Prœterea, cœli rationes ordine certo
Et varia annorum cernebant tcmpora verti ; Nec poterant quibus id fierct cognoscere causis : Ergo perfugium sibi babebant omnia Divis Tradere, et illorum nutu facere omnia ilecti.
Lucrèce est encore tout irrité contre ces premiers hommes qui ont légué à leurs descendants un si triste héritage d'erreurs. Son amer dédain se reporte aussitôt sur les pratiques religieuses de son temps auxquelles continue à recourir l'imbécillité humaine. Il ose, lui Romain, par des allusions précises1, railler les plus saintes coutumes de la piété romaine, non point avec le léger sourire du scepticisme ou de l'incrédulité indifférente, mais avec toute l'insolence d'un cœur révolté :
Quoi ! pour être pieux, faut-il près d'une pierre, A droite, voile au front, diriger sa prière, Ramper sur les parvis aux pieds de dieux mortels, Ouvrir ses bras tremblants devant tous les autels, Les inonder du sang d'innocentes victimes, Entasser sur des vœux des vœux pusillanimes? Non, non, l'homme pieux, d'un cœur tranquille et doux, Doit contempler le ciel, sans craindre son courroux2.
In coeloque Deûm sedes et templa locarunt, Per cœlum volvi quia nox et luna videtur, Luna, dies, et nox, et noctis signa severa, Noctivagaeque faces cœli, flammaeque volantes, Nubila, sol, imbres, nix, vend, fulmina, grande, Et rapidi fremitus, et murmura magna minarum.
O genus infelix humanum, talia Divis Cum tribuit facta, atque iras adjunxit acerbas ! Quantos tum gemitus ipsi sibi, quantaque nobis Volnera, quas lacrimas peperere minoribus nostris!
1. En priant on avait la tête voilée, pour n'être pas troublé par une face ennemie, hostilis faciès (Enéide, III, 407). On se tournait à droite, ainsi que le recommande un esclave de Plaute : « Si Deos salutas, dextroversum censeo. » Curculio, 70.