II
mon s’écriait déjà : « Étant né.... je me suis fait entendre d’abord en pleurant comme tous les autres 1 2 * * * * * . » Bien des sages dans l’antiquité, Empédocle, Platon, Aristote et d’autres ont dit et redit que naître* est un malheur. Pline l’ancien, dans un morceau célèbre, a fait de l’enfant, comparé aux animaux , une sombre peinture ; Buffon l’a reprise, et les écrivains chrétiens ont du à leur tour insister sur notre infirmité native 8 , àlais personne n’a ressenti la profonde émotion de Lucrèce et n’a trouvé de si grandes images. Le poète épicurien est comme inspiré par son impiété et fait de cette humaine faiblesse un argument contre la Providence. Vous nous parlez de la sollicitude divine, eh bien ! contemplez donc cet être si favorisé :
Le voilà, cet enfant, pareil au matelot Lancé sur un rocher par la fureur du flot;
Sans secours, sans parler, couché nu sur la terre, Il salue en pleurant les bords de la lumière, Quand du flanc maternel, avec de longs efforts,
La nature l’arrache et le jette dehors.