‹ Le poeme de Lucrèce morale, religion, science (volume 3)Chapitre 17 sur 104 · LA VIE ET LES SENTIMENTS 1)E LUCRÈCE · texte numérisé non relu

LA VIE ET LES SENTIMENTS 1)E LUCRÈCE

et le consterne, c’est pour se fuir encore luimême, que Lucrèce s'est précipité sans retour dans l’épicurisme, qui n’est pas, comme on le dit, la doctrine dé la volupté, qui mériterait un nom plus honorable et devrait être appelé la doctrine du renoncement, de l’indifférence et de la quiétude.

En général, on ne se rappelle pas assez, en lisant les philosophes anciens, ceux surtout qui appartiennent à la fin de la république et à l’empire, que les doctrines morales n’étaient pas seulement un sujet de curiosité scientifique, mais qu’elles offraient aussi des refuges où les consciences troublées, les âmes que la vie avait blessées allaient chercher le repos, un soutien, une foi. Les écoles étaient devenues des sectes et quelquefois de petites églises qui avaient leur propagande active, leur prédication journalière et passionnée, leurs adeptes et leurs prosélytes. Tous les hommes qui avaient quelque goût pour la perfection morale, des jeunes gens dont l'âme était généreuse ou pure, des politiques émérites ou désabusés, les victimes de leurs propres passions ou des passions d'autrui allaient demander, selon les besoins, à l’une ou l’autre de ces sectes des lumières, un appui ou des consolations. Les maîtres se chargent des âmes, les éclairent, les dirigent ou les fortifient. Par un singulier renversement déco qui se passe dans nos sociétés chrétien-

nés, ce sont les philosophes qui, dans l’antiquité, remplissent quelques-unes des fonctions morales qui sont réservées chez les modernes aux ministres du culte. Tandis que chez nous, les âmes tourmentées ou froissées vont d’ordinaire de la philosophie à la religion, les anciens, par les mêmes motifs, allaient de la religion à la philosophie. Pour peu qu’on y réfléchisse, on en saisit tout de suite les raisons. Les prêtres du paganisme n’étaient que de simples fonctionnaires politiques qui présidaient à des cérémonies. Ils n’avaient rien à enseigner, et à Qome, par exemple, ils ne comprenaient pas même je vieux formulaire en langue barbare dont ils avaient à réciter les paroles. Le paganisme luimême n’offrait aucune lumière aux esprits ni aux consciences. Il ne renfermait pas un idéal moral auquel on pût conformer sa vie. Quant aux besoins d’une raison non satisfaite ou d’un cœur troublé, c étaient là de ces choses qui échappaient entièrement à la compétence de l'Olympe. On pouvait bien demander aux dieux, au nom de leur toutepuissance, la richesse, la santé et tous les biens extérieurs, leur faire, comme à des princes, la cour pour en obtenir des faveurs, les rendre même les complices de ses passions et leur adresser quelquefois des prières intéressées et coupables qu’on aurait eu honte de laisser entendre par des hommes; les biens de l'âme, on n’allait pas les chercher dans

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