‹ Le poëme de Lucrèce: morale - religion - scienceChapitre 22 sur 88 · Nam verse voces tum demum pectore ab imo · texte numérisé non relu

Nam verse voces tum demum pectore ab imo

Ejiciuntur, et eripitur persona, manct res. (III, 57.)

pratiques les plus discréditées. La plupart des Romains flottaient entre la foi et l'incrédulité, allant de Tune à l'autre dans leur scepticisme perplexe, et démentant en plus d'une circonstance leurs paroles par leur conduite. Sans en donner des preuves nombreuses, sans parler des poètes qui paraissent souvent rendre hommage, avec une pieuse fidélité, aux plus ridicules traditions, sans parler non plus des historiens tels que Tite-Live et Tacite qui de bonne foi rapportent les présages et les prodiges, qui ne se rappelle Sylla, un esprit fort celui-là, traitant les dieux comme il avait coutume de traiter les hommes, qui avait mis au pillage le sanctuaire de Delphes, avait même ajouté le persiflage au sacrilège en raillant les signes de colère que donnait Apollon, ce qui ne l'empêcha point plus tard, dans un danger pressant, de tirer de son sein la petite statue d'or du même Apollon dont il avait pillé le temple, de baiser dévotement cette image qu'il avait volée sur les autels et d'adresser à ce. dieu impudemment outragé une prière touchante1? Si de tels hommes, accoutumés à ne reculer devant aucun attentat, se sentaient tout à coup frappés d'inquiétudes et de remords, et tremblaient encore devant le prétendu pouvoir de ces dieux, que ne devait pas éprouver la foule, surtout dans ces temps malheureux où l'Italie nageait clans le sang, où Rome était livrée aux proscriptions, en ces temps

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