Plutaniue, Opin. de t phil., I, à
les, les épicuriens croyaient qu’au delà il y a d’autres systèmes de même nature, et pour eux la somme de tous ces systèmes compose ce qu’ils appellent le grand Tout, omne immensum. « Si un espace infini, dit Lucrèce, s’étend en tout sens, si des principes créateurs de la matière en nombre infini se meuvent de toute éternité dans ces plaines incommensurables, comment n’auraient-ils produit que notre terre et notre firmament, et peut-on penser qu’au delà de ce monde tant d’éléments restent oisifs 1 ? » Dans ces vastes conceptions qu’ils devaient à Démocrite les épicuriens se rencontrent encore avec les conjectures de la science moderne.
Sur d’autres points de physique les atomistes ont été plus loin que beaucoup d'autres philosophes de l’antiquité. Ils ont dit, par exemple, que tous les corps tendent par nature vers le centre du monde et que les moins lourds cèdent naturellement la place aux autres. Ils reconnaissent l’existence du vide que nient la plupart des écoles, entre autres celles de Platon et d’Aristote. Non-seulement les atomistes l’admettent comme conception ration-
t. Undique rum vorsum spatium vacet infinitum :
Seminaque innumero numéro, summaque profunda Mullimodis volilent «terno percita motu,
Hune unum terrarum orbem, cœlumque creatum ;
Nil agere ilia foris lot corpora materiai. . . . (II, 1053.)
Selon Lucrèce ces mondes doivent avoir leurs habitants :
Esse alios aliis terrarum in partibus orbes ,
Et varias hominum gantes et saecla ferarum. (II, 1075.)
nelle, mais il est curieux de voir que dès le début ils ont fait des expériences pour le démontrer 1 . On comprend que dans l’atomisme le vide était nécessaire pour permettre aux atomes irréductibles de se mouvoir et de se combiner.
A propos du vide qui, avec les atomes, sert de fondement à tout le système, signalons une observation ou du moins une vue remarquable. Les épicuriens reconnaissent que dans le vide tous les corps, quelle que soit leur pesanteur, tombent avec une vitesse égale. Lucrèce a vu très-clairement et a bien expliqué ce qui n’a été démontré depuis qu’à l’aide de la machine pneumatique. Quand on est accoutumé aux vagues aperçus de la physique de l’antiquité, on se demande comment le poète a pu exprimer cette loi avec tant de netteté et de précision : « Dans l'eau ou dans l’air les corps accélèrent leur chute à proportion de leur pesanteur, parce que la densité de l’eau et la légère fluidité de l’air ne peuvent opposer à tous la même résistance, mais doivent céder plus aisément aux plus pesants. Au contraire le vide ne résiste jamais aux corps : il leur ouvre également à tous un passage. Ainsi tous les corps doivent tomber avec une égale
I. Leucippe disait : « Un rasa plein de cendre peut receroir autant d’eau qu'il en reçoit quand il est vide, ce qui suppose inévitablement de petits pores entre les particules de la cendre, sans quoi la cendre et l’eau occuperaient simultanément le même lieu. • L’expérience laisse beaucoup à désirer, mais elle a le mérite d'être une expérience.
vitesse dans le vide, quelle que soit l’inégalité de leur pesanteur 1 2 . » Nous laissons aux physiciens le soin de nous dire par quel procédé les anciens ont pu constater cette loi.
Je ne sais pas pourquoi la science moderne prétend quelquefois que les anciens ne reconnaissaient pas que l’air est matériel. Lucrèce, après avoir dit : « qu'il y a des corps dont il faut admettre l’existence, bien qu’ils échappent à la vue, » fait une longue et poétique description des ravages de l’air, qu’il compare à un fleuve destructeur et conclut que l’air, « tout invisible qu’il soit, est un corps, puisqu’il balaie la mer, la terre, les nuages du ciel et qu’il est capable de tout extraîner dans la violence de ses tourbillons \ » Le reproche qu’on fait à la physique ancienne d’avoir méconnu la matérialité de l’air tombe devant le tableau et les conclusions formelles du poète physicien.
On trouve dans Lucrèce un certain nombre d’explications très-justes de phénomènes redoutables, au moyen de comparaisons très-simples empruntées