LA VIE ET LES SENTIMENTS DE LUCRÈCE. U
les temples, mais dans les écoles de philosophie’. Diverses doctrines répondaient aux différents besoins des esprits à la recherche de la perfection morale. Le stoïcisme recevait les âmes fortes, portées à l’action, prêtes aux combats de la vie, qui voulaient tremper leur courage et s’armer de constance. L’épicurisme d'ordinaire, qui n’était pas, je le répète, une école de corruption, mais une doctrine triste, sévère aussi, indifférente aux luttes de la vie, recueillait les âmes timides, prudentes ou découragées, et pour apaiser leurs passions et leurs craintes, leur offrait l’asile d’un quiétisme païen.
Si jamais Romain morose et fatigué s’est jeté avec un complet abandon dans le sein de la philosophie, c’est assurément le poëte qui en a si bien chanté les calmes délices. Qui ne se rappelle ces beaux vers où Lucrèce, retiré du monde, dont les horribles spectacles l’épouvantent, et réfugié sur les hauteurs de la sagesse, contemple l'arène où les hommes s'agitent et fait un retour sur la paix intérieure qu'il a trouvée dans la doctrine? Par quelles grandes images il peint le bonheur de la sécurité dont il jouit! Il se compare à un homme qui, de l'immo-