‹ Le poeme de Lucrèce morale, religion, science (volume 2)Chapitre 108 sur 111 · Quidve mali fuerat nobis non esse creatis? (V · texte numérisé non relu

Quidve mali fuerat nobis non esse creatis? (V

.... Quid obest non esse creatum? (V, 180.)

Lucrèce semble dire comme un poète de nos jours :

Si l’on m’eùt consulté, j’aurais refusé l’être. (Lamartine.)

tés par l’inintelligente inconstance de la matière, servent à des créations nouvelles.

Le monde, sans repos, finit et recommence,

D’être en être mortel court et fuit l’existence.

Telle espèce s’étend, s’accroît et se nourrit De tout ce qu’a perdu telle autre qui périt;

De la foule qui meurt, dans le plus court espace,

La foule qui renaît a déjà pris la place,

Et comme dans les jeux, aux fêtes de Vulcain,

Vole la torche errante allant de main en main,

Chaque race à son tour par une autre suivie Lui transmet en courant le flambeau de la vie *.

Que sont, en effet, la vie et la mort? Le résultat de la lutte aveugle et perpétuelle entre des atomes qui se recherchent et des atomes qui se repoussent, entre des mouvements créateurs et des mouvements destructeurs, qui par une alternative infinie, éternelle de victoires et de défaites, forment les êtres et les dissipent*. Le monde n’est que l’immense

2. Ces idées de Lucrèce ont frappé André Chénier. Dans son Hermès , dont il se proposait de faire une sorte de « de rerum natura, » et qui est à peine ébauché, il place en note, comme pierre d’attente, cette pensée : « La terre est éternellement en mouvement. Chaque chose naît, meurt et se dissout. » Il ajoute, en républicain : « Cette particule de terre a été du fumier, elle devient un trône, et, qui plus est, un roi. » Plutarque avait dit : « Ne plus ne moins que l’imager d’une mesme masse d’argille peut former des animaux, et puis les confondre en masse, et puis derechef les reformer et derechef les reconfondre ; aussi la nature d’une mesme matière a jadis produit noz ayeulx et puis après consécutivement a procrée nos peres, et puis nous après et de nous par tour en engendrera d’autres et après d’autres de ces autres. >» Cons. à ApolL.y 20.

théâtre de cette guerre entre deux principes qui se surmontent tour à tour et qui infligent à l’homme ou la vie ou la mort :

L’un ne peut toujours vaincre, et ce qu’il a détruit Ne reste pas plongé dans l’éternelle nuit,

Et l’autre, par qui naît, grandit, s’élève un être,

Ne peut pas conserver toujours ce qu’il fait naître. Principes ennemis et de vie et de mort •

Se disputent le monde en un contraire eflort;

De toute éternité ces puissances rivales Se balancent sans fin dans leurs luttes égales.

Tandis que le mourant sanglotte, l’enfant crie Au moment de toucher aux rives de la vie.

Le jour chasse la nuit, la nuit succède au jour Sans qu’il cesse un moment, ce bruit lugubre et sourd ;

Là, près d’un noir bûcher, familles gémissantes,

Ici, vagissements et pleurs de voix naissantes *.

Même dans les plus hauts principes de sa physique, on le voit, Lucrèce fait souvent de ces retours mélancoliques sur la destinée de l’homme. Il ne perd pas de vue cette victime de la nature. Combien ses accusations seront plus amères quand il peindra le plus grand malheur de l’être humain , sa naissance, son entrée dans la vie, où il est précipité malgré lui, où son premier cri est un pleur, comme s’il avait déjà le sentiment de ses misères futures ! Sans doute il n’y a rien de bien nouveau dans ces plaintes qui sont de tous les temps. Salo-

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