‹ Le poëme de Lucrèce [microform]; morale, religion, scienceChapitre 46 sur 73 · Et quibus e portis occurri cuique deceret. )> VI · texte numérisé non relu

Et quibus e portis occurri cuique deceret. )> VI

214 CrîAPITnE VT.

In tlidorîe épicmicnne sur los passions dnns sa rip:uonr cloj?ninli(iiic. Nous nous sommes borné, comnie Lucrèce lui-mênie, à ramener les formules plHlosof)hi(iues à la simplicité du langage usuel. S'il est utile d'étudier et d'oiïrir queNiuefois une doctrine avec une exactitude scienlifwiue, de montrer avec une minutieuse précision la suite des principes et des conséquences, ce qui a été fait souvent pour l'épicurisnic avec une science remarquable, il est bon aussi dans l'occasion de dépouiller le système de son appareil savant, d'en briser les formules, d'en dégager l'inspiration et le sentiment, de le réduire enfin h un pelit nombre de maximes populaires visiblement applicables à la conduite de la vie. .

La plupart des systèmes antiques de morale sont au fond bien plus simples et plus raisonnables qu'ils ne paraissent au premier abord. Ils cacbent souvent sous des formes paradoxales des idées, sinon tout à fait justes, du moins fort naturelles et humaines. S'ils ont parfois un air étrange, ils le doivent à une fausse méthode et aux abus d'une dialectique outrée chez les Grecs. Les doctrines stoïque et épicurienne peuvent servir d'exemples. Les philosophes anciens, pour fonder une morale, commençaient par rechercher ce qu'ils appelaient le souverain bien, c'est-àdire un principe unique, une formule qu'ils exprimaient par un mot et dont ils tiraient avec une grande rigueur logique tout le système. Ainsi, dans certaines écoles, dans celles d'Antisthènes et de Zenon, on plaçait le ouverain bien dans l'honnête,

LA MOHALE DF LUCKÊCK.

et on élait dès lors amené à dire que tout le reste n'est rien, que la sanlé, la richesse, la perle des enfants sont choses indiflércntes. La formule, trop étroite pour embrasser toute la vie humaine, laissait en dehors bien des choses désiral)les, et de proche en proche, de conséquence en conséquence, on arrivait à violenter les plus légitimes besoins et les plus innocents désirs de l'hominp. On établit une morale surhumaine à laquelle on a justement reproché son orgueil et son impassibililé poussée jusqu'au ridicule. D'autres écoles, pour tenir compte de tout ce qu'avaient négligé les premières, mais suivant la même méthode, placèrent le souverain bien dans la volupté, et furent non moins embarrassées de fonder une morale sur ce principe unique et exclusif. Mais comme les dogmes, si absolus qu'ils soient, sont toujours obligés de compter avec la vie, de lui faire sa part, qu'ils ne peuvent négliger ni la nature qui ne se laisse pas étouffer, ni la loi morale dont on ne peut se passer, il arriva que les écoles les plus opposées finirent par se rencontrer. Le stoïcisme, par exemple, dans la pratique, admettait les biens de la vie, malgré les exigences de la logique, comme l'épicurisme admit la vertu. Le Portique fit entrer le bonheur dans la vertu, l'épicurisme fit entrer la vertu dans le bonheur, et il se trouva lu'un épicurien et un stoïcien, si du moins ils ne disputaient pas sur les principes, où ils étaient trop loin l'un de l'autre, s'entendaient sur la pratique des devoirs. Brutus et Cassius, malgré la diversité

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