Prœterca, si jam finitum constituatur
Omne quod est spatium, si quis procurrat ad oraî
Ullinius extremas, jaciatque volatile teliim,
Id validis utrum coiitortum viribus ire,
Quo fuerit missuai, mavis, longeque volare,
An prohibcrc aliquid censés obstareque posse?
Alterntriwn fatearis eniin suniasque necesseest;
Quorum utrunique tibi clTusium prajcludit, et omnc
G)2it ut exenii)ta concédas fine patere.
Nani sive est ali<iuid, qued probeat efliciatque
Quo mina' quo niissum est veniat, finique locet se,
Sivc foras fertur, non est a fine profectum.
Hoc pacte sequar atquc, oras ubicumque locaria
Extremas, quaerani, quid telo deniquo fiât.
Fiet uti nusquam possit consistere finis,
Effugiumque fugai prolatet copia semper...
Est igitur natura loci spatiumque profundi,
Quod neque clara suo percurrcre flumina cursii
Perpétue possint œvi labentia traclu,
Nec prorsum facere, ut restet minus ire meando i
CJsque adeo passim palet ingons copia rébus,
Fiuibus exemptis, in cuuctas undique parteSé
Il a lui-même le sentiment de celte puissance d*imagination quand il dit dans un élan d*orgucil et unn effusion de bonheur: « Je vois l'univers se former au milieu du vide, totum video per inaue gcri res, » Son regard perce non-seulement les libres espaces du ciel, mais à travers l'épaissonr do la lerre plonge dans les espaces infinis qui s'ouvrent sous nos pieds,
Non tcllus obstat quin omnin dispicianUir
Sub pcdibus quaccunque infra p{>r inane ^oruntur.
Pour lui la nature n*a pins de voilos , elle est tout entière devant ses yeux :
Tam manifesta païens ex omni porto retecla *.
Imagination ardente et lumineuse qui versera des feux en se concentrant dans la langue la plus précise.
Il y a des auteurs latins dont la diction est plus élégante, qui choisissent leurs mots avec plus de soin pour le plaisir de Toreille. Ainsi fait Cicéron lorsqu'il rencontre certaines difficullés de la science et qu'il évite la sécheresse d'un langage technique. Sénèque, dans ses Q^icslions nalurellcs, met en usage toutes les ressources d'une langue raffinée, il nous dissipe à force de vouloir nous contenter; concis dans le détail, il est souvent diffus dans l'ensemble. 11 imprime fortement sa pensée dans les esprits, mais en appuyant trop à plusieurs reprises, il détruit les contours arrêtés de l'empreinte. Nous ne par-
Ions pas de Pline l'ancien, dont le style est obscur et vague. De tous les philosophes romains Lucrèce est peut-être celui qui parle la langtie de la science avec la plus forte simplicité. 11 s'accommode du mot propre, même quand il est rude ; il l'échange rarement contre une périphrase, à moins qu'elle n'ajoute quelque chose à la pensée. Il ne connaît pas encore ces scrupules qui, en polissant la langue, l'affaiblissent. Presque toujours il laisse aux mots leur sens primitif et étymologique. On ne peut trouver un meilleur vocabulaire. Si son style manque de certaines qualités exquises que demande la poésie, il possède plus que tout autre celles que réclame la science. « C'est, disait Montaigne, un langage tout plein et gros d'une vigueur naturelle etconslante..., une éloquence nerveuse et solide, qui ne plaît pas tant, comme elle remplit et ravit, et ravit les plus forts esprits*. » L'exacte justesse des termes, leur simplicité sans fard est en philosophie comme la marque de la droiture et de la probité.
Le Pûhne de la Nature parut dans la littérature latine à l'heure la plus favorable pour la poésie philosophique. Plus tôt, il n'eût pas été compris parles Komains encore incultes; plus tard, après Cicéron, quand la philosophie était partout répan- ^ due, il cilt manqué de nouveauté et de prestige. Il faut en effet que la science soit nouvelle pour exciter Tenthousiasme d'un poëte et l'admiration des lec-