IV
LA SCIENCb; DE LUCRÈCE. 235
Quelquefois Lucrèce se donne beaucoup de peine pour expliquer des faits qui n'existent pas. La physique des anciens n'était pas très-altentive à constater d'abord les faits avant d'en chercher les causes et souvent exposait doctement les raisons d'un phénomène avant de s'être assurée de sa réalité. C'est rélernelle hisloire de la doit tVor, si finement contée par Fonlenelle. Ainsi Lucrèce nous apprend pourquoi le lion tremble et s'enfuit à la vue du coq. C'est que, dit-il, du corps de Foiseau s'échappent des atomes ({ui piquent et blessent la prunelle du lion et qui abatlenl son courage ^ Les raisons que donne le poêle sont d'une précision comique. Il ne manque à celte explication (pi'un mérite, c'est que le fait soit réel. Du reste, toute l'antiquité l'admettait, Pline le naturaliste comme les autres, et aucun physicien ne s'avisa de s'en assurer. On se serait épargné bien de mauvaises raisons si on avait fait comme Cuvier, je crois, qui, par curiosité, mit un coq dans la cage d'un lion. Le roi des animaux, loin de trembler, marcha fort allègrement sur son prélcndu épouvanlail et s'en régala.
Il est inutile de multiplier ces exemples parce que les hypothèses de' pure fantaisie, le mancjue d'observation sont des défauts communs à la physique de toutes les écoles anciennes. 11 est une autre sorte d'erreurs moins pardonnables, plus particulières à répicurisme, qui niellent en droit de refuser à Épi-