‹ Le poëme de Lucrèce [microform]; morale, religion, scienceChapitre 65 sur 73 · Liv. IV, i · texte numérisé non relu

Liv. IV, i

gramme de questions naturelles*. Enfin Claudien, le dernier venu, ayant à peindre une jeune fille, Proserpine, qui brode pour sa mère un ouvrage délicat, s'avise de lui faire ropréscnlor à l'aiguille sur la toile le débrouillement du chaos, la séparation des éléments. La pauvre enfant y met toutes les ressources de son art. Avec des i)aillettes d'or elle constelle le ciel, une laine d'azur euipourpré figure rOcéan, des pierres précieuses les aspérités du rivage, et des fils savamment entassés en onduleux relief semblent battre ces brillants rochers de leurs flots orageux*; mignarde description qui prouve que la physique était devenue assez vulgaire pour qu'on la fît tomber aux mains des femmes. II ne manquait plus au Poème de la iXaliire que d'être mis en tapisserie.

11 est dans la destinée de toutes les grandes choses qui d'abord émurent les plus nobles esprits de devenir communes, d'aller en proie à la frivolité, et de degrés en degrés de descendre quelquefois jusqu'aux confins du ridicule. Les plus belles œuvres du génie humain n'ont pas épuisé tous les honneurs, si elles n'ont reçu pour dernière consécration le triste hommage d'une vogue banale.

Pourquoi tous ces poètes, pouniuoi le public lettré à Rome a-t-il accueilli avec tant d'enthousiasme ou de faveur une physique si aride, si peu faite

LA SCIENCE DE Ll]CRïï;CE.

î Silves, V, 3, 19. — Tliébuide, VI, 3G0. 2. De raptu Proserp. J, 414.

pour séduire? Était-ce la satisfaction d'une savante curiosité? Non, les Romains n'ont jamais montré de goût pour la pure spéculation, ni pour la science désintéressée. Mais cette explication, quelle qu'elle fût, de la nature avait du moins le mérite d'expliquer quelque chose. Elle faisait évanouir des fables insensées ou terribles, elle enlevait l'Ame à des peurs confuses, elle mettait de l'ordre dans les esprits comme dans l'univers. Les lois de la nature proclamées par Lucrèce peuvent nous paraître aujourd'hui fausses ou dangereuses, mais du moins c'étaient des lois. Les Romains se contentèrent à jamais de cette physique, que peu à peu ils confondirent avec celle de l'école stoïcienne, en bien des points semblable et conforme. La poésie de Lucrèce fut pour les Romains la première aurore de la science, aurore charmante, saluée avec joie, mais qui ne devait pas amener après die la lumière du soleil, et qui jusqu'à la fin du monde antique resta une aurore.

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FORMATION DE l' UNI VERS.— APPARITION DE l'iiOMME

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