‹ Le poëme de LucrèceChapitre 90 sur 93 · CICÉRON · texte numérisé non relu

CICÉRON

Qui infinitas regiones qua nulla esset extremitas, mente peragravisset.

De Finibus, II, 81.

Omnes monstret vias. Ibid. I, 14.

Ut sine cura metuque vivamus.

Ibid. I, 15.

Gustare partem ullam liquidas voluptatis ibid. I, 18.

Mortis metu... multi parentes, multi amicos, nonnulli patriam perdiderunt. ibid. I, 16.

APPENDICE

QaamT» occnlte fecerit, nanquasi tamen confidet id fore semper occnl* tam. Ibid, I, 16.

Mors quæ, qua^i saxum Tantalo, semper impendet Ibid, 1, 18.

Hac ezandita quasi voce natuiæ.

Ibid, I. 21.

Enfin Cicéron ne pense-t-il pas à Lucrèce, ne fait-il pas une allusion directe a un passage du poème, quaad il s'élève contre la témérité impie des épicuriens : c Soleo sæpe mirari nonnullorum insolentiam philosophorum, qui natuxœ cognitionem admirantur, ejusque inventori et principi gratias exsultantes agunt, eumque venerantur, ut deum : liberatos enim se per eum dicunt gravissimis dominis, terrore sempiterno. •

Tuseul, 1, 81.

Pour expliquer ces ressemblances, faut-il penser que les deux auteurs ont puisé à une source commune? Dans ce cas Lucrèce aurait emprunté à des devanciers latins, non-seulement des idées, mais des expressions poétiques. N'est-il pas plus naturel de croire que Cicéron, dans sa polémique contre répicurisme, avait présents à l’esprit les vers de Lucrèce? S'il ne l’a pas nommé, ce silence lui était imposé par des convenances officielles. 11 nous dévoile d’ailleurs son vrai sentiment, quand il dit de la doctrine épicurienne : c Un tel langage aurait plutôt besoin d’être réprimé par un censeur, que d’être réfuté par un philosophe. » De Finibus, 11, 40.

Page 23, ligne b, Un ennemi des dieux,..

Lucrèce constate lui-mème qu’on le soupçonnait d’impiété; il repousse le soupçon, mais avec une si grande hardi o.<^.so de langage qu’il le confirme, 1, su.

Perpetao Umen id fore clam diffidere debet Y. H, 55.

Nec miser impendens magnum timet aere saxum

Tant lias... m, 978.

Si vocem reram natara repente

Millat... III, 929.

Qnæ bene cognita si teneas, natara videtur

Libera continuo, dominis privata superbis... II, 1090.

APPENDICE

' Pago 2 i, ligno 6. ^ Famille Lucretia.,,

Puisque tous les commentateurs se sont fait un devoir do recueillir sur cotte famille les moindres vestiges historiques, je ne crains pas de faire part ici d’une bien peUte découverte. Âu moment môme où, l’esprit occupé de notre poëte, je passais à Molsheim (Bas-Rhin), je vis sur les murs de l’ancien hôtel de ville, à la hauteur du premier étage, cos mots gravés qu’un ouvrier badigeonneur s’était amusé à peindre en noir : lvgeet... roma... marcus. Ce sont les débris d’une inscription dont la pierre brisée aura fourni des moellons à la construction du bâtiment. On retrouvera peut-être un jour l’inscription entière sous le plâtre.

Page 38, ligne 13. ~ La paix, la paix!..»

Liv. I, 40. Ce mot revient souvent; il se trouve trois fois en dix vers, Vf, 69-78. — L'essence de la Divinité, c’est la paix, I, 45; 111, 24; la vraie religion est dans la paix de i’âme, placida etm pace quietus, Vf, 73 ; la science n’a qu’un but, c’est de nous faire tout considérer en paix, pacata posse omnia mente tueri, V, 1201. Le crime consiste à troubler la paix, fœdera pacis, V, 11 54; la prière est pour le matelot en péril unmoyen d’obtenir des dieux la paix, pacem Divum, avec la paix des vents, paces ventorum, V, 1228; les animaux mêmes, s’ils se sont soumis à la domestication, c’est pour échapper aux bêtes féroces, pour avoir la paix, pacetnque secuta. Y, 865.

Page 41, ligne 9. — Il compare à undiext...

C’est le ton de l’école. Velleius a de la peine à se défendre do révérer Êpicure comme un dieu. De nat. Deor., I, 16. Pour Torquatus la doctrine est descendue du ciel : « Quasi delapsa cœlo régula. » DeFin,,\^ 19. Le sceptique Lucien luimêmeappello Épiewro: a Ccthomme vraiment sacré, divin^ qui, seul, a réellement connu la vérité et l’a transmise à ses disciples dont il est devenu le libérateur b Alex,, 64. Coîolès

APPENDICE

alla plus loin ; il embrassa les genoux d’Êpicure et veulot l’adorer. Plutarque ajoute qu’Ëpicure fut si flatté qu’il c coik trenidora • Gololès, et que rien ne fut plus plaisant que la scèce où ces deux hommes se prosternèrent l’un devant l’autre. L’historiette est bien cont^, mais suspecte. Contre CoL,M,

Page 44, ligne 19. — Celte disette de mots.».

11 recule même devant une partie de son sujet, faute de termes :

rationem reddere aventem

Abstrahit invitum patrii sermonis egestas. (III, 260.)

Voir encore liv. I, 830. Ces plaintes étaient légitimes surtout dans la bouche d’un poëte. La langue latine, même en prose, se sentait impuissante devant les idées grecques; elle n’était pas prête, elle avait été comme surprise par la subite introduction de la philosophie. Cicéron éprouve le même embarras : « In omni arte, cujus usus vulgaris communisque non sit, multam novitatem nominum esse. De Fin,, III, 4. Près d’un siècle plus tard, Sénèque voulant exposer un point de Platon, répète la plainte même de Lucrèce : « Quanta verborum nobis paupertas, imo egestas sit... » Lelt , 58.

Page 46, ligne 6. — D'un mol : Desipere est...

Lucrèce se livre à ce mouvement d’impatience quatre fois on employant le même root, III, 362, 803; Y, 466, 4042. Remarquons aussi que si le poëte prend quelquefois des précautions, ce n’est jamais pour se couvrir lui-même contre le reproche d’impiété, mais pour rassurer son lecteur engagé avec lui dans uné entreprise hardie : «Peut-être que, retenu encore sous le joug de la religion, tu regardes comme une impiété semblable à celle des Titans, etc. lY, 444. « Dire que c’est un crime d’attaquer celte croyance, c’est tout simplement de la folie. Y, 457. 11 parle des scrupules du lecteur avec ironie et, sans se défendre, riposte avec l’insolence de la foi.

APPENDICE

Page 46, ligne 12. — Le trépied (P Apollon,.,

Le fier Achille ne parle pas autrement, quand il dispute Iphigénie aux dieux et s’écrie dans Racine ;

Les dieux auront en vain ordonné son trépas :

Cet oracle est plus sûr que celui de Calchas !

(Acte 111, scène vu.)

Du reste les disciples donnaient le nom d^oracles à certaines sentences d’Épicure : cr Quasi oracula edidisse sapientiae dicitur. » De Finih,, II, 7. Cicéron se moque de Tair de confiance des épicuriens, « qui ne craignent rien tant que de paraître douter et parlent comme s'ils revenaient à Theure même de l’assemblée des dieux, a De nat. Deor,, I, 8.

Page 47, ligne 8. — Que le premier il apporte.,.

Il le dit lui-même avec joie :

Denique natura hœc rerum, Ratioque reperta Nuper, et hanc primus cum primis ipse repertus Nunc ego sum, in patrias qui possim vertere voces.

Lucrèce pouvait parler ainsi, parce que ses devanciers, Âmafinius, Rabirius et Catius, étaient de pauvres écrivains . 4 Nulla arte adhibita , de rebus ante oculos positis vulgari sermone disputant. » Acad,, I, 2. — « Mali verborum interpretes.» Cicéron, Lett. fam., XV, 49. — « Inculta quædam et horrida, de malis Græcis latine scripta deterius. » De Fin., I, 3.

Page 47, ligne 8. — V ardeur de son prosélytisme,,.

Le prosélytisme de Lucrèce emploie des expressions d’une vivacité singulière. Ce n’est pas seulement le poëte qui est ardent à persuader; il lui semble que les idées elles-mêmes ne peuvent se contenir, qu’elles brûlent de s’échapper pour s’offrir aux oreilles et aux yeux de Memmius :

Nam tibi vehementer nova res molitar ad aures Accidere, et Jiova se species ostendere rerum. (II, 1023.)

APPENDICE

Nous aurions pu relever d'aalres sentimcnls qui cnlrent dans Tenthousiasme de Lucrèce, Tamour de la gloire, taudis spes magna, I, 923, la douceur qu'il trouve à faire des vers, lucida carmina, IV, 8 , — suaviloquis versibus,

II, 528 et passim, la compassion pour ceux qui errent, O miseras hominum mentes! II, 44, enfin, la plénitude do son espt*i4 et do son cœur qui lui permet de verser des flots de vérités.

Usque adeo largos haustus e fontibu’ magnis Lingua meo suavis diti de pectore fundet. (1, 412.)

Page 60, ligne 2. — N*est~ce pas Vamiiié..,

La lettre de Cicéron à Trébalius offre l'exemple d'une conversion faite par un ami. Épicure avait toute une théorie sur la direction et l'art de convertir; il distinguait ceux qui vont tout seuls à la sagesse, ceux qui ont besoin d'un guide, ceux qu'il faut pousser et violenter, « quibus non duce tantum opus ait, sed adjutore'et, ut ita dicam, coactore. » Sén., Lelt„ 52.

11 parait même que la doctrine avait dos secrets et des mystères qu'on ne révélait pas à tout le monde. Cicéron reproche aux épicuriens de ne pas tenir le môme langage en public et en particulier : « Sententiani, aliam domesticam, aliam forensem, ut in fronto ostentatio sit, intus veritas occultetur. » De Fin,, 11, 24.

Page 66, ligno 46. — D*une gravité chaste...

Il n'existe pas de plus beaux vers sur l'amour. Virgile lui-môme n'a rien fait de plus ravissant. Que de nobles et pénétrantes expressions, et quel rhythme I « In gremio qui sæpe tuum se rejicit œterno vulnere — ^ pascit — corpore sancto — circumfusa. • C'est le sublimo dans Ia grâce. Montaigne relève quelques-uns de ces mots et s'en délecte.

III, 5. Hesnault, qui a donné de ce morceau une traduction en vers partout citée, méconnaît cette chasteté et semble faire de Alars un petitr>mattro entreprenant.

APPENDICE

Page 67, ligne 40. — Deux sens, Vun scientifique...

On a donné de ce morceau dea explications bien bizarres dont il faut dire ici quelque chose, ne fükt-ce que pour marquer les progrès de la critique. Creech lui-même s’est puérilement trompé sur le sens de cette allégorie, lui qui, dans tout le reste, est si précis, et si capable de saisir le sens dogmatique des vers. Nul critique, d’ailleurs, n'a été plus fidèle ë son auteur et n’a donné de sa fidélité une preuve plus singulière. Gomme il ne doutait pas du suicide de Lucrèce, il tint à honneur de faire comme lui. 11 avait écrit sur son manuscrit : « Quand j’aurai terminé mon commentaire , il faudra que je me pende , » et il se pendit. Voilà un commentaire bien anglais et plus complet qu’il n’était à désirer. Eh bien, ce savant homme soupçonne que Lucrèce ici s’est moqué de Vénus on la montrant comme en conversation criminelle avec Mars. Ce beau tableau ne serait qu’un bon tour joué à une divinité par un incrédule, et une magnifique épigramme. Cela est bien peu sensé. Un autre critique, réfuté par Creech, pense que la Providence, pour confondre l’impie poêle, lui a inspiré la pensée d’adres* ser un hommage à la plus mal famée des déesses, pour bien prouver qu’un homme qui s'éloigne de la religion ne peut avoir que des idées absurdes et honteuses. Ce n’est plus une malice du poète, mais une malice de la Providence. Une autre opinion, qui a fait fortune, est celle de Bernardin de Saint-Pierre qui croit que Lucrèce a voulu, au début, se montrer religieux parce que « on ne peut intéresser fortement les hommes, si on ne leur présente quelques-uns des attributs de la Divinité;... l’exorde de ce poème en est la réfutation. i Éludes de la Nature, étude viii*. Mais si, pour avoir invoqué poétiquement Vénus, Lucrèce doit être regardé comme un dévot païen, il faudra donc décider que Bernardin lui-même est un païen, lorsqu'au début de ses 7/amontes de la Nature, il fait cette invocation à la môme divinité : « O toi qui d'un sourire fis naître le printemps, douco Aphrodite, bcllo Vénus, sois-moi favorable... » On pourrait

APPENDICE

répondre à Bernardin : Pour vous comme pour Lucrèce Vénus ne représente ici qu*une loi de la nature^ et le poëto n'est pas plus religieux, en empruntant ces images consacrées, que vous qui les reprenez à votre tour. U n'y a donc pas d'inconséquence et cet hymne n*est pas la réfutation du poëme. Bayle a réfuté d'avance l’opinion de Bernardin, qui était déjà ancienne, et ne veut voir dans ce morceau qu'une allégorie de idiysicien. En un mot, pour conclure, Lucrèce, avec des formes plus poétiques, parle comme Buffon qui, faisant aussi, à sa façon, un de rerum ruUura, s'écrie : « Amour, désir inné! âme de la nature,... puissance souveraine qui peut tout... cause première de tout bien, etc. » Voilà en prose le vrai sens philosophique de cette allégorie souvent si mal interprétée.

Page 67, ligne 26. — La mère des Romains,.,

Je suis tenté de croire que Lucrèce a reproduit un tableau ou un groupe de marbre connu des Romains et qui se trouvait peut-être dans un de leurs temples. Certaines expressions semblent peindre des formes plastiques, celle-ci entre autres : « la molle rondeur de son cou, tereti cervice reflexa, » Plusieurs monuments de la statuaire romaine nous montrent Vénus essayant d'apaiser le dieu de la guerre. C’est sous cette forme allégorique qu'ont été souvent représentés les empereurs et les impératrices, Marc-Âurèle et Faustine, Adrien et Sabine. (Ëmeric David, tiisloire de la sculpture,) L’impératrice, par un geste caressant, calme son terrible époux, lui demande une grâce et fait penser à ce vers :

Circumfusa super, suaves ex ore loquelas...

Il est vrai que, dans les groupes qu’on voit au musée du Louvre, les figures sont debout; mais l'idée est la môme que celle de Lucrèce, elle est traditionnelle et consacrée. On voit donc combien le tableau du poêle est ingénieux et grand. Vénus, mère des Romains, âme du monde politique, est

APPENDICE

aussi râme de la nature. Le début du poëme se comprend mieux s’il renferme une allusion à une image révérée des Romains.

Page 74, ligne 6. — Par des dieux innombrables..,

Hésiode pense qu’il y en a trente mille {Œuvres et jours, V. 252) ; mais Maxime de Tyr trouve que c’est bien peu et qu’il vaut mieux reconnaître que leur multitude est infinie. (Dissert., I.)

Page 74, ligne 49. — ZHi sommeil...

ce Le sommeil môme, qui devrait faire oublier toutes les peines, vous prépare de nouvelles terreurs. > Cic., de Divin., H, 72. Un personnage de comédie, Démonès, est exaspéré et s’écrie : « Que les dieux se jouent étrangement des humains!... ils ne nous laissent pas de repos, môme quand nous dormons. »

Miris modis di ludos faciunt hominibus...

Ne dormientes quidem sinunt quiescere. (Rudens, 501.)

Page 74 , ligne 22. — La prière...

Un de ces manquements se rencontre dans une scène tristement charmante d’Ovide. Quand Apollon eut percé de ses flèches les fils de Niobé Tun après l’autre, le dernier qui reste, ayant vu tomber tous ses frères sous les traits lancés par une main invisible, demande grâce aux dieux : a Dique 61... Parcite. » Le pauvre enfant ne savait pas et ne pou* vait savoir qu’il fallait n’invoquer qu’ Apollon :

Communiter omnes

Dixerat, ignarus non omnes esse rogandos.

Là prière fut inutile, n’ayant pas été faite dans les règles^

Page 72, ligne 2. ^ Les angoisses de sa piété...

Sur le dévot païen devenant athée par peur, voir Plu* larquo, de la Superstition, fin. 11 faut lire tout le traité où

APPENDICE

Fauteur, pourtant ami des dieux, peint ce qu*il appelle c cet ulcère de conscience, cette combustion d'esprit et cette servile abjection. >

Plutarque, si hostile aux épicuriens, préfère pourtant leur doctrine à la superstition f t Si quelqu’un pense que les atomes et le vuide soient les principes de l’univers, c’est une faulse opinion qu’il a, mais elle ne luy engendre pas d’ulcère, elle ne lui donne pas de fiebvre, n’y luy cause point do douleur. > De la SupersL, 1. — Cicéron parle à peu près comme Lucrèce : c La superstition, il faut Tavoucr, a enchaîné presque tous les esprits chez tous les peuples et subjugué la faiblesse des hommes... Qui parviendrait à détruire cette crédulité rendrait un grand service à ses concitoyens et à lui-mème. Alais qu'on m’entende bien : détruire la superstition, ce n’est pas détruire la religion. » De Diviml. J II, 72.

Page 73, ligne 40. ^ /I n'y a pas de science...

A Rome surtout, tout homme qui hasarde une explication sciéntifique d’un phénomène naturel a l’air d’entreprendre sur le pouvoir illimité des dieux. Pour faire de la science, il faut avoir le courage d’une impiélé déclarée. Voilà pourquoi les Romains sont restés si longtemps dans l’ignorance.

Page 80, ligne 23. — Tenlé de se faire athée...

Sed qaum res hominum tanta caligine volvi Âdspicerem, lætosque diu florere nocentes, ,

Vexarique pxos, rursus labefacta cadebat Relligio...

Abstulit hunc tandem Rufini pœna tumultum Absolvit que Deos (/n Ref., 1, 12.)

C’est à l’opinion épicurienne que se range un moment Glaudien disant: a Numina nescia nostri. » L’épicurisme était le refuge de ceux qui boudaient les dieux. Ces sentiments se retrouvent même chez nos poëtcs imitateurs des anciens. Ualherbe a dit :

APPËNDIGE. 301

Le ciel est résolu de se justifier.

Oreste dans VAndromaqne de Racine s'écrie:

Je ne rois que malheurs qui condamnent les dieux.

Page 82, ligne 49. — Leurs propres en fanés,..

c Ceux qui n'en avaient point en achetaient des pauvres, comme si ç’eussent esté des agneaux ou des chevreaux. » Plutarque, de la Supersl., c. 43.

Sur les immolations de Marseille, voir Servius, Virg., ÉnéidA. 111,57. — Dans la Grèce antique, Polyxène est immolée sur le tombeau d'Âchille; douze captifs sont égorgés sur celui de Patrocle. Dans la suite, la religion continue à commander do ces sacrifices, mais elle n'est plus obéie; on élude ses ordres. ' Après un songe, Pelopidas est mis en demeure par les devins de sacri fier c une vierge rousse; » il se tire d'affaire en jouant sur les mots et immole une jeune jument qui avait c le poil rouge fort luisant. » Plutarque, Pélop., 21 et 22. — Agésilas doit immoler sa propre fille, t ce qu'il ne voulut pas faire par avoir eu le cueur trop tendre. * ïbid. 11 y a encore des Calchas, mais il n'est plus d' Agamemnon.

Page 83, ligne 45. — f/it sénalus^onsulte...

c DCLVII demum anno urbis... senatus consultum factum est, ne homo immolaretur, palamque fuit in tempus illud sacri prodigiosi celebratio. » Ptine, Hisi. naL, XXX, 3. • Etiam nostra ætas vidit. » Ibid., XXVIII, 3. Plutarque dit aussi que, de son temps, il y avait encore de ces sacrifices, c quelques secrets anniversaires qu'il n'est pas loisible de voir à tout le monde. » Marcellus, 3. Adrien crut les abolir par un édit célèbre; ils subsistèrent.

Page 85, ligne 8. — Un instrument commode,.,

Ëpicure le dit formellement lui-même : « Si nous savions quelle est la véritable fin des maux et des biens, l'élude et la si)éculation de la physique nous seraient inutiles... 11 faut

m APPENDICE.

guérir sou esprit des impressions ridicules des fables. * Diog., X, 40, 44, 4S.

Page 88, ligne 43. — Hailler les dieux...

Bientôt on sera plus irrévérencieux encore. On mettra les lieux sur le théâtre, et Tertullien se demandera : t Utrum mimos an Deos vestros in jocis et strophis rideatis. > Apologétique. Sous Dioclétien on donnera an mime intiiulé : Le Testament de défunt Jupiter.

Page 89, ligne t. — Entre la foi et V incrédulité...

Plutarque, Sylla^ 29 et 12. Le libre Horace, pour avoir entendu le tonnerre dans un ciel serein, renonce à Fépicurisme, qu*il appelle une folle sagesse, vnsaniefUis sapientiœ. Odes^ I, 34. L’empereur Titus, témoin du môme phénomène naturel, est si effrayé qu’il prend la Bèvre et meurt. Suétone, Titus, 40. Cicéron, qui s’était si bien moqué de la divinatum^ s’indigne contre Antoine qui a tenu les comices un jour qu’il tonnait et que le ciel protestait par ses cris contre une pareille impiété, eœlesti clamore prohibente, y* Philippique. Bien n’est plus commun que ces retours à la superstition. On croyait encore aux présages. Le désastre de Crassus chez les Parthes tenait, disait-on, à ce qu’il avait combattu malgré les auspices. Pompée est contraint de livrer la bataille de Pharsale parce que les présages sont favorables. A Philippes, Cassius, quoique épicurien, perd courage pour avoir vu un sacrificateur portant de travers sa couronne de fleurs. Appius Claudius dédie à Cicéron un livre sur le pouvoir réel de l’art augurai ; ses collègues, il est vrai, se moquent de sa crédulité.

La liberté d’esprit était chose assez rare, car Horace fait un mérite au sage de ne pas croire aux songes, aux revenants, etc.

Somnia, terrores magicos, miracula, sagas,

Nocturnos lemures, portentaque Thessala rides?

(£ptL.I/,2, 208.)

APPENDICE

Page ligne 46. — Pratiques monstrueuses de V Orient,.,

L’épicurien Velleius disait: « Aux fables des poètes, ajoutons les folies des mages et celles des Égyptiens... Peut>on se défendre, après cela, de révérer Épicure comme un dieu? » Cicéron, De nat. Deor., liv. I, 46. Lucrèce lui-mème semble avoir eu en vue la sombre terreur qu’inspiraient ces cultes étranges, quand il dit :

Unde etiam nunc est mortalibus insitus horror

Qui delubra Deum nova toto suscitat orbi. (V, 1164.)

U a peint la procession des fêtes de la Magna Mater en témoin qui observe l’horreur religieuse que ce spectacle produit sur la foule.

Horrifice fertur divinæ matris imago. (H, 609-625.)

Bientôt s’introduira à Rome le culte persan de Mithra. Parmi les initiés je trouve le nom d’un Lucrèce qui vécut au temps de l’empire, et qui fit peut-être à son dieu une immolation humaine; « Deo invicto Mithræ G. Lucretius Mnester. » Jnsc» lat, d’Orelli, n" 4908. Voilà un membre de la famille qui a dû peu lire le Poème de la Nature. Sur ces im molar tions voir Porphyre, de Abstin, 11, 56 ; Lampride, Commode, 9.

Page 94, ligne 9. — Révéler une puissance,. ,

11 faut ici relever une erreur de M. de Humboldt qui dit dans son Cosmos : « Un tel argument en faveur de l’existence des puissances célestes, puisé dans la beauté et dans l’infinie grandeur des œuvres de la création, est un fait très-rare chez les anciens. > Traduct., t. Il, 45. Gela est, au contraire, assez commun. Sans parler de Xénophon, de Gicéron {De Divin., If, 72), qui ont recours à cet argument, Plutarque dit exactement comme Lucrèce : « Les sages hommes anciens voyans qu’il n’y avoit rien que l’on sceust reprendre au ciel, ny négligence, ou désordre et confusion quelconque au mouvement des astres, ny aux saisons de l’année... ils ont à bon droict condamné de tout poinct l’impiété des

APPENDICE

athéIMes. n De la Superet,, 12. Plutarque dit ailleurs : f Nous avons doncques pris de là imagination de dieu. » Opinions des philos,, I, 6. Manilius s’exprime comme un moderne

Qoiff credat tantas operum sine nnmine moles

Ex minimis, cæcoque creatum foedere mundum.

(Astr., 1 , 48Î.)

11 faut bien que cet argument fût non-seulement connu, mais qu’il parût puissant, puisqu’il inquiète Lucrèce.

Page 95, ligne 6. — Par des allusions précises,..

Lucrèce désigne ici clairement toutes les formalités de la prière romaine. Ailleurs il repousse avec dédain la divination étrusque qui était si fort en honneur chez lés Romains et que les Grecs ne connaissaient pas. Liv. Vf, 86 et 379. Delille se trompe en disant que Lucrèce c n’a pas osé attaquer le fond de la religion romaine. » Les trois Règnes, Disc, prélim. N’est-il pas évident qu’il en sape les fondementSy quand il méprise la science des aruspices : « Auspiciis hunc urbem conditam esse, auspiciis bello ac pace, domi militiæque omnia geri, quis est qui ignoret? > Tito- Live, VI, 41.

Page 100, ligne 5. — Alftéisme déguisé...

' Gela n’est pas certain. Le stoïcien Posidonius prétendait qu*Épicure n’avait admis des dieux que pour se dérober à l’indignation publique, et Cicéron fait parler de même Cotta. De nat. Deor., 1 , 44 ; III, 1 . àfais d’autres n’étaient pas si affirmatifs, et Claudien ne sait à quoi s’en tenir sur ce point :

Quæ numina sensu

Ambiguo vel nulla putat, vel uescia nostri. {In Ruf., I, 10.)

Bacon dit, non sans raison : « On prétend qu’au fond Ëpicure no croyait pas qu’il existât de dieu, imputation qui ne me parait pas assez bien fondée. » Il cite une phrase d’Épicure et qjoule ; « Platon n’aurait pas mieux parlé.

APPENDICE

Ennius iit un jour au théâtre une profession épicurienne et tout le peuple applaudit :

Ego Deum gémis esse semper dixi, et dicam cœlitum;

Sed eos non curare opinor quid agat hnmanum genus.

Pout-on penser que le vieil Ennius fut athée? Nous ne nions ni n’aiOrmons l’athéisme des épicuriens, mais nous pensons que c’est un problème non encore résolu.

Page 400, ligne 43. — Le consentement miverseL..

11 est remarquable que cet argument dont la philosophie a fait depuis un si grand usage ait pour auteur Épicure; le premier il Ta employé : c Solus enim vidit, primum esse Deos, quod in omnium animis eoilim notionem impressisset ipsa natura. » De nat, Deor,, 1, 46.

Page 401, ligne 5. — D*ime plus fine étoffe.,.

On a beaucoup ri de ces dieux au corps subtil et on a eu raison ; mais il est juste de remarquer que tous les anciens, excepté Platon , n’ont jamais imaginé des âmes humaines ou divines qui ne fussent composées de matière plus ou moins subtile. Dans le christianisme primitif ces idées subsistent. Tertullien pense que nous verrions le corps de Dieu, s! nos sens étaient asse^ fins. De Anima, 22. — Faute de mieux, Épicure spiritualisait, si l’on peut dire, la matière. Son impuissance peut paraître plaisante, mais non son effort. La substance divine, disait-il, n’est pas visible, mais intelligible : « Ut non sensu, sed mente cernatur. » Cicéron, Denat. Deor.,\^

Page 402, ligne 2. — L'idéal de la félicité...

La sagesse, selon Lucrèce, nous procure une vie semblable à celle des dieux :

Ut nihil impediat dignam Dis degere vitam. (111, 323.)

C’est à peu près ainsi que les Indiens, qui regardent l’entière inaction comme l’état le plus parfait, donnent au sou-

m APPENDICE.

verain Être le surnom (ïimmobile, Montesquieu, Esprit des lois, XIV, 5.

Pjgo 404, ligne 43. — Philosophique langage.,.

La premièio maxime est celle-ci : t Un être heureux et immortel n*a point de peine et n’en fait à personne. » De nat. Deor,, I, 34.

C’est ce que dit aussi Lucrèce :

Omnis enim per se Divûm natnra necesse est Immortali œro summa cum pace fruatur. (Il, G45.)

L’homme pieux doit donc être sans crainte et sans es|H3rance, puisque la Divinité

Nec bene promeritis capitor, nec tangitur ira. (II, 650.)

De là une adoration désintéressée : « Pie, sancteque colimus naturam excellentem atque præstantem. » De nat, Deor,, I, 20, et I, 47.

Lucrèce aussi s’arrête eu extase devant cette paix divine :

Nam proh! sancta Deum tranquilla pectora pace. (II, 1093.)

D’autres écoles adoptent pour d’autres raisons ce quiétisme épicurien. Un néoplatonicien enthousiaste et plus ou moins mystique. Porphyre, dans sa lettre à Ânébon, ne parle pas autrement qu’Épicure : « Les dieux sont impassibles ; c’est donc vainement qu’on pense les concilier, les fléchir par des invocations, des expiations, des prières... ce qui est impassible ne peut être ni ému, ni contraint. >

Toute la philosophie antique, celle môme qui attaque vivement Êpicure, est, en religion, épicurienne à demi; car si elle reconnaît la bonté des dieux, elle ne veut pas croire à leur justice vindicative : • Hoc quidem commune est omnium philosophorum... numquam nec irasci Deum, nec nocere. » Cicér., De Offic., lïl, 28. L’épicurisme, on le voit, n’était pas si hardi qu’on pense et répondait à l’opinion générale fatiguée et d^ahusée du paganisme.

APPENDICE

Piîge 408, ligne 7. — Une décision IranquiUe..»

O Ëpicure avait voulu mettre fin à toutes les disputes subtiles dont les dieux avaient été Toccasion. » Plutarque, Fragments, 8. Pythagore, Platon, les stoïciens discutaient sur la nature des demi-dieux, des démons. « Épicure ne reçoit rien de tout cela. > Idem, Opinions des phil., I, 8. Ëpicure était aussi le seul philosophe qui n’admlt pas la divination. Cicéron, de Divinat., I, 3.

Page 440, ligne 17. — Épicure seul...

A la divination par le vol des oiseaux et les entrailles des victimes il faut ajouter celle qui se faisait par les sorts, par révocation des ombres, par Teau, par le feu, par les plantes, par les noms, etc. Voir Cicéron, de Divimt., Il, 72 et passim. Cicéron, qui se moque si bien de ces préjugés en philosophe, lorsqu’il parle en citoyen est d’un autre avis : « Je pense qu’il y a une divination et que c’est réellement une partie de cette science que l’art d’observer les oiseaux et tous les autres signes. > De Leg., II, 43. L’obligation qui est imposée à Cicéron homme politique de soutenir la divination prouve que la polémique épicurienne n’était pas inutile.

Page 416, ligne 29. Par (F inutiles peintures...

11 ne s'agit pas seulement de peintures poétiques. A Rome, dans les temples ou ailleurs, il y avait des tableaux représentant les supplices infernaux, comme nous l’apprend un esclave de Plaute :

Vidi ego multa sœpe picta, quœ Acherunti Serent Cruciamenta. . . [Captifs, V, 4, 1.)

Ces tableaux faisaient peur. Nous savons par Cicéron qu’au théâtre, quand un héros tragique échappé des enfers disait d’une voix caverneuse : c Âdsum atque advenio Acherunte... » les femmes et les enfants tremblaient. • TttôcuL, I, 46.

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