‹ Le poeme de Lucrèce morale, religion, science (volume 2)Chapitre 69 sur 111 · Gravis, continens, severa. » Cicéron, de Fini b · texte numérisé non relu

Gravis, continens, severa. » Cicéron, de Fini b

2. Le mot est de Cicéron s’adressant à Pison : « 0 le nouvel Épicurel Epicure noster, ex hara producte. non ex scola.^» Disc, contre Pison, 16. llara est une étable à. porc. Cela rappelle le mot ironique d’Horace : « Epicuri de grege porcum. » Epit . , I, 4. C’étaient là des aménités romaines que les stoïciens lançaient à leurs adversaires et quelquefois non sans raison.

3. Cicéron écrivant à Cassius et lui parlant de la philosophie, ajoute

en plaisantant: « Ta philosophie à toi est à la cuisine, tua in culinaest .»

Cassius, dans sa réponse, relève noblement ce mot qui le b’esse : « Ceux

plus haut encore, un Atticus place la sagesse dans une prudence délicate, dans une bienfaisance intéressée et, pour protéger son bonheur, recrute des amis, comme d’autres lèvent des soldats. Vous trouverez même un épicurisme actif, intrigant, valeureux, celui de Cassius qui se donne tout entier aux rêves de l’ambition, qui fait la guerre aux tyrans, ne pouvant être tyran lui-même, et qui, confondant sans cesse son propre intérêt avec celui de la justice et de la liberté, sait mourir assez bravement pour que son compagnon Brutus l’appelle le dernier des Romains. A coté de cet épicurisme républicain voyez Pétrone, l’esclave et l’arbitre de la cour impériale, mettant sa gloire à mener de front les affaires et les plaisirs, qui dort le jour, travaille la nuit et, quand il est tombé en disgrâce, s’ouvre tranquillement les veines, les referme, les ouvre de nouveau, s’entretient de bagatelles avec ses amis jusqu’à ses derniers moments, pour montrer que la frivolité peut avoir son héroïsme, et que la nonchalance , qui est le bonheur de la vie, est aussi la grâce suprême de la mort. Voulez-vous d’autres contrastes? voici Lucrèce qui met toute son âme dans la science, tandis que Montaigne s’écriera : « Oh! que c’est un doux et mol chevet, et sain, que l’ignorance et l’incurio-

que tu appelles çiXrjôovoi, sont ?iX6xa>.oi et çiXoôixaioi. >» LeU. fam liv. XV, 18 et 19.

site, à reposer une teste bien faicte 1 2 ! » Enfin, il est un épicurisme qui comprend tous les autres, qui admet tout, même l'ambition et le désir de la gloire, qui n’exclut rien, pas même la tristesse, c’est celui de Lafontaine, qui l’a chanté avec une grâce qui n’est qu’à lui et un abandon qui sied au sujet :

Volupté, volupté, qui fus jadis maîtresse Du plus bel esprit de la Grèce,

Ne me dédaigne pas; viens-t’en loger chez moi;

Tu n’y seras pas sans emploi.

J’aime le Jeu, l’Amour, les Livres, la Musique,

La Ville et la Campagne ; enfin tout : il n'est rien Qui ne me soit souverain bien ,

Jusqu’au sombre plaisir d’un cœur mélanco’ique.

Viens donc; el de ce bien, ô douce Volupté,

Veux-tu savoir, au vrai, la mesure certaine?

Il m’en faut tout au moins un siècle bien compté;

Car trente ans, ce n’est pas la peine*.

Le véritable épicurisme, môme quand il est noble et sévère, doit être réprouvé, non pour avoir poussé, comme on l’en a faussement accusé, au désordre des mœurs, mais pour avoir supprimé la vie à force d’éteindre les passions. 11 a tout ramené à une prudence timide, incapable de rien entreprendre. Pour assurer le repos, unique objet de son am bition morale, il a réduit le corps à une chétive exis-

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