts de Lucien. La Bruyère dit avec raison : a Si de tous les hommes les uns mouraient, les autres non, ce serait une désolante affliction que de mourir. » Quant à l’énumération des illustres trépassés, on la trouve partout, dans de vieux cantiques de l’Église, dans les profanes rêveries du poëte Villon : « Mais où est le preux Charlemaigne! v Hamlet s’enivre de ces noires réflexions : c Alexandre est redevenu poussière, etc. » Sait-on pourquoi ce genre de consolation ne sera jamais abandonné? C’est qu’il n’en est pas beaucoup d’autres.

Page 467, ligne 45. — Les ennuis, les divertissements,,,

Sénèque, dans son traité sur la Tranquillité de l'âme, ch. 2, a peint avec force cet ennui romain, ce dégoût de soi-

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mémo et ccUo inconstance furieuse qui selon les moralistes de tous les temps ne peut être 6zée que par nue foi phi* losophique ou religieuse. « Omnis stultitia laborat fostidio sui. • Sénèque, Lettres, 9.— f Non contingit tranquillitas, nisi immutabile certumquejudicium adeptis. » 25. — a 0 homme, où courez-vous d’affaire en affaire, de distraction en distraction, de visite en visite, de trouble en trouble? vous vous fuyez vous-mème. » Bossuet, t De là vient quo les hommes aiment tant le bruit et le remuement. i Pascal.

Page 471, ligne 4. — Deux moitiés d'éternité.,.

Luci'èce parle exactement comme Pascal, qui dit : « Quand je considère la petite durée de ma vie, absorbée dans Téternité précédant et suivant... je m’effraye. » (Édit. Havet, XXV, 46.) Seulement le poëte ne s’effraye pas, il voit, au contraire , dans la tranquille éternité qui nous a précédés, Timage séduisante de Téternité tranquille qui nous suivra :

Respice item quam nil ad nos ante acta vetustas

Temporis œterni fuerit, quam nascimur ante.

Hoc igitur speculam nobis natura faturi

Temporis exponit post mortem denique nostram.

II semble répondre d’avance aux angoisses de Pascal :

Numquid ibi horribile apparet, num triste videtur...

(in, 970.)

Page 474, ligne 3. — La volupté...

Proposer le bonheur pour ûn dernière de la philosophie n'est pas absolument une erreur. Tout dépend du sens qu’oii attache à ce mot. Yarron, qui n’était pas épicurien, disait : « Nulla est homini causa philosophandi, nisi ut beatus sit. » Logistor. de phiL, § 44 (édit de M. Ghappuis, 4868). Montaigne ; c Toutes les opinions du monde en sont là, que le plaisir est nostre but, quoyqu’elles en prennent divers moyens : aultrement on les chasseroit d’arrivée; car qui çscouteroit celuy qui, pour sa 6n, establiroit nostre peine et mesaise? Les dissensions des sectes philosophiques en ce

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sens sont verbales.., quoy qu*ils disent, en la vertu mesmc, le dernier but de nostre visée, c’est la volupté. 11 me plaist de battre leurs anreilles de ce mot qui leur est si fort à contre-cœur, etc. t Liv. I, 49. Le christianisme lui-même déclare résotûment par la bouche de Bossuet que « toute la doctrine des mœurs tend uniquement à nous rendre heureux. Le maître céleste commence par là. » Médit, sur VÉvang., X* jour. Où placera-t-on le bonheur? Là est la question.

Page 4 IB, ligne 5. — Oler leur frein aux passions...

Delille, après avoir fait le tableau des mœurs abominables de Rome, ajoute : « A cette époque, un poêle qui venait, sur les pas d’Épicure, annoncer aux Romains Tindifference des dieux pour les choses humaines, recommander la jouissance du présent, traiter de fable un avenir vengeur... devait, escorté des passions pleinement affranchies, arriver rapidement à la faveur publique, et se faire lire avec plaisir par une génération avide de crimes et d’impunité. » Les trois Règnes, Disc, prélim. C’est de la pure déclamation. La morale de Lucrèce, au contraire, contient, condamne, flétrit les passions contemporaines. Le poète n’est si éloquent que pour être si irrité contre elles. Le P. Tournemine va plus loin : c 11 n’y a que l’envie d’apaiser les remords qui fasse écouter Lucrèce. • Remarq. sur Lucr. Voilà un jugement qui est fait pour nous inquiéter et nous humilier, nous qui tâchons ici de faire écouler Lucrèce.

Page 476, ligne 20. — Une morale sévère...

c Cet homme que vous dites esclave de la volupté. Épicure vous crie qu’il n’est pas de bonheur sans sagesse, honnêteté, vertu. » De Fin., I, 48.

Voir dans le poemo l’énumération des vices qu’Ëpicure est venu combattre : « superbia, spurcitia, petulantia, luxus, etc. » V, 45. Aussi l’empereur Marc-Aurèle ne s’est point fait scrupule de fonder à Athènes une chaire d’épicurisme en y

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attacliant un traitement de dix mille dradimes. Du reste, lui-m6me raisonne souvent en épicurien.

Page 477, ligne 3. — Leur enchaînement fatal,.,

Lucrèce parait réfuter ici les stoïciens, qui étaient fatalistes et disaient : « Causa pendet ex causa, privata ac publica longus ordo rerum trahit. » Sénèque, de Pramd.j 5. Cette force fatale était appelée par eux Dieu ou Providence. Cicéron a raison quand il trouve ridicule cette <r chimère de la déclinaison des atomes ». De FatOj 80. Mais Ëpicure devait tenir beaucoup à établir sur n'imporlo quel principe la liberté humaine pour répondre indirectement aux religions, aux doctrines philosophiques, aux poètes, qui mettaient Thomme entièrement sous la main des dieux ou du destin. Ueconnallre que l’homme est libre, c’était enlever quelque chose au pouvoir divin. Yoy. Diogène L., X, 434.

Il est singulier qu’Épicure, étant donné son système physique, ait si hautement proclamé le libre arbitre ; peu de philosophes ont été sur ce point plus fermes et plus nets : « La liberté que nous avons d'agir comme il nous plaît, dit-il, n'admet aucune tyrannie qui la violente; aussi sommes-nous coupables des choses criminelles, de même que ce n'est qu'à nous qu’appartiennent les louanges que mérite la prudence de notre conduite » Diogène Laèrce, liv. X, § 433, Lettre à Ménécée. Épicure repoussait le fatalisme et disait : a La nécessité du destin n’existe pas. » Nous venons de dire pourquoi.

Page 482, ligne 3. — Se détacher des affaires.

« Quid est beata vita? securitas et perpetua tranquillitas. » Sénèque, Lettres, 92 ; de Vit. heat.^ 3. Sénèque dit de répicurisme et du stoïcisme : « Ctraque secta ad otium diversa via mittit. » De Otio sap.^ 30. — Faut-il donner ici les formules par lesquelles les Grecs désignaient toutes les nuances de ce bonheur et les divers états de l'âme arrivée à ce parfait repos recommandé par les doctrines? On aspirait

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à Vapalhie, à Valhaumoiie, à Yataravie, à YetUhymie» k Yaponie, à YaockléBie, à Yatha/mbie, à Yatyphie, à Yacataplexie. 11 ne faut pas se laisser effrayer, comme te personnage de Molière, par ces mots grecs qui désignent, non des maladies, mais les biens de Tâme. Tout cela veut dire la Iranquillité dont on tenait à distinguer et à nommer toutes les délices. Bien des anciens ont composé des traités sur ce sujet ; tout le monde connaît ceux de Sénèque et de Plutarque. C’était le fonds de tous les livres de morale pratique.

Page 483, ligne t. — Fuyaient les honneurs,,.

Ainsi fit Lucullus : « Il quitta soudainement toute entremise du gouvernement des affaires de la chose publique, pour ce qu’il veist qu’elle avoit desja pris coup, et qu’il rstoit trop mal aisé de la retenir qu’elle n’allast en précipice. • Plutarque, Lucullus, 38.

Ce fut aussi le sentiment d’ Atticus : a Quod neque peti more majorum, neque capi possent conservatis legibus... neque geri e republica sino periculo, corruptis civitatis moribus. » C. Nepos, Atticus. — Salluste pense de môme : Magistratus et imperia, postremo omnis cura rerum publirarum, minime mihi hac tempestate cnpiunda videntur, etc.» Jugurtha, 3.

Cn désespérait de l’État : Bien des gens pensaient ce que les partisans de César osaient dire tout haut. A Cicéron qui demandait ou en était la république, Curion répondait : «Quam rempublicam ?... nullam spem reliquam. » Lett. à Allie., X, 4. — Dolabella engage Cicéron, son beau-père, à ne pas rc.-ter attaché à un fantôme. Ad divers,^ IX, 9. — «La république n’est plus qu’un nom, appellationem sine corpore, » (lisait César, fort intéressé à le dire. Cicéron lui-même est souvent incertain, dégoûté, découragé.

On en vint à ne plus se soucier que de la cité universelle, c’est-à-dire, selon les stoïciens, des choses divines et humaines. « Huic majori reipublicæ et in otio deservire possumus. » Sén., de Otiosap.,^\, Virgile parle en épicurien

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quand il méprise les lottes de la liberté, insmum Forum, quand il déclare que rien n’émeut le sage, ni les affaires do Rome, ni le Dace descendant de l’Ister conjuré,

• . . Non res roman» perituraque regna,

Aat conjurato descendens Dacus ab Istro.

On n’a plus même de patriotisme. Cette indifférence générale explique le succès de la doctrine épicurienne.

Page 186, ligne 4. ~ Profesnons de foi...

Indiquons le sens philosophique de certaines expressions : < vera ratione » signifie la vraie, l’unique sagesse, c’esUàdire l’épicurisme. Voy. encore liv. III, v. 46. — « Vivere parce... neque penuria parvi, a grand principe d'Êpicurc qui disait, par exemple s c Je suis plus avancé que mon ami Métrodore; je n’ai besoin pour vivre que d'une demi-obole, tandis qu’il lui faut encore une obole entière, a Sénèque, Lellres, 48. — c Parere quietum, ■ autre principe épicurien sur rindiffi.^reiice et l’abstention politique.

Voir sur la morale, liv. II, 37-64; III, 70-78; V, 4425- 4433 ; VI, 9-34.

Page 493, ligne 32. — Le bien le plus précieux...

L’imago de Lucrèce, nuxoe mari magno... est peul-ôlre empruntée à Épicure qui « mettait, dit Plutarque, le souverain bien en un profond repos, comme en un port couvert de tous les vents et de toutes les vagues du monde. • —Du reste, l’idée du poëte est bien simple et chacun a eu l’occasion de l’exprimer. Qui de nous n’a dit comme un poète grec : « Il est doux de contempler la mer du rivage ? • La Phèdre de Racine

Pensait toujours du port contempler les orages.

Quand les vents au dehors faisaient rage, le voluptueux Tibulle s’écriait dans son lit :

Quam Jiivftt immitos ventos audire cubantem I

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Bernardia de Saint-Pierre nous dit pourquoi : « Dans le mauvais temps, le sentiment de ma misère humaine se tranquillise en 09 que je vois qu’il pleut et que je suis à Tabri... Je jouis alors d’un bonheur négatif. » xii* Èiude de la nat, A son insu, Bernardin explique bien le bonheur de Lucrèce, qui est précisément le bonheur négatif recommandé par sa doctrine.

Page 198 , ligne t, — SaUir les allusions,.»

Bien que ces peintures soient toujours très-générales, les allusions y sont sensibles. En écrivant ce vers et les suivants : « Certare ingenio, contendere nobilitate, i II, 11, le poëte pensait évidemment aux luttes de Rome, à la fin de la République, à l’ardente rivalité des hommes nouveaux et des patriciens. — Cet autre vers : « Ad summas emergere opes rerumque potiri, » II, 13 , résume l’histoire de Marius et de Sylla, qui sera celle de Pompée et de César et de tant d’autres. Plus loin, cette brillante description : « Si non aurea sunt juvenum simulacra per ædes..., » 11 , 23 , qui semble au premier abord une description de fantaisie, peint une opulente maison romaine. Ces vers, je le sais, sont traduits d’Homère, Odyssée, Vil, 100 , mais n’est-il pas naturel de penser que plus d’un amateur romain, en un temps où on était si fort épris du grec, mettait de l’érudition dans son luxe et se plaisait à reproduire dans son appartement tes magnificences vantées du palais d’Alcinoüs? On sait jusqu’où l’empereur Adrien poussera ce luxe archaïque. N’avons-nous pas à Paris une maison de Pompéi ? Marc-Aurèle constate ce luxe en déclarant qu’il ne veut pas c de ces flambeaux soutenus par des statues ». 1 , 17 .

Il est encore plus facile de sentir sous la broderie poétique le tissu de la doctrine. Tout ce magnifique début, « suave mari magno... » renferme un précepte sur l’impassibilité épicufienne, Vataraxie» Nous ne parlerons pas des vers purement philosophiques, où chacun peut reconnaître les formules de l’école. Mais la peinture même des plaisirs

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champôlres a une valeur doctrinale, c altamen inter se prostrati in gramine molli..., • II, 29. Épicure recommandait la campagne comme le vrai séjour de la sagesse et du bonheur simple^ ^cX« 7 p<aattv, Diogène, liv. X, 420. De là ces mots : c Non magnis opibus, a Les commentateurs ne remarquent pas que les mots « inter se » sont une allusion aux douceurs de Tamitié dont Épicure faisait une des principales joies de la vie.

Page 200, ligne 48. — A /a tyrannie de la passion...

Nous ne croyons pas devoir exposer longuement la trop simple et bizarre psychologie d’ Épicure. Selon lui, toutes nos idées nous viennent du dehors. Les objets extérieurs laissent échapper des simulacres, des images, des enveloppes légères qui parcourent les airs avec une rapidité merveilleuse et pénètrent en nous par la porte des sens. L’atmosphère est remplie de ces simulacres qui assiègent nos organes, voltigent autour de nous, entrent en nous et produisent toutes les opérations de notre esprit. Dans la veille ils nous font voir les objets, dans le sommeil ils se glissent en nous à notre insu et en se mêlant font naître des visions fantastiques. C’est alors, pourrions-nous dire aujourd’hui, le pèle> mêle d’un kaléidoscope. Ce sont de pareilles images de beauté et de fraîcheur qui excitent en nous l’amour et que l’on fait bien de brouiller par une savante inconstance pour qu’elles ne s’impriment pas en nous. La môme théorie explique l’origine des idées, les effets de l’imagination et les troubles du sentiment. Liv. IV, 4603.

Page 202, ligne 44. — Dépenser en folies,.

Ce tableau est bien romain, surtout la longue énumération des dépenses. A Rome la trop grande dépense en amour était regardée comme une honte. Voyez, dans les comédies de Plaute, les jeunes amoureux au milieu de leurs transports; au moment de s’engager dans une passion ils n’ont qu'un scrupule : Quoi/ compromettre ma fortune, mon

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crédit f mon bien! Le seul danger, c'eei la dépense; le seul déshonneur, c’est la dépense. On ne supporterait pas chez nous, sur la scène, un amoureux calculateur. Pour Plaute, ces jeunes gens sont les sages. Ce que Plaute nous fait voir avec une vérité comique, Lucrèce nous le montre avec une tristesse amère et une grande élévation poétique. Nous faisons ces remarques parce qu’un lecteur moderne risque fort de ne pas sentir ce qu’il y a dans ces vers de mépris romain et d*tndignation.

Page 206, ligne 44. — Railler un ami...

C’est ici une allusion à des plaisanteries romaines. Je m’étonne que les commentateurs n’aient point rapproché de ces deux vers ceux d’Horace qui nous dépéint une scène de ce genre. Odes, liv. 4, 37. Dans un festin, des jeunes gens se disputent et en viennent aux mains. Horace les ramène à la paix et à la joie par une proposition enjouée. 11 fera raison aux convives à condition que le plus jeune de la troupe, un adolescent timide, lui dira le nom de sa maîtresse. Celui-ci hésite et finit par se laisser arracher son secret. Comme il était sans doute en proie à une courtisane dangereuse, Horace s’écrie i t Ah! miser! i Cette petite scène de mœurs romaines est un joli commentaire des vers de Lucrèce.

Page 208, ligne 28. — De la comédie nouvelle...

Cependant les vers de Lucrèce ne sont pas empruntés à une comédie. A y regarder de près, les mots grecs que Lucrèce a semés dans ce morceau semblent plutôt appartenir à un poëme écrit en vers hexamètres ou en distiques. Peut-être avait-il sous les yeux une épigramme délicate comme on en trouve dans les Anthologies.

Page 209, ligne 44. — Euphémisme de la tendresse...

On pourrait faire l’histoire de cette idée : « Ne dites- vous pas du nez camus qu’il est joli, de l’aquilin, que c’est le nez royal ? ci quel autre qu’un amant aurait comparé la pâleur à

APPENDICE

la couleur du mîel 7 » Platon, RépubLj liv. V. Horace, qui parait se rappeler les vers de Lucr^, voudrait qu’on s’abusftt de môme dans l’amitié et qu’on donnât un nom honnête aux défauts de ses amis. Il recommande ces euphémismes qui partant d’un bon cœur et qui rendent plus doux et plus aimable le commerce de la vie. Salires j I, 3, 48.— Ovide, en rusé corrupteur, enseigne comment on peut faire son profit de ces mensonges pour obtenir des faveurs. An am., II, 660. Le simple La Fontaine, qui ne voit pas même le mal, écrit bonnement et sans façon : « Pour peu que j’aime, je ne vois dans les défauts des personnes non plus qu’une taupe qui aurait cent pieds do terre sur elle. » Lettres.

Page 216, ligne 21. — Cette miUuelie concession.

Si on veut voir un de ces heureux mélanges de doctrines, il faut lire les Lettres de Sénèque. Quand elles ne nous olTrcnt que l’idéal du sage stoïcien, elles sont insupportables par leur mépris fastueux pour tous les biens de la vie. Mais lorsque Sénèque, qui estimait fort Épicure, lui emprunte son esprit et ses maximes et fait une part aux besoins légitimes de la nature , il devient raisonnable et persuasif. Son stoïcisme en s’amollissant prend du crédit et du charme..

Page 218, ligne 16. — A'on l'école, mais Véiable...

Le mot est de Cicéron s’adressant à Pison : « O le nouvel Épicure! Epicure noster, ex hara producte, non ex scola.. » Duc. contre Pison, 46. Hara est une étable à porc. Cela rappelle le mot ironique d’Horace : a Epicuri de grege porcum. i Êpit., 1 , 4. C’étaient là des aménités romaines que les stoïciens lançaient à leurs adversaires et quelquefois non sans raison.

Page 22â, ligne 5. — Un cadran...

Schoell, Hist. de la litt. romaine, t. II. — c Non congruebant ad horas ejus lincæ : paruerunt tamen eis annia undecentum. » Pline, Uist. nat.. Vlf, 60. ’

APPENDICE

Voir sur l’introduction des cadrans solaires les réflexions ^irituelles d’un parasite qui se plaint de cette exactitude nouvelle et désolante qui 6xe l’heure de se mettre à table, tandis que dans son enfance on ne consultait que son esto^ mac, le meilleur des cadrans: venter erai solanum, Fragm, d’Aquilius, Ribbeck.

Page 225, ligne 9. — Alexandre,,,

Alexandro Magno rege inflammato cupidine animalium naturas noscendi, delegataque hac commentatione Aristoteli, aliquot millia hominum in totius Asiæ Græciæque tractu parere jussa, omnium quos venatus, aucupia, piscatusquo alebant, quibusque vivaria, armenta, alvearia, piscinae, aviaria in cura erant : ne quid usquam genitum ignoraretur ab eo... quinquaginta ferme volumina illa praeclara de animalibus condidit » Pline, llist, nat,, liv. VIII, 47. Athénée, liv. IX. — A. de Humboldt ne croit pas à ce témoignage.

Page 225, ligne 15. — Aristote,

« Son Histoire des animaux est peut-être encore aujourd’hui ce que nous avons de mieux fait en ce genre... 11 les connaît peut-être mieux et sous des vues plus générales qu’on ne les connaît aujourd’hui... » Buffon, 1*' Disc, sur Vhist, nat.

Page 227, ligne 5. ^ Fidélité de Vinterprète,,,

Voir une récente étude : Lucretii philosophia cum fontibus comparata^ par Voltjer, Groningue, 1877, 185 pages.

Page 233, ligne 3. — H s'est trouvé avoir des mains,

’AvaÇftppa; {xàv cuv ^vioi to ^^ovifAcoTarov iivai rcov

Ccpci» àvôpwic&v. Plutarque, Amitié frat,, 2.— A cela le judicieux Plutarque répond : « L’homme n’est pas le plus sage des animaux, pour autant qu’il a des mains : mais pour ce que de sa nature il est raisonnable et ingénieux, il a aussi de la nature obtenu des utils qui sont tels, a Ibid,

APPENDICE

Page 235, ligne 7. — De la dent

Le bruit courut qu’en Silésie une dent d’or avait poussé à un enfant. Aussitôt les savants de prendre la plume. L’un dit que celte dent est envoyée de Dieu pour consoler la chrétienté affligée par les Turcs; d’autres conBrment ou réfutent cette opinion. On fait là-dessus des volumes. « Il ne manquait autre chose à tant de beaux ouvrages, sinon qu’il fût vrai que la dent était d’or... On commença par faire des livres, et puis on consulta l’orfévre. » Fontenelle, Hist, des oracles, IV.

Page 235, ligne 16. — Pline,,.

c Gallinaceorum cristæ terrent. » Hist. nat., Vllf, 19; Plutarque parle plus d’une fois de cette peur du lion. De P Envie, 1.

Page 236, ligne 16. — Singulière ignorance...

ff Épicure, postérieur à Eudoxe et à Platon, était resté dans la première enfance de l’astronomie. • Bailly, Hist. de Vastron., liv. YllI. Il faut remarquer, du reste, que, dans l'antiquité, les connaissances astronomiques ont eu de la peine à se répandre. Ainsi plusieurs Pères de l’Église, savants d’ailleurs, demeurent fidèles aux plus anciennes idées cosmographiques.

Page 239, ligne 41. — Cette indifférence...

Sur les corps célestes Épicure n’approuvait et n’improuvait aucune opinion des philosophes. « Il s’en tient, dit Plutarque, è son: il peut être. i Opin. desphil., TI, 13. Cicéron, qui se moque souvent de cette négligence indifférente d’Ëpicure, dit qu’il a l’air d’un homme qui fait de la philosophie en bâillant : c Quæ oscitans hallucinatus est. » De nat. Deor., I, 26. « Omnes istas esse posse causas Epicurus j ait » Sénèq., Quest nat., VI, 20. I

APPENDICE

Page 239, ligne 22. — Les taches qv!on observe dans ht lune,..

Voir Stobée, Eclog, phys.; Plutarque, Opin, des phil.^ II, 25. Ailleurs Plutarque développe l'idée de Démocrite : a Ainsi comme ceste terre, sur laquelle nous sommes, a de grandes siuuositez de vallées, aussi estr-il probable que celle-là est ouverte et fendue de grandes fondrières et baricaves, ès quelles il y a de l’eau, ou bien de l’air obscur, au fond desquelles la clarté du soleil ne peut penetrer, ains y default, et en renvoie icy bas la réflexion. » De la face de la lune,, 21. — Cicéron dit, avec raison : c Épicure suit presque en tout Démocrite, et quand il change quelque chose, il me semble que c'est toujours en mal. » De Fini, 1, 6.

Page 267, ligne 18. — Ce qu'il voit et ce qu'il invente.,.

D’Alembert dit, avec justesse : « La philosophie qui fait le mérite du poëte n’est pas celle qu’il peut arracher par lambeaux de certains livres; c'est celle qu’on trouve chez soi ou nulle part. Lucrèce en est un bel exemple. Quand est-il vraiment sublime? Est-ce quand il se traîne tranquillement sur les pas des autres? C’est quand il pense et sent d’après lui-môme, quand il est peintre et non l’écolier d’Épicure. » Réflex. sur la poésie, — Voilà pourquoi, dans toute cette étude, nous cherchons surtout à deviner ce qui appartient en propre à Lucrèce.

Page 269, ligne 11 . — Peindre l'infini,,.

1, 1002. — On ne peut faire comprendre l’espace infini et l’éternité qu’à l’aide de pareilles images. « Elevez, dit un prêtre bouddhiste, une vaste enceinte de murailles, qu’elle ait des milles de circonférence et des centaines de mètres de profondeur ; remplissez cette enceinte de grains de sable et qu’une fois, tous les dix mille ans, un ange enlève un seul grain de ce sable ; quand tous seront enlevés, vous ne serez qu’au commencement de l’éternité. «

m APPENDICE.

Page S73, ligne S7. ~ Que la science soit nouvelle,.,^

Chénedollé, Tauteur du Génie de l'homme, pense, au contraire, que pour chanter la science il faut qu’elle soit déjà bien avancée. 11 écrivait avec candeur sur un exemplaire de son livre : c J'avais eu, en faisant cet ouvrage, une grande pensée, c’était d’appliquer la poésie aux sciences ; mais je crois que les sciences sont encore trop vertes, trop jeunes pour recevoir un pareil vêtement, etc. i M. Sainte-Beuve relève cette idée si peu juste: • Non, la poésie de la science est bien à l’origine; les Parménide, les Empédocle, les F.ucrèce en ont recueilli les premières et vastes moissons. Arrivée à un certain âge, à un certain degré de complication, la science échappe au poète, le rhythme devient impuissant a enserrer la formule et à expliquer les lois. • Chateaubriand, t. II. — Voir Alex, de Humboldt, Cosmos, t. II, Guill. de Humboldt, Fréd. Schlegei.

Page 277, ligne 25. — Théorie des soulèvements...

« Quant aux rochers et croppes des montagnes, Empédocle estime qu’ils aient esté poulsez contremont, et soustenus dessoubs par la violence d’un certain feu bouillant, qu’il dit estre aux entrailles de la terre. » Plutarque, du Froid, 19. Voir Henri Martin, Tintée, p. Il 2.

Page 280, ligne 4. — Chacun de ces éléments,..

ff Empédocle est d’opinion que devant les quatre éléments il y a de très-petits fragments, comme éléments devant éléments, de semblables parcelles, tous ronds. » Plutarque, Opin. desphil.f T, 43 et 47.

Page 280, ligne 47. — Propriétés hostiles...

C’est ce qu’Horace appelle concordia discors. Epîst., I, 42. Glaudien a dit :

Nectit amicitiis quidquid discordia solvit.

(/n Mali, cons., 72.)

APPENDICE

Empédode dit lui-môme, en parlant de ses éléments: c Quelquefois Tamour les réunit tous en un seul corps; d'autres fois la discorde se met entre eux et les divise. » Pseudo- Plutarque, sur Homère, 99.

Page 280, ligne 27. — Qm de rapports

Quoique nous n'ayons d'Empédocle que 450 vers épars, mutilés, un examen attentif y fait découvrir des traces visibles d'imitation. Remuons un peu cette poussière poétique. On y trouve des fragments de passages que Lucrèce a dû traduire pour les réfuter, par exemple, sur les monstres, liv. y, 876. Il adopte quelquefois des idées bizarres de son devancier sur les premiers essais de la création , sur les êtres incomplets, liv. Y, 835. On rencontre çà et là des expressions communes aux deux poètes. Les quatre éléments sont appelés Tiaaapa pt^ùiAarfli, les aiomes, radices, —

Veau, imder ; — fôvia 6up&v, secla ferarum; — axoVo;, les ténèbres de la vie, qualibus in tenebris vitœ. — 11 y a des vers entièrement traduits : aù^âvirxiirûp... ai6ipa8' aidiQp.

« Igiiem ignes procudunt, ætheraque æther. » — Les deux poètes comparent la verdure et les feuilles aux poils et aux plumes des quadrupèdes et des oiseaux ; ils appellent la mer la sueur de la terre. Le religieux Empédocle annonce qu'il va parcourir sa carrière sur le char de la piété ; Lucrèce monte aussi sur un char, mais ce n'est point celui-là : « institui conscendere currum. » Nous n'insîstons pas ici sur ces imitations qui intéressent plus la littérature que la morale et la science. Plutarque Opin. des phil., I, 24 et 30.

Page 282, ligne 24 .* — Il suivit ses élans...

Par exemple, la pieuse exclamation d’Empédocle sur les hommes qui, pour une faute, sont déchus de leur condition céleste : « O race malheureuse des mortels, de quels désordres, de quels pleurs vous ôtes sortis! » devient, chez Lucrèce, une exclamation impie sur les misères qu’enfante la religion. « O genus infelix humanum... s Liv. V, 4492.

APPENDICE

SVO

Page Ï83, ligne Î. — Esi le hiérophante...

A renthousiasme de Lucrèce je ne trouve à comparer, dans les temps modernes, que celui de Képler, après qu’il eut découvert la loi du mouvement des planètes : « Depuis dix-huit mois, j'ai vu le premier rayon de lumière; depuis trois mois j’ai vu le jour, enfin j’ai vu le soleil de la plus admirable contemplation. Je me livre à mon enthousiasme, je veux braver les mortels, etc. » Yoy. \e& Fondateurs de l'astronomie j par M. J. Bertrand. Képler rend grâces à Dieu, Lucrèce au divin Ëpicure, voilà la différence, mais le langage du poëte est plein de ce qu’il appelle lui-môme « divina voluptas atque horror. »

Page 285, ligne 40. Intitulé Ciris.»*

M. Patin a déjà montré que l’auteur de ce petit poëme pensait à Lucrèce; il a aussi délicatement recueilli les souvenirs de Virgile. Études sur la poésie latine^ 1 . 1, p. 82.

Page 288, ligne 42. — Ovide...

Liv. I, 287. — De tous les poëtes latins, c’est Ovide qui a le plus ouvertement vanté le Poème de la Nature :

Carmina sublimis tunc sunt peritura Lucreti,

Exitio terras quum dabit una dies. (Amor., 1, 15, 23.)

11 en parle même aux dames, il est vrai pour les engager à ne pas le lire. Trist., II. 26.

Page 289, ligne 24. — Célébration de la physique...

Nous pourrions ajouter d’autres poètes à ceux que nous avons cités. Dans le petit poëme sur l’Etna attribué à Lucilius, l’ami de Sénèque, on trouve la même curiosité enthousiaste, et l’auteur semble penser à Lucrèce quand il se demande « si cette immense machine est assujettie par un lien éternel. » C’est la question que se fait Lucrèce, Liv. Y, 4245.

APPENDICE. 391

Page 292, ligne 1. — Le cinquième livre.».

Nous recommandons un excellent et commode commentaire sur ce cinquième livre, publié récemment, en 1884, par MM. E. Benoist et Lantoine.

Page 296, ligne 13. — Paraissent prodigieux.,.

Nous devons ici laisser parler un physicien dont le jugement en ces matières aura plus d’autorité que le nôtre : a Virgile montre d’abord la matière disséminée dans l’espace, ensuite se réunissant et s’agglomérant pour former les astres et le globe de la terre lui-mème à l’état naissant... Le poêle passe très-6dèlementdes époques cosmologiqucs aux époques géologiques, car il nous montre ensuite le sol se consolidant, la mer se séparant des continents, le soleil éclairant la terre pour la première fois et les nuages disséminés dans Patmosphère, laissant tomber la pluie d’en haut. Plus tard, les végétaux apparaissent, puis les animaux qui errent en petit nombre sur des montagnes encore sans nom. Enfin, le poëte passe à la naissance de l’homme... On voit que rien ne manque à la succession des événements. La théorie que Virgile développe ici en style poétique ferait grand honneur à l’antiquité, si elle eût été généralement adoptée ; mais à côté de l’école, quelle qu’elle soit, qui professait cette belle doctrine, il en était d’autres... Le secret de ces rencontres merveilleuses (avec la science moderne] et du peu d’estime qu’on en a fait, c’est que la Grèce et l’antiquité ont tout dit, mais ({Moelles n*ont rien démontré. > Babinet, Études^ t. IV. Ces derniers mots font comprendre pourquoi la science des anciens est si flottante. Chez eux il n’y a pas, comme chez nous, des résultats acquis et reconnus. Virgile luimème peut servir d’exemple. Ici il célèbre la physique de Lucrèce, dans YÉnéide il célébrera celle de Platon. Bossuet a fait là-dessus des remarques bien sévères : t Ainsi voit-on dans Virgile le vrai et le faux également établis... il a contenté l’oreille; il a étalé le beau tour de son esprit... C’est assez à la poésie; il ne croit pas que la vérité lui soit néces*

APPENDICE

saire. tu De la Ceneupiêcence, 48. Paroles rigoureuses de théologien qui possède la vérité fixée une fois pour toutes* Mais Virgile ne cherchait pas à étaler seulement le beau tout de son esprit, il se laissait charmer par de grandes idées auxquelles rien ne l’obligeait de rester fidèle. Sans être indifférent à la vérité, il empruntait, selon scs études du moment, à tous les systèmes ; il se sentait libre, précisément parce que, selon ces mots si justes, rten tCéiait démontré.

Page 300, ligne 42. — Sur V origine de l'inégalité...

Rousseau a disséminé dans son discours la substance des vers latins. Seulement il faut les avoir présents à Pesprit pour saisir partout les traces de cette imitation clandestine. Il a le cinquième livre sous les yeux, il s’en occupe pour le suivre souvent ou pour le réfuter. Il faudrait plusieurs pages de citations pour en donner les preuves. Voyez ce qu’il dit do la force des premiers hommes, des causes qui amenèrent des mœurs plus douces, de la propriété, de la découverte du fer, etc. Tel retour de Lucièce sur les mœurs de son temps inspire à Rousseau une déclamation contre son siècle. Ce n’est pas que je prétende qu’il eût besoin de modèles pour se livrer à un accès de misanthropie. 11 y a même quelques expressions qui trahissent une étude familière : a Les portes de la mort » « Janua leti. » — « Je vois l’homme se rassasiant sous un chêne, se désaltérant au premier ruisseau. »

Glandiferas inter curabant corpora quercus...

At sedare sitim fluvii...

On fait ces remarques simplement pour montrer que les idées de Lucrèce ont une valeur plus que poétique, puisqu’un philosophe moderne ne les a pas trouvées indignes d’être étudiées et discutées.

Page 306, ligne 3. -- De pierre, de bronze, de fer...

Voir liv. V, 4 283. Celte vue n’est pas commune, car Sénèque

APPENDICE

(QuesL nat,, I, 47) dira plus tard : « Le fer est le premier métal dont on se servit. » Peut-être Lucrèce fut-il mis sur la voie par un vers d’Hésiode où il est dit que le cuivre fut découvert avant le fer. 11 pouvait d’ailleurs se rappeler que, dans \ Iliade, les armes des héros sont ordinairement d’airain, et que les Glaulois qui attaquèrent Rome n’avaient que des épées de bronze. Il parait même savoir que le cuivre et le plomb, se rencontrant quelquefois à l’état de lingot (concrcta videbant, Y, 4255), devaient d’abord attirer les regards, tandis que le fer échappe à la vue, parce qu’il ne se trouve qu’à l’état de minerai.

Page 306, ligne 44. — Z)e sa beauté,..

ff Les Éthiopes et les Indiens, élisants leurs roys et magistrats, avaient esgard à la beauté et procérité des personnes... Platon désire la beauté aux conservateurs de sa république. » Montaigne, liv. II, 47.

Page 344, ligne 26. — Bien repus,..

C’est une idée antique que la musique et la danse doivent suivre le repas ; Homère est de cet avis. Amyot, traduisant Plutarque, dit, dans son langage spirituellement enfantin : c De la panse, comme Ton dit, vient la danse. » Les causes naturelles, 24 . Le mot est de Villon.

Page 343, ligne 4. — Juste sentiment de la nature,..

Voir sur ce sentiment chez les anciens le bel ouvrage do M. De Laprade, une thèse délicate de M. Gebhart, 4860, et une vive dissertation de M. Secretan, Lauzanne, 4866.

Page 324, ligne 48. — Fin prochaine du monde,,,

Lucrèce réclame hautement pour l’épicurisme la gloire de cette découverte : « Nova res miraque menti... insolitam rem. » Liv. Y, 97-400. Il est assez curieux de voir que la doctrine qui prétendait en tout calmer les esprits les ait livrés à cette peur. Lucrèce était amené là par le désir de reovcr-

APPENDICE

fler üoe certaine creyance religieuse qui attribuait aui corps célestes une substauce divine et, par conséquent, éternelle. 11 parle ici à peu prés comme Salomon : «Ils ont pensé que le feu ou les cercles des astres, ou les lumières du ciel étaient des dieux qui gouvernaient le monde. » Sagesse , xiii, 2. — Pour détruire une superstition assez innocente, les épicuriens en établissaient doctement une autre bien plus accablante.

Page 326, ligne 20. — Un hasard malheureux...

Quidre mali fuerat nobis non esse erratis? (V, 17G.)

. . . Quid obest non esse creatum? (V, 180.)

Lucrèce semble dire comme Lamartine :

Si Ton m'eût consulté, J'aurais refusé l'être.

Page 326, ligne 23. — Des créations nouvelles...

Ces idées de Lucrèce ont frappé André Chénier. Dans son Hermès, dont il se proposait de faire une sorte de « de rcrum natura, » et qui est k peine ébauché, il place en note, comme pierre d’attente, cette pensée : « La terre est éternellement en mouvement. Chaque chose naît, meurt et se dissout. » Tl ajoute, en républicain : « Cette particule de terre a été du fumier, elle devient un trône, et, qui plus est, un roi. » Plutarque avait dit : « No plus, no moins que rimager d’une mesme masse d*argille peut former des animaux, et puis les confondre en masse, et puis derechef les reformer et derechef les reconfondre ; aussi la nature d’une mesme matière a jadis produit noz ayeulx et puis après consécutivement a procréé nos peres, et puis nous après et de nous par tour en engendrera d’autres et après d’autres de ces autres. » Cons. à ApolL, 10.

Page 329, ligne 3. — Une sonore peinture.'..

Nous ne citons pas les morceaux connus de Pline et de ButTon. — Bossuet dit : « Nous saluons tous, en entrant au monde, la lumière du jour par nos pleurs, et le premier air

APPENDICE

que nous respirons nous sert à pousser des cris. » Omis, de Gomai. — a Infantia a flelu orditur hanc lucem. » Saint Augustin, Cüé de Dieu, XXI, 44. — cr Primam vocem plorationis edimus, merito quidem, utpote vallem plorationis ingressi. » Saint Bernard, Sermon sur la Passion, — « Aspice nudum et informem inter vagitus et lacrymas nascentem, etc. » Pétrarque, de Contemptu mundi. — Les beaux vers de Lucrèce se sont emparés des âmes les plus religieuses.

Mais tous ces écrivains trouvent des raisons de se consoler. En revanche, le pauvre Léopardi, accablé par deux maladies mortelles, condamné par les médecins à vivre sur la croupe désolée du Vésuve, adhérait avec un douloureux enthousiasme à Pacte d’accusation de Lucrèce contre la nature : c AhI qu’il vienne donc ici celui qui exalte le sort de Phomme et qu’il voie combien nous sommes chers à la nature aimante I... Mais il est un noble cœur, celui-là qui ose soulever ses yeux mortels contre la destinée commune,... qui rejette la faute sur la vraie criminelle, la nature mère des hommes par l’enfantement, marâtre par la volonté. » Trad. de M. Marc Monnier. L’allusion à Lucrèce est évidente :

Mortales tollere contra

Est oculos ausus, primusque obsistere contra. (I, 66.)

Page 334, ligne 4. — D*accord pour réfuter..,

Pline dit de l’homme : « Flens animal cæteris imperaturum. » Hist. nat.j VU, 4 .

Montaigne discute longuement, en les citant, les vers de Lucrèce. Essais, II, 42.

Plutarque répète ce qui a été dit par Platon, Euripide, etc. — Lucrèce n’a pas pensé qu’il allait bientôt se contredire en peignant dans ce même cinquième livre la civilisation naissante et les progrès de l’homme, de son industrie, de ses arts.

Bossuet, en plus d’nn endroit, attache une extrême im*

300 APPENDICE

porlaace à montrer la supériorité de Thommc sur les animaux.

Page 334, ligne 27. — TieiU la nature sous sa main...

Il y a dans Bossuet, sur ce sujet, des pages admirables et peu connues que nous signalons parce qu'elles étonnent. Tenant d'un orateur sacré qui se plaît à humilier l'homme. Pour abréger, il nous faut mettre celte éloquence en poussière : « Je ne puis contempler sans admiration ces merveilleuses découvertes... 11 serait superflu de vous raconter comme il sait ménager les éléments, après tant de sortes de miracles qu'il fait faire tous les jours aux plus intraitables, je veux dire au feu et à l'eau, ces deux grands ennemis, qui s'accordent néanmoins à nous servir... Quoi plus! il est monté jusqu'aux deux... il a appris aux astres à le guider dans scs voyages... Pour mesurer plus également sa vie, il a obligé le soleil à rendre compte de tous ses pas... Notre âme supérieure au monde n'a rien à craindre que de son autour. » Sermon sur la Mort. Le religieux Sophocle avait aussi célébré le génie de l’homme dans un beau chœur qui se termine par ces mots : c Contre la mort seule il n'a pas d'asile. > Antigone.

Page 332, ligne 28. — Pour qu'on ne nuise pas à euxmêmes...

Et; rb |)Xg{irriiv aX>.iQXou; {ad3î Diog. Laërce,

X, 450; formule épicurienne que Lucrèce traduit: a Ncc lædere nec violari » correction de Lachmann, V, 4048. Horace soutient cette théorie contre les stoïciens :

Atque ipsa utilitas, justi prope mater et œqui.

(Sat., 1,3, 98.)

Cest celle de nos écoles dites positivistes, qui repoussent aussi l'idée du droit comme entachée de métaphysique.

Au contraire les stoïciens, d'accord en cela avec les platoniciens, disent : a Avant la loi écrite, il y avait une loi naturelle non-sculoment plus ancienne que les peuples et

APPENDICE

les cités, mais contemporaine du Dieu qui régit le monde: la loi véritable et primitive est la raison môme de cette suprême intelligence.» Cicéron, de Legibus, \\^ 4.

Page 333, ligne 11. — Revanches du droit.. »

Voir le regret de ré[)icurien Cassius disant à Brutus avant la bataille de Philippes, où il allait mourir : « Jo voudrois qu*il y cust des dieux, à fin que nous eussions confiance, non-seulement en si grand nombre d'armes, de chevaux, de navires, mais aussi à leur secours , attendu que nous sommes autheurs et défenseurs de très-beaux, très-saints et très-vertueux actes. » Plutarque, Brutus, 37«

Page 334, lignes. ^Rien ne le louche...

« Cum Epicuro quiescere. » Sénèq., de Brevit. vit., 44. — a Quæ maxima Epicuro felicitas videtur, nihil agere. > Ue Benef., IV, 4.

a 0 la grande félicité, dont jouissent ces gens là, s’éjouissant de ce qu'ils n'endurent point de mal 1 N'ont-ils pas bien occasion de s'en glorifier en s'appelant égaux aux dieux immortels! » Plutarque, Qu'on ne peut vivre heureux, 7. — Les épicuriens disaient qu'on devait imiter les animaux, dont toute la prudence consiste à fuir la douleur ; Plutarque, là-dessus, les réfutait avec une bonhomie charmante : « Quant aux animaux qui sont un peu plus gentils, et qui ont plus d'esprit, la fuile du mal n'est point le comble de leur bien : car quand ils sont saouls, ils se mettent aucuns à chanter, les autres à voler, et à contrefaire toute sorte de voix et de sons, en se jouant de guayeté de cœur, pour le plaisir qu'ils y prennent, monstrants par là que après qu'ils sont sortis du mal, la nature les incite à chercher et poursuyvre encore le bien. » Ibid.

De là l'ennui : « In angusto inclusæ cupiditates, sine oxitu, se ipsæ strangulant; inde mœror marcorque.» Sénèq., de Tranq., Il, 8. « In villa, aut in lecto suo, in media solitudine, quamvis ab omnibus recesserunt, sibi ipsi molesti

SOS APPENDICE

sunt. » De DrevU, vU.^ 11. — « Æger est; immo mortuus est. » Ibid., 43.

Lucrèce, III, 943-945.

Page 334, ligue 24. — Le charme de la mort...

Un docteur de l’école Cyrénaïque, laquelle a de grands rapports avec l’école épicurienne, Hégésias avait fini par enseigner que même la volupté n'est rien, que les maux remportent sur les biens, et prêchait avec tant d'éloquence que le roi Ptolémée lui interdit la parole publique, parce que plusieurs de ses auditeurs s’étaient donné la mort. Tuscul., I, 34.

La doctrine d’Lpicure était plus vaillante, et disait : c Ridiculum est currere ad mortem tædio vitæ.» Sén., Lettres, 24. Ailleurs Sénèque, racontant la mort volontaire de Diodore, ajoute : a Negant ex decreto Epicuri fecisse, t De Vil. êeaL^49.Mais ces mots prouvent que la doctrine sur ce point n’etait pas très-explicite.

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