‹ Le poëme de Lucrèce [microform]; morale, religion, scienceChapitre 33 sur 73 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

CIIAPITP.E V.

faut aller jusqu'à Bossuot pour on roirouvor un pareil.

Dans celte revue lugubre de toutes les pensées qui peuvent nous aider à mourir et qui se suivent avec la sombre gravilé d'une marclie funèbre,

.... Mortis comités et funeris util,

(Lucrèce recommande enfin de si^ représenter sou- \|vent riniage des grands lionimes» que leur gran- Ib'deur n'a pas déi'tndus plus que nous contre l'universelle nécessité. Nous pouvons bien, nous, chétifs. qui ne sommes que du troupeau bumain, nous résigner à un sort auquel n'échappe ni la royauté, ni l'héroïsme, ni le génie ; ils sont morts, les potentats; ils sont morts, les héros tels que Scipion, qui laissa ses os à la terre comme le dernier des esclaves ; ils sont morts, les invenleurs de la science et des grâces, les amis des Muses; il est mort luimême, Épicure, le sage des sagos, qui eiïa ça toutes les gloires, comme le soleil levant éteint toutes les étoiles. Voilà un genre de consolation, dit-on, (pii n'a jamais consolé personne! Aussi ces vers mcHancoliques prétendent, non pas con.soler, mais rendre plus familière et plus acceptable la loi commune. Ces grands tableaux de la fragilité humaine n'étaient pas pour les anciens, comme on se l'imagine, de beaux thèmes oratoires et poétiques; ils y cherchaient, non l'ostentation du talent, mais Tefficacilé morale. Ces méditations ne leur semblent pas vaines, puisqu'ils y recourent dans leurs lettres

inlimes, dans les condoléances de l'amitié et jusque dans les secrets entreliens où le sage se parle à luimèuie. Le poète Anlimaque ayant perdu sa femme, tendrement aimée, ramassa dans son élégie «toutes les adversités qui sont anciennement arrivées aux grands princes et roys, rendant sa douleur moindre, par la comparaison des maux d'aulruy plus griefs^» C'est à peu près ainsi que Sulpicius, dans une lettre connue, console son ami Gicéron, qui avait perdu sa fille unique : « Crois-moi, cette médilation m'a fortifié : fais-en Fessai sur toi-même et représentetoi le même spectacle^. » Marc-Aurèle, dans le secret de sa conscience et pour son propre usage, fait de semblables réflexions avec le désir de se rendre plus doux envers la mort en ayant, dit-il, sans cesse à l'esprit « le peu de durée des choses humaines^. » Mais quoi! la prédication chrétienne ne dédaigne pas ce moyen de persuasion. Que de fois Bossuet n'y a-t-il pas recouru, soit en s'écriarit que nous mourrons tous, soit en montrant que les hommes, «après avoir fait, ainsi que des fleuves, un peu plus de bruit les uns que les autres, vont tous se confondre dans ce gouffie inlini du néant, où l'on

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