‹ Le poeme de Lucrèce morale, religion, science (volume 3)Chapitre 40 sur 104 · Job. ch. i · texte numérisé non relu

Job. ch. i

LA CRAINTE DE LA MORT

tière, il ne faut rien omettre de ce qui peut faire connaître l’état des âmes, hâtons-nous d’ajouter que les anciens, au milieu de ce discrédit des fictions religieuses ou malgré la terreur qu’elles inspiraient, ne pouvaient se résoudre au néant. Il en est de la croyance à une vie future commede la croyance en Dieu 1 ; elle tient à l’âme, elle en fait Bi bien partie, que la science la mieux armée a do la peine à l’en arracher. De là vient que les plus grands esprits, les Cicéron, les Sénèque, imaginèrent une autre immortalité, noble et pure, à laquelle on ne peut rien reprocher si ce n’est qu elle n’était réservée qu’à l’élite de l’humanité. De là vient aussi que le vulgaire, après avoir accepté les leçons d’incrédulité, leur devenait infidèle, se dérobait, pour retourner à l’antique religion. Les philosophes du temps s’étonnent sans cesse de la peine qu’ils sont obligés de se donner pour persuader aux hommes que la mort, l’entier anéantissement, n’est pas un mal. Leur étonnement témoigne de la résistance qu’ils rencontraient. Pline, qui n’est pas suspect, puisqu’il est épicurien , constate cette résistance par ce beau mot plein d’ironie et de dédain : « Notre mortalité est avide de vivre sans fin; a vida nunquam

1. Les anciens mêmes l’ont dit : « De Inferis sicut de dits, omnos homines hahent communem notionem. » Serins Empiricu*. « Non leve momenlum habit consensus hominmn aut timentium inferos aul calcntium. » Sénèque, lettres , 117. • Peimanere auimos arbitramut; consensu nationutu omnium. » Cicéron, Ttiscul., I, 16.

desinerc mortalitas » Sénèque marque plus nettement encore les sentiments de ses contemporains :

« Ils ont peur d’être aux enfers et peur de n’être nulle part ; æque timent ne aptid inferos sint , quam ne usquam » Plutarque, qui semble un peu se contredire, qui vient de déclarer que les descriptions des enfers sont des contes de nourrice, qu’elles sont un objet de terreur, ne laisse pas de reprocher aux épicuriens « d’ôter au commun peuple ses plus grandes et ses plus douces espérances*. » On peut voir par ces témoignages dans quelle perplexité étaient les esprits, placés entre la religion qui les effrayait et la philosophie qui ne leur offrait rien. Pour les anciens, cet embarras ne paraît pas être devenu une angoisse; ils échappaient au problème, en y pensant peu. De quelque côté qu'ils se tournassent , ils avaient à craindre. Pas d’alternative consolante. La vie future leur faisait horreur, le — néant les épouvantait. Que pouvait faire Lucrèce, . pour rassurer les âmes? Combattre ces deux craintes ' à la fois.

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