‹ Le poëme de Lucrèce [microform]; morale, religion, scienceChapitre 72 sur 73 · LUCRÈCE · texte numérisé non relu

LUCRÈCE

Surépicure :

Atquo omno immensum peragravit mente animoque. I, 74.

Viam monstravit. VI, 27.

Cura semota metuque. II, 19.

Neque ullam Es«e voluputom liquidara puramqiic relinquu. m^ 40

Natnjam «appe homines patriam caros

que parentes Prodiderunt, vitare acherusia tenpla

pelente.. i,j^ 35.

aCÉRON.

Qui infinitas regiones qua nulla osset extremitas, mente peragravisset.

De Finibm, II, 31.

Omnes monstret vias. Ibid. I, 14.

Ut sine cura metuque vivamus.

Ihid. I, 15.

Gustare partcra ullam liquidas voluptatis Ibid. I, 18.

Mortis metu... muiti parentes, nulti amicos, nonnuUi patriam perlidcrunt. Ibid. If 15.

APPENDICE

APPENDICE

Perpetjo tamen id fore clam dirAdef^ débet V. II, ôô.

Nec miser impendcns magnum timet

aère saxum Tantalus... lU, 9*8.

Si vocem rerum natura repente Mittat... 111, 929.

Quae bene cognita si teneas, natura

videtur Libéra continue, dominis privata sn-

perbis... H, 1090.

Quamvis occulte fecerit, nur.qu?jm tamen confîdet id fore semper occultum. Ibid. I, 16.

Mors quoB, quasi saxum Tantalo, semper impendet. Ibid. I, 18.

Hac cxaudita quasi voce naturte.

Ihid. 1, 21.

Enfin Cicéron ne pense-t-il pas à Lucrèce, ne fait-il pas une allusion directe a un passage du poème, quand il s'élève contre la témérité impie des épicuriens : « Soleo saepe mirari nonnuUorum insolentiam philosopho* rum, qui naturas cognitionem admirantur, ejusque inventori et principi gratias uxsultantes agunt, eumque venerantur, ut deura : libcratos enim se per eum dicunt gravissimis dominis, terrore sempiterno. »

Tuscul. 1, 21.

Pour expliquer ces ressemblances, faut-il penser que les deux auteurs ont puisé à une source comniune? Dans ce cas Lucrèce aurait emprunté à des devanciers latins, non-seulement des idées, mais des expressions poétiques. N'est-il pas plus naturel de croire que Cicéron, dans sa polémique contre l'épicurisme, avait présents à l'esprit les vers do Lucrèce? S'il ne l'a pas nommé, ce silence lui était imposé par des convenances officielles. Il nous dévoile d'ailleurs son vrai sentiment, quand il dit de la doctrine épicurienne : « Un tel langage aurait plutôt besoin d'être réprimé par un censeur, que d'être réfuté par un philosophe. » De Finibus, II, 4 0.

Page 23, ligne 5. — Un ennemi des dieux.,.

Lucrèce constate lui-même qu'on le soupçonnait d'impiété; il repousse le soupçon, mais avec une si grande hardiesse de langage qu'il le confirme, I, 80.

Page 24, ligne 6. — Fa?nille Lucretia...

Puisque tous les commentateurs se sont fait un devoir do recueillir sur celte famille les moindres vestiges historiques je ne crains pas de faire part ici d'une bien petite découverte. Au moment même oIj, l'esprit occupé de notre poute, je passais à Molsheim (Bas-Rhin), je vis sur les murs do l'ancien hôtel de ville, à la hauteur du premier éta^'e, ces mots gravés qu'un ouvrier badigeonneur s'était amusé à peindre en noir : lvcret... roma... marcus. Ce sont les débris d'une inscription dont la pierre brisée aura fourni des moellons à la construction du bâtiment. On retrouvera peut-être un jour l'inscription entière sous lo plâtre.

Page 38, ligne 13. — La paix Ja paix!.,.

Liv. I, 40, Ce mot revient souvent; il se trouve trois fois en dix vers, VI, G9-78. —L'essence de la Divinité, c'est la paix, I, 4o; III, 24; la vraie religion est dans la paix de l'âme, placida cum pace quietus, Vï, 73 ; la science n'a qu'un but, c'est de nous faire tout considérer en paix, pacala passe omnia mente liieri, V, 1201. Le crime consiste à troubler la paix, fœdera pacis, V, 115/i; la prière est pour le matelot en péril unmoyen d'obtenir des dieux la paix, pacem Divum, avoch paix des vents, ;?ac^s venlorum, V, 12:>8; les animaux mêmes, s'ils se sont soumis à la domestication, c'est pour échapper aux bêtes féroces, pour avoir la paix, pacemque sccuta, V, 863.

Page 41, ligne 9. — // compare à undieic.

C'est le ton de l'école. Velleius a de la peine à se défendre

de révérer Épicure comme un dieu. De nat. Deor., I, 16.

Pour Torquatus la doctrine est descendue du ciel: « Quasi

|delapsacœlo régula. » De Fin., \, 19. Lo sceptique Lucien lui-

mômeappolleÉpicure:«Cethommc vraiment sacré, divin, qui, seul, a réellement connu la vérité et l'a transmise à ses dis- ^ciplcs dont il est devenu le libérateur » Alex., 61. Cololcs

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alla plus loin; il embrassa les genoux d'Épicure et voulut l'adorer. Plularque ajoute qu'Epicure fut si Oalté qu i « contre-adora » Cololès, et que rien ne fut plus plaisant que la scène où ces deux hommes se prosternèrent l'un devant 1 autre. L'historiette est bien contée, mais suspecte. Contre CoL,M.

Page 44, ligne 19. — Cette disette de mots...

Il recule môme devant une partie de son sujet, faute do

termes *

rationem redderc aventem

Abstrahit invitum patrii sermonis egcstas. (III, 200.) Voir encore liv. I, 830. Ces plaintes étaient légitimes surtout dans la bouche d'un poëte. La langue latmc, même en prose, se sentait impuissante devant les idées grecques; el e n'était pas prôte, elle avait été comme surprise par la subite introduction de la philosophie. Cicéron éprouve le mtme embarras : « In omni arte. cujus usus vulgar.s communu. nue non sit, multam novitatem nommum esse, ue tin., ni 1 Près d'un siècle plus tard, Sénèquo voulant exposer un' point de Platon, répèle la plainte même do Lucrèce : « Quanta verborum nobis paupertas, imo egestas sit... » Lett., 58. Page 46, ligne 6. — D'un mot : Desipere est... Lucrèce se livre à ce mouvement d'impatience quatre fois en employant le même mot, IH, 362, 803; V 466 4042. Remarquons aussi que si le poêle prend quelquefois des précautions, ce n'est jamais pour se couvrir lui-môme contre le reproche d'impiété, mais pour rassurer son lecteur engnge avec lui dans une entreprise hardie : «Peut-être que, retenu encore sous le joug do la religion, tu regardes comme une impiété semblable à celle des Titans, etc. » V, 1 1 4. « Dire que c'est un crime d'attaquer cette croyance, c'est tout simplement de la folie. ^ V, 157. 11 parle des scrupules du lecteur avec ironie et, sans se défendre, riposte avec l'insolence do la foi.

APPENDICE. 355

Page 46, ligne 12. —Le trépied dWpollon...

Le fier Achille ne parle pas autrement, quand il dispute Iphigénie aux dieux et s'écrie dans Racine :

Les dieux auront en vain ordonni^. son trépas : Cet oracle est plus sûr que celui de Calchas!

(Acte III, scène vn.)

Du reste les discijiles donnaient le nom d'oracles à certaines sentences d'Épicure : « Quasi oracula edidisse sapientiœ dicitur. » De Finib., II, 7. Cicéron se moque de l'air de confiance des épicuriens, « qui ne craignent rien tant que de paraître douter et parlent comme s'ils revenaient à l'heure même de l'assemblée des dieux. » De nat. Deor., I, 8.

Page 47, ligne 8. — Que le premier il apporte.,. Il le dit lui-aii'ine avec joie :

Denique natura hœc rerum, Ratioque reperta Nuper, et hanc primus cum primis ipse repertus Nunc ego sum, in patrias qui possim vertere voces.

Lucrèce pouvait parler ainsi, parce que ses devanciers, Amafinius, Rabirius et Catiiis, étaient de pauvres écrivains. « Nulla arte adhibita, de rébus ante oculos posilis vulgan sermoiie disputant. » Acad., ï, 2. — « Mali verborum interprètes.» Cicéron, Lett. fam., XV, 19. — « Inculta quœdam et horrida, do malis Grœcis latine scripta deterius. » De fin., I, 3.

Page 47, ligne 8. — L ardeur de son prosélytisme...

Le prosélytisme de Lucrèce emploie des expressions d'une vivacité singulière. Ce n'est pas seulement le poëte qui est ardent à persuader; il lui semble que les idées elles-mêmes no peuvent se contenir, qu'elles brûlent de s'échapper pour â ofTrir aux oreilles et aux yeux de Memmius :

Nam tibi vehementer nova res molitur ad aurcs Accidere, et nova se species ostendeie rerum. (II, 1023.)

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Nous aurions pu relever d'autres sentiments qui entrent dans l'enthousiasme do Lucrèce, l'amour de la gloire, tandis spes magna, I, 923, la douceur qu'il trouve à faire des vers, luciiia carniina, IV, 8, — suaviloquis versihiis, H, 528 et passim, la compassion pour ceux qui errent, o miseras liomimim mentes! II, 14, enfin, la plénitude de son esp'it et de son cœur qui lui permet de verser des flots de vérités.

Usque adeo largos haustus e fontibu' magnis Lingua meo suavis diti de pectore fundet. (I, 412.)

Page 50, ligne 2. — N'est-ce pas l'amitié.,,

La lettre de Cicéron à Trébatius offre l'exemple d'une conversion faite par un ami. Épicure avait toute une théorie sur la direction et l'art de convertir; il distinguait ceux qui vont tout seuls à la sagesse, ceux qui ont besoin d'un guide, ceux qu'il faut pousser et violenter, a quibus non duce tantum opus sit, sed adjutore>t, ut ita dicam, coactore. » Son., Lett., 52.

Il paraît môme que la doctrine avait des secrets et des mystères qu'on ne révélait pas à tout le monde. Cicéron reproche aux épicuriens de ne pas tenir le môme langage en public et en particulier : t Sententiam, aliam domesticam, aliam forensom, ut in fronto ostentatio sit, intus veritas occultetur. » De Fin,, II, 24.

Page 66, ligne 16. — D'une gravité chaste...

Il n'existe pas de plus beaux vers sur l'amour. Virgile lui-môme n'a rien fait de plus ravissant. Que de nobles et pénétrantes expressions, et quel rhythmo! a In gremio qui sœpo tuum se rejicit — acterno vulnere — pascit — corporo sancto — circumfusa. » C'est le sublime dans la grâce. Montaigne relève quelques-uns de ces mots et s'en délecte. III, 5. Hesnault, qui a donné de ce morceau une traduction en vers partout citée , méconnaît cette chasteté et semble faire de Slars un petit-maître entreprenant.

Page 67, ligne 10. — Deux sens, l'un scientifique...

On a donné de ce morceau des explications bien bizarres dont il faut dire ici quelque chose, ne fût-ce que pour marquer les progrès de la critique. Crecch lui-même s'est puérilement trompé sur le sens de celte allégorie, lui qui, dans tout le reste, est si précis, et si capable dessaisir le sens dogmatique des vers. Nul critique, d'ailleurs, n'a été plus fidèle à son auteur et n'a donné de sa fidélité' une preuve plus singulière. Comme il ne doutait pas du suicide de Lucrèce, il tint à honneur de faire comme lui. 11 avait écrit sur son manuscrit : « Quand j'aurai terminé mon commentaire , il faudra que je me ponde , » et il se pendit. Voilà un commentaire bien anglais et plus complet qu'il n'éuit à désirer. Eh bien , ce savant homme soupçonne que Lucrèce ici s'est moqué de Vénus en la montrant comme en conversation criminelle avec Mars. Ce beau tableau ne serait qu'un bon tour joué à une divinité par un incrédule, et une magnifique épigramme. Cela est bien peu sensé. Un autre critique, réfuté par Creech, pense que la Providence, pour confondre l'impie poêle, lui a inspiré la pensée d'adresser un hommage à la plus mal famée des déesses, pour bien prouver qu'un homme qui s'éloigne de la religion ne peut avoir que des idées absurdes et honteuses. Ce n'est plus une malice du poëte, mais une malice de la Providence. Uhe autre opinion, qui a fait fortune, est celle de Bernardin de Saint-Pierre qui croit que Lucrèce a voulu, au début, se montrer religieux parce que « on ne peut intéresser fortement les hommes, si on ne leur présente quelques-uns des attributs de la Divinité;... l'exordo de ce poëme en est la réfutation. » Fiudes delà Nature, étude \m\ Mais si, pour avoir invoqué poétiquement Vénus, Lucrèce doit être regardé comme un dévot païen, il faudra donc décider que Bernardm lui-même est un païen, lorsqu'au début de ses Harmonies de la Nature, il fait cette invocation à la même divinité : « 0 toi qui d'un sourire fis naître le printemps, douce Aphrodite, belle Vénus, sois-moi favorable...» On pourrait

it?)8

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répondre à Bernardin : Pour vous comme pour Lucrèce Vénus ne représente ici qu'une loi de la nature, et le polHe n'est pas plus religieux, en empruntant ces images consacrées, que vous qui les reprenez à votre tour. 11 n'y a donc pas d'inconséquence et cet hymne n'est pas la réfutation du poëme. Bayle a réfuté d'avance l'opinion de Bernardin, qui était déjà ancienne, et ne veut voir dans ce morceau qu'une allégorie de physicien. En un mot, pour conclure, Lucrèce, avec des formes plus poétiques, parle comme Buffon qui, faisant aussi, à sa façon, un de rerum nalura, s'écrie : « Amour, désir inné! âme de la nature,... puissance souveraine qui peut tout... cause première de tout bien, etc. » Voilà en prose le vrai sens philosophique de cette allégorie souvent si mal interprétée.

Page 67, ligne 25. — La mère des Romains...

Je suis tenté de croire que Lucrèce a reproduit un tableau ou un groupe de marbre connu des Romains et qui se trouvait peut-être dans un de leurs temples. Certaines expressions semblent peindre des formes plastiques, celle-ci entre autres : « la molle rondeur de son cou, tereti cervice re/îexa. » Plusieurs monuments de la statuaire romaine nous montrent Vénus essayant d'apaiser le dieu de la guerre. C'est sous cette forme allégorique qu'ont été souvent représentés les empereurs et les impératrices, Marc-Aurèle et Faustine, Adrien et Sabine. (Émeric David, Histoire de la sculpture.) L'impératrice, par un geste caressant, calme son terrible époux, lui demande une grâce et fait penser à ce vers :

Circumfusa super, suaves ex ore loquelas...

Il est vrai que, dans les groupes qu'on voit au musée da Louvre, les figures sont debout; mais l'idée est la même que celle de Lucrèce, elle est traditionnelle et consacrée. On voit donc combien le tableau du poêle est ingénieux et grand. Vénus, mère des Romains, âme du monde politique, est

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aussi l'âme de la nature. Le début du poëme se comprend mieux s'il renferme une allusion à une image révérée des Romains.

Page 71, ligne 6. — Par des dieux innombrables..,

Hésiode pense qu'il y en a trente mille {Œuvres et jours, V. 2.')2) ; mais Maxime de Tyr trouve que c'est bien peu et qu'il vaut mieux reconnaître que leur multitude est infinie. {Dissert., l.)

Page 74, ligne 19. — /)m sommeil...

« Le sommeil m-^me, qui devrait faire oublier toutes les peines, vous prépare de nouvelles terreurs. » Cic, de Divin., II, 72. Un personnage de comédie, Démonès, est exaspéré et s'écrie: « Que les dieux se jouent étrangement des humains!... ils ne nous laissent pas de repos, même quand nous dormons. »

Mirîs modis di ludos faciunt hominîbus...

Ne dormientes quidem sinunt quiescere. {Rtidens, 501.)

Page 71, ligne 22. — La prière...

Un de ces manquements se rencontre dans une scène tristement charmante d'Ovide. Quand Apollon eut percé de ses flèches les fils de Niobé l'un après l'autre, le dernier qui reste, ayant vu tomber tous ses frères sous les traits lancés par une main invisible, demande grâce aux dieux : « Dique ô!... Parcite. » Le pauvre enfant ne savait pas et ne pouvait savoir qu'il fallait n'invoquer qu'Apollon ;

Communiter omnes Dixerat, îgnarus jon omnes esse rogandos.

La prière fut inutile, n'ayant pas été faite dans les règles.

Piige 72, ligne 2. — Les angoisses de sa piété... Sur le dévot païen devenant athée par peur, voir Plutarque, de la Superstition, fin. Il faut lire tout le traité où

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l'auteur, pourtant ami des dieux, peint ce qu'il appelle « cet ulcère de conscience, cette combu:.tion d'esprit et cette ser-

vile abjection. »

Plutarque, si hostile aux épicuriens, préfère pourtant leur doctrine à la superstition: « Si quelqu'un pense que les atomes et le vuide soient les principes de l'univers, c'est une faulso opinion qu'il a, mais elle ne luy engendre pas d'ulcère, elle ne lui donne pas de fiebvre, n'y luy cause point de douleur. . De la Supersl., l.-Cicéron parle à peu près comme Lucrèce : a La superstition, il faut Tavouer, a enchaîné presque tous les esprits chez tous les peuples et subjuuué la faiblesse des hommes... Qui parviendrait à détruire^ celte crédulité rendrait un grand service à ses concitoyens et à lui-môme. Mais qu'on m'entende bien : détruire la superstition, ce n'est pas détruire la religion. » De Divinat.j II, 7à.

Page 73, ligne 10. — /i n'y a pas de science.., A Rome surtout, tout homme qui hasarde une explication scientifique d'un phénomène naturel a l'air d'entreprendre sur le pouvoir illimité des dieux. Pour faire do la science, il faut avoir le courage d'une impiété déclarée. Voilà pourquoi les Romains sont restés si longtemps dans l'ignorance.

Page 80, ligne 23. - Tenté de se faire athée...

Sed quum res hominum tanta caligine volvi Adspicerem, la'tosque diu (lorere noccntes, Vexariquc pios, rursus labefacta cadebat

Relligio. ..

Abstulit hune tandem Rufini pœna tumultum

Absolvit quo Deos ('« ^^f-* ^ ^ -•)

C'est à l'opinion éi)icurienne que se range un moment Claudien disant : « Numina nescia noslri. » L'épicurismo était le refuge de ceux qui boudaient les dieux. Ces sentiments se retrouvent môme chez nos poêles imitateurs des ancieos. Malherbe a dit :

APPENDICE. 361

Le ciel est résolu de se justifier.

Oreste dans VA?idromaqiie de Racine s'écrie: Je ne vols que malheurs qui condamnent les dieux.

Page 82, ligne 19. — Leurs propres enfants...

« Ceux qui n'en avaient point en achetaient des pauvres, comme si ç'eussent esté des agneaux ou des chevreaux. » Plutarque, de la Siiperst., c. 13.

Sur les immolations do Marseille, voir Servius, Virg., ÉnèidA. 111,57. — Dans la Grèce antique, Polyxène est immolée sur le tombeau d'Achille; douze captifs sont égorgés sur celui de Patrocle. Dans la suite, la religion conlinue à commander de ces sacrifices, mais elle n'est plus obéie; on élude ses ordres. Après un songe, Pélopidas est mis en demeure par les devins de sacrifier « une vierge rousse; » il se tire d'affaire en jouant sur les mots et immole une jeuno jument qui avait « le poil rouge fort luisant. » Plutarque, Pélop., 21 et 22. — Agésilas doit immoler sa propre fille, a co qu'il ne voulut pas faire par avoir eu le cueur trop tendre, a îbid. 11 y a encore des Calchas, mais il n'est plus d'Agamemnon.

Page 83, ligne 15. — Un sénatus-consulte...

a DCLVII demumanno urbis... senatus consultum factum est, ne homo immolaretur, palamque fuit in tempus illud sacri prodigiosi celebratio. » Pline, Hist. nat., XXX, 3. « Ktiam nostraaetas vidit. » /6irf., XXVIIÏ, 3. Plutarque dit aussi que, de son temps, il y avait encore de ces sacrifices, « quelques secrets anniversaires qu'il n'est pas loisible 'Je voir à tout le monde. » Marcellus, 3. Adrien crut les abolir par un édit célèbre; ils subsistèrent.

Page 85, ligne 8. — Un instrument commode...

Epicure le dit formellement lui-môme : «t Si nous savions quelle est la véritable fin des maux et des biens, l'élude et la spéculation de la physique nous seraient inutiles... 11 faut

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guérir son esprit des impressions ridicules des fables. » Diog., X, 10,1!, 12.

Page 88, ligne 13. — Bailler les dieux,..

Bientôt on sera plus irrévérencieux encore. On mettra les dieux sur le théâtre, et Tertuliien se demandera : t Utrum mimos an Deos vestros in jocis et strophis rideatis. » Apologétique. Sous Dioclétien on donnera un mime intitulé : Le Testament de défunt Jupiter,

Page 89, ligne 2. — Entre la foi et l'incrédulité..,

Plutarque, Sylla, 29 et 12. Le libre Horace, pour avoir entendu le tonnerre dans un ciel serein, renonce à l'épicurisme, qu'il appelle une folle sagesse, insanientis sapientiœ. Odes y I, 34. L'empereur Titus, témoin du même phénomène naturel, est si effrayé qu'il prend la fièvre et meurt. Suétone, Titus, 10. Cicéron, qui s'était si bien moqué de la divination^ s'indigne contre Antoine qui a tenu les comices un jour qu'il tonnait et que le ciel protestait par ses cris contre une pareille impiété, cœlesti clamore prohihente. V' Philippique. Rien n'est plus commun que ces retours à la superstition. On croyait encore aux présages. Le désastre de Crassus chez les Parthes tenait, disait-on, à ce qu'il avait combattu malgré les auspices. Pompée est contraint de livrer la bataille de Pharsale parce que les présages sont favorables. A Philippes, Cassius, quoique épicurien, perd courage pour avoir vu un sacrificateur portant de travers sa couronne de fleurs. Appius Claudius dédie à Cicéron un livre 0ur le pouvoir réel de l'art augurai ; ses collègues, il est vrai, se moquent de sa crédulité.

La liberté d'esprit était chose assez rare, car Horace fait un mérite au sage de ne pas croire aux songes, aux revenants, etc.

Somnia, terrores magicos, miracula, sagas, Nocturnos lémures, portentaque Thessala rides?

(Ëi)if.,II,2,208.)

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Page 90, ligne 16. — Pratiques monstrueuses de r Orient...

L'épicurien Velleius disait: « Aux fables des poètes, ajoutons les folies des mages et celles des Égyptiens... Peut-on se défondre, après cela, de révérer Épicure comme un dieu? » Cicéron, De nat. Deor., liv. I, 16. Lucrèce lui-même semble avoir eu en vue la sombre terreur qu'inspiraient ces cultes étranges, quand il dit :

Unde etiam nunc est mortalibus insitus horror

Qui delubra Deum nova toto suscitât orbi. (V, 1164.)

Il a peint la procession des fêtes de la Magna Mater en témoin qui observe l'horreur religieuse que ce spectacle produit sur la foule.

Horrifiée fertur divin» matris imago. (Il, 609-625.)

Bientôt s'introduira à Rome le culte persan de Mithra. Parmi les initiés je trouve le nom d'un Lucrèce qui vécut au temps de l'empire, et qui fit peut-être à son dieu une immolation humaine; a Deo inviclo MiihrœC. LucretiusMnesler.» Insc. Int. d'Orelli, n» 1908. Voilà un membre de la famille qui a dû peu lire le Poë/ne de la Nature. Sur ces immolations voir Porphyre, de Abatin. H, 56 ; Lampride, Commode, 9.

Page 94, ligne 9. — Révéler une puissance,,.

Il faut ici relever une erreur de M. de Humboldt qui dit dans son Cosmos : a Un tel argument en faveur de l'existence des puissances célestes, puisé dans la beauté et dans l'infinie grandeur des œuvres de la création, est un fait très-rare chez les anciens. » Traduct., t. H, 15. Cela est, au contraire, assez commun. Sans parler de Xénophon, de Cicéron {De Divin., If, 72), qui ont recours à cet argument, Plutarque dit exactement comme Lucrèce : « Les sages hommes anciens voyans qu'il n'y avoit rien que l'on sceust reprendre au ciel, ny négligence, ou désordre et confusion quelconque au mouvement des astres, ny aux saisons de l'année... ils ont à bon droict condamné de tout poinct l'impiété des

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alhéïsles. » De la Superst., 42. Plutarque dit ailleurs ; c Nous avons doncques pris de là imagination de dieu. » Opinions des philos., I, 6. Manilius s'exprime comme un moderne :

Quis credat tantas operum sine numine moles Ex minimis, caecoque creatum fœdere mundum.

{Astr., I, 48!.)

Il faut bien que cet argument fût non-seulement connu, mais qu'il parût puissant, puisqu'il inquiète Lucrèce.

Page 95, ligne 6. — Par des allusions précises...

Lucrèce désigne ici clairement toutes les formalités de la prière romaine. Ailleurs il repousse avec dédain la divination étrusque qui était si fort en honneur chez les Romains et que les Grecs ne connaissaient pas. Liv. VI, 86 et 379. Delille se trompe en disant que Lucrèce « n'a pas osé attaquer le fond do la religion romaine. » Les trois Règnes, Disc, prélim. N*esl-il pas évident qu'il en sape les fondements, quand il méprise la science des aruspices : « Auspiciis hune urbem conditam esse, auspiciis bcllo ac pace, domi mililiœque omnia geri, quis est qui ignoret? » Tite- Live, VI, 41.

Page 100, ligne 5. — Athéisme déguisé...

Cela n'est pas certain. Le stoïcien Posidonius prétendait qu'Épicuro n'avait admis des dieux que pour se dérober à l'indignation publique, etCicéron fait parler de môme Cotta. De nat. Deor., I, 44; IH, 1 . Mais d'autres n'étaient pas si affirmatifs, et Claudien ne sait à quoi s'en tenir sur ce point :

Quse numina sensu Ambiguo vel nulla putat, vel nescia nostri. {In Ruf., I, 19.)

Bacon dit, non sans raison : « On prétend qu'au fond Épicure ne croyait pas qu'il existât de dieu, imputation qui ne me paraît pas assez bien fondée. » Il cite une phrase d'Épicure et ajoute : « Platon n'aurait pas mieux parlé.

APPENDICE

Ennius fit un jour au théâtre une profession épicurienne et tout le peuple applaudit :

Ego Deum genus esse semper dixi, et dicam cœlitum ;

Sed eos non curare opinor quid agat humanum genus.' Peut-on penser que le vieil Ennius fut athée? Nous ne nions m n'affirmons l'athéisme des épicuriens, mais nous pensons que c'est un problème non encore résolu.

Page 100, ligne 13. — Le co?isenleme?it universel... Il est remarquable que cet argument dont la philosophie a fait depuis un si grand usage ait pour auteur Épicurele premier il l'a employé : t Soins enim vidit, primum esse Dcos, quod in omnium animis eorum notionem impressisset jpsa natura. » De 7iat. Deor., I, 16.

Page 101, ligne 5. — D'une plus fine étoffe... On a beaucoup ri de ces dieux au corps subtil et on a en raison ; mais il est juste de remarquer que tous les anciens excepte Platon , n'ont jamais imaginé des âmes humaines ou divines qui ne fussent composées de matière plus ou moins subtile. Dans le christianisme primitif ces idées subsistent. Tertullien pense que nous verrions le corps de Dieu 81 nos sens étaient assez fins. De Anima, 22. — Faute de mieux, Épicure spiritualisait, si l'on peut dire, la matière bon impuissance peut paraître plaisante, mais non son effort. La substance divine, disait-il, n'est pas visible, mais inteiligiblc : « Ut non sensu, sed mente ccrnatur. » Ciccron De nat. Deor., I, 18. '

Page 102, ligne 2. - L'idéal de la félicité...

La sagesse, selon Lucrèce, nous procure une vie semblable a celle des dieux :

Ut nihil impediat dignam Dis dcgcre vitam. (III, 323.) C'est à peu près ainsi que les Indiens, qui regardent l'ennere maction comme l'état le plus parfait, donnent au sou-

306 APPENDICE

verain Être le surnom (Vimmobile, Rfontesquîeu, Esprit des lois, XIV, 5.

Page i04, ligne 13. — Philosophique Imigage.,.

La première maxime est celle-ci: t Un ôlre heureux et immortel n'a point do peine et n'en fait à personne. » De 7iat. Deor., I, 31.

C'est ce que dit aussi Lucrèce :

Oninis cnim pcr se Divûm natura ncccsse est Immortili œvo suinma cum pace fruatur. (Il, G 15.)

L'homme pieux doit donc être sans crainte et sans espérance, puisque la Di\inité

Nec bene promeritis capitur, nec tangitur ira. (II, C.'.O.)

De là une adoration désintéressée : a Pie, sanctequc colimus naturam excellentematquc prccstanlem. » De nat.Deor., I, 20, et I, 17.

Lucrèce aussi s'arrête en extase devant celle paix divine :

Nam proh! sancta Dcum tranquilla pcctora pacc. (H, 1003.)

D'autres écoles adoptent pour dautres raisons ce quiétismo épicurien. Un néoplatonicien enthousiaste et plus ou moins mystique. Porphyre, dans sa lettre à Anébon, ne parle pas autrement qu'Épicure : « Les dieux sont impassibles ; c'est donc vainement qu'on pense les concilier, les flécliir par des invocations, des expiations, des prières... ce qui est impassible ne peut être ni ému, ni contraint. »

Toute la philosophie antique, celle mî'inc qui attaque vivement Épicure, est, en religion, épicurienne à demi; car si elle reconnaît la bonté des dieux, elle ne veut pas croire à leur justice vindicative : « Hoc quidem commune est omnium philosophorum... numquam nec irasci Deum, nec nocere. » Cicér., De Offic, III, 28. L'épicurisme, on le voit, n'était pas si hardi qu'on pense et répondait à l'opinion gé^ néralô fatiguée et désubusée du paganisme.

APPENDICE

Page 108, ligne 7. — Une décision tranquille,.,

« Épicure avait voulu mettre fin à toutes les disputes subtiles dont les dieux avaient été l'occasion. » Plularquo, Fragments, 8. Pythagore, Platon, les stoïciens discutaient sur la nature des demi-dieux, des démons. « Kpicuro no reçoit rien de tout cela. • Idem, Opinions des phiL, I, 8. Épicure était aussi le seul philosophe qui n'admît pas la di- . vination. Cicéron, de Divinal., I, 3.

Page 110, ligne 17. — Épicure seul...

t\ la divination par le vol des oiseaux et les entrailles des victimes il faut ajouter celle qui se faisait par les sorts, ])ar l'évocation des ombres, par l'eau, par le feu, par les plantes, par les noms, etc. Voir Cicéron, de DivinaL, II, 72 et passim. Cicéron, qui se moquo si bien de ces préjugés en philosophe, lorsqu'il parle en citoyen est d'un autre avis : « Je pense qu'il y a une divination et que c'est réellement une partie de cette science que l'art d'observer les oiseaux et tous les autres signes. » De Leg., II, 13. L'obligation qui est imposée à Cicéron homme politique de soutenir la divination prouve que la polémique épicurienne n'était pas inutile.

Page 116, ligne 29. — Par d'inutiles peintures...

Il ne s'agit pas seulement do peintures poétiques. A Rome, dans les temples ou ailleurs, il y avait des tableaux représentant les supplices infernaux, comme nous l'apprend un esclave de Maute ;

Vidi ego multa sœpe picta, quîB Acherunti fièrent Cruciamcnta. . . {Captifs, V, 4, 1 .)

Ces tableaux faisaient peur. Nous savons par Cicéron qu'au théâtre, quand un héros tragique échappé des enfers disait d'une voix caverneuse : « Adsum afque advenio Acherunte... » les femmes et les enfants tremblaient. » Tuscul.,]^ 16.

SCS

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Page 118, ligne 10. — Des espérances confuses.,.

On peut dire des anciens, si occupés de politique et do plaisirs, ce que Bossuet disait de ses contemporains affairés : «f Nous ne désirons môme pas l'immortalité ; nous cherchons des félicités que le temps emporie. » Cela peut s'appliquer aux Romains, si actifs, si peu rêveurs, surtout sous la république. Au temps de l'empire, les sentiments changent ; la désoccupation politique et le malheur donnent alors du prix à l'idée de l'immortalité.

Page 121, ligne 22. — Et non pas de l'espérance...

Cicéron pense que c'est la croyance à la vie future selon la Fable qui fait craindre la mort : « Idcirco mortem censés esse sempiternum malum. » Tuscul., I, 5. * Sénèque, pour consoler Marcia, une mère qui avait perdu son fils, croit pouvoir calmer sa douleur en lui apprenant qu'il n'est pas de vie future et que, par conséquent, le cher défunt jouit d'un parfait repos : « Cogita nullis defunctum malisaffici; illa quaî nobis inferos faciunt terribiles, fabulam esse; nullas immincro mortuis tcnebras, nec carcerem, nec flumina flagrantia igné, nec oblivionis amncm, nec tribunalia,etreos, et in illalibcrtate tam laxa ullosilerum tyrannos. Luserunt isla poetae, et vanis nosagitavere terroribus... Excepit illum magna et œterna pax. » Consol. ad Marciam, 19. Pour oser donner une pareille consolation à une femme, à une mère qui pleurait un fils plein de jeunes vertus, ami des dieux, et qui par la pureté de ses mœurs avait mérité d'entrer encore enfant dans un collège de prêtres : f hacsanctitate morum eiïecit, ut puer admodum dignus saccrdotio videretur, » 24, il fallait bien que la vie future oiïrît peu d'espérances et qu'elle fût un objet d'horreur mémo pour les âmes pieuses et les plus méritantes.

Plutarque va jusqu'à dire que le superstitieux qui croit aux enfers envie l'athée : « Il aimerait bien chèreme it, et trouverait bien heureux la disposition et condition de i'a-

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théiste, comme une franchise et liberté. » De la Superstition, II.

C'est aussi le cri de joie du doux Virgile quand il a mis

sojs ses pieds ces craintes :

Atque metus omnes et inexorabile fatum Subjecit pedibus, strepitumque Acheruntis avari.

Page 122, ligne 1. — Vidée de la rémunération...

On peut se figurer quelles devaient être chez les anciens les idées du peuple sur la vie future, en lisant les chants funèbres des Grecs modernes, qui en sont encore à Charon, et jamais ne parlent ni de peines, ni de récompensos. Le christianisme môme, après tant de siècles, n'a pas pu fïiire pénétrer l'idée d'une rémunération dans ces imaginations demeurées païennes. Voir Fauriel, Chants popul. de la Grèce moderne.

Page 124, ligne 9. — Les apparences de la vie...

C'était le rovaume des ombres.

Do là ces mots ordinaires dans la poésie latine : « Umbros tenues, graciles, silentes, pallentes, simulacra luce carenlum, cava sub imagine formœ, domos vacuas et inania régna. » Ce triste lieu était peuplé de monsires. « Qualia poetae inferna monstra finxere. » Sénèque, de /va. H, 35.

Le plus souvent c'était une noire région ignorée et terrible : t Tenebrarum metus, in quas adductura mors creditur. » Sénèque, Lettres, 82. Ajoutez à cela que les fictions des poëtes en avaient augmenté Thorreur : « Multorum ingeniis ccrtatum est ad augendam ejus infamiam. Descriptus est carcer infernus et perpétua nocte oppressa regio. » Ibid. Dans une tragédie de Sénèque, Hercule a visité le sombre royaume et décrit ce qu'il a vu : « Vidi... noctis aelernœ chaos. » Iferc. fur., 610. a Chaos caecum, squalidaî mortis specus. » Med.,l^\. « Inane chaos. » Ovid., Fast., IV, 597. « Loca nocte silentia lato. » Virg., ^n., VI, 265. Plusieurs pages ne sulliraicnt pas à recueillir toutes les exprcssicns

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pareilles à celles-ci : t Descendero nocti, — locapîena timoris, — aeternflB caliginis, — nigra formidine, — silenteai nocte perpétua domura, »

Page 126, ligne 5. — Ses plus douces espérances,,,

« La cupidité de toujours ôtre, qui est le plus véhément de tous les désirs, surpasse en doux contentement cette puérile crainte des enfers. » Plutarque, Qu*on ne peut vivre heureux, 56.

1 11 ne s'en faut guères, que je ne dise, que tous, tant hommes que femmes, voudraient plus tost porter l'eau en vaisseaux percés, comme les Danaïdes, que de périr du tout, afin de pouvoir seulement demeurer en estre. • Ibid. On voit que ce n'est là qu'un argument de polémique que Plutarque lui-même hésite à employer. Ils sont bien rares, chez les anciens, les passages oij la vie future, selon la mythologie, est regardée comme désirable.

Page 128, ligne 14. — Conserver un reste de vie,,.

Ceux môme qui ne croyaient plus aux fables éprouvaient encore de vagues terreurs. « Sed restât misoris vivere longius. » Sénèque, Troyennes, 878. «t La superstition fait sa peur plus longue que sa vie, et attache à la mort une imagination de maux immortels : et lorsqu'elle achève tous ses ennuys et travaux, elle se persuade qu'elle en doit commencer d'autres qui jamais n'achèveront. » Plutarque, de la Superst., 4. C'est pourquoi, dès le début de son poëmo, Lucrèce dit si naturellement que les hommes ne seront tranquilles que quand ils verront un terme fixe à la vie et à leurs malheurs.

Si certain finem esse videront iErumnanim homines...

Ils vivent dans les angoisses :

iEternas quoniam pœnas in morte timendum.

Par le mot pϔias, il ne faut pas entendre un juste chiiti*

ment réservé au crime, mais les misères dont la religion menace indistinctement tous les hommes. 1, 108-112; 111,44.

Page 132, ligne 8. — Pas même devant le crime.,.

L'idée de Lucrèce est très-juste. La trop grande peur de la mort est corruptrice. Qu'on se rappelle à quelles extrémités se sont portés les païens pendant la peste d'Athènes et les j chrétiens pendant la peste de Florence. Thucydide l'a dit : c On pensait qu'il fallait tout donner à la volupté... La crainte des dieux ne retenait personne... avant d'être frappé-^, il leur semblait naturel de jouir de ce qui leur restait à vivre, a Boccace, dans le Décaméroyi , fait les mômes observations sur la peste de Florence, et Manzoni, dans les Fiancés, sur ccllo de Milan. Voir l'excellente étude de M. Jules Girard sur Thucydide, où ces descriptions sont comparées.

Page 132, ligne 17. — Sans espérance et sans justice,.,

La doctrine chrétienne elle-môme condamne la peur sans espérance et sans amour de la justice : « Tant qu'on est touché par la seule terreur des supplices, sans aucun commencement d'amour de la justice, on n'est jamais converti comme il faut. » Bossuet, Avert. sur le livre des Réflexions morales, § 22.

Page 133, ligne 4. — Faute de faire ces distinctions,,.

Les chrétiens disent avec Lactance {Inst, div., III, 17) : « S'il n'est pas de vie future, volons, tuons, rapioniiis, necemus; » Lucrèce, au contraire, prétend que c'est la crainte de la vie future qui pousse au vol et au meurtre. D'oiî vient cette différence étrange? C'est que les chrétiens, espérant en la justice divine, n'ont pas à se disputer les biens de ce monde, tandis que les païens, en face d'un avenir qui sera horrible, qu'ils aient été justes ou non, se jettent en désespérés sur les biens présents. Faute de connaître les idée$ antiques, on ne comprend rien au raisonnement de Lucrèce/

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qui n'est pas faux, bien qu'il aille, pour ainsi dire, à rebours.

Page 135, ligne 20. — Que la mort n*est rien...

a Nil igiturMors est, ad nos neque perlinct hilum. » III, 842. Voici la pensée d'Épicure : « Tant que nous vivons, la mort n'est point encore ; quand elle est survenue, nous ne sommes plus rien nous-mêmes. » Diogène Laërce, X, 244.— On a fait là-dessus ce distique concis :

Pourquoi contre la mort tant do cris superflus? Je suis, elle n'est point; elle est, je ne suis plus.

Bayle, dans son Dictionnaire (ait. Lucrèce), relève fort bien le sophisme des épicuriens : a Ils ne peuvent pas nier que la mort n'arrive pendant que l'homme est doué encore de sentiment. C'est donc une chose qui concerne l'homme, et de ce que les parties séparées ne sentent plus ils ont eu tort d'inférer que l'accident qui les sépare est insensible... L'amour de la vie est tellement enraciné dans le cœur do l'homme que c'est un signe qu'elle est considérée comme un très-grand bien; d'où il s'ensuit que de cela seul que la mort enlève ce bien, elle est redoutée comme un très-grand mal. A quoi sert de dire contre cette crainte : Vous ne sentirez rien après votre mort ? Ne vous répondra-t-on pas aussitôt : C'est bien assez que je sois privé de la vie que j'aime tant?» Bayle ne fait que développer ici, à son insu peut-être, celte courte et vive réfutation de Lactance : « Quam argute nos fefellitEpicurus! Quasi vero transacta mors limeatur, quiajani sensus ereplus est, ac non ipsum mori, quo sensuseripitur... mors misera non est, aditus ad mortem est miser. » Inslit, div., m, 47.

Paee 136. Ii2:ne 7. — Reste de vie dans le tombeau...

a Sub terra censebant reliquam vitam agi mortuorum. » Cicéron, TuscuL, 1, 16. Lucien, qui se moque de cet!o croyance, fait parler un mort répondant h son père qui le pleure : « Peut-être ce qui t'afflige, c'est de penser aux

ténèbres qui m'environnent, et tu crains que je n'étouffe enfermé dans mon tombeau. » Sur le deuil, 18, trad de Talbot.

«r En sorte qu'un mort qui n'a laissé sur la terre ni ami, ni parent, est réduit à ne point manger et condamné à une faim perpétuelle. » Lucien, Sur le deuil, 9. « Vous figurez-vous que ce vin filtre jusqu'à moi? » Ibid., 19. « Combien n'ont pas été jusqu'à immoler sur des tombeaux, des chevaux, des concubines, des échansons! » Ibid., 14. Voir Plutarque, Quon ne peut vivre heureux, 26. — C'est sans doute par allusion à ces croyances païennes que les livres chrétiens répètent : a Les bienheureux n'auront ni faim ni soif, j»

Page 136, ligne 18. — Qui jusque dans la tombe...

Il subsiste encore dans notre langue religieuse des vestiges de ces croyances antiques : « Ici repose, etc.; que la terre te soit légère! » Chez les anciens cela se prenait à la lettre. Cicéron, TuscuL, III, 44.

Martial a fait, non sans grâce, ces vers sur la mort d'une jeune fille :

Mollia non rigidus cespes tegat ossa, nec illi, Terra, gravis fueris : non fuit illa tibi. (V, 35.)

Contre un ennemi on faisait cette imprécation •

Gravisque tellus impio capiti incubet.

(Sénèque, Ilippolyte, 1280.)

Voir sur ces sentiments et ces usages le beau livre do M. Fustel de Coulanges: La Cité antique, ch. 1.

Page 140, ligne \0. — A dû fortifier le cœur...

Le stoïcisme cherche aussi à di>siper la crainte d'une mort sans sépulture : a Utrum projectum aves différant, an consumatur..., quid ad illum?... Nulli reliquias meas commendo : ne quis insepultns esset, rerum natura prospexit. » Sénèque, Lettres, 92. Le stoïcien rend hommage sur ce

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point à la sagesse épicurienne et cite ce vers de Mécène ; « Nec tumulum euro; sepclit natura reliclos! » Ibid. Voir Lucain, VII, 208.

Page 148, ligne i5. — f/n poêle contemporain...

Les beaux vers de Lamartine paraissent avoir été inspirés par Sénèque : « Si hune naturam vocas, Fatum, Fortunam, omnia ejusdem Dei nomina sunt, varie utentis sua potestate. » (De Denef., IV, 9.)

Page 152, ligne 4. — Loi universelle.

Rem gigni patitur nisi morte adjuta aliéna.

(Lucrèce, I, 2C4.) Non périt in tanto quicquam fmihi crédite) mundo, Sed variât faciemque novat, nascique vocatur.

(Ovide,il/e/am., XV, 254.)

M. de Lamartine reconnaît la môme loi dans le monde moral :

On sent à ce travail qui change, brise, enfante, Qu'un éternel levain dans l'univers fermente... Que le temps naît du temps, la chose de la chose, Qu'une forme périt afin qu'une autre éclose, Qu'à tout être la fin est le commencement, La souffrance, travail, la mort, enfantement.

{Jocelyn , y époque.)

Page 161, ligne 15. — C'est le péché même..,

Bossuet revient sur la même idée : o Si vous voulez voir, chrétiens, des peintures de ces gouiïres éternels, n'allez pas rechercher bien loin ni ces fourneaux ardents, ni ces montagnes ensoufrées qui vomissent des tourbillons de flammes, et qu'un ancien appelle des cheminées de l'enfer, « ignis a inferni fumario!a. • (Tertull.) Voulez-vous voir une vive image de l'enfer et d'une âme damnée, regardez un pécheur. » Plus loin, il appelle les pécheurs « les damnés vivants. » 2' serm. sur V exaltai, de la sainte croix.

Je ne sais si Bossuet est ici bien orthodoxe. Le quatrième

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concile de Latran, en 4215, a condamné un certain Amalaric, docteur de Paris, a qui docuit infernum non esse locum specialem; sed... eum, qui in statu peccati mortalis versatur, in se ipso habere infernum. » Liebermann, Instituliones theologicœ, t. V.

Il est vrai que sur ce point Bossuet tient souvent un tout autre langage qui n'a plus rien de commun avec celui de Lucrèce,

Page 164, ligne 10. — User la crainte en usant la sur^ prise...

L'idée de Lucrèce se retrouve partout sous des aspects divers. Balzac, au xvii» siècle, disait: «Il n'y a que la première nuit, non plus que la première mort, qui ait mérité de l'étonnement et de la tristesse. » Le calme que demande le poëte se trouve dans ce beau mot de Descartes à ses amis qui assistaient à ses derniers moments : « Êtesvous donc étonnés de voir mourir des hommes? » De plus, dans toute société où il existe une grande inégalité de conditions, l'idée do l'égalité devant la mort sera bien reçue. De là ces lieux communs d'Horace : « Pallida mors œquo puisât pede pauperum tabernas, regumque turres. » C'est aussi le fond des Dialogues des morts de Lucien. La Bruyère dit avec raison : a Si de tous les hommes les uns mouraient, les autres non, ce serait une désolante affliction que de mourir. » Quant à l'énumération des illustres trépassés, on la trouve partout, dans de vieux cantiques de l'Église, dans les profanes rêveries du poëte Villon : a Mais où est le preux Charlemaigne! o Hamlet s'enivre de ces noires réflexions : « Alexandre est redevenu poussière, etc. » Sait-on pourquoi ce genre de consolation ne sera jamais abandonné? C'est qu'il n'en est pas beaucoup d'autres.

Page 167, ligne 15. — Les ennuis, les divertissements..,

Sénèque, dans son traité sur la Tranquillité de l'âme,

cil. 2, a peint avec force cet ennui romain, ce dégoût de soi-

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3TJ

même et cette inconstance furieuse qui selon les moralistes de tous les temps ne peut être fixée que par une foi philosophique ou religieuse. « Omnis stullitia laborat fastidio sui. » Sénèque, Lettres, 9. — a Non contingit tranquillitas, nisi immutubile certumquejudicium adeptis. » 25. — « 0 homme, où courez-vous d'affaire en affaire, de distraction en distraction, de visite en visite, de trouble en trouble? vous vous fuyez vous-même. » Bossuet. a De là vient que les hommes aiment tant le bruit et le remuement. » Pascal.

Page 171, ligne i. — Deux moitiés d'éternité..,

Lucrèce parle exactement comme Pascal, qui dit : « Quand je considère la petite durée de ma vie, absorbée dans l'éternité précédant et suivant... je m'offriiye. » (Édit. Havet, XXV, 16.) Seulement le poëte ne s'effraye pas, il voit, au contraire, dans la tranquille élernité qui nous a précédés, l'image séduisante de rélernité tranquille qui nous suivra :

Respice item quam nil ad nos an te acta vetustas Temporis œterni fuerit, quam nascimur ante. Hoc igitur spéculum nobis natura futur!

Temporis exponit post mortem denique nostram.

Il semble répondre d'avance aux angoisses de Pascal :

Numquid ibi horribile apparet, nura triste videtur...

(III, 970.) Page 174, ligne 3. — La volupté,..

Proposer le bonheur pour fin dernière do la philosophie n'est pas absolument une erreur. Tout dépend du sens qu'on attache à ce mot. Varron, qui n'était pas épicurien, disait : « Nulla est homini causa philosophandi, nisi ut beatus sit. » Logistor. de phil., § 11 (édit. de M. Chappuis, 1868). Montaigne : « Toutes les opinions du monde en sont hi, que le plaisir est nostre but, quoyqu'elles en prennent divers moyens : aullrement on les chasscroit d'arrivée; car qui escouteroit celny qui, pour sa fin, establiroit nostre peine et mesaise? Les dissensions dos sectes philosophiques en ce

sens sont verbales... quoy qu'ils disent, en la vertu mesme, le dernier but de nostre visée, c'est la volupté. 11 me plaist de battre leurs aureilles de ce mot qui leur est si fort à contre-cœur, etc. » Liv. ï, 19. Le christianisme lui-même déclare résolument par la bouche de Bossuet que « toute la doctrine des mœurs tend uniquement à nous rendre heureux. Le maître céleste commence par là. » Médit, sur VÉvang., X^ jour. Où placera-t-on le bonheur? Là est la question.

Page 175, ligne 5. — Oter leur frein aux passions,..

Delille, après avoir fait le tableau des mœurs abominables de Rome, ajoute : « A cette époque, un poëte qui venait, sur les pas d'Épicure, annoncer aux Romains l'indifférence des dieux pour les choses humaines, recommander la jouissance du présent, traiter de fable un avenir vengeur... devait, escorté des passions pleinement affranchies, arriver rapidement à la faveur publique, et se faire lire avec plaisir par une génération avide de crimes et d'impunité. » Les trois Règnes, Disc, prélim. C'est de la pure déclamation. La morale de Lucrèce, au contraire, contient, condamne, flétrit les passions contemporaines. Le poëte n'est si éloquent que pour être si irrité contre elles. Le P. Tournemine va plus loin : ff 11 n'y a que l'envie d'apaiser les remords qui fasse écouter Lucrèce. • Rernarq. sur Lucr. Voilà un jugement qui est fait pour nous inquiéter et nous humilier, nous qui tâchons ici de faire écouter Lucrèce.

Page 176, ligne 20. — Une morale sévère,..

« Cet homme que vous dites esclave de la volupté, Épicure vous crie qu'il n'est pas de bonheur sans sagesse, honnêteté, vertu. » De Fin., I, 18.

Voir dans le poëme l'énumération des vices qu'Épicure est venu combattre : « superbia, spurcitia, petulantia, luxus, etc. » V, 45. Aussi l'empereur Marc-Aurèle ne s'est point fait scrupule de fonder à Athènes une chaire d'épicurisme en y

APPEiNDICE.

attachant un traitement de dix mille drachmes. Du reste, iui-même raisonne souvent en épicurien.

Page 177, ligne 3. — Leur enchaînement fatal,,.

Lucrèce paraît réfuter ici les stoïciens, qui étaient fatalistes et disaient : « Causa pendet ex causa, privata ac publica longus ordo rerum trahit. » Sénèque, de Provid., 5. Celte force fatale était appelée par eux Dieu ou Providence. Cicéron a raison quand il trouve ridicule cette « chimère de la déclinaison des atomes ». De Fato, 20. Mais Épicure devait tenir beaucoup à établir sur n'importe quel principe la liberté humaine pour répondre indirectement aux religions, aux doctrines philosophiques, aux poètes, qui mettaient l'homme entièrement sous la main des dieux ou du destin. ■ Reconnaître que l'homme est libre, c'était enlever quelque chose au pouvoir divin. Voy. Diogène L., X, 134.

Il est eingulier qu'Épicure, étant donné son système physique, ait si hautement proclamé le libre arbitre ; peu de philosophes ont été sur ce point plus fermes et plus nets : « La liberté que nous avons d'agir comme il nous plaît, dit-il , n'admet aucune tyrannie qui la violente ; aussi sommes-nous coupables des choses criminelles, de môme que ce n'est qu'à nous qu'appartiennent les louanges que mérite la prudence de notre conduite » Diogène Laërce, liv. X, § 133, Lettre à Menécée. Épicure repoussait le fatalisme et disait : a La nécessité du destin n'existe pas. » Nous venons de dire pourquoi.

Page 182, ligne 3. — Se détacher des affaires.

t Quid est beata vita? securitas et perpétua tranquillitas. » Sénèque, Lettres, 92 ; de Vit. beat., 3. Sénèque dit de répicuiisme et du stoïcisme : « Utraque secta ad otium iiiversa via mittit. » De Olio sap., 30. — Faut-il donner ici les formules par lesquelles les Grecs désignaient toutes les nuances de ce bonheur et les divers états de !àme arrivée à ce parfait repos recommandé uar les doctrines ? On aspirait

APPENDICE

à Yapathie, à Vathaumasie, à Vataraxie, à Veuthymie, à Vaponie, à Vaochlésie, à \alhambie, à Vatyphie, à ïacataplexie. Il ne faut pas se laisser eiïrayer, comme le personnage de Molière, par ces mots grecs qui désignent, non des maladies, mais les biens do l'âme. Tout cela veut dire la tranquillité dont on tenait à distinguer et à nommer toutes les délices. Bien des anciens ont composé des traités sur ce sujet ; tout le monde connaît ceux de Sénèque et de Plutarque. C'était le fonds de tous les livres de morale pratique.

Page 183, ligne 1. — Fuyaient les honneurs,..

Ainsi fit LucuUus : « Il quitta soudainement toute entremise du gouvernement des affaires de la chose publique, pour ce qu'il veist qu'elle avoit desja pris coup, et qu'il estoit trop mal aisé de la retenir qu'elle n'allast en précipice, t Piutarque, LucuUus, 38.

Ce fut aussi le sentiment d'Atticus : « Quod neque peti more majorum, neque capi possent conservatis legibus... neque geri e republica sine periculo, corruptis civitatis moribus. » C. Nepos, Atticus. — Sallusle pense de môme: Magistratus et imperia, postremo omnis cura rerum publicarum, minime mihihactempestatecupiunda videnlur, etc. » Jugurlha, 3.

On désespérait de l'État : Bien des gens pensaient ce que les partisans de César osaient dire tout haut. A Cicéron qui demandait où en était la république, Curion répondait: «Quam rempublicam?... nullam spem reliquam. » Lett. à Atlic, X, 4. — Dolabella engage Cicéron, son beau-père, à ne pas rester attaché à un fantôme. Ad divers,, IX, 9. — «La république n'est plus qu'un nom, appellationem sine corpore, » disait César, fort intéressé à le dire. Cicéron lui-môme est souvent incertain, dégoûté, découragé.

On en vint à ne plus se soucier que de la cité universelle, c'est-à-dire, selon les stoïciens, des choses divines et humaines. « Huic majori reipublicac et in otio deservire possumus. » Sén., de Olio sap., 3\. Virgile parle en épicurien

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quand il méprise les luttes de la liberté, insamm Forum, quand il déclare que rien n'émeut le sage, ni les affaires do Rome, ni le Dace descendant de l'Ister conjuré,

. . . Non res roman» pei ituraque régna, Aut conjurato descendens Dacus ab Istro.

On n'a plus môme de patriotisme. Cette indifférence générale explique le succès de la doctrine épicurienne.

Page 186, ligne 4. — Professions de foi...

Indiquons le sens philosophique de certaines expressions • « vera ratione t signifie la vraie, Tunique sagesse, c'est-àdire l'épicurisme. Voy. encore liv. III, v. 46. ^ « Vivere parce... neque penuria parvi, » grand principe d'Épicnro qui disciit, par exemple : « Je suis plus avancé que mon ami Métrodore; je n'ai besoin pour vivre que d'une domi-obolo, tandis qu'il lui faut encore une obole entière. » Sénèque, Lettres, 18. — c Parère quietum, » autre principe épicurien sur l'indiff.Tence et l'abstention polili(iue.

Voir sur la morale, liv. II, 37-54; III, 70-78; V, 1425- 1433; VI, 9-34.

Page 193, ligne 22. — Le bien le plus précieux...

L'image de Lucrèce, suave mari magno... est peut-ôlro empruntée à Épicure qui « mettait, dit PJutarque, le souverain bien en un profond repos, comme en un port couvert de tous les vents et de toutes les vagues du monde. » —Du reste, l'idée du poète est bien simple et chacun a eu l'occasion de l'exprimer. Qui de nous n'a dit comme un poêle grec : « Il est doux de contempler la mer du rivage? » La Phèdre de Racine

Pensait toujours du port contempler les orages.

Quand les vents au dehors faisaient rage, le voluptueux Tibulle s*écriait dans son lit :

Quam juvat immites ventos audire cabaoteml

APPENDICE

Bernardin de Saint-Pierre nous dit pourquoi : « Dans lo mauvais temps, le sentiment de ma misère humaine se tranquillise en ce que je vois qu'il pleut et que je suis à l'abri... Je jouis alors d'un bonheur négatif. » xii* Étude de la nat. A son insu, Bernardm explique bien le bonheur de Lucrèce, qui est précisément le bonheur 7iégatif recommandé par sa doctrine.

Page 198, ligne 2. — Saisir les allusions...

Bien que ces peintures soient toujours très-générales, les allusions y sont sensibles. En écrivant ce vers et les suivants : « Cerlare ingénie, contendere nobilitate, » II, 11, lo poëte pensait évidemment aux luttes de Rome, à la fin de la République, à l'ardente rivalité des hommes nouveaux et des patriciens. — Cet autre vers : k Ad summas emergere opes rerumque potiri, » II, 13, résume l'histoire de Marins et de Sylla, qui sera celle de Pompée et de César et de tant d'autres. Plus loin, cette brillante description : a Si non aurea sunt juvenum simulacra per aedes..., » II, 23, qui semble au premier abord une description de fantaisie, peint une opulente maison romaine. Ces vers, je le sais, sont traduits d'Homère, Odyssée, VII, 100, mais n'est-il pas naturel de penser que plus d'un amateur romain, en un temps où on était si fort épris du grec, mettait de l'érudition dans son luxe et se plaisait à reproduire dans son appartement les magnificences vantées du palais d'AlcinoUs? On sait jusqu'où l'empereur Adrien poussera ce luxe archaïque. N'avons-nous pas à Paris une maison de Pompéi ? Marc-Aurèle constate ce luxe en déclarant qu'il ne veut pas « de ces flambeaux soutenus par des statues ». I, 17.

Il est encore plus facile de sentir sous la broderie poétique le tissu de la doctrine. Tout ce magnifique début, a suave mari magno... » renferme un précepte sur l'impassibilité épicurienne , Xataraxie. Nous ne parlerons pas des vers purement philo>ophiques, où chacun peut reconnaître les formules de l'école. Mais la peinture même des plaisirs

APPENDICE

champôtres a uno valeur dortrinalo, « allnmcn intor ?p prostrali in grnminc molli...,! Il, 29. l-piniro rccominnnMiiit la campagne comme le vrai srjoiir de la s.i^osse et du honlicur simple, <?t).a-ypvi«iv, Diogêne, liv. X, 120. De là ces mots : t Non mngnis opibiis. » Les commentateurs ne remarquent pas que les mois « inter se » sont une allusion aux dourours do ramitiô dont Épicuro faisait uno des principales joies do lîi vie.

Page 200, ligne 48. -- A la tyrannie de la passion...

Nous ne croyons pas devoir exposer longiiement la trop sim|>lo et bizarre psyrhologin d'i'ipicuro. Selon lui, toutes nos idées nous viennent du dehors. Les objets extérieurs laissent échapper des siviulacres, des images, des enveloppes légères qui parcourent les airs avec uno rapidité merveilleuse et pénciront en nous par la iiorto des sens. L'atmosphère est remplie do ces simulacres (pii assiègent nos org;mes, voltigent autour de nous, entrent en nous et produisent toutes les opérations de notre esprit. Dans la veille ils nous font voir les objets, dans le sommeil ils se glissent en nous à notre insu et en se mêlant font naître des visions fantastiques. C'est alors, pourrions-nous dire aujourd'hui, lo pèlemêlo d'un kaléidoscope. Co sont do pareilles images de beauté et do fraîcheur qui excitent on nous l'amour'et que l'on fait bien do brouiller par uno savante inconstance pour qu'elles ne s'impriment pas en nous. La m(5me théorie explique l'origine des idées, les effets do l'imagination et les troubles du sentiment. Liv. IV, 1C03.

Page 202, ligno 14. — Dr penser en folies,.

Ce tableau est bien romain, surtout la longue énuméralion des dépenses. A Romo la trop grande dépense en amour était regardée comme uno honte. Voyez, dans les comédies de Plauto, les jeunes amoureux au milieu do leurs transports; au moment do s'engager dans une passion ils n'ont qu'un scrupule : Quoi! compromeUre ma fortune, mon

APPENDICE

crê'/it, mon bien! Le seul danger, c'est la dépense; le seul déshonneur, c'est la dépense. On ne supporterait pas chez nous, sur la scène, un amoureux calculateur. Pour Piaule ces jeunes gens sont les sages. Ce que Plaute nous fait voir avec une vérité comique, Lucrèce nous le montre avec une tristesse amèrc et uno grande élévation poétique. Nous faisons ces remarques parce (pi'un lecteur modfirne risque fort de no pas sentir ce qu'il y a dans ces vers do mépris romain et d'indignation.

Page 200, liî^ne 14. — Uniller vn ami.,.

Cvsl ici une allusion à des plaisanteries romaines. Je m'étonne que les commentateurs n'aient point rapproché de ces deux vers ceux d'Horace qui nous dépeint une scène de co genre. Odes, liv. 1, 27. Dans un festin, des jeunes gens se dis|mlcnt et on viennent aux mains. Horace les ramène à la paix et à la joie par une proposition enjouée. Il fera raison aux convives à condition que le plus jeune de la troupe, un adolescent timide, lui dira le nom de sa maîtresse. Colui-ci hésite et finit par so laisser arracher son secret. Comme il était sans doute en proie à une courtisane dangereuse, lloiacc s'écrie : « Ah f miser! » Cotte petite scène de mœurs romaines est un joli commentaire des vers de Lucrèce.

Page 208, ligne 28. — De la comédie nouvelle...

Cependant les vers de Lucrèce ne sont pas empruntés à une comédie. A y regarder de près, les mots grecs que Lucrèce a semés dans ce morcoau semblent |)lu(ôt appartenir à un poëmc écrit en vers hexamètres ou en distirpics. Peut-L'tro avait-il sous les yeux une épigrammo délicate comme on en trouve dans les Anthologies.

Page 209, ligno 14. — Euphémisme de la tendresse,..

On pourrait faire l'histoire do cette idéo : « Ne dites-vous pas du nez camus qu'il est joli, de l'aquilin, que c'est le nez royal? et quel autre qu'un amant aurait comparé la pâleur ij

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ArPENDICE.

la couleur du miel? » Pluton, RcpnbL,Y\^. V. ÎToraro, qui paraît se rappeler les vers do Lucrèce, voudriiil (ju'on s'abu- Silt de niCmo dans l'amitié et qu'on donnât un nom honnrto aux défauts do ses amis. Il rccommnndfi ces ouiihémismos qui parlent d'un bon cœur et qui rendent plus doux et plus aimable le commerce do la vio. Satires, I, 3, 48.— Ovide, en rusé corrupteur, enseigne comment on peut faire son profit de ces mensonges pour obtenir des faveurs. Jrs am.. H, 6G0. Le simple La Fontaine, qui no voit pas même le mal, écrit bonnement et sans façon : f Pour peu que j'aime, je no vois darïs les défauts des personnes nofi plus qu'une taupo qui aurait cent pieds do terre sur elle. ■ Lettres,

Page 21 G, ligne 21. — Cette mutuelle concession.

Si on veut voir un do ces lieureux mélanges do doctrines, il faut lire les Lettres do Séncque. Quand elles no nous offrent que l'idéal du sage stoïcien, elles sont insupportables par leur mépris fastueux pour tous les biens do la vie. Mais lors(pie Sénèque, qui estimait fort f!i)icure, lui emprunte son esprit et ses maximes et fait une ])art aux besoins légitimes de la nature, il devient raisonnable et persuasif. Son stoïcisme en s'amollissant prend du crédit et du charme.

Page 218, ligno 1G. — iXon l'école, mais Vciahle,.,

Le mot est do Cicéron s'arlressant à Pison : « 0 le nouvel Épicuro! Kpicuro noster, ex liara producle, non ex scola. » Disc, contre Pison, 16. If ara est une élablo à porc. Cela rappelle le mot ironique d'IIoraco : « Kpicuri do grege porcum. » Epit., I, 4. C'étaient là des aménités romaines (pio les stoïciens lançaient à leurs adversaires et quelquefois non sans raison.

Page 22/i, ligno Ji. — Un cadran...

Schoell, IJist. de la litt. romaine, t. II. — <r Non congruebant ad lieras ejus linea; : paruerunt lamcn cis annis undecontum. » Pline, llist. nal.. VU, 00.

APPENDICE

Voir sur l'introduction des cadrans solaires les réflexions spirituelles d'un parasite qui se plaint do cette exactitude nouvelle et désolante qui fixe l'heure de se mettre à table, '.andis que dans son enfance on ne consultait que son estomac, le meilleur des cadrans: venter erat solarium. Fragm. d'A(|uiIius, Hibbeck.

Page 225, ligne 9. — Alexandre..,

Alexandre Magno rege inflammato cupidino animaliuni naturas noscendi, delegalafjiie har commentatione Aiisloleli, ali(piot millia liominuMi in lotius Asiœ Cîr.pci.rqu(; tractu l>arcre jussa, omnium quos vcnatus, aucupia, piscatusquc alebant, quibusquo vivaria, armenta, alvearia, piscinae, aviaria in cura erant : ne quid us(}uam gcnilum ignorarelur ab 00... quinquaginla fernie volumina illa pracclara do animalibus condidit. » Pline, llist. nat., liv. VIII, M. -^ Athénée, liv. IX. — A. de Ilumboldt ne croit pas à ce témoignage.

Page 225, ligne 15. — Aristote.

«Son Histoire des animaux est peut-être encore aujourd'hui ce que nous avons de mieux fait en ce genre... Il les connaît pcut-iMre mieux et sous des vues plus générales qu'on ne les connaît aujourd'hui... » BufTon, 1" Disc, sur Ihist. nat.

Page 227, ligno 5. — Fidélité de l'interprète...

Voir une récente élude : Lucretii philosophia cum fontibus comparata, par Volijcr, (ironingue, 1877, 185 pages.

Page 233, ligne 3. — Jl s'est trouvé avoir des munis.

'Ava^T^'ypa; p.iv cjv c^/.ai ^li tÔ y.t'pa; t/v.» <;ppcvfjA(ÛTaTcv eîvai rôiv Cciwv âvôpwTicv. Plutar{|ue, Amitié frat., 2.— A cela le judicieux Plutarquo répond : « L'homme n'est pas le plus sage des animaux, pour autant qu'il a des mains : mais pour ce que do sa nature il est raisonnable et ingénieux, il a aussi de la nature obtenu des utils qui sont tels. » Ihid,

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APPENDICE

Page 235, ligne 7. — De la doit d'or.,.

Le bruit courut qu'en Silcsic une dcnl d'or avait poussé à un cnfiint. Aussitôt les savants do prendre la plume. L'un dit que celle dent est envoyée do Dieu pour consoler la chrétienté amigéo par les Turcs; d'autres confirment ou réfutent cetlo opinion. On fait lii-dcssus des volume?, a II no manquait autre chose h tant de beaux ouvraj;05, sinon qu'il fi^l vrai que la dent était d'or... On commença par faire do> livres, et puis on consulta l'orfôvrc. » Fonlenello, llisl. dc^ oracles, IV.

Pai;c 230, ligne 1G. — Pline...

a Gallinncroruni crisl.'O Icironl. » ///sf. nat., MU, l'>; Plutarque parle plus d'une fois de celle peur du lion. Hc l'ijivie, \.

Page 23G, ligne 1G. — Singulière iijnorancc,

« Épicure, postérieur îi I-udoxe et à Platon, était rcsldans la première enfance de l'aslronomie. » Ilailly, îli^t. do iaslron., liv. VllI. 11 faut remarquer, du rcslo, que, dan> l'anliquilé, les connaissances astronomiques ont eu de la peine à se répandre. Ainsi plusieurs Pères do l'Église, >avants d'ailleurs, demeurent fidèles aux plus anciennes idées cosmographiques.

Pa^e 239, ligne 11. — Cette indiffàencc...

Sur les corps célesles Épicure n'approuvait et n'improuvait aucune opinion des philosoi)hcs. « 11 s'en tient, dit Plutarque, à son: il peut èlro. » Opin. e/c5;)/ji7., 11,13- Cicéron, qui i^o moque souvent do celte négligence indifférente dl'picuro, dit (lu'il a l'air d'un homme qui fait do la philosophie en bâillant: « Ourc oscilans hallucinatus est. » De nul, Deor., I, 26. « Omnes islas esse posso causas Epicurus ait. » Sénèq., Quesl nat., VI, 20.

APPENDICE

Page 239, ligne 22, la lune.

Les lâches qu'on observe dans

Voir Stobée, Eclog. pfnjs.; Plutarque, Opin. des phiL, II, 25. Ailleurs Plutarque développe l'idée de Démocrito : « Ainsi comme ccste terre, sur laquelle nous sommes, a de grandes siiiuosile/. <le vallées, aussi est-il probable que celle-là est ouverle et f.Midmî do i^randes fondrières et baricaves, es quelles il y a de leau, ou bien de l'air obscur, au fond des(pielles la clard'î dti soleil no peut pénétrer, ains y default, et en renvoie i(ry bas la réflexion. » De la face de /rt ///wp.^ 21. — Cicéron dit, avec raison : o Éjjicure suit presque on loutDémocrite, et quand il change quelque chose, il me semble que c'est toujours en mal. » De Fin., I, G.

Page 207, li-ne IS. — Cc qu'il voit et ce quil invente.

D'AIcmbcrt dit, avec justesse : « La philosophie qui fait le mérite du poëte n'est pas celle qu'il peut arracher par lambeaux de certains livres; c'est celle qu'on trouve chez soi ou nulle part. Lucièce en est un bel exemple. Quand esl-il vraiment sublime? i'st-co (piand il se traîne tranquillemcnl sur les pas des aulres? C'est (juand il pense et sent d'après lui-mèmc, quand il est peintre et non l'écolier d'Épicure. « U'-flcx. sur la poésie. — Voilà pouniuoi, dans loule celte élude, nous cherchons surtout à deviner ce qui appartient en projue à l.ucrère.

Page 209, ligne M. - Peindre l'infini...

I, 1002. — On ne peut faire comprendre l'espace infini et l'élernilé qu'à l'aide do pareilles images. « i^Llevez, dit un prèlro bouddhiste, une vaste enceinte do murailles, (|u'elle ait des milles de circonférence et des centaines de mètres do profondeur; remplissez cette enceinte do grains de sable et <lu'uno fois, tous les dix mille ans, un ange erdèvo un seul grain de ce sable ; quand tous seront enlevés, vous ne serez qu'au commencement de l'éternité. *

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*ii-M'a%iii^ùf.-^i^

APPENDICE

Page 273, lii^'iic 27. — Que la science soil iwuictlc...

Chcncdoilé, l'auteur du dcnic de l'homme, pense, au contraire, (juo pour cliantcr la science il faut qu'elle soil déjà bien avancée. Il écrivait avec candeur sur un exemplaire de son livre : « J'avais eu, en faisant cet ouvrage, uul* i^'rande pensée, c'était d'appIiipuT la poésie aux sciences; mais je crois que les sciences sont ei^core trop vertes, trop jeunes pour recevoir un pareil vêlement, etc. ■ M. Sainte-Beuve relève cette idée si peu juste: « Non, la poésie de la science est bien à l'origine; les Parménide, les Empédocle, les Lucrèce en ont recueilli les premières et vastes moissons. Arrivée à un certain âge, à un certain degré de complication, la science échappe au poëte, le rhytlimo devient impuissant à enserrer la formule et a expliquer les lois. ■ Chateaubrianii, t. II. — - Voir Alex, de Ilumboldt, Cosmos, t. II, Guill. do Ilumboldt, Fréd. Schlegel.

Page 277, ligne 25. — Théorie des soidcvements,.,

« Quant aux rochers et croppes des montagnes, I]mj)édoclo estime qu'ils aient esté poulsez contremont, et soustenus dessoubs par la violence d'un certain feu bouillant, qu'il dit cstrc aux entrailles de la terre. » Plulaniue, dti Froid, 19. Voir Henri Martin, Timée, p. 112.

Page 280, ligne 4. — Chacun de ces clcmcnts...

c Emj)édoclc est d'opinion que devant les quatre éléments il y a de très-petits fragments, comme cléments de\anl éléments, do semblables p;ircelles, tous ronds. » l'iiitarrpic, Opin. des phil., l, 13 et 17.

Page 280, ligne 17. — l^ropriélés hostiles..»

C'est ce qu'Horace appelle concordia discors. Hpisl., î, 42. Claudion a dit:

Nectit amicitiis quidquld discordia sol vit.

(/« Mail, cons., 12.)

APPENDICE

Hnripedocle dit lui-m.^me, en parlant do ses éléments- «Quelquefois l'amour le^ réunit tous en un seul corps; d'aufres fois la discordeso met entre eux et les divise. » Pseudo- IMulnnpio, sur Homère, 99.

Pago i>S0, ji^no 27. - Que de rapports... Qur.ifp.e nous n'ayons d'Empédoclc que 4^0 vers épars mutdes, un examen attentif y fait découvrir des traces visibles (I imilation. Remuons un peu cette poussière poéti.me Ony trouvedesfragmenisdo passages que Luc.ôco a dû radu.re pour les réfuter, par exemple, sur les monstres Iiv. V, 87G. H adopte quelquefois des idées bizarres de son devancier sur les premiers essais de la création, sur les êtres incomplets, liv. V, 835. On rencontre çà et là des expressions communes aux deux poêles. Les quatre éléments sont appelés r/aa.px pt^o'm^ra, les atomes, radiées, -^Cu.Zp,- 1 eau, imhcr; - fOvcx 0.=â,-,, sccla ferarum; - a.;rc; les ténèbres de la vie, qualibus in lenebris vitœ. - Il y a des

vers entièrement traduits : rr.pl ,r aù^a'verat ^rùp... acOe>a ;j' atî^i,

« Ignein ignes pmcudunt, acthera.pic cTther. » - Les deux poètes comparent la verdure et les feuilles aux poils et aux plumes des quadrupèdes et des oiseaux ; ils appellent la mer \^ sueur de la terre. Le religieux Kmpedocio annonce qu'il va parcourir sa carrière sur le char do la piété; Lucrèce monte aussi sur un char, mais ce n'est point celui-là • « institut conscendere currum. n Nous n'insistons pas ici sur ces imitations qui iméressont plus la littérature que la morale et la science. Plutnrque Opin. des phil., I, 2i et 30.

Page 282. ligne 21. - // suivit ses élans,., Par exemple, la pieuse exclamalior. d'Kmpédoclo sur les hommes cp„, pour une fautr^, sont déchus do leur condition r(5lesto : a 0 rare malhcMireuse des mortels, do (hk^Is désordres, do quels pleurs vous êtes sortis! n devient, chez Lucrèce, une exclamation impie sur les misères qu'enfante la religion. « 0 genus infelix humanum... » Liv. V. 1192.

300 APPENDlCi:.

Page ,283, ligne 2. — /Jsl le hiérophante...

A l'enthousiasme do l.ucrècc je ne trouve à comparer, dans les temps modernes, (juc celui de Kepler, apris qu'il eut découvert la loi du mouvement des planètes: « Depuis dix-huit mois, j'ai vu le premier rayon de lumière; depuis trois mois j'ai vu le jour, enfin j'ai vu le soleil d»' la plus admirable contemplation. Je me livreà mon eiilliou>ia>me, je veux braver les mortels, etc. )> Voy. \csFonit(Ucurs de l'asironomie, par M. J. Bertrand. Kepler rend grâces à Dieu, Lucrèce au divin I-lpicure, voilà la dilTérenco, mais le langage du poêle est plein de ce qu'il appelle lui-mûmc a divina voluplas al que horror. i»

Page 283, ligne 10. — Intilidé Ciris...

M. Patin a déjà montré ((ue l'auteur de ce p«'lit |)Oi'mo pensait à Lucrèce; il a aussi délicatement recueilli les souvenirs de Virgile. Éludes sur la poésie latine^ t. 1, |). 82.

Page 288, !i.i:ne 12. — Ovidr...

Liv. I, 287. — De tous les poiHes latins, c'est Ovide qui a le plus ouvertement vanté le Po'cmc de la Nature:

Carmina suhlimis tune simtpcrilura Lucreti, Exitio terras quum dabit una ilics. (.\mor,, I, 15, 22.)

11 en parle même aux dames, il est vrai pour les engager h no pas le lire. Trist., II, 20.

Page 289, ligne 21. — Célébration de la jdnjfii'jKe,..

Nous pourrions ajouter d'autres poètes à ceux que nous avons cités. Dans le pelii poëme sur l'Etna attribué h Lucilius, l'ami de Sénèque, on trouve la même curiosité enthousiaste, et l'auteur semble penser à Lucrèce qunfwl il so demande « si cette inuuense niachine e>t a.-sujellie par un lien éternel. » C'est la question que se fait Lucrèce. Liv. V, 1215.

APPENDICE. 391

Page 292, ligne 1. — Le cinquième livre...

Nous recommandons un excellent et commode commentaire sur ce cinquième livre, publié récomment, en 188^, par MM. E. Denoistet Lantoine.

Page 29G, ligne 13. — J'araissent prodigieux...

Nous devons ici laisser parler un physicien dont le jugement en ces matières aura plus d'autorité quo le nôtre : a Virgile montre d'abord la matière disséminée dans l'espace, (ensuite se réunis-ant et s'agglomérant pour former les astres «•l le globn do la terre liii-môino à l'état naissant... Le poîJK; passe très-fidèlement des époques cosmologiques aux époques géologiques, car il nous montre ensuite le sol se consolidant, la mer so sép.irant des continents, le soleil éclairant la terre |)0ur la i)remière fois et les nuages disséminés dans Patmosphèrc, laissant tomber la pluie d'en haut. Plus tard, les végétaux apparaissent, puis les animaux qui errent en petit nombre sur des montagnes encore sans nom. Lnfin, le poète passe 5 la naissance de l'homme... On voit que rien no manque h la succession des événements. La théorie quo Virgile développe ici en style poétique ferait grand honneur à l'antiquité, si elle eût été généralement adoptée; mais à côté de l'école, quelle (pi'elle soit, qui professait cette belle doctrine, il en était d'autres... Le secret de ces rencontres merveilleuses (avec la science moderne) et du peu d'estime qu'on en a fait, c'est que la Grèce et l'antiquité ont tout dit, mais qyi'elles n'ont rien démontré. » Babinet, Études, L IV. Ces derniers mots font comprendre pourquoi la science des anciens est si flottante. Chez eux il n'y a pas, comme chez nous, des résultats acquis et reconnus. Virgile luimême peut servir d'exem[)le. Ici il célèbre la physique de Lucrèce, dans Vllnéide il célébrera celle de Platon. IJossuet a fait Iti-dessus des remanpies bien sévères : t Ainsi voit-on dans Virgile le vrai et le faux également établis... il a contenté l'oreille; il a étalé le beau tour de son esprit... C'est assez à la poésie; il ne croit pas que la vérité lui soit néces-

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APPENDICE

sairc. » De la Concupiscence, 18. Paroles rigoureuses do théologien qui possède la véritô fixdo une fois pour toutes. Mais Virgile ne cherchait pas h étaler seuienieut le beau toui de son esprit, il se laissait charmer par de grandes idéis auxquelles rien ne robligeait de rester fidùle. Sans être indilTcrent à la vérilo^ il cniprurjtaiJ, selon ses éludes ("u moment, à tous les systèmes; il se scnliiit libre, précisément parce que, selon ces mots si justes, rien n'était démontré.

Page 300, ligne f2. - Sur l'origine de l'inégalité...

Kousseau a disséminé dans son discours la substance dis vers latins. Seulement il faut les avoir présents à l'esprit pour saisir partout les traces de cette imitation clanflestine. Il a le cincjuièmo livre sous les yeux, d s'«'n occupe pour le suivre souvent ou pour le réfuter. Il faudrait plusieurs pages de citations pour en donner les preuves. Voyez ce qu'il dit de la force ùqs premiers hommes, des cnuses qui amenèrent des mœurs [dus douces, de la propriété, do la découverte du fer, etc. Tel retour do Lucièro sur les mœurs de son temps inspire à Uousseau une déclamation contre son siècle. Ce n'est pas que je prétende qu'il eût bo-oin do modèles pour se livrer à un accès do misanthropie. Il y a mémo quelques expressions qui trahissent une étude familière : o Les portes do la mort» a Janua leti. m — o Je vois l'homme se rassasiant sous un chèno, se désaltérant au premier ruisseau. »

Glaudifcras infor ciirabaut coipora quorcus... At scdaro sitim fluvii...

On fait CCS rcmanjucs simplement pour montrer que les idées de Lucrèce ont une valeur plus que poétique, puisqu'un [)hilosopho moderne no les a pas trouvées indigne* d'être étudiées et disculées.

Page 30G, ligne 3. -•• De pierre, de brome, de fer... Voir liv. V,1283.Cellevuo n'est pas commune, car Sénèque

APPENDICF.

(Ouest, uut., ï, 47) dira plus tard : « Le fer est le fjremler métal dont on se servit. » Peut-être Lucrèce fut-il mis sur la voie p;ir un vers d'Hésiode où il est dit que le cuivre fut découvert avant le fer. Il pouvait d'ailleurs se rappeler que, dans y Iliade, les armes des héros sont ordinairement d'airain] et que les Gaulois qui attaquèrent Homo n'avaient que des épées de bronze. Il parait même savoir que le cuivre et le plomb, se rencontrant quelquefois à l'état de lingot (concreta videbant, V, 125Ii), devaient d'abord attirer les regards, tandis que le fer échappe à la vue, parce qu'il ne so trouve qu'il 1 état do minerai.

Page 306, ligne 14. — De sa beauté...

« Les Klhiopes et les Indiens, élisants leurs roys et magistrats, avaient esgard à la beauté et procérité des personnes .. Platon désire la beauté aux conservateurs do sa république. » .Montaigne, liv. II, <7.

Page 311, ligne 26. — Bien repus...

C'est une idée antique que la musique et la danse doivci.t suivre le repas; Homère est do cet avis. Amyot, traduisant IMutanjuc, dit, dans son langage spirituellement enfantin: t De la panse, comme Ton dit, vient la danse. » Les causes nalurellcs, 21. Le mot est de Villon.

Page 313, ligne 1. — Juste sentiment de la nature...

Voir sur ce sentiment chez les anciens le bel ouvrage do M. De Laprade, une thèse délicate de M. Gebhart, 1800, et une vivo dissertation do M. Secretan, Lauzanne, 1866.

Page 324, ligne 18. — Fin prochaine du monde...

Lucrèee réclame hautement pour l'épicurisme la gloire do cette dé.!ouvcrte : « Nova res miraquo menti... insolilani rem. » Liv. V, 97-100. Il est assez curieux do voir que la doctrine qui prétendait en tout calmer les esprits les ait livrés ficelle peur. Lucrèce était amené là par le désir de renvcr-

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